‹ Contes populaires [microforme]Chapitre 13 sur 17 · ER · texte numérisé non relu

ER

Il y avait une fois un bon vieillard qu’on appelait le père Mathurin.

Ce père Mathurin était habitant et ne demeurait pas bien loin d'ici.

Il avait deux gendres, habitants tous deux, et ces deux gendres avec leurs femmes composaient toute sa famille, car il était veuf depuis nombre d'années, et il ne s'était jamais remarié.

Je ne vous ai pas encore dit, chers lecteurs, que le ; père Mathurin était plus qu’à l'aise, il était riche, et Fu “. de plus passablement vieux. paf

- x nome ae PT PT

Comme il s'ennuyait tout seul dans sa grande inaison de pierre sur le bord de l’eau, il lui passa un jour par l'esprit l’idée de se donner à ses deux gendres qu'il aimait beaucoup, espérant bien achever tranquillement sa vie au milieu d'eux.

Il se donna donc, par devant notaire public, et le contrat une fois signé, dont copie fut faite en triple expédition, le père Mathurin, les deux gendres et les deux femmes, ne formèrent plus qu’un seul et même ménage.

Tout alla admirablement bien pendant les six premiers mois, et le père Mathurin disait à qui voulait l'entendre, qu'il était une grosse bète de n'avoir pas songé à se donner dix ans plus tôt.

Le septième mois,—on était alors en automne, —un nuage vint à passer sur ce beau ciel bleu.

Il faut savoir que le père Mathurin, comme tous les vieillards qui sont riches, avait beaucoup d'amis et qu'il aimait à causer.

Or donc, bon nombre de vieux se rendaient chez lui. On fumait, on jasait, le père Mathurin prenait son petit coup, et comme il n'était pas seul, tous en prenaient. De temps à autre il retenait quelques vieillards souper, et alors on passait la veillée à jouer au major ou au dix.

Ces innocentes réunions furent les premiers boulets tirés sur la bonne harmonie qui regnait dans la famille.

Les gendres, trouvèrent que ces veillées causaient de grosses dépenses, que c'était un gaspillage, que si ça continuait, on finirait par se mettre dans le chemin ; de leur côté, les femmes crièrent bien haut qu'il n'y avait plus moyen de tenir la maison nette, que cette bande de vieux tousseurs venait mettre les «catalognes » hors de service avec leurs crachats et la crotte

son par wil ent

t le iple les ème

preulait r pas

—un

s les is et

z lui.

son pre-

lards ajor

ulets s la

nt de si ça

in ; ln'y cette catarotte

de leurs souliers de bœuf ; ….…. bref, des deux côtés les récriminations pleuva;ent,

Le père Mathurin fit se nblant de ne pas les entendre, et les visites et les veillées n’en continuèrent pas moins ; mais à mesure que l'hiver avançait, la bonne intelligence était en baisse.

Cependant l'hiver se passa tout doucement, sans éclat. On se contentait de murmurer tout bas ; une circonstance frivole en apparence vint rompre la glace.

Les travaux étaient déjà commencés à la campagne depuis deux ou trois semaines. Les deux gendres travaillaient au champ, et les femmes occupées à l’intérieur repassaient du linge.

Le père Mathurin assis contre le poële, semblait converser avec un vieux chien aveugle couché à ses pieds le long du foyer.

Soit müladresse, soit intention, une des femmes vint à laisser tomber de l’eau bouillante sur le dos de l’animal, et la pauvre bète échaudée se mit à crier comme un goret qu'on égorge.

En attendant les cris plaintifs d'un vieil ami qu'il aimait beaucoup, le vieillard n'y tint plus et reprocha âcrement à sa fille ce manque d'attention.

Les deux femmes se mirent alors à dire tout ce qu'elles gardaient sur le cœur: qu'il n'y avait pas moyen de faire la moindre chose autour du poële, que le vieux et son chien écœurrant étaient toujours collés dessus ; qu’on les avait emboucannés tout l'hiver, que la maison élait toujours pleine d'étrangers qui mettaient tout sans dessus dessous, que c'était ci, que c'était ça, et l’on finit par appeler le bonhomme un vieux déplaisant,

Quand les eux gendres rentrèrent, la même scène recommença, et ceux-ci lui dirent qu’il était un méchant marabout.

Le vieillard, le désespoir dans le cœur, siffla son chien, et passa la porte sans dire mot.

Il alla tout droit chez son vieil ami le père Sanschagrin, et lui raconta de point en point ses infortunes domestiques. Quand il eut fini de dévider son chapelet que le père Sanschagrin écoutait attentivement, tout en se promenant de long en large à l'ombre de quelques ormes qui ombrageaient ses bâtiments, le bon homme Mathurin attendit patiemment que son ami lui dannât quelque conseil ou du moins ouvrit la bouche pour le consoler. Mais ce dernier ne semblait guères disposé à parler de si-tôt, évidemment il mûrissait quelque plan.

— Tenez, dit enfin le père Sanschagrin en s'arrètant tout court et en mettant la main sur l'épaule de Mathurin, voulez-vous que je vous dise une chose. les trois quarts des enfants, quand la religion ne les tient pas bien en bride, ne valent pas mieux que les bêtes. Vous voyez bien cet orme-là, le plus gros, celui du milieu, eh! bien, l'été dernier, j'y avais déniché des merles, et je mis les petits qui commençaient à avoir leurs plumes, dans une cage d’osier que j'attachai à la barrière de mon clos. Savez-vous ce qui arriva? Le père et la mère vinrent exactement tous les jours leur apporter la becquée comme s'ils eussent encore été au nid. Au bout de deux ou trois semaines, les petits étant assez grands pour voler tout seuls, je me dis: voyons, je mettrai ces petits en liberté, mais il faut que j'attrappe iles parents pour les encager à leur tour,

‘ène

son

sansunes pelet uten ques mme nnât ur le sposé plan.

'arrèle de e, les tient bètes.

u mi:

b des avoir i à la

je serais curieux de savoir comment ils seront traités ceux-là.

Je plaçai donc, autour de la cage, des fétus de paille que j'enduisis d’une glu épaisse, et en moins d’un quart-d'heure, je tins mes deux oiseaux que j'enfermai à leur tour, après avoir donné aux autres la clef des champs.

Il advint ce que je pensais. Pas un des petits ingrats ne songea à apporter la becquée aux malheureux prisonniers. Le deuxième jour, vers le soleil couchant, la mère mourut ; le lendemain, en me levant au petit jour, j'allai à la cage, le père était mort. Cela m'indigna. Comme je donnais cours à de tristes réflexions, j'entendis au-dessus de ma tète, dans les branches des ormes, le caquet bruyant de quelques merles. Je levai les yeux: ils étaient six. Je crus reconnaitre les ingrats qui ricanaient sur la tombe de leurs parents. Furieux, j'allai quérir mon fusil, et les abattis tous les six du mème coup. Je vous garantis que je les ai croqués, à mon déjeuner, sans remords. Eh ! bien, père Mathurin, mon histoire de merles est quelque peu l’histoire de beaucoup d'enfants ingrats. Si vous m'eussiez consulté dans le temps, vous ne vous seriez pas donné de la sorte et vous vous seriez gardé une pomme pour la soif. Un homme dont on n’a plus rien à attendre et qui vous pèse sur les bras, voyez-vous, est un fardeau bien lourd. Mais enfin, le mal est fait, et ça ne servirait de rien d'en parler davantage. Quand le vin est tiré il faut le boire, et puisque vous avez commis une faute, il s’agit de la réparer. J'ai un moyen bien simple et qui réussira, j'en suis presque convaincu. Il est évident que c’est l'amour de l'argent et de l’intérèt qui a fait oublier à vos gendres le respect etles égards qu'ils vous doivent; eh bien! nous les prendrons par l'intérèt et l'amour de l'argent. Ecoutez

fn Aie A:

ATRRE tait de et) has

AR IT TE RE ee

bien : vous allez vous en retourner chez vous, et faites comme par le passé. Sur le coup de midi, quand vous serez tous à table, je m'en viendrai avec un sac de piastres françaises, nous passerons tous deux dans votre chambre, nous les compterons bien haut en parlant tout bas, puis vous ferez semblant d'ouvrir et de fermer votre coffre; après quoi je partirai et vous vous remettrez à table. Ils entendront naturellement le bruit des écus, et s’il vous demandent d’où vous est venu tout cet argent, vous n'avez qu’à leur dire qu'il provient de la vente d’une terre que vous vous étiez réservée. S'ils se laissent prendre à ce piège, comme je n’en doute pas, vous verrez du changement, sous peu, dans leur manière d'agir à votre égard.

Ce qu'avait prévu le père Sanschagrin arriva de point «n point.

Tandis que les deux vieillards renfermés dans la chambre du fond comptaient et recomptaient, en ayant soin de les faire sonner bien fort, le fameux sac aux piastres françaises, les deux gendres et leurs femmes, l'oreille collée contre la porte, tâchaient de surprendre ce qui se passait à l’intérieur.

Dès que le père Sanschagrin fut parti et que le bonhomme Mathurin se fut remis à table, les deux femmes prenant leur voix la plus douce et la plus caline dirent en souriant :

de

S la ant aux es, are

ones ine

— Il paraît, pépère, que vous ne nous aviez pas tout donné.

— Comment, père Mathurin, s'écriaient les deux gendres, vous aviez encore des argents et vous ne nous le disiez pas ? Vous vouliez donc nous surprendre, cher pépère ?

— Point du tout, mes enfants, reprit le bon vieillard d’un ton grave et quasi solennel, j'ai voulu simplement vous éprouver, et je me suis aperçu avec douleur que je n'avais affaire qu'à des ingrats. Je vous pardonne toutefois vos torts, mais je vous préviens, mes gendres, que je ne laisserai le reste de ma fortune qu'à celui d’entre vous qui se comportera le mieux à mon égard et qui me témoignera le plus de véritable affection.

Dès ce moment, comme vous pouvez le penser, chers lecteurs, on se garda bien d'appeler encore le bonhomme vieux déplaisant, ou vieux marabout C'était pépère par-ci, c'était pépère par-là : les deux gendres et leurs femmes se disputaient à qui servirait le plus tôtet le mieux le cher pépère. Bref le bonhomme n'avait jamais été si heureux de sa vie.

Au bout de dix ans, lorsque le père Mathurin se sentit près de mourir, il fit venir dans sa chambre ses deux gendres et leur dit en leur désignant le coffre dont j'ai parlé tantôt: mes enfants, vous trouverez là dedans un testament qui explique mes dernières volontés.

Dès qu'il fut mort, les deux gendres n’eurent rien de plus pressé que d'ouvrir le coffre dans lequel ils comptaient bien puiser l'or et l'argent à pleines mains, mais je vous laisse à juger de leur étonnement, lorsqu'au lieu de cette fortune tant convoitée, ils ne trouvèrent

que des roches et un rondin d’une bonne grosseur, autour duquel se trouvait enroulé un morceau de papier que le notaire public de l'endroit avait orné de ces mots, écrits de sa plus belle main :

— Je lègue ce rondin pour casser la tête à tout père qui commettra la sottise de se donner à ses enfants.

or ir ro

Si non e vero, e bene trovato.

IL y avait, une fois, un pauvre brave homme qui s'appelait Jean Lafortune.

Ce Jean Lafortune vivait à la campagne. Sa maison, la plus humble de l'endroit, était à vrai dire plutôt une cabane qu’une maison. Comme il n'avait pas de terre à lui, ni chevaux, ni bétail d'aucune espèce, Jean travaillait à la journée. L'été il allait faucher à droite et à gauche, l'hiver il bûchait.

De son côté la femme de Jean Lafortune filait quand elle n’avait rien d'autre chose à faire.

Comme à ces métiers-là on n’amasse guères de rentes, quoique souvent, soit dit entre parenthèse, on vive de

la sorte plus heureux que ceux qui en ont, et que l’idée fixe de Jean Lafortune était d'en avoir tôt ou tard, il lui vint un jour à l'esprit de courir le pays.

Il y a eu, de tout temps, de bonnes gens qui se sont imaginés, qu’il suffisait d’avoir quitté le clocher natal pour rencontrer la richesse et le bonheur. Mais hélas ! dès que ce phare de salut cessa de briller à leurs yeux, combien ont pleuré amèrement leur folie, et combien, en butte à toutes les horreurs, à toutes les humiliations de la pauvreté, ont regretté, en mourant sur la terre étrangère, l’humble village qui les vit naître et le coin de terre bénie où reposent les cendres de leurs pères.

J'ai dit tout à l'heure que Jean Lafortune voulait courir le pays. Un beau matin, son parti étant irrévocablement arrêté, il fit son paquet, ce qui ne ft pas long car il ne pesait guère, embrassa sa femme qui pleurait à chaudes larmes et son garçon qui pleurait de voir pleurer sa mère, et leur dit en s’efforçant de ne pas pleurer lui-même: quand j'aurai gagné de quoi nous établir comme le voisin, je reviendrai, mais pas avant. Je veux courir ma chance comme un autre et quelque chose me dit que je réussirai. Dieu merci! j'ai de bons bras, j'ai bon pied etbon œil. Avant trois ans, je puis gagner de quoi acheter une terre. Le quatrième je travaillerai pour les animaux et le gréement, et le cinquième, tu me verras de retour.

Puis Jean partit. A quatre ou cinq arpents de chez lui, ilse retourna avant de gagner un chemin de traverse, pour jeter un dernier regard sur le foyer qu'il abandonnait, et voyant, sur le perron, sa femme et son

garçon qui pleuraient toujours, il se mit à son tour à pleurer comme un enfant, en continuant sa route.

Jean Lafortune voyagea pendant dix ans. Au bout de ce temps, il n'avait augmenté qu’en âge. Cela méritait réflexion, il se mit à réfléchir sérieusement. J'avais trente ans, se dit-il, quand je partis de chez moi sans autre fortune que mes bras ; me voilà rendu à quarante, et je n'ai guère gagné davantage, si non que mes bras sont plus fatigués que le jour de mon départ. Pâtir pour pâtir, j'aime mieux pâtir, s’il le faut, avec les rniens là-bas, que seul ici comme un chien. Retour. nons-nous-en.

Et Jean remit le cap dans la direction de son clocher.

Jean se trouvait encore à trois journées de chez lui, lorsqu'il arriva près d’une ferme qu'il n'avait pas remarquée, sur son passage, dix ans auparavant, Un vieillard de haute taille se lenait sur le pas de la porte et le regardait venir.

Ce vieillard avait une longue barbe blanche, et une tuque rouge lui couvrait la tête. Il était vêtu d’un ample capot gris d’étoffe du pays, et une ceinture fléchée à couleurs voyantes serrait sa taille élancée et pleine de vigueur.

Arrivé en face de ce personnage, Jean qui avait soif lui demanda à boire.

Entrez, mon enfant, lui fut-il répondu d’un ton pa-

F £ ice 4 : à Ps : . == :- IT DS En qe end de A one pe mr .

ternel, vous me paraissez venir de loin, vous reprendrez mieux votre route quand vous vous serez reposé quelque temps.

Jean avait faim et soif, Jean de plus était fatigué ; il ne se fit donc pas prier et entra.

La table était encore mise, le vieillard y conduisit le voyageur et après l'avoir engagé à boire et à manger comme il faut, il lui demanda d’où il venait et où il allait.

Jean raconta son histoire tout en mangeant à belles dents.

Quand il l’eut finie, avec la dernière bouchée, il se disposait à remercier le vieillard et à partir, mais ce dernier le retint etlui dit :

Mon ami, vous avez eu grandemeut tort de quitter ainsi votre femme et votre enfant. Il est bien rare que le bonheur accompagne ceux qui abandonnent l'humble clocher de leur village et leur famille, parce que du mème coup ils désertent les seules vraies joies que l'homme puisse goûter ici-bas : celles que donnent la religion et le foyer domestique.

J'ai beaucoup vécu, mon enfant, et par conséquent j'ai beaucoup vu dans ma longue carrière, et j'en ai counu bien de ces élourneaux, qui ont fui le nid paternel. Que leur est-il arrivé ? Au lieu de l'or et des merveilles qu'ils croyaient follement rencontrer sur leur route, ils n'ont trouvé que déceptions et misères, La plupart sont revenus, comme vous, plus pauvres qu'ils n'étaient partis, fatigués de la route et le désespoir au cœur. Quelques-uns sont morts tristement loin, bien loin de leurs parents, de leurs amis, en proie à toutes les tortures du remords et de leurs espérances brisées. A peine un sur cent a t-il rencontré ce qu'il cherchait,

Ce n'est pas en vain, mon ami, que Dieu a implanté dans le cœur de l'homme l'amour de la patrie. C'est

el.

ce sentiment qui lui fait aimer par dessus tout, si humble qu'il soit, le lieu qui l'a vu naître, et les plus sages et les plus heureux ont toujours été ceux qui ont vécu où leurs pères ont vécu et qui mourront où leurs pères sont morts.

D'ailleurs, comme le dit le proverbe : pierre qui roule n'amasse pas mousse. Vous en êtes la preuve vivante. Pendant dix ans vous avez roulé à droite et à gauche, dépensant d’un bord ce que vous aviez gagné de l’autre, et en fin de compte vous ne rapportez, pour nourrir votre famille qui vous attend depuis si longtenis, que la stérile histoire de votre longue absence.

Ne pleurez pas, mon pauvre ami, je ne dis pas ceci pour vous affliger, loin de là ; vous me paraissez d'un bon naturel et je ne demande pas mieux que de n''intéresser à vous, et de vous le prouver, Tenez, si vous le voulez, vous resterez chez moi pendant un an, j'ai besoin d'un bon travailleur sur qui je puisse compter, et je vous donnerai $100 pour vos peines. Si cela vous va, vous pourrez vous mettre à la besogne dès demain matin. Dans tous les cas, ce serait toujours une jolie petite somme que vous rapporteriez chez vous, et vous demeurerez ici aussi longtemps qu'il vous plaira.

Jean ne se le fit pas répéter deux fois, et serra avec effusion la main généreuse que lui tendait le vieillard.

Le lendemain il était aux champs travaillant comme quatre,

L'année finie, Jean demanda ses gages.

Fort bien ! mon garçon, lui dit le vieillard, tu as bravement gagné tes cent piastres et je vais te Îles donner, Lo Lu me les demandes. Cependant comme

; D PRE NC RE UE 3 Sn GE RER D em

SR A pé n écin

ss

je suis très content de tes services, je veux te laisser le choix de cette somme ou d'une simple vérité qui vaut dix fois plus ; voyons, décide-toi.

Jean se gratta le front avec anxiété, regarda successivement son maitre et le plafond, et finit par déclarer qu'il préférait la vérité.

A la bonne heure ! reprit le vieillard, voilà qui est bien répondu. Eh bien ! mon enfant, retiens-là cette vérité, grave-là profondément dans ta mémoire et sur tout observe-là dans n'importe quelle circonstance, le bonheur de ta vie entière en dépend : SUIS TOUJOURS LE VIEUX CHEMIN.

Jean sortit tout penaud et s’en retourna aux champs. Evidemment dans son esprit, cette maxime ne valait pas cent piastres.

Au bout de la seconde année, Jean se représenta devant le vieillard, et ce dernier lui tint à peu près le même discours que la dernière fois.

La situation était difficile. D'un côté le pauvre diable voyait reluire sur la table une dizaine de piles d'écus tout neufs ; de l’autre, le bonhomme lui répétait de sa voix la plus solennelle :

Je te laisse le choix de ces cent piastres ou d’une vérité bien plus importante que la première et qui vaut cent fois cet argent.

Donnez-moi la vérité, dit Jean en laissant les yeux pour ne pas rencontrer ces beaux écus dont l'éclat lui donnait la fièvre.

— Fort bien, mon garçon, je suis content de toi. Ouvre bien les deux oreilles et n'oublie jamais cette précieuse vérité que je te confle :

me = pt

mps.

alait

senta »s le

able écus e sa

"une vaut

reux t lui

» toi.

cette

Page 1