LA FÉE D'ARGOUGES
et , pour comble de bienfaits , elle l'épousa et lui apporta de grandes richesses. Elle imposa une seule condition au noble baron : c'était de ne jamais prononcer le nom de la mort devant elle ; il le promit. La fée était belle , riche et spirituelle ; les époux vivaient heureux dans le manoir féodal. Un jour , ils devaient assister à un tournoi, dans le château de Bayeux : le palefroi était prêt , et la dame qui était à sa toilette se faisait attendre ; enfin elle arriva brillante de beauté et de parure. « Belle dame . lui dit le sire d'Argouges 7 seriez bonne à aller chercher la mort, car vous êtes bien longue en vos besoignes. »
A peine avait-il prononcé le mot fatal , que la fée disparut en imprimant sa main au-dessus de la porte du château. Toutes les nuits, elle revient errer autour du manoir seigneurial en poussant de longs gémissemens , et criant de temps en temps : « La mort !.... La mort !.... »
Deux circonstances paraissent avoir donné lieu à cette tradition fabuleuse : la première est la victoire que remporta Robert d'Argouges
LA DAME d'aPRIGWY.
sur un Allemand d'une très haute stature, nommé Brun , lors du siège de Bayeux par Henri Ier , en 1 106 ; et la seconde les armes de la maison d'Argouges , où se trouve pour cimier la Foi, représentée sous la figure d'une femme nue , avec la devise ou cri de guerre : à la Je! « à la foi » , que le peuple prononçait : à la fée.
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La rue Saint-Quentin, qui aboutit au pont Isbert ou Trubert, était jadis un chemin creux, couvert , tortueux et étroit. Vers minuit , une fée qu'on appelait la Dame dAprigny , barrait le chemin au passant assez hardi pour s'engager à une telle heure dans ce chemin diabolique. Elle lui présentait galamment la main : s'il l'acceptait , elle dansait gravement pendant quelques minutes sans proférer un mot , faisait une profonde révérence , et disparaissait ; s'il la refusait , la fée le lançait avec force dans les fossés environnans , où il avait une peine infinie à se débarrasser des ronces et des épines.