‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 82 sur 91 · LES BOUCS DE SAINT-BRIEUC · texte numérisé non relu

LES BOUCS DE SAINT-BRIEUC

DES IFPS

11 y avail jadis k Saint-Brieuc des Iffs prfes B6cherel beaucoup de petits nobles. lis habitaient des gentilhommi^res qui depuis sont devenues des fermes, et ne sont pas les plus cossues du pays; car ils ^taient gueux pour la plupart, et Ton disait d'eux comn)un6ment que leur diner etait k moiti6 fait quand leur soupe 6tait mangle.

Mais, quoique gueux, ils ^taient aussi fiers que s'ils avaient 6t6 les cousins du roi, et en maints endroits, surtout k r^glise oh chacun d'eux avait sa place marquee, ils tenaient fort k ce qu*ils regardaient comme 6tant dti k leur rang.

En ce temps-li le tr6sorier de la fabrique avait rhabitude d'aller presenter le pain b^nit aux fid&les, et il Toffrait d'abord aux plus notables^ en observant, autant qu'il le pouvait, les pr6s^ances.

Un dimanche, au sortir de la messe, un des petits nobles Taborda et lui dit :

— Tu portes toujours le pain b6nit k M. ua tel avant de venir me Toffrir : je suis plus que lui, et si tu ne me le pr^sentes pas d^sormais avant lui, tu auras affaire k moi.

Le tr^sorier ne fit pas attention k cette menace, et, le dimanche suivant, il porta, selon Thabitude, le pain b^nit k Tautre noble. Alors son rival, aveugl6

LES BOtlCS DE SAlNT-BfllEUC DES IFFS. 1(23

a colore, lira de sa poche un pistolcl, el fit feu r le tr^sorierqui tomba morl el dont b sang arrosa le pain b^nit.

. Ce raeurtre causa parmi la noblesse et parmi le ^euple une grande Amotion, et r6v6qae de Sainl-Malo linterdlt pour cent aun^es de temps I'^glise de Saiut- F Brieuc des Itfs.

Pendant ce temps, personne n'y p^n6trait, et

corame elle n'6tait ni entretenue ui r6par6e, elle tombait quasiment en ruines; la pluie coulait k travers sa toilure, et le lierre couvrait ses murs.

Un jour un bouc, qui vaguait dans lo cimetifere abandonn6, se mil i brouter le lierre qui ^tait tF6s touffu, et il finit par raonter jusque dans le clocher ; il enira sans le vouloir ses comes daos la cloche qui n'^tait pas des plus grosses, el en essayant de lea retirer, il la fit sonner.

En entendant ce bruil auquel ils n'^taienl pas ao J

coutum^s, les gens de Saint-Brieuc des Iffa se dirent M

— Void un miracle ; notre cloche sonne toutel

seule : il parait que le bon Dieu n'est plus ftlcb^ aveoa

nous.

lis allferent iTfiglise, et oe virent personne parbe que le bouc, effray^ du bruit qu'll avait fait, s'^tait^ hai6 de descendre.

Le lendemain, il grimpa encore pour brouter Iflij lierre, et, comme la veille, il fit sonner la cloche : babilanls se bM^rent d'accourir en criant au mirft^ cle, mais ils virent descendre du clocber le boui qu'ils prirent d'abord pour le diable.

On icrivil k l'6v6que de Saint-Malo, et je ne saia Ci qui en advinl.

Page 1