SCÈNE Ire
Les schismes prouvent que l'apostat Chiniquy a parlé contre la vérité, en affirmant que la croyance a la présence réelle est une nouveauté dans l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Oui, messieurs, selon Chiniquy, c'est depuis peu de temps que l'Eglise de Rome affirme que l'hostie consacrée renferme le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Le forgeron. — Ce prêtre apostat semble né d'hier. Il ne connaît rien de l'histoire du passé.
Le menuisier. — Vous verrez qu'il finira pas croire que le monde a commencé avec lui.
Le cultivateur. — A coup sûr, il prouvera que l'ignorance et la mauvaise foi n'ont jamais eu avant lui de serviteur plus dévoué et plus fidèle.
L'Instituteur. — Ce prêtre apostat est d'une audace incroyable. Pour affirmer, comme il l'a fait, que l'Eucharistie est une croyance nouvelle dans l'Eglise, il faut qu'il se moque du sens commun, du témoignage même des faits historiques. L'histoire, en se déroulant, établit indubitablement que la croyance catholique à la présence de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie est aussi ancienne que l'Eglise.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — C'est bien beau d'affirmer tout cela ! Mais ce n'est pas assez, il vous faut de plus le prouver..
Le forgeron. — Tiens ! comme vous êtes pressé, monsieur de l'Institut ! On dirait qu'avec vous, il faut aller plus vite que le vent. Tranquillisez-vous un peu. Laissez à monsieur l'Instituteur le temps de parler, et vous serez amplement satisfait.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Que monsieur parle !
L'Instituteur. — Je dis donc : les faits historiques établissent quel'Eglise catholique a toujours cru ce qu'elle croit aujourd'hui touchant l'Eucharistie.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Vous le dites, mais vous ne le prouvez pas.
Le forgeron. — Mais, donnez donc à monsieur le temps de respirer, et il vous prouvera ce qu'il vous affirme !
L'Instituteur. — Les schismes sont des faits historiques que personne ne peut nier : ils ont souvent une durée qui embrasse plusieurs siècles.
Le cultivateur. — Les schismes, c'est comme les vélocipèdes. Ça. ne roule pas longtemps, dans chaque pays, mais ça roule assez pour qu'il soit donné aux hommes de constater que ça eu son temps.
L'Instituteur. — Un des plus grands schismes est celui qui donna naissance à l'Eglise Grecque schismatique. Il date des premiers siècles de l'Eglise. Au neuvième siècle, ce schisme, qui fermentait depuis cinq cents ans, était un fait accompli.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Qu'est-ce que cela prouve ?
L'Instituteur. — Je vais voue le dire. Les Grecs schismatiques ont toujours cru à la Présence réelle dans l'Eucharistie.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Je le sais. Mais qu'est-ce que cela prouve ?
L'Instituteur. — Cela prouve que dans les premiers siècles de l'Eglise on croyait à l'Eucharistie.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Comment ?
L'Instituteur. — Si à l'époque du schisme des Grecs on ne croyait pas à la Présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie, sont-ce les Grecs ou les catholiques qmi furent les inventeurs de cette croyance ? Si ce sont les Grecs, comment se ferait-il que les catholiques, au milieu de leurs disputes avec ces schismatiques, eussent adopté une croyance aussi mystérieuse ? Loin de là, ils eussent tonné contre la nouveauté de cette croyance et accusé les Grecs de vouloir défigurer la doctrine de Jésus- Christ,
Si ce ne sont pas les Grecs qui ont inventé la doctrine de PEucharistie, sont-ce les catholiques ? Mais les Grecs eussent-ils reçu cette doctrine de leurs ennemis ; eux qui, pour (tes choses de la plus mince importance, se sont élevés contre l'Eglise catholique ?
Le forgeron. — Voilà qui est clair. L'Eucharistie date d'une époque si reculée que les catholiques et les grecs purent emporter cette croyance avec eux, comme un bien commun, le jour de leur divorce. Or, comme ee divorce a commencé dès les premiers siècles de l'Eglise, nous devons conclure que dès l'origine du catholicisme, la foi enseignait que l'Eucharistie contient réellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre Seigneur sous les espèces ou apparences du pain et du vin.
Le menuisier. — Si quelqu'un voulait vous soutenir, monsieur de l'Institut, que la langue française n'existait pas en France quand le Canada fut peuplé par les Français, que répondriez-vous ?
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Je dirais que le français était alors la langue de la France, parce que cette langue est celle qu'a toujours parlée le peuple canadien, né de la France de ce temps-là.
Le menuisier. — Très-bien ! Dites-en autant de l'Eucharistie et
des autres sacrements, même la confession. Au neuvième siècle, les Grecs se sont séparés de l'Eglise de Rome : ils forment une religion nouvelle. Les Grecs ont toujours cru à l'Eucharistie précisément comme n'a pas cessé de le faire l'Eglise Catholique. Evidemment la croyance que les Grecs et les catholiques ont conservé de l'Eucharistie est pour le moins aussi ancienne que le schisme grec.
L'Instituteur. — Vous connaissez les Docètes, monsieur de l'Institut ?
Le Membre de l' Institut-Canadien. — Oui. Les Docètes sont les premiers hérétiques. On pourrait presque dire qu'ils sont nés avec l'Eglise Catholique.
L'Instituteur. — Savez-vous qu'une des principales causes qui ont déterminé le schisme des Docètes, est précisément la Présence réelle dans l'Eucharistie ? " Nous ne voulons pas, disiient-ils, reconnaître la présence corporelle du Christ dans l'Eucharistie.» Hist. du Gnostic.
Le cultivateur. — Ainsi, voilà un fait qui parle haut. Dès le premier siècle, il se rencontre des catholiques qui sortent de l'Eglise et se font hérétiques parce qu'ils ne veulent pas croire à la présence corporelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. C'est donc que, pour rester catholique, il fallait, au premier siècle, croire à la Présence réelle .
Le menuisier. — Donc, au premier siècle, l'Eglise Romaine croyait à la Présence réelle de Notre Seigneur dans le Saint>Sacrenient de l'autel.
Le forgeron. — Donc le prêtre apostat est un ignorant ou un imposteur. Et ce sont les schismes mêmes qui le prouvent !