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PROJETS POUR NOUVELLES ARMOIRIES D ETATS

(Der Wahre Jacob, de Stuttgart.)

Enquête sur la Séparation de l'Église

et de l'État

Réponses au Questionnaire posé par l'auteur

Alors que les enquêtes sont plus que jamais à la mode, alors que des questionnaires sont posés aux savants, aux penseurs, aux littérateurs du monde entier, sur des sujets souvent d'une banalité désespérante, les réponses que nous publions ci-après auront du moins le mérite de viser une des questions vitales de l'humanité future.

Le questionnaire que nous avons adressé à une centaine de personnes portait sur les trois points suivants :

1° Estimez-vous que la séparation des Eglises et de l'Etat soit favorable à l'émancipation des consciences et puisse contribuer à détruire l'influence néfaste du cléricalisme?

2° Que pensez-vous de la loi votée par les Chambres françaises?

3° Estimez-vous que l'image satirique, si en honneur depuis la Réforme, puisse être considérée comme une des meilleures armes de combat et comme un des meilleurs véhicules pour la vulgarisation des idées de progrès ?

Il nous a valu les cinquante-neuf réponses que nous publions, ici, sans rien modifier à leur contenu, alors même que certaines sembleraient venir à rencontre de la thèse que je n'ai cessé de préconiser depuis vingt-cinq ans : la

supériorité de l'image, comme document, pour nous faire pénétrer dans l'intimité des hommes et des choses, pour nous permettre d'apprécier l'état d'àme d'une époque ou d'une société.

Ici même, on a pu constater, à nouveau, que l'image avait précédé les politiciens dans la lutte contre le cléricalisme entreprise au lendemain de la Révolution. Mais je ne veux pas ouvrir sur cette question un débat qui nous écarterait quelque peu du sujet traité. Je me contenterai donc, uniquement, d'enregistrer les réponses qui m'ont été adressées, en donnant toutefois l'impression générale qui se dégage de ces diverses réponses.

Sur la première question il y a, pour ainsi dire, unanimité. A cinq ou six près, toutes sont favorables au principe de la Séparation, quoique faisant, quelquefois, des réserves pour leur pays ou se demandant si la France était suffisamment mûre pour une pareille réforme.

Sur la seconde question, la plupart approuvent la loi élaborée par les Chambres. Plusieurs ne la trouvent pas assez radicale, alors que quelques-unes, au contraire — deux ou trois, — l'eussent désiçée plus libérale. En général, mes correspondants estiment qu'on a beaucoup trop favorisé le clergé catholique.

Sur la troisième question, on verra combien partagés sont les avis. Plusieurs des personnalités auxquelles je m'étais adressé paraissent avoir contre l'image une prévention enracinée dont il faut aller chercher les raisons dans la violence, souvent injuste, dans la grossièreté voulue, des images ou. plutôt, de certaines images anticléricales sur le compte desquelles je me suis déjà exprimé. On remarquera que j'ai évité avec soin de m'adresser à des confrères en iconopbilie sachant, par avance, que leur façon de voir serait conforme à la mienne, c'est-à-dire tout en faveur de la satire illustrée.

Plusieurs personnalités de l'étranger, dont l'avis m'eût été tout particulièrement précieux, ne se sont pas considérées comme suffisamment documentées pour porter une juste appréciation sur un sujet aussi complexe, alors que quelques-uns de mes confrères français — écrivains, professeurs ou savants — ont refusé de répondre, me déclarant qu'ils étaient, par principe, hostiles à toute interview.

Une dernière remarque. A l'exception de M. Berthelot, consulté connue savant, je ne me suis adressé à aucun député ou sénateur français, les opinions de nos législateurs ayant pu librement se manifester lors de la discussion du projet de loi ets'étant fait connaître publiquement au moment du vote. Ceci dit, classant les réponses par pays et par ordre alphabétique, je laisse la parole à ceux qui ont bien voulu m'aider à constituer le dossier de la « Question de la Séparation ».

France

Raoul Allier, professeur de philosophie à la Faculté de Théologie

de Paris :

1° Oui, je crois que la Séparation est un bien pour les consciences. Elle met chacune d'elles en présence d'un problème à résoudre pour elle, d'une détermination à prendre d'une façon personnelle.

Disciple de Vinet, et surtout de Jésus-Christ, je crois à la valeur absolue de chaque àme et n'admets pas que la vie morale se dissolve dans je ne sais quel collectivisme spirituel. Mais l'union des Églises et de l'État ne doit pas être remplacée par l'union de l'antireligion et de l'État. L'une ne serait pas moins attentatoire que l'autre à la dignité de la conscience ;

2o J'estime que la loi votée par les Chambres témoigne d'un effort sincère et souvent heureux de libéralisme. Elle n'a pas réglé les questions de personnes avec une suffisante équité: mais il faudrait très peu de chose pour la corriger sur ce point. 11 reste à montrer — et ce sera facile dans la pratique — qu'elle ne contient pas pour les associations cultuelles tous les pièges que les cléricaux dénoncent avec plus d'indignation que de justice. Quand on étudiera cette loi avec un recul suffisant, on sera frappé de sa valeur qui, à mon avis, est très grande. Appliquée selon son esprit, légèrement retouchée au besoin, elle doit être un instrument de pacification. Mais tout le monde ne veut pas être pacifié;

3o Oui, l'image satirique est une des plus terribles armes de combat. Mais j'avoue que tout en l'appréciant à l'occasion, tout en aimant à rire de ce qui est spirituel, elle n'a pas mes préférences. Quand il s'agit de ce qui intéresse la vie intime des âmes, l'ironie à outrance me froisse. Elle ne se préoccupe pas de comprendre. Elle ne tient pas compte des nuances. Elle se soucie peu, par suite, de la vérité, qui est, souvent, dans ces nuances négligées. Elle est rarement équitable. Or, la proclamation de ce qu'on croit la vérité, gagne toujours à être pénétrée d'un grand esprit de justice, et d'un profond respect pour les âmes.

Henry Bérenger, directeur politique du journal quotidien

L'Action :

1° La séparation des Églises et de l'État dans la République Française n'est pas une fin.

Elle est un commencement.

Elle est le commencement nécessaire d'un régime de laïcité intégrale et d'une ère de libre pensée définitive;

2o La Séparation, telle que les pouvoirs publics l'ont volée et promulguée en 1905, est une œuvre imparfaite et incomplète comme toutes les œuvres politiques. Elle l'ait des concessions excessives aux superstitions religieuses, et particulièrement à l'Eglise Romaine. Mais le Sutfrage universel, incessamment renouvelé par lécole laïque sans Dieu ni Maître, apportera nécessairement à cette œuvre les perfections indispensables pour réaliser toute la libre pensée, individuelle et sociale;

3o L'image satirique, comme toute l'œuvre de l'esprit, n'est qu'un moyen. Forain et Caran d'Ache ont fait autant de mal que Steinlen et Hcniicim Paul ont fait de bien. Mais, par essence, la satire et surtout la caricature sont anticléricales, puisqu'elles tournent en ridicule toutes les Idoles, divines ou humaines, et qu'elles détruisent le respect, première étape de l'abrutissement cher aux Pontifes de tous les temps.

M. Berthelot, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences :

Je suis tout à fait partisan de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La religion est une chose toute personnelle, et on doit laisser à tous la liberté de leurs opinions.

Quant à l'image satirique, il y aurait bien des choses à dire. Elle est utile comme propagande, mais peu favorable à la sérénité d'une justice impartiale.

Jean de Bonnefon, le seul écrivain catholique, français, qui traite les questions religieuses en toute indépendance, auteur de Rome, de Lourdes et ses tenanciers, des Lettres indiscrètes.

1° La séparation de l'Église et de l'Etat est-elle bonne en soi? Point ne sais. Mais elle était nécessaire, en France, après les injures du Pape Pie X ;

2° La loi votée par les Chambres est le chef-d'œuvre d'un grand ciseleur de justice : Briand. Mais elle a été faussée par des amendements maladroits qui ont nui à sa belle unité. Ce qui est bon dans cette loi porte la marque de l'homme d'Eiai qu'est Briand. Le reste appartient en propre aux politiciens de la Cnambre"

3° L'image satirique comme toute satire — se meurt de liberté. Elle. a émoussé sa fine pointé dans les journaux de scandale ou de chantage. La satire qui n'esl pas persécutée, ressemble à une forte femme qui a perdu son corset dans l'orgie d'une nuit.

Affiche pour le journal quotidien : La Lanterne. JJ

Victor Flachon, directeur de La Lanterne, journal politique

quotidien :

1° Je n'aurais pas combattu depuis vingt-cinq ans pour la séparation des Églises et de l'Etat, si je n'avais pas été convaincu que cette séparation amènerait rapidement la ruine de l'influence néfaste du cléricalisme

Du jour où le clergé ne sera plus revêtu du caractère officiel et perdra les ressources du budget des cultes, sa puissance ira en décroissant, et naturellement, l'émancipation des consciences augmentera en raison même de cette décroissance :

2° Je pense que la loi votée par les Chambres traite avec beaucoup trop d'indulgence les sorciers modernes, qui ne vivent que de l'exploitation de la bêtise humaine, et que la logique devrait mettre au rang des escrocs;

3° Oui, j'estime qu'à côté des brochures de propagande, à "côté des conférences, l'image satirique est une arme puissante de combat, un des meilleurs moyens de vulgariser les idées de progrès, car elle laisse une impression profonde, et force l'esprit le plus obtus à comprendre la critique.

Camille Flammarion, Astronome :

1° Oui, certes ;

2° La loi votée par les Chambres me paraît être assez bien élaborée, quoique incohérente, et surtout manquant de connaissance exacte sur l'état d'esprit d'une partie non négligeable de la population française;

3° Oui, l'image satirique est une excellente arme de combat, à la condition qu'elle ne soit ni lourde ni grossière.

Emile Gautier, le continuateur de V Année scientifique et industrielle de Figuier :

Le fait seul que l'Etat a lié partie avec l'Eglise et lui prête, ne fût-ce que dans une mesure infinitésimale, l'appui du bras séculier, m'apparail comme un outrage à la conscience.

On peut être certain qu<- le prestige de l'Eglise, la pression despotique qu'elle exerce encore sur les cerveaux, luul ce que vous appelez

« l'influence néfaste du cléricalisme », tiennent, pour beaucoup, au caractère officiel des rites el îles ministres «lu culte. Après tant de siècles de servitude et d'obscurantisme, L'homme est resté un animal respectueux ci discipliné : il va d'instinct «lu côté du manche. Or, il suffit que l'Eglise soit reconnue par l'État, qu'elle soit reliée, fût-ce même par le

fil le plus lâche et le plus ténu, à la mécanique administrative, qu'elle émarge au budget et qu'elle occupe une place à part dans les institutions d'un pays, pour qu'elle soit, ipso facto, « le côté du manche », et rallie autour d'elle les moutons de Panurge.

Lorsque l'Eglise n'aura plus rien de commun avec l'Etat, lorsqu'elle sera devenue une affaire privée, alors seulement les consciences se sentiront libérées, en fait comme en droit. Chacun choisira son église, comme il choisit son théâtre, — avec la faculté de manquer le spectacle. Le dogme n'aura plus à son service d'autre autorité que sa propre autorité morale (s il en a une), et sa puissance propre de suggestion sur les intelligences. C'est uniquement à la faveur de cette influence impondérable qu'il survivra, trop longtemps encore peut-être, et continuera de régir les multitudes irréfléchies : on ne se débarrasse pas, en effet, en quelques années, d'une imprégnation atavique poly séculaire. Mais je me fie à la science pour achever la besogne.

Dans ces conditions, je ne puis qu'applaudir à la dernière loi — à la loi Briand — votée par les Chambres, parce qu'elle est un premier pas dans la voie de l'affranchissement définitif. Non pas, bien sûr, que je la considère comme parfaite. Tant s'en faut qu'au contraire. Elle est à la fois subtile et compliquée, pleine de traquenards et de surprises : œuvre de procéduriers plutôt que d'hommes d'État, elle laisse, sous couleur de libéralisme, trop de marge aux retours offensifs de la réaction cléricale.

Mais, il faut être de son temps et prendre les choses comme elles sont. Il eût été déraisonnable d'attendre mieux de nos sous-vétérinaires, pour qui l'étroit souci électoral constitue la loi et les prophètes. Au moins, le charme est rompu : la force des choses fera le reste.

En ce qui concerne l'influence de l'image satirique, il me semble que ce qu'on peut en dire, c'est ce que le vieil Ésope disait de la langue : c'est tout à la fois la meilleure et la pire des choses.

Il n'est point peut-être d'arme de combat plus redoutable pour qui sait la manier. Mais c'est une arme à deux tranchants qui ne vaut, pour la bonne cause, que par l'esprit dont s'inspire le caricaturiste.

L'image satirique peut aussi bien servir, ne l'oublions pas. la tyrannie que la liberté, le vice que la vertu, la réaction que le progrès. Le fait, historiquement vrai, qu'elle a surtout servi jusqu'ici l'opposition libérale, et, par conséquent, collaboré pour nue large pari à l'émancipation du peuple, n'empêche pas de craindre que, le cas échéant, elle ne fasse de mauvaise besogne.

A ce point de vue, elle n'a rien à envier au papier imprimé, qui, lui aussi, souffre tout. Mais la caricature es1 d'autan) plus redoutable qu'elle est plus facilement compréhensible, qu'elle tire l'œil davantage,

et s'adresse d'emblée à plus de gens. Et nulle part, sa puissance n'est aussi considérable que dans les pays latins, en France surtout, ou mieux qu'ailleurs le ridicule tue.

Je sais bien que, de ce chef, les gens en place, les détenteurs du pouvoir sont les plus vulnérables. Et comme notre ennemi, c'est toujours notre maître, j'ai tout de même, malgré ces réserves, grande confiance dans l'action révolutionnaire de la caricature, ressource et revanche suprême des nations bâillonnées.

Mais, encore une fois, plus exactement que le livre et que le journal, l'image extériorise et traduit, à un moment donné, l'état d'âme d'une génération, — tantôt la résignation dans l'avachissement, tantôt l'insulte aux vaincus, tantôl l'avant-goût de la révolte vengeresse.

Les peuples, en fin de compte, ont les caricatures qu'ils méritent.

Yves Guyot, ancien Ministre des Travaux Publics, auteur du volume : Le Bilan social et politique de l'Église (1901) :

1° Le Concordat avait reconstitué en France le cléricalisme. On peut donc en induire que son abrogation aura un effet contraire;

2° On ne peut pas considérer la loi votée par les Chambres, comme une loi de persécution. M. D'Haussonville le déclare, lui-même, dans sa brochure : Après la Séparation;

3° La caricature est l'ironie en image, et l'ironie est l'instrument le plus destructeur des préjugés, des mensonges solennels, toutes choses inhérentes aux sacerdoces.

Elle contribue au progrès dans la mesure où est vraie cette parole de Buckle : « Les grandes réformes ont consisté moins à faire du neuf qu'à démolir «lu vieux ».

G. -A. Laisant, ancien député, examinateur à l'Ecole polytechnique :

1° Oui assurément, la Séparation est favorable à l'émancipation des consciences ;

2° Je pense que la loi votée u'esl pas une loi do séparation, mais que la Séparation en sera sans doute nue conséquence. Elle contient une disposition excellente : *> L'Etal ne reconnaît ri rie subventionne aucuns cultes ", mais c'est pour y déroger tout le temps, ensuite, sans respecter la liberté des consciences, el en instituant une sorte de concordat unilatéral visant trois religions il Etat.

Si I Eglise catholique romaine, odieusement favorisée par cette loi pro-

visoire, eu est mécontente, cela tient à ce que son but est la domination universelle! Tant qu'elle n'a pas tout, elle estime qu'elle n'a rien;

3o Le seul moyen efficace de combattre la sorcellerie religieuse sous toutes les formes, c'est d'éclairer les esprits. On les éclaire non pas seulement par des dissertations savantes échappant aux humbles, mais 'par une continuelle diffusion pour laquelle le journal, la brochure, sont des instruments utiles. L image satirique eu est un d'une puissance extrême, mais d'un maniement délicat. Il faut toucher juste, frapper à coup sûr, éviter la grossièreté et l'outrage personnel.

Sinon, larme risque de blesser celui qui s'en sert. Je suis persuadé qu'entre vos mains habiles, dans la nouvelle tentative dont il s'agit, le danger que je signale sera écarté.

Gustave Lanson, professeur à la Faculté des Lettres, à Paris :

1° Je réponds oui à votre première question, en ajoutant que je crois la Séparation favorable à la conscience religieuse, et capable, à la longue, d'opérer la distinction, jusqu'ici impossible à réaliser, du cléricalisme et de la religion;

2° J'estime la loi libérale et bonne, et je crois que les catholiques et le pape, tout le premier, seraient peu disposés à échanger pour l'ancien Concordat la loi qui a aboli toute participation du pouvoir civil dans la nomination des évêques et curés.

Sur votre troisième question je ne sais que dire. Il est probable que l'image, comme le livre, réjouit ceux qui sont d'avance gagnés, et blesse les adversaires; elle peut agir sur des tièdes, des indécis, achever ou précipiter le travail intérieur de l'esprit. Elle a sur le livre l'avantage de parler aux yeux : c'est un moyen plus populaire d'action.

Ernest Lesigne, ancien professeur à l'École normale de Blois, révoqué par le Gouvernement du 24 Mai, traducteur de L'Ancienne et la Nouvelle Foi, de D.-F. Strauss, auteur d'un volume sur Jeanne Darc, La Fin d'une Légende (1889) (1) qui fit grand bruit, fondateur de la Ligue nationale pour la Séparation de l'Eglise et de l'Etat (1882) :

1° J'ai tellement toujours considéré la Séparation non seulement comme favorable, mais encore comme indispensable à la double émanci-

(1) Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler ici — ne serait-ce que pour montrer quel était encore à cette époque l'état des esprits — que ce

pation visée par votre question, que dans ce double but j'avais, après les élections républicaines de 1881, fondé la Ligue nationale pour la Séparation (1). J'estimais, et j'estime encore, qu'il était aussi facile de faire à cette époque la laïcité de l'Etat que la laïcité de l'Ecole. Les républicains d'alors n'ont pas voulu le comprendre : la Ligue en est morte, et un quart de siècle a '''té perdu;

2° Je pense que la loi actuelle exigera sous peu une revision inévitable, qui, mettant réellement (in aux privilèges de propagande ecclésiastique, restés énormes, et laissant les Eglises à leurs propres forces, — la seule chose qu'on leur doive, — fera cesser l'inégalité de l'ait el de droit dont souffre encore, actuellement, le développement des doctrines expérimentales;

3° Les images! mais c'est la langue universelle, frappante, synthétique, comprise de tous, lettrés ou non. Et vous les faites si bien parler!

Du teste, nos adversaires la connaissaient bien la puissance des images, de l'empreinte indélébile par l'émotivité de l'œil, et leurs « chemins de croix » ont plus agi sur leur clientèle, que tous les discours du monde.

Président Magnaud, président du Tribunal de Château-Thierry :

1° Je pense que la Séparation est non seulement favorable à l'émancipation des consciences, mais encore était nécessaire à cette émancipation. Ou plutôt, j'estime que le régime antérieur qui présentait trois religions ci surtout lune délies, comme brevetées et garanties par le Gouvernement était un reste des pensées monarchiques et autoritaires. Les religions apparaissaient aux simples comme choses respectables a priori, revêtues qu'elles étaient d'attestats de la puissance publique :

2° La loi actuelle aurait pu, il me semble, aller encore plus loin dans ses tendances. 11 esl quelques articles du texte qui prévoient et éta-

volume parut et disparut presque aussitôt des vitrines des libraires, la plupart ayant renvoyé les volumes reçus, sans même avoir ouvert les paquets, avec force lettres d'injures pour l'auteur et l'éditeur.

(1) Le manifeste rédigé à cette occasion par M. Ernest Lesigne est particulièrement intéressant en ce sens qu'il visait et demandait toutes les réformes depuis lors accomplies, dans la famille (divorce), dans l'école (laïcité), dans les inhumations, dans le service militaire, dans les rapports avec la religion : biens de mainmorte et Séparation. On peut donc dire de fauteur de La fin d'une légende qu il fut un précurseur.

D'autre part, la liste des membres du Comité exécutif est précieuse à consulter. Ce n'est pas sans une certaine surprise qu'on y voit figurer M. Maurice Talmeyr, aujourd'hui collaborateur clérical du clérical Gaulois.

Missent une subordination des associations et du culte aux évêques : c'est là un tort, à mon sens, et un reste de l'ancien système. Puisqu'on voulait baser le droit sur le principe de la liberté la plus absolue, il convenait d'ignorer l'organisation intime des religions et la subordination de leurs administrations. Les conflits de l'avenir naîtront, sans doute, de ces réticences ;

3° Quant à l'emploi de 1 image satirique pour la vulgarisation des idées nouvelles, je ne saurais trop l'approuver. Il donne une aide précieuse aux discussions abstraites et graves sur la matière : tel qui n'oserait aborder l'étude de ces idées compliquées, en aura notion par un dessin simple et scrupuleux qui pourra lui rendre tangibles des phénomènes complexes.

De plus, l'idée concrétisée dans une image, se grave dans la pensée mieux souvent qu'à la suite de raisonnements et de déductions doctorales. J'approuve donc entièrement votre intention de rassembler les dessins relatifs à cette question, toujours nouvelle, et je suis convaincu qu'elle aidera les ignorants, et même les gens instruits, à mieux comprendre, partant à s'affranchir des religions et du dogmatisme.

Gabriel Monod, membre de l'Institut, président de l'Ecole des Hautes-Etudes, chargé de cours au Collège de France :

La séparation de l'État et de l'Église catholique était inévitable; car il était par trop illogique qu'un État moderne, qui, par détinition, doit être étranger à toutes les confessions religieuses, continuât à choisir les évêques et à leur faire une place dans la hiérarchie des fonctionnaires. Et du moment que l'Etat dénonçait le Concordat et cessait de subventionner le culte catholique, il devait renoncer à subventionner les cultes protestant et juif.

La séparation des Églises protestantes et des Synagogues juives d'avec l'État n'aura aucune répercussion sur la vie politique et sociale de la France. Jamais les protestants ni les juifs n'ont songé à intervenir dans la politique au nom de leur religion, ni cherché à transformer les œuvres de charité ou d'instruction en instruments de propagande confessionnelle. Les protestants ont renoncé à toutes leurs écoles confessionnelles quand l'État a décrété l'instruction laïque, gratuite et obligatoire, el cela au moment même où les catholiques, par esprit sectaire, créaient partout des écoles libres en opposition aux écoles de l'Etat. La séparation d'avec l'État n'influera en rien sur les destinées de la communauté juive, qui remplacera sans peine les maigres subsides de

l'État et continuera à vivre dans Les mêmes conditions qu'auparavant. Les protestants auront plus de peine que les juifs à remplacer ces subsides; car les membres des Églises protestantes soûl habitués à considérer leur religion comme essentiellement gratuite, el s'accoutumeront difficilement à faire des sacrifices d'argent pour elle. Poutant, de nombreuses Églises libres protestantes vivent depuis 1848 par leurs propres ressources. Les Églises protestantes soutenues jusqu'ici par l'État trouveronl aussi les ressources nécessaires si l'esprit d'intolérance du parti orthodoxe n'amène pas un schisme et des divisions qui conduiraient le protestantisme à sa ruine.

C'est là ce qui est le plus grave, au point de vue de l'avenir du cléricalisme, dans la séparation des Églises protestantes et de l'Etat. Tant que ces Églises étaient soutenues par l'État, elles vivaient unies par le lien budgétaire, tout en gardant, au sein de chaque consistoire, toute leur liberté dogmatique; et comme elles avaient, vis-à-vis du catholicisme, l'apparence d'un corps bien uni, où l'on pratiquait les vertus chrétiennes sans esprit d'intolérance, sans superstition, sans complication de rites et de dogmes, avec un culte simple et ménager de la bourse des fidèles, elles exerçaient de plus en plus, sur une partie des populations catholiques,, une attraction destinée à s'accroître^ rapidement. Si la Séparation amène la division et l'affaiblissemenl des Églises protestantes, le cléricalisme, qui est un phénomène exclusivement catholique, en France, en sera fortifié.

En ce qui concerne l'Église catholique elle-même, je ne nuls pis en doute que la Séparation ne commence par accroître les forces du cléricalisme. Naturellement je raisonne dans l'hypothèse où l'Église acceptera la loi de Séparation. Si elle refuse de s'y soumettre et provoque une persécution, elle déchaînera contre elle des violences dont il est difficile de prévoir l'intensité, la durée et les résultats. Mais même si l'Eglise se soumet à la loi, il est évident que ce sera de mauvaise grâce, qu'elle se considérera comme persécutée, et, par ses attitudes, provoquera contre elle l'hostilité du gouvernement républicain. Dans cette situation de mutuelle méfiance, sinon de lutte, il est évident que les catholiques, quelles que soient leurs nuances de pensée et de tempérament, oublieront tout pour défendre leur Église menacée et que les plus ardents, les plus intransigeants prendronl la direction du troupeau tout entier- Comme ils rendront le parti républicain responsable de ce qui est à leurs yeux une atteinte à la situation de l'Église, ils feront tous leurs efforts pour s'emparer du pouvoir politique, et pour cela ils agiront comme a agi le clergé belge quand il a voulu dominer eu Belgique : ils boycotteront les Commerçants, les fournisseurs, les ouvriers qui refuseront de marcher avec eux, ils emploieront le confessional pour obliger les familles à

mettre leurs enfants à l'école catholique, les électeurs à voter pour les candidats catholiques. La Séparation sera donc le signal d'une recrudescence du cléricalisme ; et d'un cléricalisme qui aura, vis-à-vis de la République, un caractère révolutionnaire. On verra là se vérifier une loi de l'Histoire : c'est que l'Eglise catholique, toutes les fois qu'elle n'est ni opprimée, ni oppressive, ni réduite à l'impuissance par le petit nombre de ses fidèles, comme en Angleterre ou aux Etats-Unis, est un élément perturbateur et révolutionnaire. Elle ne peut pas ne pas l'être, n'étant pas simplement, comme le protestantisme, une communauté religieuse, mais étant une société, ayant la prétention de posséder la vérité absolue et de régler toute la vie politique, intellectuelle, sociale aussi bien que religieuse des citoyens, en imposant un caractère confessionnel à toutes les formes de l'activité humaine. Sous le régime du Concordat, l'Église catholique était à demi opprimée, à demi oppressive; elle était tantôt comprimée, tantôt dominatrice, suivant les gouvernements qui appliquaient le Concordat; mais enfin elle ne pouvait pas nuire d'une manière sérieuse, ni à l'action de l'État ni à la liberté des citoyens, ni à la paix publique. Avec la Séparation, elle sortira constamment et nécessairement du domaine religieux, pour envahir le domaine social et politique, et, si elle ne réussit pas à dominer, comme elle l'a fait en Belgique, comme elle tend à le faire en Allemagne, elle sera un foyer de perturbation, peut-être de guerre civile, car à ses yeux aucune loi, ni civile ni morale, n'est respectable si elle nuit à l'Église; elle n'hésitera pas, comme on l'a vu dans l'affaire des inventaires, à pousser les paysans à la révolte, les soldais et les officiers à la désobéissance, la société tout entière à l'anarchie.

Cependant, le danger que je signale ne sera vraiment redoutable que si le parti républicain se montre incapable de gouverner avec prudence et énergie, en appliquant la loi avec fermeté et sans violence, et si les catholiques sont assez nombreux et assez unis pour obtenir la majorité dans le Parlement. Sans cela la loi de Séparation amènera assez rapidement la dislocation du parti catholique, et l'affaiblissement de l'Église catholique ou du moins du cléricalisme. Sous le régime du Concordat, le clergé était comme une grande bureaucratie religieuse, maintenue dans l'unité par la double force de l'Etat et de la Papauté, et presque indépendante de la masse des fidèles, pour la majorité desquels la religion n'était qu'une habitude sociale. Sous ce régime, la vie religieuse allait s'àffaiblissant. Elle n'a élé réveillée, depuis trente ans, dans les classes bourgeoises et conservatrices,- que par la lutte entre l'Église et l'État républicain.- Au lendemain de la Séparation, la ferveur religieuse ou religioso-politique ira s'accentuant, et cette fois les laïques et le clergé agiront de concert, sous la direction des évêques et du Pape. Mais si l'Étal a le bon sens de

laisser l'Église vraiment libre et en paix, c'est dans le sein de l'Eglise que naîtra la guerre. Aucune nation n'est moins apte que la nôtre à l'action collective au sein d'associations libres, moins capable de sacrifices persévérants et volontaires pour une œuvre collective. L'Eglise catholique libre se trouvera fatalemenl cuire les mains des laïques riches qui la feront vivre. Le clergé, qui souffre déjà, aujourd'hui, de cette dépendance vis-à-vis du château ou de l'usine, mais qui a un refuge dans la protection de l'État, sera ou abaissé ou révolté par cette dépendance, désormais sans contrepoids. Les laïques pauvres réduits à une place subordonnée dans l'Église et devenus simples contribuables, se détacheront d'elle quand elle ne jouira plus du prestige et du caractère obligatoire d'une institution d'État. Dans le sein du clergé, les oppositions cuire le haut el Le bas clergé, entre les esprits libres el chercheurs et les esprits servi les et bornés iront s'accentuant. Un prêtre dans sa paroisse, s il est soutenu par ses ouailles, osera résister à son évêque.. Enfin, étanl donné le caractère français, la domination du Saint-Siège, qui prétendra s'exercer sans limites et sans contrôle sur l'Église, deviendra très vite insupportable au clergé et aux fidèles. On a l'habitude de dire que le gallicanisme est mort depuis 1791, et que l'ultramontanisme règne dans l'Église de France. Ce n'est qu'à moitié vrai; on l'a vu en 1870. Le Concordat maintenait en France un gallicanisme mitigé, qui eût été plus fort encore sans la lutte sourde ou avouée, mais constante, entre l'Église et l'Etat. Pour toutes ces raisons, la Séparation deviendra une cause d'anarchie et d'affaiblissement pour l'Eglise, si l'Eglise ne s'empare pas, dès les premiers temps, de la direction des affaires publiques, comme elle l'a fait en Belgique.

Cette hypothèse me parait tout à l'ail irréalisable, si la loi de Séparation est appliquée dans le même esprit de liberté el de bienveillance pour l'Eglise, dans lequel elle a été rédigée. <>n a commis d'assez graves erreurs de tactique jusqu'ici, dans celle application. On aurait du laisser s'écouler un temps assez long entre le vote et la mise en vigueur de la loi, pour permettre aux esprits <le s habituer à I idée de la Séparation, el aux Eglises de préparer à loisir leur organisation nouvelle, peut-être même aux discussions de naître «lans leur sein avant qu'aucun conflit pût surgir entre elles et l'Etat. On aurait dû s'interdire toul appel à La force pour L'application <le la loi, et même ne pas subordonner L'usage des édifices du culte à l'organisation des associations cultuelles, mais refuser Le paiemenl de toul traitement, de toute pension, et la remise des biens ecclésiastiques aux Eglises, partout où l'on opposerait à La l<>i h ne résist a ace quelconq ue.

Les catholiques ont. eu bien soin, sur les affiches où ils ont accumulé les accusations mensongères contre la loi de Séparation, d'y ajouter des images où l'on voit les Eglises transformées en salles de bal ou en cabarets, les républicains mettant à l'encan les choses saintes. L image ainsi employée peut exercer une action sur les esprits incultes. Mais aujourd'hui que tout le monde lit, l'image n'a plus l'action quelle avait dans des temps où elle seule pouvait parler aux masses. De plus, elle a une tendance à être encore plus outrancière et ordurière que la parole écrite ; on s'en amuse plus qu'on ne s'en laisse émouvoir. Et, en tout cas, comme elle ne peut agir que par son outrance caricaturale, elle a presque nécessairement un caractère d'exagération et de mauvaise foi, qui empêchera les esprits scrupuleux de s'en servir comme arme de combat. Mais l'image est un document très expressif des passions du moment, par son outrance même, et les recueils d'images et de caricatures prendront place, de plus en plus, au nombre des documents digues d'être recueillis par l'histoire.

Edgar Monteil, ancien préfet :

J'ai combattu toute ma vie pour arriver à la séparation des Eglises et de l'Etat. Je suis donc très satisfait qu'elle soit arrivée.

Mais la loi que l'on a faite est mauvaise. Elle laisse encore trop de force à l'Eglise qui va s'en servir contre nous, naturellement. Nous avons pour dix ans de luttes.

Mais il est certain que le culte va se trouver ne pouvoir être exercé dans nombre de petits villages. Ce sera toujours ça de gagué. Ailleurs le clergé se tirera d'affaire et sera même plus riche qu'avant. On va voir, on voit comme le Pape se f...iche du gouvernement de la République.

Malgré ces défauts, la Séparation est un bon instrument contre le cléricalisme. Nous arriverons peu à peu à nous eu débarrasser.

Alfred Naquet, ancien Député, ancien Sénateur, défenseur des doctrines collectivistes, républicain sous l'Empire, et, depuis, un des 363.

Pendant vingt-sept ans de vie politique active, je n'ai jamais cessé d'affirmer la nécessité de séparer les Eglises de I Etat. C'est donc qu'à mes yeux cette séparation apparaît favorable à l'émancipation des

consciences, el à l'évolution humaine. Mais, pour féconde qu'elle soit, je ne la crois pas suffisante à terminer la guerre entre les cléricaux de La vieille société el les libres penseurs socialistes, marchanl à la conquête d'une société nouvelle. Je l'accueille comme une conquête considérable entre tanl d'autres déjà réalisées ou restanl à réaliser. Rien de plus.

Je crois la loi actuelle mauvaise, parce qu'elle me paraît avoir trop ménagé I Eglise. Les biens des fabriques et des menses étaient à la nation. Il n'aurait pas fallu les donnera l'Eglise, li n'aurait surtout pas fallu accorder aux associations cultuelles le droit de posséder quoi que ce fût, en dehors de ce qui est indispensable aux cultes. Le culte doit être entretenu par les contributions «les fidèles, et non par un domaine ecclésiastique.

Mais je sais, par l'expérience du Divorce, que quand les Chambres se décident à une réforme elles la font toujours mal. Elles sont timorées et indécises.

C'est un malheur inséparable de tous les régimes d'opinion, malheur auquel il faut s'accoutumer à cause des grands avantages que, par d'autres côtés, offrent ces régimes.

Aussi, quelle que soit mon opinion sur la loi actuelle, je suis satisfait à tout prendre qu'elle soit faite. Ses résultats en seront nécessairement heureux.

Je crois, cependant, que, député ou sénateur, je ne l'aurais pas votée : elle était mûre, elle était fatale; et si le parti avancé s'étail montré

intransigeant sur îles dispositions comme relies de l'article 4 (1), il me

parait certain que nous aurions eu la loi quand même — peut-être deuj ans plus tard, — mais alors beaucoup meilleure.

Je dis que je crois que je ne l'aurais pas votée, sans cependant en être bien suc. parce que, lorsqu'on est dans les Chambres, on est dominé par les événements, et qu'il n'est pas toujours aisé de juger du dehors ce que l'on aurait fait si l'on avait été an-dedans.

Suc I image satirique, que vous dirai-je?

Certainement, c'esl un véhicule de vulgarisation dont on ne saurait

nier la valeur-, mais celte valeur est-elle supérieure à celle des autres

moyens de répandre les Idées? Te ne le pense pas, et je crois même que c'est une méthode adéquate à un niveau .1 un <\>-^r<: peu avancé d'évolution. Chez les peuple- peu instruits, c'esl | „■ u i - é i re , en effet, une arme puissante; «lie/, les peuples plus développés, «lie perd graduellement de sa puissance au profil 'le la discussion naisonnée.

Mais, quoi qu il en soit, il eu est de I image connue du journal, connue du livre, connue de la parole..., comme île la langue d Esope : elle Sert

(1) L'article '* vis,., on le sait, les biena mobiliers et immobiliers des établissements du culte.

aussi bien l'erreur que la vérité, la réaction que le progrès; et si, somme toute, l'Imprimerie a été favorable au progrès, c'est que la discussion profite à la vérité. Sous ce rapport, je ne suis pas convaincu que l'image ait le même avantage. Il y a cinquante ans, on avait réussi à tourner en ridicule, par la queue avec un œil au bout, dont on affublait Victor Considérant, les admirables pionniers du phalanstère. En cette circonstance, l'image satirique fut une arme de réaction (1).

Gabriel Séailles, Professeur de philosophie à la Faculté des Lettres :

La loi française de séparation des Églises et de l'Etat me paraît conçue dans un esprit très libéral, et je m'en réjouis. S'il en fallait une preuve, je la trouverais dans l'agitation que les cléricaux — je ne dis pas les catholiques — ont eu la maladresse de soulever à propos d'un fait aussi insignifiant que les inventaires.

Cette loi n'a rien de révolutionnaire ni d'imprévu; elle constate et formule comme la laïcité à l'Ecole primaire, la distinction qu'on ne songe guère plus à nier, de la vie civile, politique, et de la vie religieuse. Elle devrait contribuer à rétablir la paix dans les esprits, mais les détenteurs de vérités, non moins absolues que contradictoires, ne conçoivent la liberté que comme le privilège de la tyrannie.

Chaules Seignobos, chargé de cours à la Faculté des Lettres, un des vulgarisateurs de l'enseignement par l'Image :

1° « L'influence du cléricalisme » durera aussi longtemps que le clergé aura une action sur les votes d'un nombre considérable de paysans français. La Séparation, par eUe-même, ne l'atteint pas directement. C'est 1 instruction scientifique et l'habitude de lire des journaux démocratiques qui peuvent « émanciper les consciences ». Je ne crois pas que cela se fasse vite ;

2° La loi de Séparation n'était pas demandée par la majorité; elle a

(1) M. Naquet fait, ici, allusion aux caricatures éminemment réactionnaires, en effet, du réactionnaire Cham, qui parurent dans le Charivari, de 1848 à 1851, en grandes compositions et en petites vignettes. Arme de rire, la caricature n'est pas nécessairement, toujours, une arme de progrès et de liberté, surtout aux époques de veulerie, et entre les mains de petits esprits, coupeurs de tils en quatre, véritables pointillistes de l'image. Tout le monde ne peut pas brandir le crayon de la grande satire sociale; tout le monde n'est pas un Steinlen ou un Hermann-Paul.

été 1<' résultat des opérations de la Cour de Rome. On l'a votée parce qu'on ne voyait plus de moyen de s'entendre sur la nomination des évêques. Elle donne aux fidèles de bonne loi, de tous les cultes, la liberté complète de pratiquer leur religion. Mais, en France, le clergé catholique est habitué a se regarder comme une autorité officielle. Il n'acceptera le régime de Séparation que lorsqu'il scia convaincu que les catholiques réels sont une minorité en France: alors il se résignera, comme aux Etats-Unis et en Angleterre;

3° Limage satirique était une arme de eombal efficace au xvie siècle, quand on n'en avait pas d'autre, ci dans une société où la masse des

habitants ne savait pas lice; il en esl encore de même, aujourd'hui, en

Russie. Son efficacité diminue à mesure que les propagateurs des

u idées de progrès ■ ont à leur service des armes moins primitives.

A. Thalamas, professeur d'histoire au Lycée Gondorc.et :

1° Oui, parce qu'elle pose le principe de la liberté de conscience, en émancipant l'Étal de l'Eglise, et parce qu'elle introduit dans l'Église I influence des laïques, c'est-à-dire pose la démocratie catholique en lace

du cléricalisme monarchique de Rome;

2° Je la considère comme un compromis entre les opinions extrêmes, et, par suite, comme une œuvre pratique et viable à laquelle il importe

de laisser le temps de faire ses preuves;

3° Oui, à condition qu'elles présentent un caractère plus intellectuel qu'aujourd hui, et qu'elles attaquent les idées plutôt que les personnes.

(// Fitchit il", de Turin).

Allemagne et Autriche.

E. Bâcher, directeur de la Neue Freie Presse, à Vienne :

La question de savoir si la séparation de l'Église et de l'Etat peut être favorable à l'émancipation des consciences, nVst plus à poser, c'est-à-dire ne saurait plus faire aucun doute pour ceux qui connaissent tant soit peu l'histoire de l'Europe depuis la Révolution française. La vérité est que sans cette séparation il ne saurait y avoir aucune liberté de pensée! Nous autres, en Autriche, pays qui, comme la France, est, dans sa grande majorité, catholique, nous en avons fait l'expérience la plus concluante. Notre législation a posé en 1867 le principe de la Séparation et l'a proclamé sur quelques points importants tels que l'École, le Mariage, les rapports mutuels entre confessions; mais elle est restée à moitié chemin, et nous avons eu à lutter contre une réaction cléricale qui est venue barrer le chemin, en utilisant à son profit cette Séparation incomplète, et a ainsi trouvé moyen d'arrêter le développement de la liberté de conscience, non seulement constitutionnellement, mais encore par l'interprétation donnée aux lois. Pour vous en donner quelques exemples : l'indissolubilité du mariage catholique est également reconnue par l'État, la loi sur le mariage est différente suivant les confessions. Les registres de l'état civil sont aux mains du clergé. Les articles du code pénal, destinés à protéger la religion, ont été interprétés par les juges de façon tellement excessive, que des non-catholiques ont été condamnés à des amendes pour ne pas avoir rendu, dans la rue, à des prêtres revêtus des ornements sacerdotaux, les mêmes marques de respect que les catholiques.

De leur côté, les catholiques ont dû égalemenl supporter les conséquences de cette séparation incomplète. Quand on a essayé de constituer les associations cultuelles catholiques, la question de savoir qui aurait à participer aux besoins du culte, dans la mesure où ils ne pouvaient être couverts par les biens des Églises — est resiée sans réponse.

A l'origine, les communes participèrent aux frais nécessités par la construction de nouvelles églises. Mais lorsque, avec raison, les noncatholiques prolestèrent contre l'emploi qui était fait de leur argent, ci lorsque les tribunaux eurent déclaré leur protestation fondée, les églises durent rester inachevées.

En réalité, il ne saurait y avoir aucune liberté de conscience, tant que la puissance de l'état religieux du Moyen Age, si prùuée, trouvera^ un appui dans la Constitution de l'Etat moderne. La séparation de l'Etat d'avec l'Église, est une affirmation de la souveraineté de l'État.

Il en va tout autrement, selon moi, quant à l;i question si l'influence il h cléricalisme sera arrêtée par la Séparation. Car cette influence ne dépend pas de l'intelligence, niais bien des sentiments et de la fantaisie, ei là contre, il n'y a pas à compter avec les luis.

Aux Etats-Unis, la séparation esl complète. Or, cela n empêche p;is que le cléricalisme el il n \ a pas seulemenl un cléricalisme catholique, m. us encore un cléricalisme évangélique , anglican, juif — n'y possède la plus grande influence sur la vie publique. Une chose, seulement, pourra contribuer à détruire cette influence : le développement <le l'éducation par les écoles primaires et la vulgarisation <le la science dégagée de tout esprit confessionnel.

La loi française me semble assez bien répondre au bul cherché. Eu ce qui concerne certaines de ses particularités, notamment la possession des biens d'Église, je ne saurais avoir aucune opinion.

En réalité, pour celle loi comme pour toute loi, il faut attendre l'expérience <le l'application.

L'on devrait surtout employer tous ses efforts à rassurer entièrement les catholiques réellemenl croyants. Plus ils se figureront ipie l'on veut détruire non seulement leur Dieu, mais encore leurs prêtres, plus ils repousseront \ i\ emenl la lui.

Pour ce qui est de la dernière question, à savoir si l'image satirique esl un bon moyen de combat e1 de vulgarisation des idées de progrès, j'estime que, là également, il ne saurait y avoir de règle générale. Assurément, pour la vulgarisation des idées, les feuilles satiriques ont fait plus que les bibliothèques; les caricaturistes, plus que les philosophes. Les personnages célèbres, grands el petits, à savoir Bismarck,

Guillau II, Roosewelt, Chamberlain, Loubet, Fallières, sont connus

de millions d'êtres, grâce à la caricature qui leur donne toujours une représentation figurée quelconque.

De même vo'tre œuvre conduira à ceci : que le peuple apprendra à considérer la liberté «le sa pensée comme un bien précieux.

I)' Théodoh Barth, directeur du journal La Nation, à Berlin :

1° .1 entends par cléricalisme l'exploitation «les besoins religieux dans un but de domination. Donc tout affaiblissement du cléricalisme doit, par cela même, être considéré comme un affranchissement des consciences, el <li.il conduire à l'émancipation religieuse. L'Eglise et l'Etat ne se sont point unis pour combattre la Religiosité, mais, bien au contraire, afin de pouvoir mieux protéger de leurs forces unies les croyances des citoyens.

Il en résulte qu'avec la séparation de l'Eglise el de l'Etat tout le le,

citoyens, laïques e) croyants, y gagnera;

2° La loi de Séparation votre en Fiance, m'apparaît être une tentative très habile, pour trouver la solution de ce problème difficile : séparer l'Etat et l'Eglise. Aura-t-elle, par le fait de l'ingérence des hommes d'Etat, ou, malgré cela justement, une conséquence politique, je ne saurais le prévoir. Pour cela il me manque une connaissance suffisante du peuple français ;

3o L'image satirique, chez nous, en Allemagne, s'est élevée à une hauteur remarquable, comme moyen de combat contre le cléricalisme. A Munich, depuis plusieurs années, le Simplicissimus emploie le castigare ridendo mores clericorum avec grand talent et avec une maestria victorieuse. Le cléricalisme n'a pas, en Allemagne, d'ennemi plus acharné.

Arthur Bœhtlingk, professeur au Polytechnikum de Stuttgart, le leader de la lutte contre le cléricalisme, dans le grand-duché de Bade :

Rien de plus difficile que d'apprécier la loi française sur la séparation de l'État et de l'Église. La France a été tellement catholicisée et recatholicisée, c'est-à-dire romanisée, l'union de l'État et de l'Église romaine privilégiée a été jusqu'ici si étroite, que, maigre l'interruption durant la Révolution, on n'a aucune expérience, assez fondée, pour pouvoir se représenter les effets possibles de la Séparation. Il semble que les législateurs aient voulu sauvegarder l'organisation cléricale autant que possible.

Malgré cela, puisque l'Église romaine catholique veut tout ou rien, et qu'elle n'admet aucune influence de l'État, ni même des laïques; qu'elle prétend être une organisation absolument autocratique, elle ne peut se plier à ne plus être qu'une société cultuelle, comme la loi le veut. Aussi paraît-on décidé, au Vatican, à rejeter la loi en principe.

La question est si le clergé aura assez d'influence sur ses fidèles pour persister dans la négative. L'Église prendra, cependant, tout ce qu'elle pourra saisir. Tant que la confession subsiste, et que le prêtre tient eu ses mains le sort des âmes croyantes qui se confient à lui comme â leur Dieu, — le troupeau restera plus ou moins intact. Au Mexique, la séparation est absolue : il est même défendu aux prêtres de porter un costume; et, cependant, le Mexique reste catholique jusqu'à la moelle des os !

La seuli' puissance qui ait fait reculer Rome e1 lui ail arraché ses sujets, a été le Protestantisme, c'est-à-dire une autre religion organisée en Église. Ce protestantisme a été si radicalement anéanti en France que je hé puis croire à sa résurrection, aujourd'hui surtout, qu'il représente un véritable anachronisme. Il u\ a, en réalité, que l'organisation 'les

écoles laïques et nationales, absolument indépendantes de l'Eglise, qui pourrait garantir un affranchissement graduel, et cela encore, seulement, si l'on réussit à établir une éducation religieuse sérieuse, en dehors de I Église.

La caricature ne peut pas être plus développée et plus répandue qu'à Munich, et, cependant, l'effet de l'image parait y être presque nul. Elle n'atteint que les sceptiques el les incrédules, qu'elle fortifie dans leur négation : les croyants l'évitent, ou s'en détournent. Elle a toui <le même, sûrement, sa raison d'être et sa portée.

Malgré toutes ces réserves, j'estime que vous venez de faire un grand pas en avant, et Rome aura grand'peine à regagner le terrain perdu!

Certes, chacun qui a compris la portée de la question, le danger vital que court toute culture, intellectuelle ou nationale, par l'ambition de la prêtraille romaine, a le devoir de ae négliger aucune arme à sa portée, pour se protéger contre ce fléau universel. Donc, bon courage et bon combat! Nous avons, eu Allemagne, d'autant plus besoin d'un succès durable chez vous, en France, que le Vatican, voyant sa Fille aînée lui échapper, met tout son espoir dans l'Allemagne.

Il ans Delbruck, Professeur à l'Université de Berlin, ancien député au Reichstag, Directeur des Preussische Jalirbùclier.

1° A la première question, je réponds qu'en un tel problème on ne «luit pas généraliser.

L'Eglise catholique d est pas la même en fiance el en Allemagne. En

Allemagne, presque tous 1rs citoyens considérés coi e catholiques sont

des adhérents fidèles <le leur Église. Alors, si nous avions la séparation de l'Eglise el de l'État, et si nous renoncions à l'influence que l'État possède aujourd hui encore, <lans l'Église, nous abandonnerions plus d'un tiers du peuple allemand à l'influence exclusive du clergé catholique.

Actuellement, > s axons, dans le clergé catholique lui-même, el dans

les classes supérieures el dirigeantes «le la population catholique, une tendance très modérée, qui cherchée se rapprocher du protestantisme, <lela philosophie el des idées modernes. I>a séparation de l'Église el de I Étal tuerait celle tendance, et livrerait l'avenir au cléricalisme, pur el simple, du ni(i\ en âge ;

2° En ce qui concerne la France, je crois bien que le projel voté par les Chambres françaises est le meilleur <pii puisse exister, pour l'avenir du pays;

3° Assurément, la satire illustrée est une des meilleures armes qui soient, dans les combats politiques.

Dumont-Schauberg, éditeur de la Kôlnische Zeitung (Gazette de Cologne), le grand journal libéral qui a toujours combattu la politique cléricale :

Quiconque veut pratiquer un culte n'a qu'à en payer les frais. Tel est le principe appliqué dans l'Empire allemand dont le droit public, à cet égard, est tout à fait spécial, encore qu'il n'y ait pas séparation des Églises et de l'État. C'est également le principe qui a pu s'épanouir librement aux États-Unis où le droit relatif à l'Église est purement négatif. Point n'était besoin, en Amérique, d'une législation particulière pour faire prévaloir le droit que la France vient de proclamer.

Portant avec elle la maladie héréditaire de l'Ancien Régime et du Concordat, la France se trouvait dans la nécessité de fournir aux citoyens restés fidèles au culte, les éléments nécessaires à la constitution légale des associations cultuelles. De même que les syndicats professionnels forment des Unions, de même ces associations devaient être mises à même de pouvoir constituer un groupement national. Cette logique, fondée sur la loi Waldeck-Rousseau de 1901, mérite tous les éloges. On a également donné à ces associations une place à part dans la vie sociale ; une série de dispositions légales empêchent l'accumulation des richesses au delà d'une certaine mesure, c'est-à-dire au delà des besoins courants. Pour qui connaît le droit ecclésiastique européen, cela est parfaitement logique. Le législateur ne pouvait risquer un saut dans les ténèbres. On a donc mis ici un verrou à la puissance de la mainmorte, que la France, trop souvent, a senti peser sur elle.

L'État — avec juste raison — est resté fidèle à la théorie de la Révolution, d'après laquelle les bâtiments servant au culte, lui appartiennent. Ce que l'Église s'était approprié, était un bien commun tant que la nation était réputée uniformément croyante : en réalité, les biens d'Église ne sont pas la propriété des prêtres, mais celle de la Nation.

Des lois démocratiques présument une honnêteté presque théorique, et il faut admettre que le clergé français, quoiqu il ait développé' jusqu'à la perfection l'art de tricher vis-à-vis du pouvoir, s'accommodera de la situation, une fois qu'il aura reconnu qu'elle est inéluctable.

En tout cas, réduite à se servir de ses seuls moyens de persuasion, lÉglise catholique jouira d'une indépendance qui lui était refusée sous le régime policier du Concordat. Elle ne se trouvera plus dans l'alternative d'être ou l'esclave ou la Pompadour de l'Etat.

Pour l'Allemagne, cette évolution, que nous considérons comme delinitive, mérite l'attention, mais uniquement à titre d'expérience. Ce qu'on veut en effet atteindre actuellement, en France, existe en grande partie déjà en Allemagne : telle la liberté d'appartenir, ou non. à un culte;

288 CONTRE ROMJ

telle la liberté de contribuer, ou non. aux frais de son entretien. L'indépendance «1rs communautés <1 l'élise existe en Prusse, et s'y développe toujours | il m s.

Si l'on compare la loi de Séparation avec le régime existant en Amérique, on bien avec Je régime fixé pour les dissenters en Angleterre, on scia forcé de reconnaître 411e c'est l'Eglise de France qui reçoit de loin le régime le mieux conçu.

A l'article 28, nous invoquons en Prusse a contrario, la contrainte religieuse pratiquée envers les entants n'appartenante aucun culte. Mais cet article (initient bien plus encore, comme le montrera la jurisprudence quand elle sera appelée à éclairer tous les coins obscurs dis relations privées où s'exerce la pression sur les consciences. Et même au delà de la pression religieuse, celle disposition acquiert une importance capitale. En Allemagne, on pourra la consulter avec fruit, quand il s'agira, par exemple, de régler le régime des syndicats professic els.

Est-ce illusion de dire que la loi servira de guide à un certain nombre d'autres pays qui ont donné à l'Eglise un droit spécial fondé sur une hase tantôt historique, tantôt extra-historique, quelquefois même antihistorique? Et alors, à la France reviendra la gloire d'être à nouveau, comme sous la Grande Révolution, le grand champ d'expérience de I Histoire.

Dernier point. La loi de Séparation est-elle révolutionnaire? Oui, sous le rapport politique, si Ion s'attache aux traditions de la Révolution qui opéra la séparation de l'Etal et de l\\glise, pour w\-w manifester que plus clairement sa rupture complète avec la royauté alliée de l'Église. Par contre, sous le rapport juridique, la loi constitue pour la France mu' réforme essentielle, tout comme la législation sur les associations, — législation libérale, et vraiment nouvelle pour elle.

Ernest Haeckkl, professeur de zoologie à l'Université d'Iéna, élève de Darwin, le grand maître de la philosophie moniste, le savant auteur de {'Histoire naturelle de la Création (1868) et des lùiigmes de l'Univers (11)01) :

C'est avec plaisir que j'apprends que vous préparez un volume de documentation contre Rome, et il me sera agréable de pouvoir vous prêter mon concours; mais loul ce que je pourrais nous dire à ce sujet ne ferait que répéter ce que j'ai écrit dans Les Enigmes de l'Univers ou dans mon plus receui livre : Le Combat pour la libre pensée, dont une traduction française doil paraître sous peu,

Permettez moi dune de rappeler ici ce que j'écrivais au sujet de la séparation de I Eglise 1 1 de I Etat, qui fait I objet de votre enquête

« Dans la grande lutte pour la civilisation, qui doit toujours être poursuivie, le premier but que l'on devrait se proposer devrait être la séparation complète de l'Église et de l'Etat.

« L'Église libre doit exister dans l'État libre », c'est-à-dire toute l'Église doit être libre dans l'exercice de son culte et de ses cérémonies, de même que dans la construction de ses poèmes fantaisistes et de ses dogmes superstitieux, — à la condition, cependant, qu'elle ne menace pas par là l'ordre public, ni la moralité. Et alors, le même droit doit régner pour tous.... Mais, pour tous les « croyants » des confessions différentes, la religion doit rester chose privée; l'État ne doit que la surveiller et empêcher ses écarts, mais il ne doit ni l'opprimer, ni la soutenir. Avant tout, les contribuables ne devraient pas être tenus de donner leur argent pour le maintien et la propagation d'une croyance étrangère qui, d'après leur conviction, n'est qu'une superstition funeste.

« Enfin, cette séparation entraîne forcément la séparation, non moins importante, de l'Église et de l'École. »

Comte de Hœnsbrœch, directeur de la revue Deutschland, auteur de l'ouvrage fort remarqué : Das Papsttluun in seiner sozialkulturellen Wirksarnkeit :

Je réponds très brièvement à votre questionnaire; non parce que les questions qui y sont posées ne m'intéressent pas — bien au contraire, — mais parce qu'elles placent vos correspondants en présence de ce dilemme : être ou trop long ou trop bref. Je choisis donc, par force, oette dernière solution :

1° Oui, assurément;

2° La loi votée par les Chambres françaises, me parait bonne ;

3° Je ne crois pas, parce que la satire est presque toujours, et surtout en des matières aussi délicates, une arme à deux tranchants.

Sigmar Mehring, poète satirique, rédacteur du Ulk, un des nombreux hebdomadaires, à caricatures politiques, de Berlin. A été condamné à six mois de prison pour avoir écrit un poème contre les Jésuites :

1° Le 6 décembre 1905, joui" où les Chambres françaises ont voté la séparation des Eglises et de l'Etat, est un jour anssi important pour la civilisation du Monde, que le 4 août 1789 où Paris a donné la définition des Droits <!<• l'Homme, ou que le 22 septembre 1862 où Lincoln a proclamé 1 aliolisseinciil de l' esc la vagi

2° Le vote de la loi par les Chambres françaises a été une action courageuse, et qui sera imitée;

3° L'image satirique et la satire, sous toutes les formes, sont des armes nécessaires au combat contre le cléricalisme, contre le Jésuitisme, et contre tous les ennemis du libre développement de la nature humaine.

Dr Max Nordau, auteur des Mensonges conventionnels de la Société, un des chefs du mouvement Sionniste :

1° Indubitablement, oui;

2° Je l'aurais souhaitée encore plus Libérale. Il y a dans la loi encore trop d'ingérence, trop de surveillance, trop d'action gouvernementale;

3° L'image satirique est trop souvent un calembour dessiné ; elle peut faire rire, elle ne prouve rien. Elle ne convainc pas. tout au plus flatte-t-elle des convictions existantes. Elle détruit le respect, et par là très indirectement prépare le terrain pour l'argumentation sérieuse. Elle crée un état d'âme ; elle ne parle pas à la raison.

Ernst von Wolzogen, un des écrivains les plus en vue de l'Allemagne moderne, à Darmstadt :

Sans aucun doute, la France, par la séparation de l'Église et de L'État, et par son énergique initiative contre la prépondérance cléricale, a rendu un service considérable à la bonne cause de L'émancipation des esprits.

La satire en paroles et en images est aussi, assurément, le moyen de combat le plus efficace contre un état d'âme borné, à la condition, toutefois, qu'elle évite le grand écueil de tomber dans la grossièreté el le mauvais goût.

Angleterre.

Sir Charles Dilke, ancien membre de la Chambre des Communes, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères en 1880, dans le Cabinet Gladstone, et qui, en mainte occasion, afficha sa préférence pour la République, et ses sympathies pour la France :

1° Il est impossible de raisonner d'un pays à l'autre sur une telle question.

Ici, les radicaux sont partisans de la séparation de l'Église et de l'État. Il en est de même en Ecosse, où il y a une Eglise officielle distincte. En Irlande, il y avait aussi une Eglise officielle, comme en Ecosse et en Angleterre, mais il n'y en a plus, à la suite d'un vote du Parlement, émis à l'époque où je faisais partie de cette Assemblée. L'Eglise irlandaise, émancipée de la tutelle de l'Etat, s'en est fort bien trouvée.

En France, sous le régime du Concordat, le problème à résoudre était tout à fait différent;

2° La réponse à votre deuxième question dépend évidemment de la façon dont il aura été répondu à la première. Et il n'appartient peut-être pas à des étrangers d'émettre un. avis sur la loi française;

3° Si je trouve grand plaisir, comme tout le monde, aux caricatures des grands artistes qui, depuis un siècle, ont honoré eu France l'art de la caricature politique, il ne s'ensuit pas que l'usage qu'on a fait de cette caricature mérite toujours l'approbation.

Dans notre pays, la caricature politique fut favorablement accueillie au xvine siècle : il semble qu'elle ait eu moins de succès pendant le xixe, au moins jusque dans sa dernière période, époque où elle commença à jouer un très grand rôle politique. La grosse difficulté c'est de trouver la ligne de démarcation entre l'usage et l'abus de cet instrument.

Mme Frederika Macdonald, philosophe anglaise rousseauïste, auteur d'un ouvrage remarquable sur Jean-Jacques : 1° Oui, j'estime que la séparation des Églises et de l'État esl favorable à l'émancipation des consciences. L'État, me parait-il, doit, dans l'intérêt même de la religion, ignorer les questions religieuses, le but et la vraie loi de la religion étant l'éducation de l'àme, la vie spirituelle et individuelle. L'État ne doit s'occuper que de la vie social. , i des relations des hommes entre eux, et n'a rien à faire, rien à voir dans

contki; mun-

ies opinions de l'individu, pourvu que ces opinions ne le mènent pas à persécuter, ni à opprimer ses semblables ;

2° Pour ce qui est de la loi votée par les Chambres françaises, je ne saurais me prononcer de façon positive, parce que je trouve la situation, en France, très compliquée et très difficile. L'Eglise, en effet, n'y est pas seulement le cléricalisme ennemi de toute liberté spirituelle et intellectuelle, ennemi de la foi moderne dans l'humanité, mais encore le cléricalisme, ennemi de la République, de la paix et des réformes économiques et sociales. Je ne trouve pas juste, en principe, ce que 1 on a fait contre les Congrégations qui se sont soumises à la déclaration. Il me semble que fermer les écoles, c'était emprunter les méthodes de l'Église; mais, en état de guerre, la justice parfaite est chose difficile,

et la République et l'Église se livrent, en ce moment, en France, une

bataille dans laquelle l'une ou l'autre devra périr;

3o Je trouve l'image satirique une excellente arme contre l'hypocrisie, l'intolérance, l'orgueil et la superstition humaine, toutes choses dont le cléricalisme nous offre tant d'exemples. Mais je la trouve mauvaise quand elle est dirigée contre des convictions religieuses, et dangereuse quand elle vise les symboles de la Foi, alors même que celte foi est un obstacle aux progrès de l'humanité.

Je crois, donc, qu'il faut adopter la méthode de J.-J. Rousseau, plutôt que la méthode de Voltaire, dans la guerre contre le dogmatisme et les fausses croyances, et ne jamais oublier que l'hypocrite est méprisable, et le fanatique haïssable, mais que le croyanl sincère qui vit suivant ses convictions, doit être toujours respectable, même aux yeux de ceux qui combattent ses croyances.

Comme Victor Hugo l'a dit : « Prendre pour devoir une erreur sublime, cela a sa grandeur ».

— A Rome, il tombe de la neige noire: c'est uni- véritable chaîne de Jésuites.

(Lusti'/r Blàlter, de Berlin, Février 1905.)

Belgique.

Charles Buls, ancien bourgmestre de la ville de Bruxelles, qui

mène la campagne en faveur de l'instruction obligatoire en

Belgique :

1° Dans les pays où l'intervention, de l'État donne un caractère officiel

à l'Eglise dominante, comme en Belgique et dans tous les pays d'Europe,

la religion d'Etat est assurée d'une durée artificielle. Elle se maintient

par la force acquise, elle domine les actes des hommes faibles, alors

qu'elle ne règne plus sur leur conscience.

Il faut distinguer entre le cléricalisme et la religion. Le Cléricalisme constitue une hiérarchie puissante qui, comme tous les pouvoirs, s'efforce par des moyens, honnêtes ou non, de conserver la prééminence.

Si l'Etat lui retire son appui financier et son estampille officielle, il perdra nécessairement une grande partie de sa force.

La Religion est une institution humaine née d'un besoin d'appui, d'espérance, de sanction morale et d'explication de l'énigme de l'Univers. Elle évolue constamment, comme la langue, les institutions, la philosophie, pour s'adapter aux progrès de la civilisation et aux conceptions nouvelles sur le rôle de l'homme.

Aux Etats-Unis, où la Séparation existe plus dans les lois que dans les mœurs, loin de détruire le sentiment religieux, elle l'a exalté en lui permettant de chercher, en dehors d'une Église officielle, le moyen de satisfaire aux multiples exigences des consciences inquiètes d'un peuple sans tradition et peu instruit. De là, ce foisonnement de sectes étranges qui étonne l'Européen ;

2° Je pense que la loi votée par les Chambres françaises portera un coup mortel au cléricalisme, si la République est de force à résister à la réaction qui va se déchaîner. D'autre part, elle contribuera peut-être à épurer le sentiment religieux, à l'affranchir de dogmes surannés, et amènera ainsi la création d'une Église Gallicane qui répondra mieux aux aspirations religieuses d'une partie de la population fatiguée des superstitions séniles de Rome;

3o Je ne crois pas beaucoup à l'efficacité de l'image satirique pour la vulgarisation des idées de progrès. Il ne faut pas confondre les manifestations de l'émancipation de la pensée avec les causes qui la provoquent. Les écrits, les images, les discours dirigés contre le cléricalisme n'atteignent que les convertis; ils irritent et excitent ses partisans. Les idées de progrès, élaborées par les savants et les philosophes, s'infiltrent

très lentement dans la masse de la nation pour transformer insensiblement sa mentalité.

D'apparentes explosions comme la Réforme, la Révolution française, la Révolution japonaise, furent longuement préparées, et n'éclatèrent que lorsque les antiques institutions, sapées dans leur base, s'écroulèrent.

Les images satiriques constituent donc des effets, non des causes. Souvent dessinées par des artistes médiocres et ignorants, elles répugnent aux esprits justes et délicats par leur exagération partiale et leur manque de goût.

Hector Denis, membre du Parlement, à Bruxelles :

lo La Séparation est assurément l'un des plus grands événements de ce temps, par les conséquences mêmes qu'elle porte en elle. C'est un retour à la pensée de la Révolution, à ce que Prudhon appelait l'immanence de la Justice. L'Humanité assurant sa capacité de s'élever à la Justice par ses seuls efforts : voilà ce qui va être mis au premier plan, voilà ce qui doit être à la base de la morale laïque, dont l'enseignement doit se généraliser. La morale est indépendante des dogmes. Sans doute la pénétration de ces vérités décisives sera lente dans bien des consciences ; mais, toutes les institutions s'en pénétrant, l'enseignement public les transmettant aux générations nouvelles, l'action émancipatrice de ce nouveau milieu moral est inévitable.

Ce qu'il faut, c'est ne donner aucun prétexte sérieux à ceux qui crient à la persécution religieuse ;

2° Votre loi, que certains de mes compatriotes ont accusée de faiblesse, me paraît, en tout cas, largement tolérante. Qu'aura-t-on donc de sérieux à dire, quand nul ne pourra mettre en doute que la liberté de Conscience soit .religieusement respectée, que les clergés se constituent Librement, que les associations cultuelles puissent librement user des temples et de tous les accessoires des cultes?

Que le respect de La conscience ci de la dignité humaine soit définitivement consacré, et L'Humanité sera définitivement maîtresse de ses destinées.

Pour moi, socialiste, je lie cette émancipation des consciences à l'émancipation sociale - économique même. — et les progrès vers I égalité économique m'apparaissent co ■ Le prolongement de l'égalité

des consciences.

La France, en cessaisissant l'œuvre du xvin1' siècle; en La pénétrant des préoccupations sociales, économiques, du xix(>; en s'inspirant, dans La pratique, d'une tolérance largement bumaine; en écartant toute violence dans cette grande réforme, la France restera la Grande Nation;

3° Sur le troisième point, je ne puis mieux rendre ma pensée qu'en vous rappelant l'invocation à l'ironie, de Prudhon, à la lin des Confessions d'un révolutionnaire.

La satire par l'image, comme sous toutes les autres formes, m'apparait comme l'expression de la liberté de l'esprit, de sa puissance critique, vivante, saisissante et même terrible. Mais suivez bien les transformations qui s'accomplissent dans l'Église même : elle évolue, et c'est dans cette évolution qu'il faut la suivre.

Georges Dwelshauvers, Professeur de philosophie à l'Université

de Bruxelles :

lo S'agit-il de l'influence morale de l'Église? Les lois, selon moi, sont impuissantes à la vaincre. C'est la science, la philosophie, la pensée libre qui finiront par en avoir raison; elles substituent au dogmatisme et aux arguments de pure convenance la réflexion personnelle, et créent ainsi la véritable liberté intérieure.

Au point de vue économique, la séparation des Eglises et de l'Etat me paraît entièrement légitime, car il est injuste de faire payer à l'ensemble des contribuables les prêtres auxquels n'ont recours que certains d'entre eux; enfin, au point de vue administratif,'^ ne vois pas de quel droit l'État exercerait un contrôle sur l'Église.

En Belgique, la situation est tout à fait illogique : l'Église est libre du contrôle de l'État, et d'autre part, l'État entretient les prêtres.

Yoici, selon moi, les mesures les plus efficaces dans le cas d'une séparation complète entre l'Église et l'État : il faudrait interdire d'enseigner aux prêtres et à toute association qui ne reconnaîtrait pas comme principe le libre examen exigé par les savants et les philosophes; il faudrait laïciser l'école à tous les degrés. Une telle mesure seule assurerait, dans l'éducation, la liberté de la pensée qui n'existe que si Ion écarte énergiquement dogmes et raisons de convenance.

En Belgique, un certain nombre d'articles de la Constitution se basent sur de simples jeux de mots : on y parle de la « liberté de l'enseignement » et l'on oublie que cette expression vague permet de propager l'erreur sous le couvert d'une idée confuse. J'ai été effrayé chaque fois que j'ai pu constater à quel degré d'abrutissement et de déformation l'enseignement de l'Eglise conduisait les esprits. Il y a là un danger public, aussi grave que la tuberculose ou autre maladie contagieuse ;

2° La loi votée par les Chambres françaises me parait sensée et tolérante. Mais je suppose bien qu'elle n'est que le début d'une série de mesures de prophylaxie sociale, et non une conclusion;

3° L'image satirique est une bonne arme de combat. La meilleure?

Je n'en sais rien. Elle présente, dans sa réalisation, de grandes difficultés. Il faut, pour réussir, qu'elle réunisse des conditions multiples : ou l'observation réelle, ou une fantaisie originale; elle «l< >i l éviter l'exagération et la lourdeur; il est nécessaire qu'elle ait un sens, et les commentaires, exprimés ou sous-entendus, sont de première importance. Elle S adresse surtout à ceux dont l'esprit est plus vivement frappé par la réalité concrète que par l'analyse réfléchie ; je la placerais volontiers au même rang d'importance que le pamphlet, qui réclame le même genre de qualités qu'elle.

Comte Goblet d'Alviella, Sénateur, professeur de l'histoire des

religions à l'Université de Bruxelles :

1° Je reste convaincu que la séparation des Eglises et de l'État est favorable à l'émancipation des consciences, à condition, bien entendu, que l'État s'abstienne de tout ce qui pourrait sembler une mesure d'intolérance.

Une des forces du cléricalisme dans les pays catholiques, c'est que l'Église est une institution d'État. Faites, des Églises, autant d'associations privées, et leur pouvoir de persécution sera diminué de tout ce qui sera ainsi enlevé à leur prestige. Le Pape l'a bien senti, quand il a rédigé son Encyclique;

2° J'estime que la loi de Séparation, votée par les Chambres françaises, est juste, logique et opportune. Elle a le mérite de respecter toutes les conditions de la liberté religieuse; je regrette seulement que, par une concession exagérée, on ait cru devoir laisser à la hiérarchie romaine la haute main sur les associations cultuelles, au lieu d'y attribuer le dernier mot aux fidèles. D'après le droit moderne, ce ne sont pas les lubies qui sont faits pour l'Église, mais bien l'Église pour les fidèles.

Une autre erreur — qui a échappé à tout le monde, et pour cause. — c'est d'avoir adopté, dans l'intérêt même de la conservation des biens affectés aux besoins du culte, un système qui devait amener un représentant du pouvoir civil à réclamer officiellement l'entrée des églises. Le législateur, s il avait pu prévoir que cette mesure toute conservatrice allait servir de prétexte à une agitation aussi odieuse qu'absurde, aurait pu y couper court, en décrétant que les inventaires se feraient seulement à la requête des associations cultuelles, avec cette addition que la

où les associations n'auraient pas agi dans un délai déter lé, I' s

possessions des anciennes fabriques seraient désormais considérées par la loi comme des biens sans maître;

3° Je vous avoue que je suis assez sceptique en ce qui concerne 1 influence émancipatrice de la caricature. San- doute, de temps à autre.

l'image satirique, de même que le trait d'esprit, peuvent servir de véhicule à une idée juste, tellement appropriés et adéquats, qu'ils s'attachent comme une tunique de Nessus au personnage ou à l'institution dont il s'agit de caractériser le travers. Mais j'estime que le cas est très rare. L'image peut amuser, intéresser, servir la propagande d'un parti ou d'une secte dans l'ardeur <!<■ la lutte. Mais c'est la démonstration et non la raillerie qui, seule, est apte à détruire dans les esprits une conception traditionnelle. La lutte entre l'Église Romaine et la Science va en s'exacerbant tous les jours. Il faut que l'une ou l'autre finisse par succomber. Dans ma pensée, comme, je crois, dans la1 vôtre, ce n'est pas la Science qui sera la vaincue.

Eugène Hins, Rédacteur en chef de La Pensée, Président de la Fédération rationaliste bruxelloise :

1° La Séparation doit être envisagée au double point de vue de l'Etat et de l'Église. Elle libère l'État qui bien avant le Concordat a été la dupe de l'Église qu'il voulait faire servir à sa politique. Sous prétexte d'apporter à l'État son concours, en lui assurant la soumission des masses, l'Église se servait du pouvoir séculier pour opprimer les consciences.

Si les bûchers ont été supprimés, l'oppression n'en a pas moins subsisté jusqu'en ces derniers temps, même sous des ministères radicaux, dont le personnel continuait à faire les affaires de l'Église, toujours sous prétexte des services que l'Etat pouvait attendre «le celle-ci, parle ralliement de ses fidèles à la République.

Dans la politique extérieure, cette courte vue politique a eu des effets tout aussi désastreux. Thiers n'avait-il pas imaginé, après les désastres de 1870, de s'appuyer sur la Papauté pour rendre à la France son prestige, et la politique qu'il a inaugurée n'a-t-elle pas abouti à jeter définitivement l'Italie dans les bras de l'Allemagne?

Celle politique n'est même pas encore complètement abandonnée, aujourd'hui : c'est ainsi qu'on hésite à renoncer à la prétendue influence française répandue à l'étranger par les ordres religieux et par les missionnaires. Quand la séparation sera complète, on ne songera plus à sacrifier l'or, le sang et la bonne renommée de la Fiance pour soutenir les missionnaires dans les affaires que leur auront attirées leur avidité ou leur fanatisme.

Du côté de l'Eglise les résultais de la séparation seront :

— lo Perte sèche de ce qu'elle émargeait au budget, (le qu'elle puisera dans les bourses catholiques pour alimenter son clergé, ce sera L'argent qu'elle employait déjà aux diverses œuvres de sa politique, qui devront se restreindre d'autant.

— 2<> Impossilulité de se mêler directement des affaires de l'Etat, celui-ci ne s adressant plus à elle pour lui demander son concours.

— 3° Perte énorme de prestige résultanl de ce que le clergé n'émarge plus, car c'est à ce signe extérieur que la fouir reconnaît le fonctionnaire. Un évêque qui ne figurera plus dans les réceptions officielles, concurremment avec le préfet et le chef de la circonscription militaire — mais ce ne scia plus rien du tout !

— 4° Autre perte de prestige, non moins considérable, résultant de ce fait que, désormais, le cl( rgé sera à la solde des fidèles. Ceux-ci. non

seulement feront la grimace devant l'ai mière continuellement tendue,

mais encore ils en viendront à considérer de haut ceux qu'ils nourriront de leurs deniers.

Il ne restera donc au clergé que la foi comme moyen d influence, et c'est là peu de chose :

2o Beaucoup de nos amis ont pensé que la loi faisait à l'Eglise la part trop belle, en lui donnant la haute main sur les associations cultuelles. Je ne suis pas de ceux qui partagent cette idée. Il me semble que l'amendement Clemenceau, à l'article 4, aurait perpétué les relations entre l'Église et I État, en amenant une intervention administrative constante pour décider, en cas de contestation, à qui attribuer les biens affectés au culte. Or 1 Histoire est là pour démontrer que toute ingérence de l'Etat dans les affaires de l'Église amené infailliblement l'ingérence de l'Église dans les affaires de 1 Etat.

On compte sur les schismes; mais c'est justement, selon nous, ce qu il faudrait éviter, fl faut, en effet, que les pays latins passent directement du catholicisme au rationalisme, sans station intermédiaire.

On a cru trop longtemps, sur la foi de Micbelel et de Quinet, que la Réforme fut un progrès. La Réforme, au contraire, fut un recul. Luther a tué Erasme. La Réforme nous a donné' une recrudescence de la Foi. L'apparente satisfaction donnée à la raison, a précisément empêché de raisonner à fond.

Les pays les plus arriérés, actuellement, en matière de rationalis el

même de laïcisation, ce sont les pays protestants : Allemagne, Hollande, Angleterre, États-Unis. Dans tous ces pays, non seulement les populations sont extrêmement bigotes, mais l'État Test lui aussi. Voyez la misérable loi scolaire que proposent les libéraux anglais, malgré l'écrasante majorité dont il-- disposent; voyez la religion imposée dans toutes les écoles de I Allemagne. Quanl aux États-Unis, il y aurait long à dire ;

:;■' Non seulement la satire et la caricature peuvent, légitimement, être employées pour combattre l'Église, mais elles sont les armes tout

aaturellement indiquées | ■ combattre des croyances qui ue relèvent

que du ridicule.

On peut, dira-t-on, caricaturiser, tourner en ridicule les choses les plus respectables, les vérités les plus démontrées. Oui; mais au Rire, on opposera alors des arguments. Tandis que toute la religion reposant sur la foi, dès que le doute sera entré par la brèche qu'a faite le Rire, ou n'aura plus aucun rempart à lui opposer.

Paul Janson, Membre du Parlement belge, depuis 1877; un des chefs du parti anticlérical :

Je ne pense pas que la séparation de l'Église et de l'État puisse, à bref délai, contribuer à détruire l'influence néfaste du cléricalisme, car elle sauvegarde, à juste titre, complètement, le principe intangible de la liberté des cultes.

Toutefois, les violences inouïes que suscite chez des fanatiques la mesure conservatoire de l'inventaire, dictée par l'intérêt même des futures associations cultuelles, est de nature à rendre les fauteurs de ces troubles aussi odieux que ridicules.

A mon avis, le moyen le plus sûr de combattre les doctrines et les dogmes de l'Église, c'est l'organisation d'un enseignement positif et méthodique, marchant de pair avec les principes des sciences, mis à la portée des masses par les moyens de vulgarisation modernes.

L'image satirique peut, aussi, être un puissant moyen de propagande, pourvu qu'elle excite le rire, sans tomber dans l'excès qui, en toutes choses, est un défaut.

L. Vanderkindere, professeur d'histoire à l'Université de Bruxelles :

1° La Séparation n'est possible dans un pays catholique, que si la majorité est déjà acquise aux idées anticléricales. En Belgique, actuellement, on ne pourrait songer à proposer pareille réforme aux Chambres.

La Séparation ne me semble doue pas être un moyen pour émanciper les consciences; c'est le résultat d'une émancipation déjà faite, et je ne doute pas qu'elle ne contribue, alors, à détacher les populations de l'Eglise, sauf dans les régions très arriérées, où elle est de nature àprovoquer un retour offensif des passions religieuses ;

2° Une loi n'est pas une œuvre à laquelle on puisse attribuer une valeur absolue. Elle sera bonne si elle est adaptée au milieu dans Lequel elle agira.

Il faut, par conséquent, connaître à fond un peuple et un pays, pour se prononcer sur son efficacité. Je ne suis pas en mesure de hasarder un jugement, sur ce point, en ce qui concerne la France;

3° Je crois peu à l'efficacité de la caricature; c'est pour moi un moyen secondaire. Les fervents d'un parti ne reconnaîtront jamais les ridicules de leurs hommes représensatifs. Peut-être le tempérament français csl-il plus sensible à l'image, qu'on ne l'est en Belgique ?

Camille Lemonnier, un des maîtres de l'École naturaliste, auteur du remarquable volume La Belgique (1887) :

Ce n'est pas une page que vous me demandez, mais une opinion Votre questionnaire ne laisse point d'ambiguïté et permet d'être bref dans un sens ou dans l'autre.

Je réponds oui à vos trois questions, et il y en a deux dans la première.

Quant à mon sentiment sur la loi votée par les Chambres françaises, j'estime qu'elle est conforme à l'esprit républicain. Rien de plus grand n'a été fait depuis que la conscience humaine s'est prononcée pour l'universalité des dieux. Tout homme libre porte son dieu en soi, et je ne sais pas de loi plus foncièrement religieuse que celle qui fait droit à toute la conscience des hommes en abrogeant la religion d'Etat.

Maurice Maeterlinck :

Je ne réponds jamais aux enquêtes, c'est chez moi un principe absolu; mais, devant voire aimable insistance, je répondrai le plus brièvement possible aux (rois questions que vous avez bien voulu me poser :

1° Oui;

2° Je pense ((u'cllc est excellente ;

3o Évidemment.

C. Magnette, membre du Sénat de Belgique, à Liège : 1° La première question que vous posez est très complexe, et je nourris, à son égard, «les idées un peu spéciales.

Nous sommes, en ce.pii concerne les rapports .le l'Etat et des EgUSÇS

en présence dé trois systèmes principaux : celui du Concordat, c'està-dire delà subordination de l'Église à l'État, tout au moins dans une certaine mesure; le régime de la séparation qui vient d'être instauré en France; et enfin le régime de la séparation absolue, sauf la contribution de l'État aux frais du Culte, qui est le système de la Constitution belge, et qui constitue une vaste duperie.

Je ne cache pas que, de ces trois systèmes, le premier a ma préférence, à la condition que les rapports entre l'Eglise et l'Etat impliquent une subordination effective du pouvoir religieux au pouvoir civil.

La séparation absolue présente, sans conteste, de grands avantages. Ne plus reconnaître à l'organisation religieuse un caractère officiel; faire du culte une affaire absolument privée ne relevant que de la conscience et surtout de la générosité des fidèles, c'est diminuer l'importance des manifestations religieuses ; c'est affaiblir l'influence du cléricalisme.

Mais je ne sais si, dans cet état, la subordination dont je parlais plus haut n'est pas préférable à cette indépendance respective des deux éléments, civil et religieux. Car, dans l'état actuel de notre civilisation, le sentiment religieux apparaît encore comme un élément très important de la vie sociale. C'est même à cette raison et à la primauté que l'autorité ecclésiastique attache à ce sentiment, qu'il faut attribuer la source de la lutte permanente entre les deux pouvoirs.

Cela étant, pourquoi ne pas traiter le besoin social de religion, tant qu'il existera, comme tout autre besoin social?

L'administration de la religion devrait rentrer dans les attributions de l'Etat chargé en celte matière, sauf la répression des abus, de garantir la liberté de la conscience et des manifestations religieuses, comme il garantit l'exercice de toutes les libertés modernes.

Je ne me dissimule pas que c'est là un idéal, que le Concordat qui réaliserait une semblable conception serait bien différent de celui qui vient d'être dénoncé en France.

J'ajoute, cependant, qu'à mon avis ce Concordat a exercé en France une influence heureuse en ce que, pendant un siècle, en dépit de certains excès et abus, on a vu l'autorité ecclésiastique subordonnée au pouvoir civil et obligée, à maintes reprises, de plier devant celui-ci;

2« J'ai ainsi répondu à votre question relativement à la loi votée par les Chambres françaises. Je ne pense pas que cette loi modifie grand'chose à l'esprit qui règne dans la population. L'essai de guerre religieuse qu'on a tenté de déchaîner n'a pas été heureux, et, tout au moins, les anticléricaux pourront se dire qu'à l'avenir ce ne sera plus avec leur argent qu'on pourra faire la guerre aux institutions républicaines;

3o Quant à l'image satirique, je pense que son action peut être très notable et fort utile. La caricature est de nature à frapper vivement les esprits frustes et à graver d'une façon concrète, dans la conscience populaire, des idées et des arguments.

Ce mode de propagande présente cependant un danger. Plus qu'on ne le pense, les esprits primitifs ou mal cultivés sont accessibles à la saillie spirituelle. Il ne faut donc pas — ce qui est arrivé trop souvent — tomber daus la grossièreté'. Sous ces réserves, j estime, comme nous

le dites, que l'image satirique est un des meilleurs véhicules pour la vulgarisation des idées de progrès, et je ne puis que vous féliciter d'y consacrer votre talent et vos convictions.

Henri Pekgameni, Professeur à l'Université libre de Bruxelles, auteur d'une très appréciée Histoire de la Littérature française

1° J'estime que la séparation des Églises et de l'État est éminemment favorable à l'émancipation des consciences, et qu'elle peut contribuer puissamment à détruire l'influence néfaste du cléricalisme.

En Belgique, l'Etat et les Églises sont bien séparés en vertu de la Constitution, mais le clergé étant rétribué par l'État en vertu de la même Constitution, la séparation n'est pas réelle; c'est une duperie, toute à l'avantage du cléricalisme;

2° Je pense que la loi votée parles Chambres françaises est excellente, en principe; mais qu'elle aurait dû être plus radicale, et rompre tout lien entre les Églises et l'État, en ne livrant pas gratuitement les locaux (églises ou chapelles) aux sociétés cultuelles, c est-à-dire au clergé;

'6° J'estime que l'image satirique est une arme de combat de grande valeur, mais surtout en ce sens qu'elle met en relief certaines idées déjà chères à tout un groupe de citoyens ; elle devient, en quelque sorte, le symbole de ces idées, et leur prête une vigueur nouvelle.

Elle peut être aussi très utile vis-à-vis de la masse indifférente qui forme généralement la majorité, parce qu'elle «si de nature à entraîner l'imagination des foules, à les orienter clairement et résolument. Mais je ne pense pas que l'image satirique puisse avoir une influence réelle

sur les partisans de l'idée adverse. Elle fera sur leur esprit l'effet d'un coup de fouet; ils se cabreront sous l'outrage, mais n'abandonneront pas leurs vieilles convictions.

Edmond Picard, Sénateur de Belgique, Professeur de droit à l'Université Nouvelle, de Bruxelles :

1° D'après ce que nous savons de l'Histoire, il y eut, à travers les âges, un mouvement évolutif continu vers la séparation, de plus en plus grande, <lu Temporel et du Spirituel, <|ui, aux origines, étaient complètement confondus. Au moins, est-ce le cas pour les nations de. race européenne.

Au xvie siècle, la Réforme réalisa en Europe celle séparation pour les peuples de la variété germanique.

Elle semble en train des effectuer pour les peuples de la variété latine.

On peut supposer que c'est une loi historique inéluctable, destinée à aller jusqu'au bout de ses effets, qui seront la libération parfaite de la Religion, son dégagement de toute immixtion gouvernementale, et, par conséquent, l'émancipation des consciences.

Comment doit être entendu le mot cléricalisme, dans la question posée?

Est-ce le fait de pratiquer une religion positive, spécialement le catholicisme romain ?

Est-ce l'immixtion du personnel catholique dans la pol;t:que?

Considérant le premier cas, il est à remarquer que la Réforme, en isolant la religion de la hiérarchie papale, et jusqu'à un certain point du gouvernement, a singulièrement renforcé le sentiment religieux chez les dissidents. Exemple : l'Angleterre, voire les Etats-Unis où il est difficile de ne pas appartenir à une secte religieuse quelconque, où il y a considérablement moins de libres penseurs que dans les pays qui ont continué le catholicisme et les concordats.

Si donc, on entend par influence néfaste le fait d'avoir une religion positive, il se pourrait très bien que la Séparation renforçât la religiosité.

Considérant le second cas, il me paraît peu douteux que l'immixtion du clergé, tant régulier qu'irrégulier, dans la politique et dans les luttes, électorales ou autres, ne soit absolument fâcheuse à l'époque actuelle. Elle va à l'encontre de la loi historique que j'indiquais tout à l'heure, elle apparaît un résidu de la confusion qui existait jadis, elle tend à fausser l'activité laïque des sociétés humaines, faites désormais de positivité, en y introduisant un élément mystique;

2° Qu'il me soit permis, pour mieux formuler mon opinion, de parler d'abord de la Belgique.

Quoique réalisant un but théorique qui semble dans les destinées des peuples de notre race, une telle loi y sérail présentement impossible.

La religion, en ses formes positives, légendaires, superstitieuses, est encore, chez nous, un besoin pour la généralité. Or, nous admettons que l'une des fonctions de l'Etat est de satisfaire les besoins matériels et moraux de cette généralité, et qu'il n'est pas juste que le parti qui détient le pouvoir impose ses préférences aux autres partis, quand ceux-ci sont considérables.

Mais vous m'interrogez, me semble-t-il, au point de vue de la France.

J'avoue mon incompétence, car il faut, je le crois, être d'un pays et y vivre coutuiniècement, pour juger avec quelque sécurité ce qui s y passe. Tout au plus puis-je dire que, pour un nombre considérable de Belges, la brusque séparation actuelle de l'Etat et de l'Eglise, avec ses conséquences pratiques, inévitables, apparaît un acte très grave.

30'l CONTRE ROME

La situation était-elle déjà arrivée à maturité pour cette réforme inévitable, il esl vrai, au cours des temps, même chez nous ? c'est un point que je ne saurais résoudre sans témérité ;

3° Je n'en doute pas un instant.

L'image concentre et frappe. On y lit d'un coup d'œil ce que la lettre moulée ne pourrait exprimer que par des lignes et des pages. L'effel esl immédiat, et souvent saisissant.

On peut dire d'elle qu'elle est la bombe éclatant et ravageant d un seul coup, tandis que les caractères d'imprimerie ne sont qu'une grêle, un feu <1 'infanterie exigeant, pour être efficace, la répétition et la continuité.

Chose bizarre! alors qu'on fait tant d'efforts pour répandre la lecture, et que beaucoup y voient une panacée contre les imperfections sociales, c'est sur limage, à la portée des plus authentiques illettrés, qu'on peut compter surtout, et à laquelle, instinctivement, on recourt davantage.

G. Rahlenbeck, avocat à la Cour de Bruxelles, Député suppléant, auteur de brochures de propagande anticléricale :

1° La séparation des Églises et de l'Etat est non seulement favorable, mais indispensable à l'émancipation des consciences : sans elle on n'arrivera jamais a détruire l'influence cléricale. Elle est, de plus, éminemment équitable, car de quel droil fait-on, chez nous par exemple, participer les libres penseurs, qui sont légion, aux frais de cultes auxquels ils restent absolument él rangers ?

Il y a, je le sais bien, l'éternel argument de la religion intérêt social, seul frein efficace pour les masses, — mais il est devenu banal d y répondre que la criminalité esl précisémenl la plus ('-levée dans les pays les plus inféodés au catholicisme, ce qui démontre bien que moralité ef « piété ne sont aucunement synonymes. El. d autre part, quel esprit sérieux et réfléchi croit, encore, qu'une société d'où serait absente la religiosité sérail, par ce fait même, une société amorale?

Et puis la Séparation, ce n'est pas la guerre à la Religion, sou extermination à bref délai, comme leprêchenl avec une mauvaise foi flagrante les cléricaux de chez nous — et de chez vous sans doute aussi; c'est la N'eut ralité, rien de plus, rien «le moins ;

2° La loi française n'est pas parfaite évidemment, mais elle constitue néanmoins une solution très satisfaisante du problème si ardu, si délicat que la législation avait à résoudre;

3o L'image satirique est une arme excellente, mais à une condition : elle doit éviter la grossièreté la brutalité, qui déshonorent tant d< caricatures anticléricales.

Danemark.

Georges Brandès, Professeur à l'Université de Copenhague, auteur de nombreux ouvrages sur la littérature française :

1° En principe, la séparation des Eglises et de l'Etat est toujours un progrès. Elle doit être établie partout, car elle est juste.

Il est moins sûr qu'elle détruise l'influence du cléricalisme. L'exemple des Etats-Unis d'Amérique prouve qu'un développement dès considérable, même tyrannique, de l'esprit clérical va très bien avec 1 indépendance des Églises et des sectes vis-à-vis de l'Etat;

2° La modération de la loi votée par les Chambres françaises fait sa force. Néanmoins, elle laisse peut-être trop d'autorité aux représentants du passé ;

3° L'image satirique a surtout une valeur artistique, ou, tout au moins, doit en avoir. Comme arme de combat, elle sert indifféremment toutes les causes.

Forain est un maître; on ne pourra pourtant pas dire qu'il produit des véhicules pour la vulgarisation des idées de progrès. En tout cas, rien n'est amusant ni instruisant comme la caricature.

Espagne.

Don Fernando Lozano, ancien professeur à l'Université de Madrid, directeur de Las Dominicales ciel Libre Pensamiento :

1° Sans doute et puissamment, non seulement en France, niais dans tout le monde civilisé ;

2° Je vois que c'est une loi surtout prudente, mais je la considère comme une étape jusqu'à ce que l'on arrivé à prohiber les associations religieuses comme attentatoires aux Droits de l'Homme, puisqu'elles compromettent la personnalité humaine par leurs vœux perpétuels contraires à la nature, et trompent les croyants en leur vendant les services d'un Ciel dont l'existence est problématique;

3° Oui, de toutes les façons, avec la raison, avec la raillerie, avec le soufflet, et si ils résistent, par le gendarme et par la force armée, l'on doit combattre les propagandistes d'une religion dont l'histoire abonde en cruautés, et qui est le véritable fléau de nos peuples latins.

Jacinto Octavio Picôn, auteur de romans à idées nettement anticléricales, membre de 1' « Academia de la Lengua », à Madrid :

lo En principe, je suis partisan de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais en ce qui concerne l'Espagne je ne la crois pas encore opportune, car j'estime que le pouvoir civil doit d'abord dominer et refréner l'influence cléricale;

2o La loi que les Chambres françaises ont votée, me semble digne d'éloges, et une fois l'agitation actuelle calmée, elle sera une garantie de paix comme tout ce qui s'inspire d'un critérium éminemment libéral;

3° La satire et la caricature sont les armes les plus puissantes que l'on puisse manier contre le fanatisme religieux. Ce qui fait rire n'est plus redoutable. Bénis soient donc les artistes qui feront par le crayon ce que Voltaire lit avec la plume (1).

(1) Il n'est pas sans intérêt de noter ici que Picôn est l'auteur d'un travail sur la caricature espagnole, publié en 1877, sous le titre de : Apuntes para la Iiisloria de la Caricatura.

Hollande.

F. Van Eeden, à Bussum (Nord-Holland), député socialiste au Parlement hollandais :

1° Je considère toute intervention politique ou même simplement administrative dans les questions théologiques ou philosophiques, comme funeste. C'est justement cette réglementation des consciences qui rend le cléricalisme odieux. A plus forte raison, le gouvernement politique doit s'abstenir de toute intervention dans les matières d'ordre

religieux;

2° La loi votée par les Chambres françaises me paraît légalement juste, mais humainement et philosophiquement manquant d'esprit politique. En acculant l'autorité à la nécessité d'employer la force contre une corporation morale, le gouvernement s'abaisse et s'affaiblit luimême ;

3° L'image satirique ne peut pas être considérée comme une arme ni comme une véritable force contre les abus, parce qu'il n'existe aucune garantie que les composiii"!^ les plus spirituelles et les plus mordantes se trouvenl toujours parmi ceux qui affichent les principes les plus justes et les plus avancés; mais, quoi qu'il en soit, c'est toujours un indicateur très remarquable, et généralement très exact, de certaines tendances sociales qui ne sont pas encore ouvertement acceptées.

Van Hamel (G.), professeur de littérature française à l'Université de Groningue :

1° J'estime, en effet, que le cléricalisme, en tant que parti politique, ne pourra que perdre à une séparation qui rendra plus difficile l'appui mutuel que pourraient se prêter réciproquement les associations religieuses (les Eglises), et la grande unité politique et sociale d'un peuple (l'État);

2° Je ne connais pas assez dans ses détails la loi votée, mais il me semble qu'elle renferme des éléments de valeur qui ne pourront être que favorables au libre développement de la vie nationale;

3° L'image satirique me paraît être un bon moyen d'enlever à certaines institutions le caractère quasi-surnaturel inattaquable, qui constitue une partie de leur force; on ne vénère plus d'une façon absolue, ce dont on s'habitue à rire quelquefois.

Au point de vue purement hollandais, M. Van Hamel me donne ce détail qui a bien son importance : « Il existe, en ce moment, dans le camp protestant, orthodoxe, un mouvement curieux pour la libération complète de l'Eglise réformée, qui a, si je ne me trompe, un côté politique, puisqu'il tend à rompre le dernier lien qui retient cette Église (l'ancienne Église nationale) à l'État ».

Italie (!)

Arcangelo Ghisleri, professeur à l'Université de Bergame, secrétaire général de l'Association de la Libre Pensée, en Italie :

lo Je pense que par le régime de la Séparation on n'obtiendra pas, tout de suite, une diminution de l'influence du cléricalisme dans les pays catholiques où l'instruction du peuple a toujours été négligée — tels que l'Espagne et les deux tiers de l'Italie, — mais je ne crois pas qu'il y ait de meilleur moyen dans les Etats monarchiques qui ont le régime de la religion d'Etat, pour les obliger à sortir du Moyen Age qui pèse sur la législation et empêche l'émancipation intellectuelle el économique du peuple ;

2<> Tous les libres penseurs doivent avoir un sentiment de gratitude pour la France qui, par sa lutte et par la mise en pratique de la Sépa-

(1) Déjà l'on peut prévoir, à la suite d'événements connus de tous et survenus en 1906, la prochaine apparition en Italie de la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

ration — quels que soient, du reste, les défauts de la loi votée par les Chambres, — a ouvert la vole aux autres nations et vient de leur prouver que tous les partis de la démocratie sont intéressés à la lutte contre le Vaticanisme ;

3° La propagande par l'image est, assurément, très utile. Par des formes intelligibles à tous, elle fixe dans l'esprit de chacun les idées les plus abstraites, elle éclaire les plus obscures, et surtout, elle atteint d'un seul coup à l'évidence, sans que besoin suit de démonstration.

Edoardo Giretti, rédacteur au journal Aventi, de Rome :

1° Oui, absolument. La liberté sincère et complète est le moyen le plus sûr et le plus efficace pour détruire l'influence néfaste du cléricalisme, savoir la confusion hypocrite et malsaine de l'élément spirituel de la religion — qui semble être un véritable besoin pour une grande partie de l'Humanité, — avec la force matérielle de l'Etat;

2° Je considère la séparation des Eglises et de l'Etat comme la plus grande réforme accomplie par la France depuis la Révolution. Cette loi me semble conçue dans un esprit large et libéral, ce qui suffit parfaitement à expliquer que les cléricaux s'en soient si fort alarmés : ils n'ignorent pas que leur parti sera sans influence politique dès qu'il ne pourra plus compter sur la complicité, plus ou moins directe, de l'Etat, el sur les contributions forcées du public ;

3° Oui, mais je voudrais pourtant que les manieurs habiles de cet instrument de vulgarisation et de cette arme puissante de combat, eussent toujours la conscience exacte de leur responsabilité et le resped de la vérité. Ce n'est qu'à cette condition qu'ils serviront utilement la cause du progrès et de la libération des esprits, laissant à leurs adversaires le triste privilège de la calomnie et du mensonge, el évitant avecsoin d'exciter les passions et les curiosités morbides de leurs lecteurs.

Baldassare Labanca, professeur d'histoire du christianisme a l'Université de Rome, auteur de nombreuses publications philosophiques et du tout récent et remarquable volume, // Papato :

Je réponds par quelques observations à votre questionnaire :

1° La séparation de I Église el de l'État ne peut être réelle que si elle

signifie séparation c plète d'avec la papauté politique H la papauté

religieuse. La papauté < I < >i i cesser d'être politique, et comme telle, doit cesser «le s'ingérer dans les affaires de I Etat. La Révolution française avail voulu séparer «le tous les États la papauté, royaume politique et

religieux. Napoléon Ier voulut séparer l'Etat du pape-roi et, sur certains points, du pape politique. Ce n'est pas sans quelque mauvaise grâce que les traités de Vienne, en 1815, reconnurent le pape comme souverain politique et religieux. La loi de Séparation, votée par les Chambres françaises en décembre 1905, a fini de séparer l'État de l'influence politique du pape. Celte loi, tout à l'honneur de la République, a libéré la France de l'influence néfaste du cléricalisme en ce qui concerne le prêtrisme et le monarchisme politique, mais elle n'a pas émancipé la conscience française, qui reste étroitement unie au pape, à l'épiscopat et au cléricalisme religieux;

2o En résumé, la loi de Séparation a fait tout ce qu'elle pouvait faire à l'heure présente. Si elle n'arrive pas à proclamer l'émancipation de la conscience, alors surgira en France une révolution générale, désirée par le clergé pour la destruction de la République. En attendant, il y a une révolution particulière et locale, produite par les inventaires. L'inventaire, comme il a été établi et comme il est appliqué, ne pourra pas ne pas rassurer ceux qui se sont mis en rébellion contre l'Etat. Du reste l'irritation et la rébellion seront, pour les autres, de peu de durée.

Les bons effets de la loi commencent déjà à se faire sentir. Nonces et ambassadeurs, dits apostoliques, dans les questions politiques, ont abandonné la route de Paris et de Rome. Les évêques peuvent parfaitement bien, à eux seuls, faire le nécessaire, comme leurs ancêtres au xiie siècle. La France, comme l'avait fait l'Église gallicane, a repris en partie le principe de l'ascendant de l'épiscopat, annulé par les conciles de Constance et de Râle. Déjà, sous l'influence de la loi, se manifeste par la formation de certains comités, la tendance à l'Église libre, ainsi que cela s'est produit en Italie, à la suite de l'entrée dans Rome du gouvernement italien, en 1870 ;

3° En ce qui concerne les images, je suis persuadé qu'elles produisent une impression momentanée et populaire, mais qu'elles ne laissent pas une longue et profonde trace. Pour tout dire, elles servent avec succès à combattre les idées des autres et à vulgariser les siennes propres, ce qui est déjà bien quelque chose.

César Lombhoso, Professeur à l'Université de Turin, Directeur des Archives de Psychiatrie :

La séparation des Églises et de l'État est, peut-être, le plus grand événemeut de notre époque, et le plus heureux, car il contribuera au progrès humain plus que toute autre institution. Et la Fiance aura donné encore une nouvelle initiation qui sera imitée par toute L'Europe catholique : c'est le dernier et le plus puissant écho île 1789.

L'image satirique est une arme puissante contre le cléricalisme dans les pays où on a l'esprit gaulois. Mais, même chez nous qui ne l'avons pas, l'unique journal — anticlérical professionnellement et pourtant populaire et influent — est l'Asino, une sorte d'Assiette au Beurre, et il est très utile (1).

Morselli (Enrico), professeur à l'Université de Gênes, chef de la clinique des maladies nerveuses et mentales :

1° Je pense que la Séparation des Églises (catholique, évangélique, judaïque, maçonnique, etc..) et de l'État est favorable à l'émancipation des consciences, de toutes sortes de liens et des préjugés dogmatiques, ritnalistes et autres, qui sont l'héritage de plusieurs siècles de complet asservissement de la Raison humaine. Chaque individu do.it avoir sa pensée libre pour se constituer la religion qui répondra à sa culture et à sa personnalité, c'est-à-dire que, selon moi, la religion doit être, avant tout, individuelle;

2° La loi votée par les Chambres françaises, en séparant l'Eglise de l'État, donnera des résultats très précieux, aussi bien pour l'élévation des sentiments religieux que pour la consolidation des institutions républicaines ;

3° L'image satirique court le danger de tomber dans la vulgarité el la sottise. Un Voltaire ne naît pas à toutes les époques, et il faudrait ressusciter son esprit pour donner de l'influence profonde à la salue; de même un Gavarni esl très rare!

J'estime, donc, que la meilleure arme de combat, c'est la vulgarisation des données scientifiques sur la causalité naturelle et sur l'autorité de la pensée humaine réglée par les principes de la morale sociologique.

Giuseppe Sergi, professeur à l'Université de Rome, chef du Musée et laboratoire d'Anthropologie, un des maîtres de la libre pensée en Italie :

lo Je ne crois pas que la séparation des Eglises et de l'État, d'après la loi votée en France, soit favorable à I émancipation des consciences, ni puisse contribuer à détruire l'influence du cléricalisme.

(1) Le maître Lombroso qui a pour le vaillant Asino une sympathie que je partage bien volontiers, me paraît être un peu injuste pour les autres illustrés italiens, et notamment pour le Fischietto, le Pasquino, VUomo di Pietra qui, eux aussi, soutiennent, courageusement, la cause de l'anticléricalisme.

Ajoutons, '1 autre part, que Lombroso a complété ce qu'il m'écrivait ici, dans une interview publiée dans l'Action, en Mai 1906.

Pour le moment présent, tout au plus, ce fait nouveau pourra arrêter cette influence ; mais la marche du cléricalisme recommencera avec de nouvelles méthodes, et sera toujours néfaste ;

2° La loi votée en France n'est pas radicale, comme cela était nécessaire et urgent ;

3° L'image satirique est un excellent moyen de combat, parce que la satire est populaire et toujours facile à saisir ; mais j'estime que ce seul moyen de combattre l'influence cléricale, ne serait pas suffisant pour arriver au résultat désiré.

Portugal.

Théophile Braga, le célèbre poète, philosophe et jurisconsulte, auteur de la Science des Religions ; un des chefs de 1 Ecole positiviste :

1° La séparation des Eglises et de l'Etat est un phénomène de l'évolution sociologique par laquelle la société civile donne son développement à toutes les tendances à se libérer des organismes parasitaires qui l'exploitent, la retardent dans sa marche en avant, et l'affaiblissent.

Ce principe scientifique est appliqué aux familles dynastiques ou associations généalogiques dont le particulier intérêt est de créer l'armée permanente. L'Eglise, par l'exercice de son pouvoir spirituel qui abrutît les intelligences et déprave les consciences, avait, comme point d'appui pour son action, le subside donné par l'Etat pour l'attaquer et créer des embarras à son action progressive.

L'Église étend son pouvoir sur les foules au moyen des hallucinations fanatiques toujours faciles à fomenter dans les classes arriérées. Et maintenant qu'on lui a retiré ce subside — car la société De doit payer q;:e les services qui sont utiles au progrès humain, — il est urgent de créer le subside spirituel (l'aide sociale) pour les penseurs qui, par leurs inventions et leurs découvertes, font avancer L'humanité. L'Église est, aujourd'hui, un parti factieux qui ne fait plus l'union des âmes. Elle ruine les ignorants et les imbéciles, pour leur imposerson conservatisme. C'est un péril social ;

2° La loi française qui a établi la séparation des Eglises et de l'Etal est un des plus beaux mouvements de l'esprit moderne. Cette loi a relevé la France, et elle a montré à l'Humanité comment les consciences se libèrent de la pression morale et matérielle du cléricalisme, l'Eglise ayant surtout pour appui l'autorité des gouvernements temporels ;

3° Qiiaiil à l'emploi dos formes de combat contre la faction obscu* rantiste, je trouve que les images satiriques et caricaturales sont un moyen transitoire et d'effet excellent. Ce furent les images et les symboles, que l'Eglise a toujours employés pour impressionner les croyants, et c est encore derrière ces images et ces symboles qu'elle se place pour résister. Nous devons donc créer de nouveaux symboles dans L'Art et dans la Poésie, pour donner une expression humaine au fond sentimental de l'âme moderne.

Il ne faut pas laisser à l'abandon le senti ni de la foule, la laisser

à des émotions incertaines, parfois, c;n- si nous ne faisons pas cela,

la foule restera à la merci des exploitations religieuses.

La caricature, par le contraste qu'elle établi! entre la réalité el l'idéal, est un excellent moyen pour réveiller le bon sens populaire.

Il y a du reste, en tout cela, un principe politique qu'il faut avoir toujours présent devant soi. C'est que le cléricalisme, qui n'est plus aujourd'hui qu'un simple élément de perturbation, n'a d'autre force que celle que lui donnent les gouvernements.

Quand elle n'aura plus cet appui, l'association cléricale, ou l'Eglise, comme il vous plaira, sera réduite à l'impuissance pour toujours.

Suisse

A. Bkustlkin, député socialiste au Conseil National suisse, à Berne :

1° Non, je ne crois pas que la séparation des Églises et de l'État puisse contribuer à détruire l'influence du cléricalisme, car ce n'esl pas de l'État, c'est de la société et des mœurs que le cléricalisme tire sa force. Preuve : l'Amérique du Nord, pays essentiellement clérical;

2° Je me sens absolument incompétent pour juger la nouvelle loi française, dans ses causes et dans ses effets probables.

Comme démocrate, je crains qu'elle n'aille trop à l'encontre des sentiments et des instincts populaires. Mais je n'entends point suggérer à la France, pays d'essence gouvernementale, nies scrupules issus «l'un autre sol el d'une autre conception de la souveraineté;

3o L'image satirique est certainement une puissante arme de combat, mais elle ne prêche que les convertis. Elle stimule; elle ne convertit pas.

Henri Fazy, Président du Conseil d'Etat (pouvoir executif) de la République et Canton de Genève :

1° Dans le passé, le régime de l'union de l'Église et de l'Étal n'a eu pour but et pour résultat que l'asservissement des consciences. L'éman-

cipation complète ne peut dater que du jour où le domaine spirituel sera séparé «lu temporel. Quoi qu'en puissent pensée des esprits superficiels, le patronage de l'Etal et le budget «les cultes ne peuvenl être considérés comme étant théoriquement compatibles avec le double principe de la liberté religieuse et de l'égalité de tous devant la loi;

2o Sur le second point, la réponse est difficile et délicate pour un étranger. A un point de vue purement théorique, on aurait pu désirer une solution fondée uniquement sur le droit individuel, el non sur les droits traditionnels des communautés religieuses; mais, pour taire aboutir une grande réforme, pour consommer une véritable révolution, le législateur devait tenir compte, comme il l'a lait, des circonstances particulières de temps et de lieu :

3o H me semble évident que l'image satirique est de nature à exercer une influence considérable, quand elle se met au service d'une idée juste. A notre époque, où la sensation vive et rapide joue le rôle essentiel, l'image risque bien de faire plus d'effet sur le grand public, qu'un article de journal ou une brochure.

A plusieurs reprises, la question de la Séparation ses! posée devant les assemblées législatives ou devant les électeurs des cantons suisses. A ma demande, M. Henri Fazy a répondu par le renseignement suivant en ce qui concerne Genève :

« Le Grand Conseil genevois s'est prononcé à trois reprises contre la Sépation : la dernière fois, à la suite d'une initiative populaire émanant du groupe socialiste; mais ce qui est incontestable, c'est que la question se discute actuellement, et que la cause fait de sensibles progrès. »

ViitGiLK Rossi;l, professeur de littérature française à l'Université de Berne, député au Conseil National suisse :

J'éprouve quelques scrupules dans une matière aussi délicate.

Je suis, en principe, partisan de la séparation de l'Eglise et de I Etat . seulement, c'est une mesure qui n'a. rien d'une panacée.

Etait-elle opportune au moment où elle a été réalisée en France? Est elle prématurée? L'avenir nous l'apprendra. C'est une liés intéressante ei fort redoutable expérience, que tëntenl les républicains Irauçais. Mon impression est qu'ils sont partis trop loi, mais le Saint-Siège l'a voulu.

Pourquoi le catholicisme ne se contente-t-il pas <l être une religion, et

s'obstine-l-il à être, aussi, une politique:'

OUVRAGES A COflSOLiTEH

Ch. Sauvestrk : Les Congrégations religieuses dévoilées (1868). J.-M. Cayla : Guerre aux couvents, suppression et expropriation

des ordres dits religieux (1870).

D1* Gaetan-Delaunay : Histoire naturelle du Dévot (I. Le religieux,

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