KOTOFETSY ET MAHAKA AUX FUNÉRAILLES DE QUELQU’UN
(. Imerina )
Un jour, Kotofetsy et Mahaka vinrent prendre part à des funérailles. Selon la cou- J tume de l’époque *, les parents du mort distri- j huaient des volailles aux assistants. Une poule j leur échut pour leur part. Chacun d’eux voulait 1 cependant l’avoir entière pour en faire profiter J sa femme et ses enfants. Ils décidèrent qu’elle ! appartiendrait à celui qui ferait le plus beau rêve. Ils retournèrent chez eux, et, le lende- } main, d’après leur convention, ils vinrent se | raconter leur rêve. Tous deux voulaient commencer le premier. Enfin, Kotofetsy prit la
i. Cette coutume existe encore dans plusieurs tribus de Madagascar.
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parole et dit : « J’ai rêvé que je montais au ciel et que tu ne pouvais jamais m’atteindre. » — « J’ai rêvé aussi, dit Mahaka, que tu montais au ciel et que je ne pouvais t’atteindre. Et je me disais : cet homme monte si haut qu’il ne reviendra jamais. Aussi ai-je mangé la volaille, pensant que je ne te reverrai plus. » Kotofetsy, déconcerté, s’aperçut qu’on s’était moqué de
lui.
KOTOFETSY, MAHAKA ET LA FEMME D’ANDRIAMBAHOAKA
(Imerina)
Ândriambahoaka faisait travailler à ses rizières. Kotofetsy et Mahaka, qui passaient par là, lui demandèrent à travailler : « Allez demander une bêche à ma femme, leur dit le fermier. » Ils se rendirent à la case et dirent à la femme : « Madame, Andriambahoaka nous a envoyés vous demander ioo piastres. » — « Allez au diable, répondit la femme; vous mentez. » — « Comment, reprirent les autres, vous doutez de notre véracité! Venez avec nous, Andriambahoaka vous confirmera nos paroles. » Ils partirent ensemble, et arrivés sur le pas de la porte, Kotofetsy et Mahaka se mirent à crier au fermier : « Elle ne veut pas nous les donner;
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elle ne veut pas nous les donner. » — « Donneleur, répondit Andriambahoaka à sa femme. »
— « Vous voyez, Madame, reprirent les deux filous, que nous ne mentions pas. » Ils retournèrent à la case et la femme leur remit les ioo piastres.
Lorsque les travailleurs vinrent à la ferme pour déjeuner, la femme, qui était fort en colère, dit à son mari : « Pourquoi m’avez-vous fait remettre ioo piastres à ces deux hommes? »
— « Moi, répondit Andriambahoaka? Je ne vous ai jamais rien dit de pareil. Me prenezvous pour un fou? Vous avez été trompée par ces chiens sauvages h » Furieux, le mari fit arrêter Kotofetsy et Mahaka et les fit coudre dans une natte. On devait les noyer dans un étang : « Laissez-les au bord de l’eau, dirent les travailleurs au fermier; nous les immergerons après le déjeuner. »
Pendant le repas, une vieille femme qui cherchait une brebis égarée, passe à côté de la natte en criant : « Où est ma petite brebis? où est ma petite brebis ? » Kotofetsy et Mahaka entendant cela se mirent à bêler : bêê! bêê! « Ma pauvre brebis, dit la vieille, qu’on a cousue dans une natte! » Elle ouvre le sac, d’où sortent Koto-
1. Les chats et chiens sauvages sont tués sans pitié par les Malgaches qui souffrent beaucoup de leurs déprédations.
fetsy et Mahaka qui s’emparent de la vieille et la mettent à leur place.
Leur repas terminé, Andriambahoaka et ses hommes firent rouler le sac dans l’étang. Une voix en sortait qui disait: « Ce n’est pas moi; ce n’est pas moi. » — « N’écoutez pas les voleurs, dit Andriambahoaka. Ils contrefont la voix d’une vieille femme pour essayer de s’échapper. »
Et la pauvre vieille qui se trouvait dans la natte fut jetée dans l’étang et mourut.
KOTOFETSY ET MAHAKA RETOUR- NENT CHEZ ANDRIAMBAHOAKA
telque temps après, Kotofetsy et Mahaka
apprirent qu’un homme riche était mort.
Après avoir pris des renseignements sur la fortune du défunt, l’uri deux entra dans le tombeau et se coucha à côté du cadavre. L’autre se mit immédiatement à crier : « O mon père! ô mon père ! es-tu mort? Est-ce vrai que tu m’as abandonné? Pourquoi ne m’avoir pas amené avec toi? » Et il sanglotait sur la tombe. Les gens du village, attirés par ses cris 1 et le voyant se démener comme un fou, lui demandèrent la
i. Les Malgaches sont très démonstratifs et très bruyants dans leur douleur qui a l’air d’être beaucoup plus feinte que sincère.
(Imerina)
cause de son chagrin. Il leur répondit qu’il était fils du mort et son héritier. A ces mots, les vrais parents s’élevèrent contre ces prétensions : « Pour trancher le différend, dit Kotofetsy, nous allons demander au mort si je suis son fils, et lequel de vous ou moi est son héritier. » Les parents acceptèrent la proposition et, s'approchant du tombeau : « Père, dirent-ils, qui es enterré là, ne sommes-nous pas tes descendants et tes héritiers? » Aucune réponse ne se fit entendre. Kotofetsy répéta la même question et une voix répondit, au grand étonnement des assistants : « Celui-là est mon fils et mon héritier ». A différentes reprises, le mort ne répondit qu’à Kotofetsy et resta muet lorsque ses parents l’interrogeaient. Ainsi qu’il était convenu, Kotofetsy hérita de tous les biens de l’homme riche.
Lorsqu’il eut pris possession de cette fortune, Mahaka, qui, du fond du tombeau, avait répondu aux demandes de Kotofetsy, vint prendre sa part de l'héritage. Ils allèrent ensuite rendre visite à Andriambahoaka et à ses compatriotes pour leur montrer les piastres, perles, bijoux qu’ils disaient avoir trouvés au fond de l'étang : « C’est en voulant nous noyer que vous nous avez enrichis. Au lieu de la mort, c’est la fortune? Quel bon destin est le nôtre! Encore n’avons-nous pris qu’une légère part
KOTOFETSY, MAHAKA ET ANDRIAMBAHOAKA 23 I
des richesses que nous avions sous la main ». Les gens du village demandèrent à Kotofetsy et Mahaka de les conduire à l’endroit où se trouvaient tous ces trésors : « Voici ce qu’il faut faire pour cela , dirent Kotofetsy et Mahaka : on va jeter à l’eau les hommes d’abord, les femmes ensuite. Vous allez être étonnés en voyant toutes ces richesses et en telle abondance que vous en serez émerveillés. » Les gens du village étaient persuadés que les deux compères leur disaient vrai. Ils les avaient jetés dans l’étang et ils les voient revenir maniant les piastres et les bijoux à pleine main.
« Allons à l’étang, criaient les hommes. » Kotofetsy et Mahaka les firent aligner et les attachèrent l’un et l’autre en leur donnant pour motif de cette mesure que certains d’entre eux voudraient devancer leurs compatriotes dans l’étang et s’emparer des plus beaux bijoux. Arrivés au bord de l’eau, Kotofetsy et Mahaka jetaient les hommes, l’un après l’autre, en criant : « Ah! vous ne dépenserez jamais tout l’argent qui est là. » Lorsque tous les hommes, y compris Andriambahoaka, furent noyés.
Kotofetsy et Mahaka revinrent au village et annoncèrent aux femmes que leurs maris s’étaient noyés et ne devaient plus revenir. Les femmes et les enfants apprirent cette nouvelle avec douleur. Ils attribuaient ces morts à un
accident, ignorant la fourberie qui les avaient occasionnées. Mais elles s’aperçurent bientôt que Kotofetsy et Mahaka n’avaient poussé leurs maris à aller dans l’étang que pour les faire mourir et s’emparer de leurs biens. Les deux fourbes devinrent rois du village dont ils étaient les deux seuls hommes.
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