SCENE V
Que les protestants honnêtes et savants sont en faveur DE LA CONFESSION. Qu'lL FAUT EN DIRE AUTANT DE BEAUCOUP DE PHILOSOPHES ENNEMIS DE L'EGLISE CA- THOLIQUE. Que l'apostat Chiniquy honore la confession EN LATTAQUANT.
Le Membre de l'Instituc-Canadien. — Je 1 admets : je ne trouverai jamais un fait d'un prêtre infidèle au secret de la confession. En revanche, je trouverai des hommes nombreux, des savants,, des philosophes, protestants ou même catholiques, qui déclarent avec Chiniquy que la confession est une institution diabolique.
L'Instituteur. - Vous trouverez, au contraire, que les protestants les plus illustres se sont déclarés en faveur de la confession.
Lj Membre de l'Institut-Canadien. — J'en doute !
L Instituteur. — Vous en doutez ? Vous avez trois l'ois tort.
Lord Fitz-William n'était-il pas un des protestants les plus honnêtes et les plus distingués ?
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Oui, c'était un grand homme.
L'Instituteur. — Eh bien, dans ses Lettres sur Athènes, Lord Fitz-William dit en parlant de la confession : « Ici, au confes- « sionnal, le coupable est lui-même son accusateur, et non pas « son juge ; et, tandis que le chrétien d'une autre religion, s'exa- « mine légèrement, prononce dans sa propre cause, et s'absout « avec indulgence, le chrétien catholique est scrupuleusement « examiné par un autre, attend son arrêt du Ciel et soupire « après cette absolution consolante qui lui est accordée, refusée « ou différée au nom du Très-Haut. Quel admirable moyen d'é- (( tablir entre les hommes une mutuelle confiance, une parfaite « harmonie dans l'exercice de leurs fonctions ! »
Le cultivateur. — Vous voyez, monsieur de l'Institut, que ce grand génie protestant estime la confession comme une institution admirable !
Le menuisier. — C'est déplorable que Chiniquy ne soit pas un homme d'esprit. Au lieu de parler contre la confession, il en ferait l'éloge.
L'Instituteur. — Je vous ai déjà nommé Leibnitz. Etait-il grand homme !
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Leibnitz est le plus grand génie qui ait paru sur la terre depuis plusieurs siècles.
L'Instituteur. — Si ce n'est pas le plus grand, c'est un des plus grands. Leibnitz dans son ouvrage sur la théologie parle de la confession. Ecoutez, voici ce qu'il en dit :
« La rémission accordée dans le Baptême ou dans la Confes- « sion est également gratuite, également fondée sur la foi dans le « Christ ; la Pénitence dans Tun et dans 1 autre est nécessaire a pour les adultes, avec cette différence que dans le Baptême, ex- « cepté le rit de l'ablution, Dieu n*a rien prescrit en particulier, « au lieu que pour la Pénitence, il est ordonné à celui qui veut « être purifié de se montrer au prêtre, de confesser ses péchés, de 't subir au jugement du prêtre une peine qui puisse lui servir 4 d'avertissement pour la suite : et comme Dieu a établi les prê-
« très médecins des âmes, il a voulu que les malades leur décou- « vrissent leur maladie, et dévoilassent leur conscience : de là on ii rapporte que Théodose pénitent dit avec raison à saint Àm- « broise : C'est à vous à montrer et à préparer le remède ; c'est à « moi à le prendre. Ces remèdes sont les lois que le prêtre impose * au pénitent, et pour qu'il sente le mal passé, et pour qu'il évite « le mal à venir, et on leur donne le nom de satisfaction, parce « que cette obéissance de celui qui se corrige est agréable à Dieu, « et adoucit ou efface la peine temporelle que sans cela Dieu nous « ferait subir. On ne peut disconvenir que toute cette institution « ne soit digne de la sagesse divine, et assurément rien de plus « beau et de plus digne d'éloges dans la religion chrétienne ; les « Chinois eux-mêmes et les Japonois ont été saisis d'admiration. « En effet, la nécessité de se confesser en détourne beaucoup du « péché, et ceux surtout qui ne sont pas encore endurcis ; elle « donne de grandes consolations à ceux qui ont fait des chutes. <( Aussi je regarde un confesseur pieux, grave et prudent comme (i un grand instrument de Dieu pour le salut des âmes ; car ses « conseils servent à diriger nos affections, à remarquer nos dé- '< fauts, à nous faire éviter les occasions du péché, à restituer ce « qui a été enlevé, à réparer les scandales, à dissiper les doutes, à <( relever l'esprit abattu, enfin à enlever ou diminuer toutes les « maladies de l'âme ; et si l'on peut à peine trouver sur la terre « quelque chose de plus excellent qu'un ami fidèle, que sera-ce., « d'être obligé par la religion inviolable d'un sacrement divin à « garder la foi, et à donner du secours ? Quoique les chrétiens, « lorsque la ferveur de la piété étoit plus grande, fissent usage « autrefois de la Confession et de la Pénitence publiques, cepen- '( dant, pour s'accommoder à notre foiblesse, il a plu à Dieu de « faire connoître aux fidèles par son Eglise, que la Confession •< particulière faite à un prêtre suffisoit, y ajoutant le sceau du <( secret, afin que la Confession fût plus à l'abri de tout respect « humain. La Confession n'en est pas moins pour cela de droit « divin, telle qu'elle a été établie par l'Eglise, quoique le mode, « comme on sait, ait varié en différents temps : car Dieu a laissé « à son Eglise la détermination et la disposition de beaucoup de « choses relatives à la dispensation de ses sacrements, non que
« l'Eglise puisse faire directement qu'une chose soit de droit dite vin, mais parce que Dieu a laissé à sa disposition certaines con- « ditions et certaines circonstances dans les choses qui sout de « droit divin : comme nous 1 avons déjà observé à l'égard des émit pêchements de Mariage. On peut avec raison en dire autant de « la forme du jugement, dont le Christ a remis à l'Eglise par la a concession des clefs, le pouvoir et l'exercice : ainsi, il est de « droit divin que celui qui méprise le jugement de l'Eglise, et qui o ose ne point tenir compte des conditions qu'elle impose soitpena dant, soit après la Confession, n obtienne pas l'absolution. De (, là encore le pouvoir qu'ont les évêques et le souverain pontife « d'établir des cas réservés dont aucun ne peut absoudre qu'à ù l'heure de la mort, de prescrire des canons pénitentiaux, de « définir jusqu'où il est besoin de faire connoître les circonstances « particulières des péchés pour une Confession suffisante. Ces « lois ne peuvent être enfreintes sans témérité par celui qui se « confesse, et même l'absolution seroit nulle, à cause d'un nouc veau péché mortel et par conséquent de 1 impénitence »
Le cultivateur. — Ce Leibnitz pense comme un catholique !
Le forgeron. — Quand un homme a un grand esprit, il voit les choses élevées. Quand il en parle, il en parle bien.
Le menuisier. — A ce compte, Chiniquy est un petit esprit qui ne s'élèvera jamais plus haut que le bourbier dans lequel il vit.
L'Instituteur. — Luther, qui est le fondateur du Protestantisme, n'a pas aboli la confession. Dans son catéchisme protestant^ voici comment il s'exprimait sur ce sacrement : « Nous devons « déclarer au confesseur les péchés que nous connaissons. Quels w sont ces péchés ? Examinez votre condition, votre état, d'a- « près les dix commandements, c'est-à-dire, si vous êtes père, « mère, fils, fille, maître, maîtresse, serviteur ; voyez si vous avez « été désobéissant, infidèle, paresseux, etc. »
Le forgeron. — Ainsi Luther était pour la confession ? Et il recommandait à ses enfants, les protestants, de bien s'examiner afin de tout dire au confesseur !
Le menuisier. — C'est bien curieux que l'apostat Chiniquy, qui se dit de la religion de Luther, se permette de penser en matière de confession autrement que son père.
(/ci le vxembre de V Institut-Canadien semble, avoir chaud ; il s essuie Je front.)
L'Instituteur. — Après la mort de Luther, père du protestantisme, la confession a été abandonnée par beaucoup de protestants. Quel fut le résultat ? La Liturgie protestante va répondre. « Lorsqu'on s'est relâché sur les règles prescrites pour la confes- « sion auriculaire, un libertinage affreux s'en est suivi. »
La corruption fut si grande chez les protestants après l'abolition de la confession, que les réformés de Nuremberg, effrayés, envoyèrent des députés à Charles-Quint pour le prier de la rétablir chez eux.
De nos jours, beaucoup de protestants reviennent à la confession. Il y a des ministres anglicans qui obligent leurs malades à se confesser. Voici la formule d'absolution qu'ils prononcent après avoir entendu les confessions : « Notre Seigneur Jésus-Christ, qui « a laissé à son Eglise le pouvoir d 'absoudre tous les pécheurs « qui se repentent et qui croient en lui véritablement, veuille te c pardonner tes offenses, par sa grande miséricorde ; et, en son c autorité qui m'est commise, je t'absous de tous tes péchés, au « nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. »
Le forgerom — Que dites-vous de cela, monsieur de l'Institut ? N'est-ce pas que les honnêtes protestants, que leurs savants, que leurs fondateurs estiment autant la confession que Chiniquy parait la mépriser ?
Le Membre de l'Institut-Canadien, en s essuyant le front. Oui.
L'Instituteur. — Les philosophes ennemis de l'Eglise catholique ont respecté la confession. Voltaire, le fameux Voltaire, dit dans les Annales de V Empire : « Les ennemis de l'Eglise romaine qui se sont élevés contre l'institution si nécessaire de la coufession, semblent avoir ôté aux hommes le plus grand frein qu'on puisse mettre à leurs crimes secrets. »
Jean Jacques Rousseau dans son Emile n'a-t-il pas écrit : « Que de restitutions, de réparations, la confession ne fait-elle point faire chez les catholiques ! »
Marmontel, dans ses Mémoires, Raynal dans son Histoire des Etablissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, et une centaine d'autres savants que je pourrais vous nom-
mer, ont proclamé la confession une des meilleures institutionsque possèdent les sociétés catholiques.
Le forgeron. — Mais, monsieur de l'Institut, j'y psnse. N'avez vous pas dans votre fameuse bibliothèque de l'Institut les livre» de ce Monsieur Voltaire ? Les avez vous lus ?
Le Membre de 1 Institut-Canadien. — Oui.
Le forgeron. — Et ce qu'il dit de \ \ confession ne vous a pas conduit au confessional '( Tant i! est vrai qu'on ne prend pas le bien, mais le mal. dans les livres des philosophes impies
L'Instituteur. — Non seulement les grand* hommes ont dû reconnaître la richesse de la confession mais beaucoup se sont confessés. Que de noms je pourrais vous citer ! Je vous rappellerai seulement le grand Napoléon Sur son lit de mort, à Ste. Hélène, il se confesse à l abbé Bonaviso qu'il avait fait venir d'Italie.
Le forgeron. — Allons, vivent ceux qui se confessent ' Ils sont de la famille de tous les saints, de tous les honnêtes gens. Ils ^ont en compagnie de tous les grands génies Les protestants instruits et les philosophes, ceux mêmes qui sont impies, reconnaissent que la confession est une sainte et grande chose I
Le cultivateur. — L'Apostat Chiniquy qui parle contre la confession, a pour lui les ignorants ou les mauvais sujets .
Le menuisier. — Pour moi, quand j'entends la canaille parler en mal d'une chose que les honnêtes gens respectent, je remercie la divine Providence d'avoir donné au diable des avocats dignes de lui.