I. — LES MYROBALANS
Larousse, dans son Dictionnaire Illustré , définit l’adjectif mirobolant : « Merveilleux, très surprenant » et lui donne comme étymologie le mot <.< Myrobalan ». L’adjectif mirobolant semble donc resté comme un vestige du renom dont jouissaient autrefois les myrobalans.
Ces « merveilleux » fruits, dont nous dirons plus loin toutes les vertus, furent d’abord confondus par bon nombre d’auteurs avec la noix de Ben (. Moringa aptera Gærtn.), le Balanites Ægyptiaca Delile, avec la muscade, ou le fruit de Y Hernandia sonora L. et avec celui du Prunus myrobolana Desf., sorte de prunier d’Amérique.
Antoine Colin (1), en 1619, traduisant Garcia ab Horto (2) et résumant l’état des connaissances acquises, à cette époque, sur les Myrobalans, dit que ni Dioscoride, ni Pline, ni Galien n’ont cité les Myrobalans. Ils connaissaient bien une sorte de fruits dont on tirait un onguent (pv^os. onguent; jSa^avoj, gland), mais ce n’étaient pas les vrais myrobalans.
Avicenne (liv. 2 ; cliap. 458) les appelle Delegi et Serapiox (liv. des Simples, cliap. 107), par suite d’une faute d’impression, Halilij.
Dalechamps (3) commence par séparer nettement la noix de Ben des Myrobalans. Il décrit, de ces derniers, cinq espèces dont il donne les noms dans le langage indigène.
Ce sont :
Les Myrobolans citrins appelés arare ou aritqui :
Les Belleriques appelés gotim ;
Les Cepules ou aretca ;
Les Embliques ou anuale ; arare, d’après Colin ;
Les Indiques appelés razanuala, d’après A. Colin ;
Ces cinq espèces de fruits sont- elles fournies par cinq arbres différents ? Les premiers auteurs qui ont traité des Myrobalans s’occupent peu de cette question. Antoine Colin dit simplement qu’ils sont fournis par cinq arbres divers qu’il ne nomme pas.
Gærtner (4) s’est, le premier, préoccupé de leur origine. 11 fait, dans les Terminalia , un genre à part, le genre Myrobolanus et il cite :
1° Myroboîanus Bellerica , ou Tani Rlieed, Mal.. 4, p. 23 ; t. 10; ou Myroboîanus Bellerica Breyn., iô., 18, t. 4.
(1) Antoine Colin, Hist. des Drogues, etc. Lyon, 1619, 2e éd., p, 178.
(2) Garcia ab Horto, Aromatum et simplicium aliquot... etc. Anvers, 1574 p. 115.
(3) Dalechamps, Hist. des PL, t. II, liv. XVI, chap. XXV, p. 517.
(4) Gærtner, De IVuctibus et seminibus, Tubingæ, 190 J , t. 1 1 : p. 122.
2» Myt ’obolanus Chebuln Blakw., t. 401, f. 2, médiocr.
3° Myrobolanus citrina. Celui-ci n’est probablement, selon Gærtner, qu’une variété de l’espèce Myrobolanus Chebula.
4° Quant au Myrobolanus indien , Gærtner le considère comme étant le fruit non mûr de Myrobolanus citrina.
5° Enfin, le même auteur décrit sous le nom de Myrobolanus Emblica une plante « sexu distincti in eadem stipe. . . capsula drupacea tricocca » et il en donne une figure au même tome il, p. 90.
Dalechamps (1), décrivant l’arbre qui porte les embliques, ajoute qu’il « a les feuilles découpées fort menu comme celles d’un Palmier ». Or, les Termina lia ont tous les feuilles entières ou fort peu découpées ; aucuns n’ont comme fruit une capsule tricoque, il faut donc, avec Mérat et De Cens (2) faire rentrer dans la famille des Eupliorbiacées le Phyllanthus Emblica L., arbre qui fournit les embliques.
Nous ne nous occuperons évidemment, dans ce travail, que des My robalans fournis parla famille des Combrétacées et qui sont les Myt 'obalans chébules , cilrins , indiques et bellerics. Les établies n’ont jamais eu d’ailleurs d’application thérapeutique bien sérieuse'.
Quant aux quatre premières espèces de Mvrobalans, les auteurs font assez peu de différence entre elles, au point de vue de leurs propriétés médicamenteuses, et le mot Myrobolan, dans les formules, désigne à peu près indifféremment les uns ou les autres.
I. Myrobalans Chébules. — Ils sont fournis par Terminalia Chebula Retz.
Ce sont les plus gros de tous, les plus recommandés autrefois dans notre Matière Médicale et actuellement encore très réputés aux Indes.
Ils ont la grosseur d’une datte (1 pouce à 1 pouce 1/2 de long), sont ovoïdes, pvriformes et rétrécis vers la base que l'on prendrait aisément pour le sommet si Ton n’y voyait pas le point d’attache au pédoncule. Ils sont marqués de 5 à G côtes
(1) Dalechamps, Loc.cit ., 547.
(2) Mérat et De Lens, Diet. Univ. de Mat. Méd. (Paris, 1833), t. IV, p. 538.
plus ou moins saillantes, leur couleur est tantôt jaunâtre, tantôt verdâtre, brun ou presque noir. Si on les coupe transversalement, on distingue, au pourtour, un brou verdâtre avec un pore en regard de chaque grosse côte ; au centre, un noyau jaunâtre, dur, anguleux, percé en son milieu d’une cavité vide ou incomplètement remplie d’une matière spongieuse provenant de l’amande. La saveur de ces fruits est nauséeuse, acide, d'une amertume désagréable. Ils colorent la salive en vert, leur odeur est nulle. Ils sont actuellement Lobjet d’un important commerce dans l’Hindoustan. L’Inde anglaise en expédie, en effet, pour environ 6.200.000 fr. Leur richessse en tanin est de 27 à 38 % (1).
IL Myrobalans citrins. — Ils sont allongés, fusiformes, d’un jaune luisant un peu roussàtre. Il présentent la même structure que les Chébules et sont, presque certainement, les mêmes, mais à l’état jeune.