‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 20 sur 77 · L.-P. LEMAY · texte numérisé non relu

L.-P. LEMAY

Colette ne voulait point coiffer sainte Catherine!

On le savait depuis longtemps au village des Rassis, aussi chaque année, les malins qui la voyaient toujours sans amoureux, ne manquaient-ils pas d'aller lui préser ter leurs plus sincères condoléances.

Ils se préparaient encore en 187... à recommencer leur sempiternel refrain, sous la fenétre de la belle découragée quand, dès la matinée du 23 novembre, une nou velle incroyable, stupéfiante, se répandit par tout le vilage: Colette avait avoué en secret, à une intime, que c'était sa dernière Sainte-Catherine, et que la journée ne se passerait point sans que l'on vit du nouveau.

Quel ‘“ nouveau” pouvait-il y avoir? Colette allait-elle se marier?

On devine si les commérages allaient leur train. D'où venait le futur? était-il blond, châtain. brun où roux? avait-il un air gauche ou gracieux? était-il riche? Nul ue

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le savait, car pour tous, jusque-li, 'arnant de Colette était resté invisible. Pour la premiere fois, la fiancée avait été discrète, et tellement discrète qu'on ne savait encore comimnent elle avait pu garder son secret aussi longtemps.

Mais la journée n'etait pas finie, et Îles conHneres devaient passer par bien d'autres surprises.

A peine midi sonnait-il au clocher, qu'on vit un Ccoinmissionnaire s'arreter de porte en porte, et déposer à toutes les maisons de la localité, des cartes d'invitation pour un parti de fire chez... personne ne le crovait, plusieurs allcrent acheter des lunettes, d'autres en empruntèrent... chez Colette!!!

Evidemment. la fin du monde était proche. Cc'ette faire des invitations, et générales encore! mais où mettrait-elle tout ce monde! cominent pourrait-elle le recevoir décennnent” elle n'avait pour tout abri qu'une vieille masure à peine soutenue par des poutres vermoulues: elle l'habitait, seule avec son frere, un bossu, qu'on évitait parce qu'il avait la réputatiou de jeter des malefices: et puis, quel mobilier primitif garnissait leur intérieur: une table, des chaises, un pot'e et quelques bottes de foin!

On avait done grande häte de voir le soir arriver, afin d'avoir la clei de toutes ces enigries.

Il vint enfin, avec des flocons de mou--es blanches qui voltigeaient dans les airs comme ce: toutles de blanc duvet que la brise promene sous Et icuillée, aux premiers effluves du printenips, et ce fut en foule qu'on se rendit chez Colette. Là, nouveiie surprise. [es invités furent nu bon quart d'heure sans se reconnaitre, Si la chan-

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mière de Colette était restée la mème à l'extérieur, l'intérieur avait subi une transformation grandiose... féerique. Les poutres vermoulues avaient disparu sous des lambris dorés: des colonnes de marbre, enguirlandées des roses les plus fraiches et les plus odoriférantes, soutenaient une voûte teinte d'azur et étoilée de marguerites et de boutons-d'or; des massiis de fleurs rares et de ramilles de sapins, disséminés ça et là, dans ce nouveau parterre, digne pendant du jardin d'Armide, remplissaient l'enceinte des parfums les plus suaves et les plus aromatiques.

Ce qui surprit encore davantage les invités, ce fut Colette elle-même: rajeunie, embellie, gracieuse comme une svlphide, blanche comme un lys, elle qui était si noire auparavant !

F n'y avait plus moven d'en douter, l'amant de Colette devait être un grand prince, un prince riche et puissant, mais on ne le voyait nulle part! où était-il donc? se cachaitäl derrière ces riches tentures aux plis enchanteurs qui masquaient les fenêtres et les portes; se conservait-il pour la fin de la soirée, afin de créer une sensation ?

Tout semblait l'indiquer. En attendant, les commentaires allaient leur train. Les jeunes filles étaient émerveil'ées de la grace de Colette, et auraient donné tout ce qu'elles possédaient pour être belles comme elle, une minute seulement... une seconde. Quant aux anciens, ils hochatent la téte, en se disant que tout ce qu'ils voyaient n'était pas naturel. qu'il devait y avoir du sortilège

mal. Un fait surtout senblait leur donner rai: :. c'était isolement de Colette. Tes jeunes galants üu village

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auraient été au comble de leurs désirs, s'ils avaient pu seulement s'approcher de Colette, et la prier d'avance de danser avec eux, vers la fin de la fête, malheureusenient, Colette restait inabordable, et, après bien des efforts réitérés et des tentatives toujours infructueuses, les plus braves durent céder devant le cercle infranchissable qui semblait maintenir la reine de la soirée hors de toute atteinte. Et pourtant, elle les invitait à s'approcher, leur adressait ses plus charmants sourires, elle se permettait mème des minauderies, et soulignait son gracieux babil des moues les plus séduisantes.

Lorsque le sirop, dont on entendait crépiter Îles bulles odoriférantes dans un immense vase doré, fut suffisanment cuit, et qu'on voulut l’étirer, les invités furent témoins d'un nouveau phénomène; de couleur d'or qu'elle était, la tire prit les teintes les plus variées, personne n'en avait de la même couleur: ici elle était rose, orange, blanche, là violette, azurée, pourprée, et on aurait dit du nectar, tant elle était délicieuse au goût. Aussi, fut-elle regardée comme la meilleure qui ait jamais été faite dans le village. On s'imagine si les invités lui firent honneur en la croquant sommairement; ils ne pouvaient s’en rassasier, tant elle était excellente, et ils en auraient bien mangé jusqu'au matin, si un orchestre invisible, qui attaquait un quadrille à faire danser les pierres, n'était venu leur rappeler qu'il fallait faire trêve à la gourmandise. Aussitôt, tout le monde fut sur pied, personne ne pouvait résister au charme, à l'entrainement de ces accords si fantasques et si guillerets. Vieux comme jeunes, infirmes comme non infirmes. tous se mirent à danser avec un entrain, une légèreté dont ils se croyaient incapabies,

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Contre l'attente générale, on vit Colette danser seule : le cercle se maintenait autour d'elle, et aucun danseur ne parvenait à l'approcher.

Soudain on entendit sonner minuit.

Colette palit.

Au dernier coup du cadran, un grand tumulte se fit dans la salle. Les massifs se mirent en mouvement et joignirent la danse: Îles marguerites et Îes boutons-d’or de la voûte qui semblait maintenant embrasée tombèrent comme une pluie de feu: les lumièr s jusque-là si étincelantes et si blanches, prirent les teintes d'un brasier : en fut de même de tout ce qu'il x avait dans la salle : fleurs, colonnes, massifs, tentures, tout semblait flambover.

On dansait, dansait toujours, de plus en plus vite, et. malgré la frayeur des invités qui auraient voulu se voir à cent lieues, personne ne put quitter le tourbillon rapide qui entrainait les couples malgré eux, et il fallut danser et danser encore, sans qu'on püt prévoir comment tout cela finirait. Puis on vit les massifs se réunir et entourer Colette. lui former un berceau de feuillage et de rameaux pourpres, sous lequel s'éleva bientôt deux trones: un personnage tout de rouge habillé, les yeux flamboyants, doté de deux cornes et d'une queue velue, occupait l'un, l'autre était sans doute destiné à Colette.

A cette vue, les invités se signèrent, et aussitot, une vigoureuse poussée les envoya rouler pêle-méèle dans la neige, et l’on entendit une voix caverneuse * oférer ces mots épouvantables:

— Colette, sois mon épouse, et viens régner avec moi au royaume de l'enfer. Tuas dit ce matin: “ Plutot

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épouser le diable que de coiffer sainte Catherine! Ton vœu est exaucé. Damnés, en avant la noce!”

On entendit alors un bruit formidable de chaînes et d'enclumes, un gémissement lugubre glaca d’épouvante les derniers invités, qui fuyaient au loin: la masure s'écroula, et une flamme bleuâtre erra sur les décombres.

Le lendemain, la masure de Colette avait disparu. A sa place s'élevait un monceau de cendres fumantes et une poutre calcinée: derniers vestiges du terrible drame de la veille.

Aucun spectateur du tragique événement ne loublia, et c’est encore en trembiant, que, longtemps après, ils rappelaient à leurs jeunes filles qui voyaient la coiffe de sainte Catherine d'un mauvais œil, la terrible punition de l'imprudente Colette.

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Tous les ans, à la Sainte-Catherine, sur l'heure de minuit, on voit une forme blanche errer dans les ruines maudites, et tracer en lettres de feu, cette funeste parole: “ Plutôt épouser le diable que de coiffer sa'nte Catherine!”

lt l'on dit dans le village, que c'est Colette qui vient renouveler à son seigneur et mari, le diable, l'hommage qu'elle à juré dans un jour néfaste.

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(1889) Madame R. DANDURAND

Madame R. Dandurand, fille de feu l'honorable F.-G. Marchand, littérateur distingué et ancien premier ministre de la province de Québec, est une de nos publicistes remarquables. C'est la première femme de lettres canadienne qui ait reçu les palmes académiques du gouvernement français. Elle a collaboré à

plusieurs revues et journaux, a fondé le Coin du feu, superbe revue pour les dames, et a publié en 1889: Contes de Noël, et en 1901, Nos fravers, deux ouvrages estimés,

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Deux souliers

Le petit Noël, au bout de sa tournée, s’arrétait indécis devant deux souliers qui lui restaient à remplir.

Et pourtant, rarement il hésite, car c'est son métier de semer à pleines mains le bonheur sur sa route, et le bienfaisant génie a pour cette tâche délicate les grâces d'état.

Jamais, cepuis qu'il avait commencé sa carrière, depuis qu'il avait été chargé de rappeler au monde le g'orieux anniversaire en répandant les trésors de la charité divine, jamais il ne s'était trouvé en pareille perplexité.

C’est que pour un seul cadeau qui lui restait, tl y avait encore deux souliers à combler.

L'un était une merveille.

La mule d’une sultane n’est pas plus précieuse, et Cendrillon en aurait avec plaisir chaussé son second piedl.

11 était fait de peluche brodée d'argent, et, sur le nœud de satin, nuancé comme une fleur, qui l'ornait, un papillon reposait dont les ailes semrlaient avoir gardé des reflets d'aurore.

Sambré sur son fier talon, touchant à peine le sol du bout de sa pointe effilée, ce soulier ne semblait avoir em-

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prisonné jamais que le pied d’une fée mignonne, qui l’aurait laissé tomber à terre en s'élançant vers son mystique royaume. ; |

Mais, ce qui surtout faisait ressortir la grace exquise de l’adorable sandale et qui en même temps embrouillait complètement les idées de l'excellent petit Noël, c'était le contraste du voisinage.

A côté de ce chef-d'œuvre d'élégance et de luxe, gisait, sur le tapis, le plus roturier des sabots.

Lourd, usé, crotté, il semblait durci au feu, après avoir été trempé aux bourbiers des rues.

Pauvre petite ruine! peut-être au demeurant était-elle plus à plaindre qu'à mépriser pour sa laideur...

Comme il avait dû vaillamment patauger, trottiner et courir pour être ainsi sali et morfondu, le pauvre sabot! Mais, que venait-il faire ici? Et pour qui réclamait-il les faveurs du petit Noël?

Celui-ci voyait bien devant lui—sommeillant dans leurs lits respectifs — deux enfants, aussi dissemblables d’attitude et de nature que l’étaient le soulier merveille et le grossier sabot; mais cela ne tranchait pas son em-

barras.

Dans un berceau duveté, tendu de soie et de gaze blanches, vaporeuses comme les visions d'un rêve, une enfant reposait.

Elle ressemblait aux anges qui ornent les autels, tant elle était belle et pale. Pas un soupir, pas un mouvement ne trahissait la vie sur sa figure idéale. Son repos était une extase.

Tout auprès, dans sa camisole de bure, une fillette rose dormait heureusement, la tête appuyée sur son bras potelé.

Ses cheveux en broussaille cachaient à demi son visage, et flottaient comme une poussière d'or sur l'oreiller.

Parfois un plus long soupir accentuait sa respiration:

ses bras ‘us s'étiratss avec nise, ses lèvres closes, rouges comme un fruit mir, s'ouvraiert en un sourire de béatitude:; 4 petons dodus reoussaient la couverture, puis

la boucle rieu:ce se retsrmait en une fleur vermeille, les menottes disparaissent dans la brume blonde des cheveux, les -etits 52 4s blancs, devenus fri'eux. allaient s'enfouir sous ic: |: aages: et l'enfant se pelotornait voluptueusement ::.1s la tiédeur de son nid.

En la contemplant, le petit Noël cherchait à s'expliquer le mystère de ce bizarre rapprochement.

Il supposait bien, lui qui connait intimement le bon Dieu, et qui sait que sa toute puissante Providence ne s'amuse pas à de futiles espiègleries, il soupçonnait fort, dis-je, un dessein de la miséricorde divine.

Et cependant !... répétait-il d’un air songeur en regatdant le bébé mignon, qu'il était bien près de trouver importun.

Un grand sac dégonflé pendait au cou du céleste émisaire, et chaque fois que ses veux tombaient sur le bon diable de vieux sabot, sa main instinctivement tatait ce sac vide.

C'était, selon toute probabilité, celui qui avait contenu les présents réservés aux souliers de cette catégorie.

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Déjà l'aube discrète glissait à travers les ténèbres ses lueurs lactées.

Bientôt le sommeil, agité de rêves fantastiques et de visions éblouissantes, allait fuir les paupières enfantines, empressées de s'ouvrir aux belles choses déposées à leur pieds par la munificence du petit Noël.

Il fallait se häter. Fami de l'enfance allait être pris en flagrant délit de visibilité, et cela, il ne l'aurait pas voulu pour une couronne de séraphin!

Chacun a son orgueil. (Celui de cet excellent esprit est d’expédier la besogne qu'on lui confie, d'une façon irréprochable, et surtout promptement.

Jamais il! n'a été surpris par le jour. Le flambeau que le bon Dieu lui prête pour guider sa course à travers les ombres, c'est l'étoile qui conduisait autrefois les trois rois d'Orient à la crèche du Sauveur.

Voyant que ses délibératiors mentales ne l’amenaient à aucune conclusion satisfaisante, l’envoyé du ciel éleva vers Dieu son pur esprit, et sollicita une inspiration.

Il eut alors l'intuition du décret divin:

Le sac qu'il avait cru vide fut ouvert, et son bras s’y plongea jusqu'à l'épaule pour en retirer un petit paquet mystérieux.

Alors les innombrables bibelots qui avaient été primitivement destinés à l’opulente pantoufle furent divisés en deux lots, et les mandataires muets qui, gisant sur le tapis, réclamaient tacitement leur butin, en reçurent chacun une part égale.

Puis, louant le Créateur de son ingénieuse et tendre

générosité, le bon petit Noël brisa le cachet de l'enveloppe énigmatique dont 1l avait deviné le contenu précieux.

Aussitôt, une poudre dorée, s'échappant de ses doigts, tomba dans la sandale de peluche, puis dans Île misérable sabot.

Tout ce qui restait d'ombres dans la pièce s'évanouit devant le poudroiement irisé de cette poussière merveilleuse, mettant partout des rayonnements.

La fillette rose, blottie dans la profondeur des coussins, en devint toute resplendissante, et l'ange pale qui dormait à coté s'anima, se transforma tout à coup, sous le feu des reflets magiques.

Un sang nouveau sembla s'infiltrer dans ses veines et colorer d’incarnat les lis de ses joues. La vie retleurissait en cette frêle créature.

Le petit Noël s'était envolé sans bruit.

Deux voix enfantines éclatèrent ensemble comme un délicieux chant d'oiseaux, emplissant le vaste palais d’échos inconnus.

En même temps une mère, folle de joie, accourait, élevait dans ses bras son enfant ravivée, et s'écriait en la pressant passionnément sur SOn CŒuT:

— Ma prière est exaucée! Soyez béni, Seigneur!

‘“ Qui donne au pauvre prête à Dieu,” dit un touchant enseignement. Dans le cas actuel, le tout-puissant débiteur avait loyalement soldé sa dette, rendant un {résor pour une obole — une vie chère pour un abri donné à l'orphelin,

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Le partage avait été jndicieusement fait par le délégué de la Providence. Les deux souliers, sans distinction d'élégance ou de difformité, avaient été surchargés de bonbons et de jouets.

Tout cela était merveille et nouveauté pour la naive propriétaire du vilain soulier.

La veille, dans le tumulte d'une grande rue, un groupe de passants l'avait séparée de sa mère. Voulant la rejoindre et courant en tous sens, la pauvre mignonne se perdit.

Mors, lasse et désolée, el'e s'arrèta et se mit à sangloter dans son chäle, murmurant tout bas l'appel qu'elle avait longtemps répété avec des cris déchirants:

— Maman! maman! soupirait elie comme une invocation, tandis que son petit cœur éclatait.

Soudain, clle sentit que l'on abaissait doucement ses mains. Une grande dame, toute enveloppée de fourrures, penchée vers elle, lui demandait tendrement :

— Pourquoi pleures-tu, mon enfant ?

Cette he’le femme douce et triste l'avait fait monter dans une superbe voiture, et l'avait emmenée en un palais éblouissant où la pauvresse fut choyée, dorlotée, à un te! point que le souvenir de son malheur en devint moins cuisant.

Elle avait trouvé, sous le toit hospitalier de sa bienfaitrice, une ange conso'ateur.

C'était une enfant irèle, avec de grands yeux pensifs Où il y avait queïque chose de profond et de serein qui étonnait, en la subjuguant, la simple fillette.

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La belle dame contemplait avec attendrissement ces deux gracicuses créatures s'observant avec curiosité et causant en leur langage d'oiseaux.

lille vint se mettre à genoux près du joli groupe, et ses veux tout pleins de larmes, allant de l’une à l'autre, semblaient les comparer.

—- Que je serais heureuse! répétait-elle, que je serais heureuse!

Prenant entre ses mains la tête angélique de sa fille et la baisant avec tendresse:

Prie le bon Dieu avec moi, qu'il te fasse ressembler à cette chère petite! lui dit-el'e.

Les âmes innocentes s'entendent bien entre elles. Les deux bébés devinrent bientot les plus grands amis du monde. L'une essuyait les larmes de l'autre, qui finissait par sourire aux CATesses de sa douce protectrice.

Quand sa belle amie mit sa précieuse pantoufle sur le fover, la pauvre enfant perdue l'imita naïvement. et les compagnes, gentilles à ravir dans leur posture d'anges. joignirent les mains et prièrent ensemble le petit Noël de s'en souvenir.

Comme on l'a vu, leurs vœux furent accomplis.

Après avoir curieusement parcouru, scruté et exp oré le logis magnifique qu'elle occupait depuis la veille, la grosse fillette s'orna sans rien dire de tous les présents qui avaient plu dans son sabot, jeta de travers sur ses épaules le vestige fané qu'elle appelait “* son ctâle.” posa sur le buisson inextricable de ses boucles un bonnet de

laine, et se présenta, ainsi équipée, devant un grand laquais qui se tenait debout dans l'antichambre:

— Je la trouverai bien. Ouvrez-moi seulement cette sa figure ingénue.

— Où demeure-t-elle, ta mère? demanda le laquais irunique sans se déranger.

— Je la trouverai bien. Ouvrez-moi seulement cette grande porte.

Le serviteur galonné se mit à rire en analysant le bizarre accoutrement de son interlocutrice.

Elle le regardait avec ses grands yeux naïfs, et attendaïit. Quand, à la fin, il se décida à ouvrir les deux énormes battants de la porte massive, elle se retourna une dernière fois vers sa compagne, lui sourit doucement en manière d'adieu, et, serrant plus fortement ses trésors, pour ne pas les perdre en route, elle partit en courant.

C'est alors que le petit sabot se remit à patauger en expert, et que les polichinelles et les poupées, étroitement emprisonnées entre ses bras, eurent leurs cheveux joliment ébouriffés par les collisions diverses qu'ils subirent avec les passants, les poteaux de reverbères, que sais-je encore!

Et, ma foi, tout était pour le mieux.

Ces personnalités élégantes, en leur mise irréprochable, se fussent trouvées bien dépaysées dans le logis où les conduisait leur petite maitresse.

L'emmêlement de leurs chevelures, et les menues avaries que reçurent leurs toilettes pendant le trajet, les firent accueillir comme de la famille :hez leurs nouveaux hotes.

Après une très longue course, notre amie s'arrêta

des ant une Licoqne, et irappa la porte du pied en appelant sd HICrC.

Lille tomba dans ‘es bras de celle-ci, toute bourrée «ie ses cadeaux, cherchant à les garantir jusque dans la cha leur de l'étreinte maternelle.

Aux questions empressées: “ D'où viens-tu, chère en fant? Qu'as-tu fait? Où as-tu passé la nuit?” la llette ne répondait rien. Elle exhibait à ses petits frères son riche butin, ses veux brillant du plaisir de se retrouver dans la misère et l'intimité de sa cahutte.

La rentrée de la chère absente avec son attrayant cortège chassa le laid fantome du désespoir qui était venu s'asseoir au foyer.

La mère ravivée, berçant longuement entre ses bras le bébé retrouvé, oublia toutes les angoisses des dernières heures. Le bonheur qui n'attendait que ce signal éclata dans la masure un instant assombrie... Car le petit Noël avait aussi passé là, jetant dans les sabots la semence d’or qui donne la paix du cœur, l'insouciance heureuse et la fraicheur colorée d’une vigoureuse jeunesse.

Pour récompenser la charité d'une mère, Dieu avait lonc mis dans un palais le don inestimable qu'il réserve \ ses amis les pauvres. Il y avait déposé le rare bien, l’uique trésor en cette valiée de armes.

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LOUIS FRECHETTE

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M. louis Fréchette naquit à Lévis, en 133% Il fut avocat et député, puis se livra entièrement À la littérature.

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C'est le plus grand poète lyrique que le Canada a produit. Ses principaux volumes de poésie sont /es Fleurs boréales et la Légende d'un Peuple, tous deux couronnés par l’Académie française, Ses ouvrages humoristiques : Originaux et

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