‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 66 sur 91 · JANVIER ET F^VRIER. 2SI · texte numérisé non relu

JANVIER ET F^VRIER. 2SI

— Bonsoir, dit-elle,voulez-vousmedonnerun pen de pain?

— Ahl ma pauvre flUe, r^pondit la m%re dii tailleur, nous n'avotis k la maison que trois ou qunire palates bien sfecbes.

— Ne poUrriez-vous au moins me donneri coucber?

— Vous coucher? nous n'avons pour lit que quelques glons de feurre{l).

A ce moment, le tailleur arriva, et volant !e maigre souper, il dit k sa m^re :

— Tu n'as que cela pour souper, vieille bonne fcmme? qo'est-ce que Tail ici cette pauvresse, melsla dehors I

La fille s'en alia chez elte, el le lendcmain, deguisSc en cbercbeuse de pain, elle se pr^senla ili la m^taii'ie de Janvier.

— Bonsoir, dit-elle, voulez-vous me donneV un pen dcpain parcbaril^?

— Oui, ma fille, enlrezdonc, dit la mftrede Janviur. Elle lui coupa un beau chanteau de pain; la (ille

la rcmercia et lui dit :

— Pourriez-vous me coucher pour la nuit?

— Uui, r^pondit la Termiere.

Le lendemain matin, quand la fille fut levfd, la bonne femme lui (lit :

— Vous etes jcune et forle, vous pourriei bicn li-;ivailler.

— C'est vrai, r^pondil la fille, mats je ne Irouve point d'ouviage-

— H6 bien, restez ici; demain nons avons lieaiicoup de monde pour undSMchement; cela m'arivmgerait bien si vous voultez m'aider.

La fille se mit h soittner les vaches, k les tircr, ^

(l)BoUeBde p*i1le.

:nfa««r la ■ifiinn. ct (Be MaA de temps en temps

- rxr i biire aox H fn c h t mis . Jannef qoi ne la relaxawt point, fisail :

— Ki wiin. icila wme Bile qoe Dons derrions bien : r-jet eamme doantifw, eDe s'entend bien mJeui : ^ i» Bi^Cx 3 aiizos fes ncfaes et i tout.

,^^i^ T::it le mr. eHe dit 1 b bonne femnie :

— I>:aibes-aiac anieqiiaioaiIle,jevais filer; restez- L us tmeaux b.««> ^ons dire des contes en tra-

Le j:4ff f ^p<«r ^ !^°3 <ic l> Cerme aaraient bien ^mtit i* cKOfT. iiae elle teloarna cfaez $a ni^re et

— Se Eie ?.ir« pas de FeTiief ; Toas aviez raison, r ;-^ ti« iair:«' ^^ (ail bon.

Ej *ille r»r:aU a la bonne femme ce qa'elle

l^sior. r::'A »*s deal galants revenns.

^ja eijM-T:«s Ms jonrs-d? lai demaDd^rent-Ils.

(2iex vnf «in<* coosines.rfpondit elie.

j^l cii Jiaiiw. U e*l tcdo chez nous une belle

;^j,, f ;;f ^ clwrciuit de loavrage : c'est elle qui t iiea. el qiii senlwid a soigner les Taches, et S : '.-H* nwre a dil qoeile la rondrail bien pour do-

^ e!> es* ei:-tDn»e tods diles, ripondil la fille,

T ^^ knei mieoi de la prendre comme bourgeoise.

— Non, di( Janrier, j'aime miens que ce soil toi. Jinnw se miria arec sa bonne amie, qui lui ra-

cc-Dt* quelqn* l*nips aprte que c'iuit elle qui ^tait TCcae chM lui degoisee en paavresse; et ni Tun m Tauire n« « rq»«iUrent de sVlre maries.

■« en IM* pv Fnapi* Ibi^MT, de Skint-Cut, oiouhCi

iftatu .OS.

ET MOI AUSSI

II y avait une fois une petite bonne fenime qui allait k Auray ; elle rencontra sur sod chemin uoe autre femme avec laquelle elle fit conversulioii.

— Oil allei-vous? lui demaQda't-elle.

— A Auray.

— Et moi aussi. CoiumeDt vous appelez-vous?

— Jeanne.

— Et moi aussi. Avez-vous un homme ?

— Oui.

— Et moi aussi. Comment s'appelle-t-il ?

— Jean.

— Et le mien tout pareil. C'est bien Qr6le : vous allez k Auray et j'y vais aussi; vous vous .ippelez Jeanne et moi Jeanne; votre homme a nom Jcnn etle mien Jean. Avez-vous une Bile?

— Oui.

— Et moi aussi. Comment se nomme-l-elle '/

— Jeanne.

— Comme la mienne. En v6rit^, c'est singiilier : vous allez ll Auray, et j'y vais aussi : vous vous appelez Jeanne et moi Jeanne; voire homme a nom Jean et le mien Jean; voire flUe se nomme Jeanne et la mienne Jeanne. Avez-vous un gars?

— Oui.

— Comment s'appelle-t-il.

T- Jean.

— Comme le mien. En conscience, la renconl

ft*«{^-eije pas tuae^t ? ^¥d» bIik i Aflny, et j'y vass aoisL : Tic^i nos jfynei Jobb^ el aoi Jeanne; Tocre b:zi3ie a such Icsl & jf sdoiias ; votre fille 9t B^:ci9e ie22£i» <i j& mioBie ieasne; Totre gars ^'appeile Jeas. et lie rrVa ^eu. Ax«t^«o«s on chien?

— fcL

— El Erii asss. C:ra«: ^-S-i bmi?

— TcaU:;.

— CcoiBie k cicB : ciecae €*«t drftk ! yous allei i AanT, el fj lais axsa; t»s poss^pelez Jeanne et mA Jeanne. vot?e bccu&e a nom Jean el le mien Jean: rem tLt se cc^ime Jeanne et la oiieiine Jeanne : Totre fan Jean el le mien Jean; el Tolre chien. comment s*api»£iIe-4-iL je ne m'en

soaTiensplos?

Tootoa I se hlle de soa£Ber an nairaleor quel-

qa'on de la compasnie qui ne salt pas le denouement de rhistoirc : le contenr se hlte d'afonter aox applaodissements de la galerie :

Tontoa; fouire ton nez dans son tron !

CooU m 1879 pv Coottut JMland, de Gosn^

LE BftLIBR COURANT ET L& BERGfiRB AtlX CHAMPS. 207 traverser la mer avecle rermiersor soo dos, et venir aborder an pied de la falaise.

Le fermier, Toyanl que Barbu n'^tait point un b^lier comme les autres, rSsolut de s'en d^faire :

— II faudra, dit-il, quej'ailleieveodre, car il ferait des malheurs ; il a doup^ Jeanoette, ca^se le sabre du douanier, et traverse deux fois la mar ; si ines enfants allaient aux champs avec lui, il pourrait aussi Ie& corner el les blesser.

Le Toiia parti pour Lamballe avec sa little ; quand il arriva sur le champ de foire, plus de niille personnes s'asseinblferent autourde lui pour voir Iii gr;iiid b^lier de toutes couleurs. En voyantce grand concoiirs de monde le fermier se dit :

— Puisque chacun veut le voir, je vais le montrer en curiosile pour de I'argeot.

11 I'enferma dans une cour; dans la journee, il gagna mille francs k lefairevoir, et, le soIl- venu. il le vendit mille francs k un monsieur qui en avait envic.

11 retourna k la maison bien content, oL il dit h sa femme :

— Nous voil^ d^barrass^s de Barbu, et japporte deux mille francs qu'il m'a gagn^s.

— Tu as eu raison de le vendre, rdpondit la fermi&re ; par ma foi de conscience, j'avais peur de lui : je croyais que c'etait le diable.

Quand Jeannelte ouvrit l'6table le lendemaiii matin, Barbu ^tait au milieu des moutons.

— Mon maitre, cria-t-elle, le grand holier qui est re venu !

— Petite menteuse, dit le fermier, tu vcux m'en faire accroire,

— Venez voir vous-mfime si je vous mens.

Le fermier arriva h la porte de ratable, et en le

268 LE B^LIER COURANT ET LA BEROfiRE AUX CHAMPS.

voyant, Barbu se rait h rire de toute sa force, comme une personne.

— Void du nouveau, dit le fermier. Tu connaissais Men la route de Lamballe, car c'est de 1^ que tu es venu ; mais je te menerai h la foire dans un pays oh tu n'es pas encore all6, et je parie que cette fois tune Ven viendras pas.

Quelque temps aprfes, la fermifere dit h son mari :

— II y a ^ces jours -ci une foire k Ploubalay, il fau(}ra y conduire Barbu : si tu pouvais le vendre aussi cher qu'^ Lamballe I

A Ploubalay, il vint aussi beaucoup de raondepour voir le b61ier de toutes couleurs ; le fermier le vendit cinq cents francs, et le soir en rentrant, il dit k sa fem,me :

— Je me suis d6fait du b61ier : il n*6tait pas encore all6 k Ploubalay; je ne pense pas que cette fois il retrouve sa route.

— S*il revient, nous le revendrons, r6pondit la bonne femme qui commengait k s'babituer k Targent du b61ier.

lis furent huit jours sans le voir, et ils n'y pensaient plus, lorsqu'un matin ^Jeannelte, en ouvrant ratable, trouva encore Barbu au milieu des moutons.

— Mon maitre, dit-elle, Barbu qui est revenu!

— Tant mieux, ma petite fille, r^pondit la bonne femme, nous le vendrons une troisi6rae fois.

Mais le ferraier n'6taitpas content, car il pensait qu'k la fin le b^lier serait cause de quelque malheur. 11 alia k ratable, et dit en entrant :

— Te voili done revenu, Barbu ?

— Oui, r6pondit le b61ier qui jusque-lk n'avail pas encore parl6.

— Pourquoi es-tu revenu?

— Pour emporter tes trois filles.

CELUI Om COUPA LA t6tE D'UW JEAW. 537

— Je n'en parlerai h personne; est-ce qu'entre mari et femme on ne se dit pas tout?

— . H6 bien, j'ai coup4 la t6te d'un Jean.

— Ah ! malheureas, s'^cria la femme qui se mil i pieurer.

L'homme alia se coucher sans manger sn soupe; mais quand il vlt que sa femme 4tait endormie. il ^e leva toutdoucement, coupa un bon morceaii de pain et alia le manger dans le jardin. Elle s'aperQuL qu'il n'^tait plus U, et, pensant i ce qu'il avail Tail dans la journ^e, elle se dit :

— II est sans doute k aiguiser son couLeau pour m'en faire autaut.

Elle ne put dormir de la nuit, et le lendeniain matin, avant d'aller k sa journ^e, son homme paraissait triste, et il ne voulut pas dejeuner.

Dans ce temps-lii, il n'y avait pas comnK^ aujouid'hui des allumettes dans cbaque maison, vo qu'eltes n'£taient pas invent^es, et le matin onallait emprunter du feu Chez ses voisins. Ce jour-lk, une voisine vint en chercher avec son sabot chez la femme du journalier. Elle lui trouva la figure toute chang^e ct )a mine triste :

— Qu'est-ce que tu as? lui demanda-t-elle.

— Je n'ai rien .

— Si, on voit que tu as pleur^ : pourquoi?

— Ahl si je te le disais, tu irais le redire.

— Non, s'^cria-t-elle, esl-ce qu'entre voisines on ne se garde pas le secret ?

— H^ bien, dit-etle, mon homme a coup6 la t6te d'un Jean.

L'aulre emporta du feu dans son sabot el ne dit rien; la femme regarda oil elle allait, et la vit qui couraitduc6l6de la gendarmerie. Ahl sedit-t'lle.iD' honame est perdu! et elle se mtt h pieurer k sa foi

CELUl QUI COUPA LA TETE DUN JEAN ("I

U y avail une Tois deux permquiers de fossi qui coupaient de la fouaille le long du talus d'un champ ; Us se mirenl h deviser sur la langue des remmes, et I'an d'eux qui ^lait mari^ dit k I'autre :

— II faut que je sache si ma femme est bavarde. Quand ils eurent flni leur ouvrage, celui qui ^tait

mari^ avisa un jan qui avait la t£te haute, et il dit k son camarade :

— Je vais couper la tete de ce jan, et je pane que demain (oitte U vills sera sens dessus dessous k cause de cel.i.

— Je parie que non, rfipondit son camarade.

L'autre coupa la tfite du jan avec sa faucille et

ind il entra chez lui, sa femme lui dit :

- Manf,'e ta soiipe, elle est bien chaude.

I I'gpouU.iit-ilen prenant un air chagrin, je

r i manger.

BL-ce que tu as? es-tu malade?

ile-moL I'e qui t'est arrive.

If (lirais.

i]' une ^quifoque de prononcikUan ; leta, lii mat patois qui signiQe »jonc, ta pronon-

CELUI QUI COltPA LA T^TE D'uf) JEAN. !57

— Je n'en parlerai k personne; esUcis (lu'entrc man et'femnae on ne se dit pas tout?

— H^ bien, j'ai coup6 la tete d'un Jean.

— Ah ! malheureux, s'^cria la rename qui se mit i pleurer.

L'bomme alia se coucher sans manger no. soupe; mais quand il vit que sa femme ^lait endoimie, il se leva toutdoucement, coupa un boo morceiiii de pain et alia le manger dans le jardin. Elle s'apor(;ut qu'il o'^tait plus III, et, pensant h, ce qu'il arail I'uit dans la journ^e, elle se dit :

— 11 est sans doule k aiguiser son couLeau pour m'en Caire autant.

Elle ne put dormJr de la nuit, et le lendeniain matin, avant d'aller k sa journ4e, son bommc pnraissait Iriste, et il ne voulut pas dejeuner.

Dans ce temps-U, il n'y avait pas comnie aujourd'hui des allumettes dans chaque maison, vu iju'elles n'^taientpas inventdes, et le matin on allaiti'mprunler du feu chez ses voisins, Ce jour-14, une vui^ine vint en chercher avec son sabot chez la femme <lii journalier. Elle lui truuva la figure toute chang^e et U mine Iriste :

— Qu'est-ce que tu as? lui demanda-t-clli\

— Je n'ai rien.

— Si, on voit que tu as pleur^ : pourquiii?

— Ah! si je te le disais, tu irais le redire.

— Non, s'6cria-t-elle, est-ce qu'entre voijines on ne se garde pas le secret ?

— H6 bien, dil-elle, mon homme a coup6 la L6te d'un Jean.

L'autre emporta du feu dans son saboL i!l no dit rien; la femme regarda oil elle allait, et la vil aui couraitducM^de la gendarmerie. Ahl sedil-eD' homme est perdu! et elle se mil k pleurer k a

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