Communication de M. Claude-Noël Desjoyeaux
348 l/iNSURRECTION DE LYON EN 1793
long, au gré de Dubois-Crancé et de ses amis. Ils recevaient continuellement de leurs agents disséminés dans Lyon des rapports souvent mensongers, dont ils communiquaient au Comité du Salut public les détails favorables tels que ceux-ci :
On nous assure que Tétat-major des rebelles s'est établi du côté de Perrache pour être plus à même de s'évader en cas d'événement.
Les rebelles contiennent par la terreur une partie des citoyens. Nous sommes informés qu'ils font journellement fusiller ceux qui refusent ou qui négligent de porter les armes avec eux ou qui tiennent des propos contraires à leur plan *.
Ou bien :
L'émigration des vieillards, femmes et enfants de la classe pauvre est prodigieuse. Nous recueillons ces malheureuses victimes de l'aristocratie, et nous leur faisons donner par les districts les secours nécessaires*.
Cette hospitalité ne devait pas être accordée longtemps. Albitte, le Conventionnel dont nous connaissons le triste rôle au début de Tinsurrection, envoyait au Comité de Salut public la lettre qui suit et dont nous reproduisons Torthographe :
On dit que les rebelles de lion se préparent à faire juger et périr les patriotes prisonniers qu'ils ont proscrit et que les Marseillais employent toujours la guillotine, et moi je fais arretter tous Lyonnais ou Marseillais qui peuvent se présenter et j'espère qu'ils me serviront d'otages assez pUissans pour arretter la fureur des monstres qui ont jurés la contre-révolution -.
1. Re^'istre de la section des droits de Thomuie. Collection Rosas. — Va*\sen, Dftcmnenfs ifnprinu's : Lf/on en 1793, le Sièt/e, p. 93.
2. Arcfiirrs hisforiques de la (iuerre : Armée des Alpes^ septembre 1793 (n" 1 de l'inventaire (PAlhitte .
Comme Kellermann, Je général de division Dumuy, plein de déférence pour les représentants mais brave soldat, soucieux avant tout de ses devoirs militaires, apprenait à la date du 1*' septembre sa suspension de commandant en chef provisoire de Tarmée de siège. 11 envoyait d'urgence à ce Comité de Salut public qui a mérité le surnom de Comité de « soupçon » public « les témoignages d'estime et d'attachement de ses frères d'armes* ». Vaine protestation! la disgrôce qui allait frapper Kellermann ne devait pas épargner son successeur. Un autre officier général, qui avait fait tirer sur Lyon les premières bombes, le général Vaubois, commandant la division de Bourg au camp de la Guillotière, était sous la surveillance de l'adjudant-général Noël, nominativement son chef d'état-major mais en réalité, comme nous l'avons déjà dit, le délégué de Dubois-Crancé. Vaubois faisait pourtant preuve d'une grande activité, tenant toujours ses troupes en évciT".
Aux avancées du camp de la Guillotière, on construisait deux nouvelles batteries avec des boyaux de communi-
1. Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes, septembre 1793 (!!• 1 de l'inventaire d'Albitte).