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Sa femme ronflait toujours. Il savait bien qu'un si profond sommeil n'était pas naturel, mais il n’en fit rien paraître.
Le matin, il dit en se levant qu'il allait réve.er Je voyageur, Elle eut un singulier sourire, [l revint en criant :
— Parti 1... il est parti !... Ta chambre est vide !.., C'est étrange !...
Et la sacoche, ajouta-t-il iron'quement a-t-1l au moins oublié la sacoche 2...
—Elle est Ti, répondit la femme, cn montrant le placage entre les deux fenêtres de sa chambre.
— À nous la fortune ! à nous le bonheur !
elama Babylas en levant les bras au eiel.
— Mais ik va revenir sans doute, observa-telle, pour faire croire qu'elle ne devinait pas.
—Jamais ! sois tranquille.
Et elle demeura tranquille.
Il alla reprendre sa victime et la cacha dans dans la rivière, sous quinze pieds d’eau, avec des roches aux pieds et au cou.
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À quelque temps de là, ils se rendirent au Village pour acheter des vétements.
Le marchand leur demanda, en mesurant l'étotic d'une robe, S'il était vrai que leur garçon était de retour...
Ils ne 1épondirent pas ; ils ne purent répondre tant ils furent étonnés, et ils se l'egardèrent stupidement. Le marchand pensa qu’ils ue l'avaient pas compris :
— Votre fils est revenu ? questionna-t-il de nouveau,
— Notre garçon !..,. répétèrent-ils d'une voix haletarite.
Le inarchand continua :
—L! était parti depuis dix ans, n'est-ce pas {... Vous m'avez dit cela un jour... Il avait quinze ans alors...
— Quinze ans, oui, balbutia Babylas.
—Et il est revenu, quelle joie pour vous, n'est-ce pas Ÿ
—Revenu ? comment ?... Non, il n’est pas revenu.
La femme de Babylas tremblait et sa pâ-
leur était extrême.
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Le marchand ajouta :
C'est le père Spénard, de Saint-Pierre, qui n'a raconté cette nouvelle, Même il m'a dit aue c’est son garcon qui l'a conduit chez vous, un soir de l'autre semaine... Il paraît qu'il a rapporté beaucoup d'argent...
— Notre enfant ! clama la malheureuse femme, et elle tomba lourdement sur le plancher.
On s’empressa de la secourir, mais elle semblait ne plus vouloir vivre ni penser... Elle reprit ses sens et s'évanouit mainte fois.
—C'est l'émotion, la surprise, disait Babylas tout épouvanté aussi.
Il allait se perdre quand le marchand lui demanda si son garçon était venu sans se faire connaître. Il saisit cette planche de salut :
—Non, il ne s'est pas fait connaître !...
Non !... Pourquoi ?... Nous aurions eu tant de bonheur à le presser dans nos bras !...
Nous ne l’avions pas vu depuis dix ans !... Il était parti enfant, il est revenu homme !...
rous ne pouvions pas le reconnaître !... Le
bon Dieu nous éprouve terriblement !,,, Mais peut-être qu'il va revenir nous surprendre...
La misérable mère sortit enfin tout à fait de son évanouissement et demanda à partir, disant avec des larmes qu'elle était malade, qu'elle allait mourir...
Ils s'en allèrent, laissant le marchand fort perplexe. Le monde n'était pas grand alors ; les gens ne se voisinaient pas beaucoup et les rumeurs s'éteignaient vite, Cependant il se fit bien des suppositions au sujet des Babylas.
Mais la police était bénévole et les criminels sc cachaient aisément.
Il v eut entre les époux méchants des reproches amers, des menaces redoutables, des haïnes de damnés. Ils s'aceusèrent l'un l'autré el voulurent se tuer, Ils furent tentés de tout avouer par vengeance... Mais la vue du trésor aui Piflait toujours dans la pauvre sacs", Adoucit peu à peu lamertume de leurs parolcs et de leurs remords, Les querelles devinrent moins fréquentes.
Si dénaturée que soit une mère, il reste toujours au fond de son coeur, un souffle de
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l'amour sacré qu'elle seule peut connaître, et ses efforts pour oublier pleinement la sainte joie de la maternité sont toujours inutiles. Et plus elle se plonge dans le mal pour étouffer la voix de la nature, et plus cette voix invincible lui crie :
-- Tu es mère ! tu es mère ! tu es mère !
Moins de deux ans après le meurtre du jeune voyageur, son fils, la femme Babylas mourait. F'ersonne ne comprit le mal qui l'emporta...
C'était le remords. Elle avait eu le prêtre.
Babylas vécut plusieurs années encore, seul dans son auberge sanglante, T1 se disait pauvre, mais personne ne le croyait, et l’on évitait sa porte comme la porte de l'enfer. Plus encore,
Un matin de janvier, on s’aperçut que le sentier qui conduisait à sa demeure n'était pas battu, et cependant il n'avait pas neigé depuis plusieurs jours. On le crut malade. Il ne fallait toujours pas le laisser mourir comme cela, sans confession. Son âme avait couté cher à Jésus-Christ, Des voisins ouvrirent la porte,
: C'étaient Gagnon, Lépire et Rivard. Ils le trouvèrent mort en face de l'âtre éteint.
% Requieseat in pace *. dit le père Gagnon.
La maison trembla jusqu'en ses fondements, | ef Une voix terrible et mystérieuse répondit : | & Non est pax impiis ! ”