‹ Contes populaires malgachesChapitre 65 sur 114 · LA PEAU DE BŒUF · texte numérisé non relu

LA PEAU DE BŒUF

le lendemain; mais l’esclave ne dormait pas davantage : « Pourquoi ne dors-tu pas demanda encore Tsangarira? » — « J’ai peur, dit-elle, de la forêt de bananiers qui est à l’ouest de la case. » Et la forêt disparut le lendemain. L’esclave rapporta à ses maîtresses les entretiens qu’elle avait eut avec Tsangarira et elle les engagea à fuir parce que leur époux était sûrement un ogre. (Ces monstres ont l’habitude d’aller, chaque nuit, demander à leurs femmes si elles dorment. Lorsqu’ils les croient suffisamment grasses et qu’on ne répond pas à leur interrogation, ils entrent dans la case et les dévorent.) Les deux femmes en apprenant cela, mirent dans un sac du riz et des haricots, et s’enfuirent.

La nuit suivante, Tsangarira vint, selon son habitude, voir si les trois femmes dormaient. Ne recevant pas de réponse, il entra dans la case et s’aperçut qu’elle était vide. Il se mit immédiatement à leur poursuite. Il allait les rejoindre lorsque l’esclave le voyant approcher frappa sur un tambour qu’elle portait toujours avec elle. La colère de l’ogre tomba aussitôt et il se mit à danser. Pendant ce temps, les deux femmes continuaient à fuir. Puis, la poursuite continua; mais chaque fois que Tsangarira se rapprochait des fugitives, le tambour résonnait et lui faisait perdre du terrain en le forçant à danser. Grâce

à ce stratagème, les deux femmes purent arriver chez leurs parents avant l’ogre. Ce dernier, qui les suivait de près, demanda à son beau-père de lui rendre ses filles. Celui-ci acquiesça à sa demande, et lui donna une case pour y reposer avec elles et leur esclave. Mais, pendant que Tsangarira dormait, les trois femmes sortirent de la case, après y avoir mis le feu; et l’ogre périt dans les flammes *.

i. Le dernier épisode de ce conte, la poursuite de Tsangarira, se retrouve dans un autre conte Malgache, Ramaitsoanala, publié par M. J. Sibree Junior dans The Folk-lore journal (t. III, n° 5, juin, 1884). L’héroïne mariée à Andriambahoaka, un chef du Nord, échappe à la poursuite de Ravorombe, le grand oiseau-mère de la jeune fille en jetant du riz et du maïs qu’elle s’attarde à ramasser et à rapporter à son nid. — Cf. d’autres rapprochements cités par R. Basset, Bulletin de Correspondance africaine, t. II, 1884, p. 333-

Page 1