‹ Contes populaires malgaches: recueillis, traduits et annotésChapitre 94 sur 117 · LA MÈRE INSOUCIANTE · texte numérisé non relu

LA MÈRE INSOUCIANTE

minée, elle transporta les arachides dans sa case, oubliant sa petite fille qui dormait dans un sillon. Après s'être reposée un peu, le souvenir de son enfant lui revint. Elle regarda au dehors le temps qu'il faisait : le ciel était sombre, la pluie tombait à torrents et le vent soufflait avec violence. Je suis harassée de fatigue, se dit-elle, et le temps est bien mauvais. J'irai demain chercher mon enfant. Il ne reste plus d'arachides à voler, ni hommes ni corbeaux n'approcheront de mon jardin.

La petite fille ainsi exposée au mauvais temps mourut. Le lendemain, quand sa mère vint la chercher, les pieds et les mains étaient gonflés et raides, et ses lèvres écartées laissaient voir ses dents. Sa mère, ne croyant pas qu'elle était morte, se mit à rire en voyant sa fille lui montrer les dents. Elle prit aussi les bras détendus par la raideur cadavérique pour une menace de coup de poing de l'enfant irritée d'avoir été abandonnée la veille, en plein air. Mais lorsqu'elle tint sa fille dans ses bras, elle sentit la puanteur qui s'échappe des cadavres et put se convaincre de sa mort.

Ses amies la poursuivirent de leurs huées parce qu'elle avait préféré quelques arachides à l'enfant qu'elle avait mise au monde.

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L'HOMME QUI VEUT ALLONGER UN PILON COURT f

(Antambahoaka)

Un jour, un homme partit en forêt à la recherche d'un morceau de bois pour faire un pilon de mortier à riz. Le pilon, dont on se servait beaucoup, diminuait de longueur. Il avait alors changé de nom et était devenu ce qu'on appelle : un petit pilon. Notre homme voyant cela, se dit : Je vais laisser le pilon dehors pendant la nuit pour qu'il s'imprègne d'humidité, et demain matin, on pourra l'allonger facilement et lui rendre son ancienne longueur. Quelqu'un qui eut connaissance de ce projet, essaya de le dissuader de le mettre en pratique. Mais l'homme s'obstina. « Pourquoi

i. J'ai recueilli le texte de ce conte à Mananjary.

l'homme et le pilon 195

n'arriverai-je pas à mes fins, disait-il? Les arbres de la forêt ne s'allongent-ils pas peu à peu? Pour quel motif ne pourrai-je pas redonner à mon pilon son ancienne forme ? Lorsqu'il sera bien imprégné d'humidité, je l'allongerai en l'étirant. »

L'homme mit le pilon en plein air pendant la nuit, et le lendemain matin, avec ses amis, il essaya d'allonger le bois. Leurs efforts furent inutiles, parce qu'il est impossible d'allonger un morceau de bois qui est devenu court par suite d'usure.

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