‹ Contre-poison. La confederationChapitre 7 sur 15 · La propriété et les droits civils dans la province · texte numérisé non relu

La propriété et les droits civils dans la province

14. L'administration de la justice dans la province, y compris la création, le maintien et l'organisation de tribunaux de justice pour la province, ayant juridiction civile et criminelle, y compris la procédure en matières civiles dans les tribunaux ;

15. L'infliction de punitions par voie d'amende, pénalité, ou emprisonnement, dans le but de faire exécuter toute loi de la province décrétée au sujet des matières tombant dans aucune des catégories de sujets énumérés dans cette section ;

16. Généralement toutes les matières d'une nature purement locale ou privée dans la province ;

Il manque encore quelque chose : l'éducation. Mais que l'on se rassure. Le patriotisme de nos chefs a pourvu à tout. Chaque province aura le contrôle exclusif de son éducation. Il y a même plus : M. Cartier a voulu que la provice de Québec, presque toute catholique, eût le bonheur et le droit de protéger tous les catholiques de chacune des autres provinces ; et pour atteindre ce but vraiment louable et religieux, il a réservé tous les droits, acquis*et accordé aux minorités catholiques que les protestants des gouvernements locaux voudraient molester, un droit d'appel au ministère fédéral où toutes les influences catholiques pourront et devront toujours peser d'un poids prépondérant en faveur des co-religionnaires opprimés. Lisez cette belle clause, qui vient immédiatement après celle que nous venons de citer.

Education.

93. Dans chaque province, la législature pourra exclusivement décréter des lois relatives à l'éducation sujettes et conformes aux dispositions suivantes : —

(1). Rien dans ces lois ne devra préjudicier à aucun droit ou privilège

conféré, lors de l'union, par la loi, à aucune classe particulière de personnes dans la province, relativement aux écoles séparées [denominational).

(2). Tous les pouvoirs, privilèges et devoirs conférés et imposés par la loi dans le Haut-Canada, lors de l'union, aux écoles séparées et aux syndics d'écoles des sujets catholiques romains de Sa Majesté, seront et sont par le présent étendus aux écoles dissidentes des sujets protestants et catholiques romains de la Reine dans la province de Québec ;

(3). Dans toute province où un système d'écoles séparées ou dissidentes existera par la loi, lors de l'union, ou sera subséquemment établi par la législature de la province, — il pourra être interjeté appel au gouverneurgénéral en conseil de tout acte ou décision d'aucune autorité provinciale affectant aucun des droits ou privilèges de la minorité protestante ou catholique romaine des sujets de Sa Majesté relativement à l'éducation.

(4). Dans le cas où il ne serait pas décrété telle loi provinciale que, de temps à autre, le gouverneur-général en conseil jugera nécessaire pour donner suite et exécution aux dispositions de la présente section, — ou dans le cas où quelque décision du gouverneur-général en conseil, sur appel interjeté en vertu de cette section, ne serait pas mise à exécution par l'autorité provinciale compétente, — alors et en tout tel cas, et en tant seulement que les circonstances de chaque cas l'exigeront, le parlement du Canada pourra décréter des lois propres à y remédier pour donner suite et exécution aux dispositions de la présente section, ainsi qu'à toute décision rendue par le gouverneur-général en conseil, sous l'autorité de cette même section.

Ceux qui nous ont fait l'honneur de nous lire jusqu'ici ont déjà vu quel système beau, admirable et avantageux est la Confédération pour nous, canadiens-français et catholiques. La Confédération nous réserve encore pourtant d'autres avantages: c'est que la province de Québec, le Bas-Canada, ou toute autre province en particulier, ne pourra jamais être taxé pour les dépenses du gouvernement fédéral et que ce dernier ne pourra jamais taxer nos terres pour quoique ce soit. C'est là la teneur formelle de la clause 125 :

125. Nulle terre ou propriété appartenant au Canada ou à aucune province en particulier ne sera sujette à la taxation.

Ainsi, plus d'inquiétude désormais : jamais nous n'aurons de taxe directe foncière à payer pour le gouvernement fédérai ou pour toute autre chose que ce soit, si ce n'est en ce qui concerne la taxe directe pure et simple, pour nos propres besoins locaux, dans le cas impossible où nous serions assez follement prodigues pour ne pas nous contenter des vastes ressources que nous avons à notre disposition, comme nous allons le démontrer bientôt.

Nous avons fait, suivant notre humble opinion, suffisamment connaître la nouvelle constitution qui nous régit. Nous l'avons fait connaître honnêtement, consciencieusement ; non par nos commentaires, mais par les citations textuelles extraites de la constitution elle même. Et, certes, en ce faisant, nous n'avons

que rempli un devoir dicté par les règles de la plus élémentaire probité. Celui qui peut tenir une plume exerce un sacerdoce, et, s'il ment, il est digne du mépris, car il trahit sa mission en abusant d'un don précieux reçu de Dieu. Il doit la vérité à ses lecteurs, comme le prêtre à ses ouailles, et s'il faillit, il devient traitre ou apostat. Il est donc bien misérable celui qui ne prend une plume que pour tromper ses compatriotes : c'est pourtant là le rôle de tous les écrivains rouges. En voulons-nous un exemple saillant, palpable ? Ayez le courage d'ouvrir et de lire avec nous ce petit pamphlet hideux récemment publié par les rouges dans l'intérêt de M. A. A. Dorion et de son parti. Nous conseillons même à nos lecteurs de le parcourir, s'ils en ont la force, afin qu'ils voient par eux-mêmes à quel degré de bassesse en doit être rendu un parti qui n'a plus pour armes que le mensonge et la calomnie. Aussi bien, ce sera pour nous un moyen de mieux connaître et de plus aimer la Confédération en voyant comment il est facile de confondre ces effrontés.

De prime abord, une chose vous frappe en lisant ce petit pamphlet de " La Confédération couronnement de dix années de mauvaise administration : " c'e.t l'absence complète de citations! L'auteur, que nous félicitons beaucoup, dans son intérêt, d'avoir caché son nom, se contente d'affirmer sans prouver. C'est plus commode qu'honnête. Il remue mer et monde pour prouver que la Confédération nous anglifie et nous tue, et il ne cite pas une seule clause de la constitution. Ah ! bah, quand on est rouge et enfant de la libre pensée, élève de Dessaulles par-dessus le marché, on n'a pas besoin d'être si fier. Avant tout, il faut être fidèle aux traditions de l'école et du papa Voltaire : " Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose."

Nous procédons par ordre. Le premier mensonge du petit pamphlet est que le ministère Taché-McDonald n'a eu recours à la Confédération que pour garder le pouvoir. Répondons catégoriquement. Nous avons assigné deux causes à la Confédération, l'une d'essence, l'autre d'opportunité ; la cause essentielle, c'était le danger nous venant des Etats-Unis par suite de leur grande guerre civile, qui en faisait une puissance militaire de premier ordre et pleine d'ambition et de convoitise. La preuve, elle est dans le fait de la guerre elle-même; sur ce point, que nous avons plus haut longuement développé, il n'y a rien à ajouter comme rien à réfuter dans ce que nous avons constaté. Toutefois, si un lecteur plus ex'geant, veut de plus amples preuves, il n'a qu'il ouvrir le " New-York Herald" du onze février 1865, qui contient une étude complète sur la question de l'annexion du Canada aux Etats-Unis. A cette époque, on s'en souvient, la question

de la Confédération était chaudement discutée et en Canada et aux Etats-Unis ; les Américains, cela va sans dire, étaient de chauds adversaires de la Confédération pareequ'ils voyaient dans cette mesure la ruine de leurs espérances sur le Canada. Le " New- York Herald," principal organe du gouvernement et surtout écho fidèle de l'opinion publique aux Etats-Unis, fit une étude spéciale de la question de la confédération et de l'annexion pour en arriver, naturellement pour lui, à la conclusion que les Américains ne devaient pas laisser adopter la confédération ici, mais qu'au contraire ils devaient presser instantanément l'annexion, vu que le Canada, avec ses grands lacs et son beau fleuve St. Laurent, leur était absolument indispensable ; mais suivons notre b.mne hatitude de citer. Nous trouvons donc dans ce journal du 11 Février 1865, à la première colonne de la deuxième page, l'intéressant passage que nous traduisons:

" La question imposée à notre gouvernement."

" Le gouvernement américain doit s'occuper immédiatement " de l'importante question de savoir s'il va se croiser les bras et " laisser sans mot dire l'Angleterre ériger, dans des motifs d'hos- " tilités ouvertement avoués, sur le continent américain une " série de forteresses imprenables, construire et armer de puis- " sants bâtiments de guerre sur les lacs américains et organiser " une milice considérable sous la conduite d'officiers anglais sur ■" les frontières des Etats-Unis."

" Le temps est venu pour nous d'unir sans délai le Canada à " la république, paisiblement, si possible, par la force, si néces- " saire.u

Plus loin, on trouve encore dans le même article, que les Américains doivent se hâter d'annexer le Canada avant la passation du projet de confédération. Cet article, long de treize colonnes, est curieux à étudier. On y voit une volonté bien arrêtée chez les Américains de nous posséder, surtout parce que nous leur sommes utiles.

Nous disions, en second lieu, que les difficultés sectionnelles entre le Haut et le Bas-Canada avaient été pour nos hommes d'état, une occasion de hâter la mesure. De ces deux causes, il n'est rien dit dans le fameux pamphlet. Et, lecteur, savez-vous la vérité sur le sujet? Vous croiriez, d'après ce pamphlet, que les rouges ont toujours ignoré les difficultés entre le Haut et le Bas- Canada ; vous croiriez encore qu'ils ont toujours été étrangers à ces difficultés ; vous croiriez encore que leur grand chef, leur idole, l'Hon. A. A. Dorion, a toujours été contre la confédération

et qu'il n'en a jamais reconnu la nécessité. Puisque le pamphletr écrit pour M. Dorion, revisé par lui, avoue carrément que la seule cause de la confédération était l'amour du pouvoir chez M. Cartier et son parti, veus êtes bien obligé de le croire jusqu'à preuve du contraire, et de penser que ces bons rouges et cet excellent M. Dorion ont toujours été contre la confédération et n'en ont jamais parlé. Lisez alors, mais bien attentivement, ce que M. Dorion disait en Chambre le 6 Juillet 1858 : " Uahrolk gation de V Union, V Union Fédérale basée sur la population ou " quelque autre grand changement constitutionnel, doit, de toute 11 nécessité, avoir lieu, et, pour ma part,- je suis disposé à examù il ner la question de la représentation basée sur la population " pour voir si elle ne pourrait pas être concédée avec des garan- (t ties pour la protection de la religion, de la langue et des lois " des Bas- Canadiens. Je suis prêt pareillement à prendre en " considération le projet d'une confédération lequel laisserait à " chaque Province, l'administration de ses affaires locales, " comme, par exemple, le pouvoir de décréter ses propres lois " civiles, municipales et d'éducation, et au gouvernement géné- " rai, V administration des travaux publics, des terres publiques,

" du département des postes et du commerce

tt

Avec le temps, les idées de M. Dorion marchèrent ; en 1858, il trouvait déjà que la confédération était une bonne chose ; en 1860, il l'appelait de tous ses vœux. Le 3 mai 1860, il disait encore :

" J'avertis les députés du Bas-Canada que, lorsque le temps " viendra, toute la représentation du Haut-Canada s'unira et " obtiendra la représentation basée sur la population avec l'aide " des députés des townships de l'Est. Je regarde l'Union fédé- •l raie du Haut et du Bas-Canada, comme le noyau de la grande " confédération des provinces de V Amérique du Nord, que j'apçi pelle de mes vœux. En concluant, je dois dire que je voterai " pour la résolution, parce que c'est le seul moyen qu'aient les " deux provinces de sortir de leurs difficultés actuelles. Je crois " que l'union de toutes les provinces viendra avec le temps."

Est-ce clair 1 oui ou non ? C'est le chef qui a parlé ainsi ; son organe le " Pays, " tous ses disciples l'ont alors approuvé. Et maintenant ces gens crient que la confédération n'était pas nécessaire et n'a été proposée que comme expédient ministériel ! Il y a encore quelque chose de pis ; on a vu plus haut que les pouvoirs locaux ont l'administration de toutes leurs terres publiques j.

qu'on relise le numéro 5 de la clause 92. M. Dorion, lui, voulait, dans son discours de lt58, laisser l'administration des terres publiques au gouvernement fédéral ; la confédération que nous avons obtenue est donc bien plus avantageuse que celle que M. Dorion appelait de tous ses vœux en 3860. Nous avouons ici ingénument que la plume nous tombe des mains en présence de tant de mauvaise foi, de tant de contradiction et de tant d'abaissement. Comment ! Vous, M. Dorion ; vous MM. les rouges, vous avez, depuis 1858, reconnu la nécessité d'un changement constitutionnel, vous avez, depuis 1858 et 1860, acclamé l'idée d'une confédération moins avantageuse que celle que nous a gagnée M. Cartier, et aujourd'hui, vous vous prononcez contre cette confédération, jadis objet de tous vos vœux !

Au fond peut-être avons nous tort de nous indigner d'un phénomène qui n'est que naturel ; tout peut s'expliquer aisément quand on a suivi de près les évolutions du parti rouge et de ses chefs. En 1858 en 1860 ils espéraient parvenir au pouvoir et voyaient les américains peu s'occuper de nous. En 1867 tout espoir d'arriver au pouvoir est pour eux perdu ; mais les intrigues américaines et les invasions féniennes les ramènent à leurs projets chéris d'annexer leur pays au territoire de l'oncle Sam et ils se prononcent contre la confédération, qui est notre seul préservatif contre les dommages et les maux de l'annexion et les infamies féniennes.

Et ces gens-là ont l'audace de parler d'honneur et de probité! ! !

Ab uno disce omnes. D'après ce premier mensonge du petit pamphlet, jugez du reste, qui est de la même force.

Le petit pamphlet des rouges, dit en second lieu, que la confédération ne nous a été donnée, que pour réaliser le fameux rapport de Lord Durham. Nous avons presque honte d'avoir à nous occuper de cette ineptie. 11 faut être bien malhonnête ou croire le peuple bien ignorant, pour faire un tel avancé. Lord Durham venait en Canada à la suite des troubles de 1837 et 1838, étudier les moyens d'anglifier le Canada Français, afin de prévenir le retour de nouveaux troubles civils. Imbu des préjugés de race que lui inculqua en arrivant l'oligarchie anglaise, acharnée à nous tyraniser depuis 1791, il proposa à la métropole trois systèmes qui, suivant lui, devaient nous anglifier, nous anéantir et rétablir par là la paix sur des bases permanentes :

1. L'Union législative du Haut et du Bas-Canada ; 2. l'Union législative de toutes les Provinces de l'Amérique Britannique du Nord, ou, 3. la Confédération de ces dernières Provinces. Le projet de confédération fut mis de coté, comme inefficace à at~

teindre le résultat désiré et l'on eut recours à l'Union législative pure et simple du Bas-Canada.

Voilà toute l'histoire de ce fameux rapport. L'union fut adoptée comme le plus sûr moyen de nous réduire ; elle nous fut imposée en 1840 et ses uniques effets ont été de nous grandir et de nous permettre de nous affirmer comme nation ainsi que nous l'avons surabondamment démontré plus haut.

Quelle analogie peut-il donc y avoir, entre ce rapport de Lord Durham et la Confédération de 1867, que nous avons demandée et acceptée spontanément et volontairement. C'en est assez pour nous édifier sur la bonne foi et les connaissances historiques de Messieurs les rouges.

La confédération qui nous régit fournit la plus ample protection possible à nos lois, à notre religion, à notre langue et nos intérêts matériels. Il suffit de lire les attributions conférées au gouvernement de la Province de Québec pour prouver notre assertion. Toutes ces choses précieuses et sacrées sont placées sous notre contrôle immédiat et exclusif et tout droit d'ingérence à ce sujet est formellement enlevé au gouvernement fédéral. Mais il y a plus ; non-seulement notre belle langue française sera la seule parlée dans le Parlement de la Province de Québec où nous formons la presque totalité, mais elle sera encore la langue officielle dans le Parlement Fédéral conjointement avec la langue anglaise et l'usage en sera facultatif dans les débats. C'est 2à la disposition formelle de la clause 133 de la Constitution :

133. Dans les chambres du parlement du Canada et les chambres de la législature de Québec, l'usage de la langue française ou de la langue anglaise, dans les débats, sera facultatif ; mais dans la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux respectifs de ces chambres, l'usage de ces deux langues sera obligatoire ; et dans toute plaidoirie ou pièce de procédure par-devant les tribunaux ou émanant des tribunaux du Canada qui seront établis sous l'autorité du présent acte, et par-devant tous les tribunaux ou émanant des tribunaux de Québec, il pourra être fait également usage, à faculté, de l'une ou de l'autre de ces langues.

Les actes du parlement du Canada et de la législature de Québec devront être imprimés et publiés dans ces deux langues.

Les américains eux-mêmes, dont les rouges nous vantent tant la libéralité, accordent moins aux Français de la Louisiane, que nous n'avons obtenu de l'Angleterre et des colonies anglaise confédérées avec nous. Dans le parlement local de l'Etat de la Louisiane, la langue française n'est en effet que facultative dans les débats, mais n'est pas langue officielle et tous les procèsverbaux, archives, registres, projets de lois et statuts ne sont écrits et imprimés qu'en anglais. Mais il existe encore une preuve bien plus éclatante de l'excellence de la Confédération pour nous,

de la protection illimitée qu'elle donne à tous nos intérêts religieux, moraux, matériels et nationaux, dans les paroles sacrées des hauts dignitaires de l'église du Canada.

Quiconque sait un peu son histoire de la nouvelle France, n'ignore pas que le clergé catholique a rendu au pays d'immenses services et que c'est à lui que nous devons d'être restés Français et catholiques, dans la plus belle acception du mot. A toutes les époques critiques de notre histoire, nous voyons toujours nos évêques pleins de dévouement et de zèle pour nos intérêts, intervenir dans la politique, pour prévenir les mesures dangereuses projetées par les ennemis de notre race et de notre religion ; et, en cela, l'épiscopat usait non-seulement d'un droit, mais remplissait un devoir. Tout le monde sait en effet, comme le Pape l'a plusieurs fois déclaré dans des encycliques demeurées célèbres, que le clergé a le droit, bien plus, le devoir d'intervenir dans toutes les questions politiques et gouvernementales qui touchent à la religion, à la morale, et aux intérêts généraux des peuples.. L'Episcopat actuel s'est montré digne de son prédécesseur- il a suivi avec attention et anxiété, toute les discussions sur le projet de Confédération depuis 1864, et lorsqu'en février ou mars dernier, la Confédération devint un fait accompli, tous les évêques catholiques tant du Bas-Canada, que des autres Provinces confédérées, ont approuvé la constitution, l'ont déclarée bonne et avantageuse aux intérêts des catholiques, et ont conseillé fortement à leurs diocésains de ne travailler et de ne voter dans les prochaines élections, que pour les candidats qui avaient contribué à la passation de cette mesure, ou qui déclareraient, formellement l'approuver et vouloir la soutenir en tous points.

Ecoutons d'abord, Monseigneur Cook, évêque de Trois- Rivières, dans son admirable mandement du huit juin dernier (1867) dont nous extrayons les quelques lignes suivantes, où il parle particulièrement du projet de confédération.'

Vous n'ignorez pas, N. T. C. F., quelle fut la vivacité des débats sur ce projet dans la Chambre d'Assemblée. La grande majorité des députés le regardaient comme la seule planche de salut que la Providence offrait à notre nationalité, tandis que la minorité le repoussait de toutes ses forces, sans avoir toutefois de plan bien arrêté à mettre à la place pour arracher le pays de l'impasse où il se trouvait. Un certain nombre des membres de cette minorité laissait entrevoir assez clairement que l'annexion du Canada aux Etats-Unis était bien la condition indispensable au salut de notre nation. Quelques-uns auraient préféré laisser les choses comme elles étaient, ou amener tout au plus quelques modifications à la constitution qui n'auraient fait que reculer pour quelque temps la crise en l'aggravant.

Pour tout homme, tant soit peu observateur, il était évident qu'à peu près tous reconnaissaient la nécessité d'un changement de constitution,

et que la lutte véritable était entre la confédération et l'annexiou, c'est-àdire, qu'il s'agissait de décider si le Canada allait se préparer â devenir un grand Etat prospère et libre, en marchant courageusement vers l'accomplissement des destinées que la Providence semble lui réserver ; ou bien si, renonçant à la vie de peuple libre et maître chez lui, il allait pour toujours enchaîner son avenir au sort d'une république qui n'a encore vécu qu'à peu près l'âge d'un homme, et qui a déjà traversé plusieurs guerres et notamment la dernière, la plus épouvantable des guerres civiles dont les annales des nations fassent mention ; guerre civile qui lui a dévoré plus d'un million de ses enfants, et creusé un abime où se sont englouties pour des années ses richesses et sa propérité.

Quelques rouges, encore plus imbécilles que malhonnêtes, ont osé lâchement vociférer, que M. Cartier et son parti était traitres à la religion et à la nationalité parce qu'ils avaient proposé et adopté la confédération ; le public intelligent ne les a pas crus. A part quelques Béotiens arriérés du rougisme, tout le monde a fait justice de ces honteuses accusations. Le saint évêque de Trois-Rivières, apprécie justement ces déclamations inspirées par la sottise et la méchanceté et venge noblement nos patriotiques hommes d'état ; jamais plus bel hommage n'a été rendu à l'intelligence et aux sentiments nationaux, de M. Cartier et de son parti :

Cependant, N. T. C. F., attendu que les divers moyens par lesquels on pouvait essayer de tirer notre pays des difficultés où il se trouvait, étaient matière d'opinion, et qu'il était libre à chacun de choisir celui qu'il croyait le plus avantageux, Nous n'avons pas cru qu'il fut nécessaire délever la voix en cette circonstance ; mais Nous n'en avons pas suivi avec moins de vigilance la question dans toutes ses phases, afin de sauvegarder, dans la mesure de nos force?, nos intérêts religieux, et de nous assurer qu'ils seraient pour le moins aussi efficacement protégés sous la nouvelle constitution. Voilà pourquoi nous avons dû faire parvenir nos réclamations respectueuses auprès du gouvernement impérial pour assurer aux Catholiques du Haut-Canada une égalité de protection avec les protestants du Bas-Canada sur la question de l'éducation.

Mais c'est avec peine que nous avons vu la violence avec laquelle quel- ' ques-uns de nos compatriotes se sont élevés contre le projet de confédération ; non qu'il ne fût permis de le discuter dans le temps ; mais il est toujours repréhensible de manquer de modération. Nous eussious été heureux de voir r lus de calme dans la discussion : c'eut été la voie la plus propre à faire juger sainement ce projet, qui après tout, était regardé par la majorité de nos concitoyens comme une nécessité bien grave, à la vérité, mais comme le moyen le plus praticable de sortir des circonstances difficiles où nous nous trouvions. Nous avons surtout regretté les efforts qui ont été faits pour jeter l'alarme parmi vous, lorsque l'on a cherché à vous faire croire que ce projet n'était rien moins qu'une trahison.

Ce sont là, des excès extrêmement regrettables, N. T. C. F., que la charité chrétienne condamne, et dont il faut se garder avec un grand soin. Nous devons toujours observer les règles de la justice envers tout le monde, et nous défier de semblables exagérations. Elles ne sont propres qu'à empirer la douloureuse division qui nous à déjà fait tant de mal.

"C'est à la vérité, la justice et la modération que nous aurons la consolation «de voir renaître au milieu de nous la concorde et l'union. Tel est l'enseignement de nos livres saints ; " Misericordia et vcritas obviaverunt subi : justitia et pax osculatss sunt. " u La miséricorde et la vérité se sont recontrées : la justice et la paix se son)t embrassées." Ps. 84, v. 11. Non, Nous ne voyons aucune raison pour justifier une accusation aussi odieuse et • aussi grave ; Nous ne connaissons rien qui puisse autoriser à croire que la confédération soit un acte de trahison. Elle a été discutée assez longtemps, examinée assez scrupuleusement par les hommes les plus dévoués et les plus éclairés de toutes les provinces pour lever tout le doute à cet égard. Cependant, il n'en est par moins vrai que ce n'est toujours qu'avec crainte et en tremblant qu'il faut porter la main à la base sur laquelle repose un édifice tout entier, pour lui en substituer une autre; tant le moindre défaut d'équilibre pourrait entraîner de funestes conséquences.

Le vénérable prélat ne s'est pas contenté d'approuver la confédération et de louer le zèle et f'inteligence de ses auteurs ; il a encore voulu conseiller à ses diocésains de s'unir dans un même effort patriotique, pour se soumettre au nouveau régime et n'élire que des hommes disposés à l'approuver et à le faire fonctionner pour la promotion de nos meilleurs intérêts. Nous ne pouvons résister au plaisir de mettre devant les yeux du public la citation suivante qui rappelle les plus beaux temps apostoliques :

Aujourd'hui que ce projeta reçu la sanction du gouvernement impérial et qu'il est devenu la loi fondamentale du pays, nous devons nous rappeler que notre devoir, comme catholiques, est de mettre un terme à toute discussion sur ce sujet ; si nous avons eu parfaite liberté d'opiuion dans les limites du juste et de l'honnête, tant que la confédération n'a été qu'à l'état de projet, si nous avons pu en toute sûreté de conscience être pour ou contre, la combattre avec chaleur ou la défendre avec conviction, suivant que nous l'avons cru utile ou dangereuse, il n'en est plus ainsi depuis qu'elle est passée à l'état de loi. Elle est devenue aujourd'hui une chose jugée et obligatoire ; et c'est le temps de vous rappeler ce grand principe du Catholicisme : Omnis anima potestatibus sublimwribvs subdita sit : non est enim potestas nisi à Deo : guœ autem sunt à JDeo ordinatse sunt. " Que tout le monde soit soumis aux puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre." Rom. XII. v. 1. Quelles qu'aient été nos opinions antérieures, le bien de notre pays, et les enseignements de noire religion nous font un égal devoir de l'accepter et de nous y soumettre. Vous devez en conscience, N. T. C. F , et comme catholiques, et comme amis sincères de l'ordre, de l'union et de la paix,, vous devez favoriser dans la mesure de vos forces, et par le concours de votre bonne volonté, le bon fonctionnement de la constitution qui va bientôt être inaugurée.

Ce devoir, vous aurez à le remplir dans les- prochaines élections, en vous assurant que les hommes dont vous allez faire choix pour vous représenter dans les parlements, seront animés de cet esprit de conciliation de cette bonne volonté dont le concours est indispensable pour tirer de la nouvelle constitution tout le bien que nous devons attendre.

Sa Grandeur Monseigneur l'Evoque de Rimouski n'est pas moins explicite :

La Constitution qui fonde ainsi au Nord des Etats un grand et riche empire, a été, Nous le croyons sincèrement, amenée providentiellement par une suite de circonstances exceptionnelles. Les rouages de la machine gouvernementale ne pouvaient plus fonctionner ; mille rivalités de races, de croyances religieuses, d'intérêts politiques ou sectionnels, nous menaçaient d'une anarchie complète ; lorsque plusieurs de nos hommes d'Etat les plus éminents ont formé le projet, pour mettre fin à ces difficultés interminables et toujours renaissantes, d'agrandir leur sphère d'action, et d'unir en un puissant Etat des Provinces qui, dans leur isolement, n'avaint que bien peu de moyens de développer leurs ressources. C'est ce projet, fruit de mûres délibérations, qui a été soumis à l'approbation des Parlements Provinciaux et à celle du Parlement Impérial, et qui est devenu dans toutes ces dispositions essentielles la loi du pays.

Vous allez donc choisir, N. C. F. des Représentants capables de soutenir vos intérêts et de vous faire honneur par leurs principes honnêtes, par leur éducation, par leur expériences des affaires publiques. Ils devront vous promettre de travailler franchement et cordialement à faire fonctionner le nouvel ordre de choses, et à seconder à cet effet ceux qui vont être appelés à l'inaugurer. Vous vous défierez, s'il s'en rencontrait parmi vous, de ces esprits mécontents qui rêvent le bonheur et la prospérité dans l'annexion à un pays voisin. S'ils réussissaient dans leurs sinistres projets, ce qu'à Dieu ne plaise, ce serait, à moins d'un miracle de la Providence, la ruine de notre peuple, la perte de nos mœurs, de nos coutumes de notre langue, l'anéantissement de notre nationalité. Vous exigerez donc des Candidats une déclaration, explicite et formelle de principes, l'engagement positif de soutenir la nouvelle Constitution.

L'Archevêque de Québec dans un mandement publié, il y a quelques jours, disait encore, entre autres choses :

" Ainsi donc, N. T. C. E , comme l'union fédérale qui vient de s'opérer émane de l'autorité légitime,vous la regarderez comme loi, et vous obéirez à l'ordre de Dieu, en l'acceptant en toute sincérité. Il est, d'ailleurs, de votre intérêt, comme c'est pour vous un devoir de conscience, de le faire, pour qu'elle puisse contribuer à la prospérité commune, et procurer par là l'avantage des individus. Bientôt vous serez appelés à choisir ceux qui soit dans le parlement fédéral soit dans le parlement local, devront travailler à mettre en pratique la nouvelle constitution. Vous vous garderez donc de donner vos voix à des hommes disposés à la combattre ou à mettre des entraves à son fonctionnement, mais vous les donnerez à des citoyens éprouvés et reconnus comme ayant à cœur de la faire servir au plus grand bien du pays.

" Ce qui doit nous rassurer, N. T. C. F. c'est que la nouvelle forme degouvernement qui vient de nous être donnée, a été préparée avec soin par des hommes bien connus, eux aussi, par leur patriotisme, aussi bien que par les services qu'ils ont rendus à leur commune patrie. Si elle n'est pas sans défauts ; si eile u est pas tout ce qu'on aurait pu désirer qu'elle fut, rappelons nous que rien n'est parfait dans ce monde, et que, dans un pays commg le nôtre, ou tant d'intérêts divers sont en présence il était

impossible de se refuser à de mutuelles concessions, et d'arriver à un arrangement qui pût donner satisfaction à tout le monde. C'est r/ax hommes à qui vous allez confier le soin de vous représenter dans l'un et l'autre parlement, de s'unir fortement ensemble pour conjurer le danger, s'il existe, et pour tirer le meilleur parti possible de la situation. Vous avez donc une raison de les choisir parmi ceux qui se distinguent davantage par leur honnêteté, leur énergie et leur dévouement à la chose publique.

L'éloquent évêque de St. Hyacinthe n'est pas resté en arrière de ses vénérables frères en Episcopat. Il nous trace de main de maître, un portrait fidèle des adversaires de la Confédération, c'est-à-dire des rouges et des annexionnistes. En lisant les lignes suivantes, on croirait voir Notre-Seigneur flagellant les profanateurs du temple :

Que la prudence vous mette en garde contre les tendances de certains esprits et de certains journaux exaltés, qui sont loin de Nous apparaître comme des guides que vous puissiez suivre sans danger ! Fermez vos oreilles à l'insinuation perfide, assez souvent répétée ! Plutôt Vannexion que la confédération telle qu'elle nous est donnée. Demeurez convaincus que pour ceux qui tiennent ce langage, la confédération n'est qu'un prétexte mis en avant : l'annexion est clairement l'objet de leur conviction politique, et d'une convoitise qu'ils flattent et fomentent depuis assez longtemps, Nous en sommes témoin !

Et à notre estime, l'Annexion si jamais elle a lieu, sera la mort ou la destruction certaine de notre nationalité, qui ne vit que par nos institutions, notre langue, nos lois, et surtout notre Religion, et c'est parce que Nous sommes plein de la conviction que tous nos intérêts religieux auraient grandement à souffrir de notre Annexion aux Etats-Unis que Nous nous fesons un devoir de vous signaler le danger. De sorte qu'en vous parlant ainsi, Nous abordons un sujet qui intéresse plus la Religion que la politique. Et Nous demandons aux hommes sérieux et sans passions, s'il y aurait moyen d'oser affirmer le contraire ?

Et malgré cela, il demeure plus que certain qu'il y a parmi nous des gens qui pensent et poussent à l'annexion ! Qui ignore, en efiet, aujourd'hui que la société secrète, designée sous le nom de Club de St. Jean- Baptiste, qui se formait, il y a quelque temps à Montréal, et que des zélateurs coupables ont cherché à répandre dans les campagnes, avait pour but et pour fin de créer un courant annexionniste? Qui ne sait môme que quelques-uns de ses membres, dans le but de favoriser et de hâter l'Annexion, ont eu le triste courage de fraterniser avec la bande méprisable des Péniens, qui, l'an dernier, ont envahi notre sol, et fait couler le sang de nos concitoyens ?

Nous serions curieux de savoir ce que pensent de ce portrait, les ci-devant députés des comtés d'Iberville, de Bagot et de Richelieu.

Sa Grandeur, Monseigneur l'Evêque de Montréal, avait déjà depuis longtemps devancé ses illustres collègues, dans une lettre du 11 mars 1867, adressée à l'honorable George Etienne Cartier, et dans une circulaire à son clergé du 25 mai dernier (1867), lettre et circulaire que tout le monde connaît et qui viennent

d'être publiées dans tous les journaux du pays. Tous les évêques du Haut-Canada et des provinces maritimes ont également approuvé la Confédération.

La lettre de l'Evêque de Montréal , mérite certainement reproduction :

Montréal, le 11 mars 1867.

M. le Procureur-Général,

Je reçois, à l'instant, la copie du British North America Bill que vous avez eu la bonté de m'adresser ; et je m'empresse de vous présenter mes sincères remerciements pour votre bienveillante attention.

Je comprends vivement que ce Bill intéresse à un haut degré notre pays, qui, après toutes les phases d'administration par lesquelles il lui a fallu passer depuis un certain nombre d'années, a grand besoin de se fixer sur des bases stables et durables.

Il serait superflu de vous dire que le clergé, tout en se mettant en dehors de toutes luttes de partis politiques, n'en est pas moins attaché au pays qui l'a vu naître, et qu'il aime, comme un bon enfant aime sa mère, et cet amour est d'autant plus ardent qu'il lui est inspiré par la religion.

Veuillez bien croire, M. le Procureur-Général, à la haute estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très-humble et obéissant serviteur,

t IG., ÉVÊQUE DE MONTRÉAL.

A l'Hon. G. E. Cartier, ]

Proc.-Gén., etc., >

Palais de Westminster, Londres. J

Il nous semble modestement que l'opinion des évêques, que nous venons de rapporter, vaut bien celle de Messieurs Lanctot et Dorion, les deux chefs du parti anti-fédéral. Nous est avis même, que le peuple préfère ses saints évêques à ces deux glorieux personnages, et surtout dans les affaires politiques ; en effet, l'hon. A. A. Dorion en fait de sublimes conceptions politiques, n'a jamais dépassé l'invention des juges à paix électifs. Pourtant, il a eu des moments d'oubli ; lorsque son parti ne l'obsédait pas, il a eu le noble courage Rappeler de tous ses vœux, une Confédération bien moins bonne que celle de M. Cartier ; mais c'était dans l'heureux temps où ses partisans, éloignés de lui, voulaient bien lui laisser démentir le spirituel Gaspard Lemage: l'on sait en effet qu'un jour, M. Dorion fatigué de n'être que la queue du parti qui l'avait choisi pour chef, s'est écrié dans un moment d'amer découragement : " Je suis leur chef, il faut bien que je les suive." M. Dorion avait été créé et mis au monde pour être un excellent homme d'état de cinquième ordre et il eut été admirable, s'il eut voulu comprendre que ses partisans exploitaient sa réputation d'honnêteté professionnelle pour en faire un chef qu'ils pussent décider à se contredire aussi souvent que les besoins de la cause l'auraient exigé. Nous dcplorons sin-

cèrement son sort. Quant à M. Médéric Lanctot, il a plus de courage et n'a jamais reculé dans les grandes occasions où il s'agissait d'affirmer les beaux principes du parti : combat au poing, bris de vitres et de maisons, cour de police, amende ou emprisonnement, rien ne l'effrayait. Aussi, s'est-il fait un nom notoire et remarquable parmi la gent démagogique. Nous pouvons même prédire qu'il ira loin, si, surtout, le gouvernement veut s'en occuper. Lors de l'invasion fénienne, il put faire, grâce aux fonds secrets qu'il reçut de la confrérie fénienne, tous ses efforts et dans le club St. Jean-Baptiste et dans un journal extorqué sous de faux prétextes, pour attirer sur lui, l'attention de la police et des autorités militaires. On le dédaigna : il en conçut une rage morbide. Il espérait être emprisonné ; il le criait même sur les toits, dans l'espoir de mieux'vendre sa feuille barbouillée aux épiciers peu fiers. Un jour, pourtant, il eut occasion de manifester son héroïque bravoure. La police eut à faire une descente dans sa boutique, pour coffrer un de ses employés, qui avait trop honoré Bacchus. M. Médéric Lanctot, crut que le bonheur lui arrivait et qu'on en voulait à son auguste personne. Ce fut sa journée " des éperons," et pour prouver qu'il était vaillant, il alla faire une petite promenade aux Etats-Unis. Son employé récalcitrant ayant réglé avec M. Penton, M. Lanctot revint se livrer aux autorités qui ne l'avaient jamais réclamé. Il fut heureux d'avoir échappé à un aussi grand péril, et ses collaborateurs l'en félicitèrent bien cordialement. Pour lui, en vrai héros espagnol, il ne pardonna jamais à M. Cartier et à la police, de lui avoir fait une aussi mauvaise affaire, et il ne se considéra comme bien vengé de cet odieux attentat contre sa liberté, que lorsqu'il eut essayé de corrompre nos braves ouvriers du faubourg Québec, qui malheureusement commencent déjà à le connaître et à l'apprécier. Mais il a déjà pourvu à cette sombre éventualité, et le jour où la banqueroute le délaissera lui-même pour fondre sur ses magasins au prix coûtant, il ira offrir ses services gratis, bien entendu, à ses frères, les nobles Féniens, et leur vendra son intéressante feuille, argent comptant, afin de mieux assurer le paiement de la créance du père Marier.

Nous venons de faire impartialement l'historique de la confédération et de ses avantages, de même que nous avons fait connaître l'hypocrisie et la mauvaise foi de ceux qui combattent cette mesure. On sait maintenant que penser des mensonges du petit pamphlet rouge et de ce qu'il dit au sujet du rapport de Lord Durham, de la question d'éducation et des mandements

de nos évèques. Nous pouvons ajouter que dans la confédération les intérêts catholiques seront toujours protégés efficacement.

Voyons en effet, quel sera le nombre des catholiques dans la confédération. Disons d'abord, en prenant pour base le recensement de 1861, et en comprenant de suite, comme faisant partie de la confédération, l'Ile du Prince-Edouard et Terre-Neuve, qui de fait y entreront bientôt, que le chiffre total de la population de la confédération est de 3,292,706 âmes ; sur ce total, la confédération comptera 1,465,979 catholiques, répartis comme suit, savoir :

Haut-Canada 258,141

Bas-Canada 943,253

Nouveau-Brunswick 85,238

Nouvelle-Ecosse 86,281

Ile du Prince-Edouard 35,852

Terre-Neuve 57,214

Total 1,465,979

Ce qui fait à peu près la moitié de catholiques. Ainsi donc, si les protestants dans le Parlement Fédéral voulaient molester les catholiques, nous nous trouverions à lutter à peu près moitié contre moitié, en mettant les choses au pis. Mais il y a des circonstances qui changent complètement les chances et les tournent toutes du côté des catholiques.

En premier lieu, la population catholique est toute homogène, nullement dévorée par les divisions intestines des différentes sectes, comme l'est le protestantisme ; elle devra opérer et il sera toujours de son intérêt de marcher en un faisceau uni et compact, pour que rien ne la divise. Il n'en est pas de même du protestantisme, partagé en plusieurs dénominations dont quelques-unes se jalousent ou se détestent, et qui ne pourront jamais se réunir pour tyranniser les catholiques, parce que chacune de ces dénominations étant faible, aura besoin, dans certains cas donnés, du concours des catholiques de sa province.

Quelques chiffres, puisés aux meilleures sources vont nous prouver ce fait. La confédération comptera :

Anglicans 517,542

Presbytériens 498,646

Wesleyens et Méthodistes 458,388

Baptistes 192,530

Luthériens 29,651

Congrégationalistes 18,104

Croyances diverses 78,735

Sans aucune religion 18,860

Ceux dont les croyances ne sont pas connues 17,271

Ces dénominations comparées vis-à-vis la population totale, de la Confédération, donnent le résultat géométrique suivant :

Les Anglicans représentant 15f par 100

Les Presbytériens 15J "

Wesleyens et Méthodistes 14 "

Baptistes 5f "

Luthériens f "

Congréganistes -J "

Croyances diverses 2j li

Sans religion -J "

Croyances non connus \ "

Les catholiques, eux, représentent vis-à-vis le

tout 44J- "

Nous voyons de suite quelle supériorité numérique nous possédons sur chacune des dénominations protestantes séparées.

Un second avantage qui éloigne tout danger des catholiques, c'est la libéralité bien ccnnue et presque extraordinaire des protestants des provinces maritimes. Dans ces provinces la haute éducation est presque toute entre les mains du clergé catholique et notamment des Jésuites ; la plus grande partie de leurs hommes politiques ont puisé, quoique protestants, leur éducation dans des institutions catholiques et sont conséquemment pleins de tolérance à l'égard de notre croyance. Là, les institutions catholiques sont vues du même œil que les protestantes par toute la population et par le gouvernement. Pour ne prrler que de la Nouvelle-Ecosse, il y a dans cette province deux collèges catholiques, sous la direction exclusive de prêtres et de jésuites, et ces deux collèges reçoivent du gouvernement la même subvention annuelle que les collèges protestants, savoir, mille piastres par année : ce sont les collèges de Ste. Marie et de St. François- Xavier, et il en est ainsi de toutes les autres provinces. Mais, bien plus, dans chacune de ces provinces, la population catholique excède de beaucoup le nombre de chaque dénomination protestante, et dans deux d'entre elles, Terre Neuve et l'Ile du Prince Edouard, l'élément catholique figure à peu près par moitié dans le chiffre total de la population.

Il est donc de la dernière évidence que les catholiques dans la confédération ne peuvent être molestés, et il faut être bien peu soucieux de son honneur et de la vérité, pour prétendre que la confédération met dans le gouvernement général, nos intérêts religieux en danger, et ce, pour les deux bonnes raisons que nous venons de développer, lo pour que le parlement fédéral n'a pas juridiction sur l'éducation et nos institutions religieuses, 2o parce

que s'il y avait appel d'un gouvernement local au ministère fédéral, sur une question d'éducation publique, et que cet appel serait fait dans le but de molester les catholiques, (et nous maintenons que la supposition est impossible) nous verrions tous les protestants des Provinces d'en bas, s'allier à la moitié catholique pour influencer victorieusement le gouvernement fédérai. Nous pouvons conclure hardiment que sous la confédération, nos intérêts religieux et nationaux se trouvent complètement à l'abri de tout danger : la constitution nous le promet, et tous nos vénérables évêques et les honnêtes gens ont trouvé la promesse suffisante et l'ont sanctionnée par leur approbation.

Mais disent les rouges, et leur organe, Le Pays et le petit pamphlet la confédération nous ruine, et va nous amener la taxe directe. Nouveau mensonge que nous allons de suite mettre en poussière.

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