KOTOFETSY ET MAHAKA SAR- CLANT LA RIZIÈRE DE LA VIEILLE
(Imerina)
Kotofetsy et Mahaka virent, un jour, une vieille femme qui sarclait sa rizière : « Grand’mère, lui dirent-ils, allez nous faire cuire du riz, nous allons sarcler votre rizière. Cette besogne est trop fatigante pour vous. » — « Merci, mes enfants, répondit la vieille ; vous agissez envers moi comme si vous étiez mes fils. » Et elle courut chez elle mettre une poule à cuire avec du riz pour le repas des deux travailleurs. Ceux-ci arrachèrent toutes les gerbes de riz de la rizière et se rendirent ensuite chez la femme. La vieille s’était donné beaucoup de peine pour préparer le repas. Elle posa le riz et la poule sur une natte et invita Kotofetsy et Mahaka à manger : « Avez-vous
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bien sarclé ma rizière, demanda-t-elle aux deux compères? » — « Très bien, répondirentils ; allez voir notre travail ; nous allons nous reposer en attendant votre retour. » La femme, en arrivant à son champ, s’aperçut avec un douleureux étonnement que toute la semence avait été enlevée. Pendant l’absence de la vieille, Kotofetsy et Mahaka tuèrent tous les moutons qui se trouvaient chez elle ; puis ils mirent les têtes sur le lit, enveloppées d’un lamba ne laissant apparaître que la bouche. Ils s’enfuirent ensuite en emportant les corps des moutons.
Lorsque la femme rentra chez elle, elle prit un pilon à riz et se mit à frapper sur le lit où elle croyait que se trouvaient les deux hommes endormis : « Vous avez arraché mon riz, disaitelle en leur frappant sur la tête; vous payerez ce méfait de votre vie, méchants hommes. » Lorsqu’elle ouvrit la porte et la fenêtre de sa case pour contempler ses victimes, elle ne trouva que les têtes de ses moutons. « Oh, vous, dit-elle en pleurant aux gens de son village; la pauvreté est entrée chez moi à la suite du chien et du chat sauvages 1 que j’ai hébergés. »
i. Le chien et le chat sauvages sont re'pute's comme les deux animaux le plus à craindre à cause des ravages qu’ils commettent.
MAHAKA, KOTOFETSY ET LA VIEILLE BERGÈRE
(. Imerina )
Kotofetsy et Mahaka battaient la campagne ensemble. A la tombée de la nuit, ils virent la maison d’une vieille qui avait, dans un petit parc, un troupeau de moutons à grosse queue *. Tous les deux entrèrent dans le parc, coupèrent toutes les queues des moutons, puis vinrent demander l’hospitalité à la vieille. Celle-ci les fit entrer, étendit sur le plancher une natte pour eux, et, lorsqu’ils se furent assis, leur dit : « Eh ! bien, mes enfants, qu’avez-vous apporté pour manger? Donnez-le moi pour que je le
i. Le mouton de Madagascar possède une queue longue et très larg'e qui est excessivement grasse et dont les Malgaches sont très friands.
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fasse cuire, car la nuit approche. » Kotofetsy et Mahaka donnèrent les queues de mouton dont la vieille ne soupçonnait pas la provenance. Lorsque le repas fut cuit, on servit les queues avec du riz. Pendant qu’ils mangeaient, Kotofetsy et Mahaka, dirent à la vieille : « Dites ceci en avalant la viande de mouton : « Paopao 1 ! ô Besavily 2, on peut sans crainte «manger ses propres biens.» Et la vieille, à chaque bouchée de mouton, répétait cette phrase en elle-même.
Le lendemain matin, Kotofetsy et Mahaka quittèrent la vieille de très bonne heure. Celleci alla chercher ses moutons pour les conduire au pâturage, et, chemin faisant, elle s’aperçut avec stupéfaction qu’on leur avait coupé la queue. Elle devina alors le sens de la phrase qu’on lui avait fait prononcer la veille ; et sa tristesse s’accrut en pensant qu’elle ne retrouverait pas ses mystificateurs.