A. — RECHERCHES SUR L'URINE DE SUJETS BIEN PORTANTS
&es recherches ont porté exclusivement sur des hommes parce que chez la femme « l’urèthre peut être, pour les microbes, une large porte d'entrée dans la vessie ». (Lépine.) Les sujets que nous avons choisis étaient indemnes, depuis plusieurs années au moins, de toute suppuration de l’urèthre, et n’avaient jamais subi de cathéterisme.
Pour recueillir l’urine aseptiquement, au début, nous avions essayé de sonder nos sujels avec des sondes qui venaient d’être stérilisées à l’autoclave, prenant nous même toutes les précautions désirables, et ayant eu soin d’aseptiser au préalable le méat par un lavage successif au savon, sublimé, alcool et éther. À chaque recherche, nous avons introduit un fil de platine dans la lumière de la sonde, avant la sortie de l'urine et nous avons ensemencé un tube témoin. Or, comme à différentes reprises, quelques-uns de ces tubes ont été fertiles, nous
avons abandonné en même temps et le procédé et les.
sujets sur lesquels nous venions de l'essayer. Nous
nous sommes adressé alors à un manuel opératoire.
beaucoup plus simple, conseillé d’ailleurs par M. Du-
claux. Après avoir stérilisé le méat et l’extrémité anté-
rieure du canal de l’urèthre, nous avons recueilli directement le jet de Purine dans un tube stérilisé, ne prenant que la dernière partie du jet, laissant la première débarrasser le canal des germes qu’il peut contenir. Pour diminuer les chances de contamination par les mi-
cro-organismes de l’air, le tube doit être tenu presque
horizontalement et le plus près possible du méat sans le toucher toutefois.
: Des ensemencements ont été faits à chaque expérience sur bouillon, agar et gélatine; des cultures comparatives faites simultanément sur des tubes d’agar-urée à 3 0/, selon la formule de Miquel nous permettaient de reconnaître très facilement les nombreux microbes de la fermentation ammoniacale.
Dans ces conditions nous avons fait deux séries d’expériences.
La première portait sur cinq sujets indemnes de toute infection. L’urèthre était sain, l’urine, acide, ne ntenait pas d’albumine. L'examen de urine par les procédés de coloration usuels au moment de l'émission a été négatif danses cinq cas. Les cultures danstrois cas restèrent stériles, (deuxcollègues et un hystérique, salle Broussais). Les cultures d'urine des deux autres, deux hystériques (salle Aran) furent positives. Le bouillon et l’agar donnèrent, au bout de vingt-quatre heures; la gélatine, au bout de quarante-huit heures. L'examen fit reconnaître dans un cas un staphylocoque, et dans l'autre un microcoque disposé surtout deux par deux ou en groupes de quatre. Ces deux micro-organismes furent inoculés à la dose de 2 cc. de cultures de bouillon datant de trois jours à 370, dans le tissu cellulaire sous-cutané de deux cobayes : le staphylocoque détermina une suppuration peu étendue; la seconde inoculation resta sans résultat.
La deuxième série a porté sur six cas choisis également dans les mêmes conditions : urèthre sain, urine acide, sans albumine. L'examen HIS ERE immédiat fut négatif dans les six cas.
Les cultures furent stériles dans quatre cas, les deux
ee autres ont donné uniquement le staphylocoque doré. Les inoculations de 2° de cultures de bouillon datant de trois jours à 37° dans le tissu cellulaire de deux cobayes de même poids à peu près, donnèrent lieu toutes deux à une suppuration localisée aux régions inoculées, plus étendue cependant dans un cas que dans l’autre.
En somme sur onze cas, urine des sujetsenapparence de santé, est resté sept foisstérile et a cultivé quatre fois. Elle a donné trois fois un staphylocoque pyogène, une fois un microcoque non virulent par le cobaye.
Quelle conclusion est-on en droit de tirer de ces résultats? Ces germes existaient-ils dans lurine au moment de sa sécrétion, ou bien l'urine aseptique, quand elle a franchi le col vésical, a-t-elle été contaminée par les microbes qui existent Sonnaléuent dans l’urèthre? Pour M. Duclaux (1) la communication de l’urèthre avec l’air extérieur, les conditions d'humidité et de température qu'il présente sont autant de causes qui favorisent le développement de germes dans son intérieur. On sait en effet depuis les recherches de Lustgarten et Manaberg (2), celles plus récentes de Torkild Rowsing (3), que l’urèthre de l’homme, au moins dans sa portion terminale, est habité normalement par un certain nombre de micro-organismes qu’ils ont essayé de classer. Tout dernièrement, cette étude a été tentée également par MM. Petit et Vassermann (4) dans le laboratoire du professeur Guyon. Il résulte de
(1) Ducraux. Encyclopédie iChimique. — Ducraux. Microbiologie. n° 20115 à la bibliothèque dé la Faculté. ë
(2) LUSTGARTEN ET MANABERG. — Ueber die micro-orga. der Norm. Manni. Urethra. Viertel. f. Dermatologie und Syphilis XIV Jahr. 1887, p. 403.
(3) TorxiLp-Rowsixe. — Berlin 1890, Hirschwald, p. 60.
(4 ) PETIT DE VASSERMANN. Clin. des maladies des organes génilo urinaires, juin 4891.
PRESSE Pat
leur travail qui ne porte d’ailleurs que sur quatre observations, que lurèthre normal est toujours habité par des micro-organismes divers, mais qu'aucune des espèces qu'ils ont trouvées n’est pathogène dans les conditions ordinaires. « Une chose est à remarquer, disent ces auteurs, c’estique nous n'avons jamais trouvé ni la bactérie pyogène, ni le staphylococcus pyogenes aureus, ni les autres micro-organismes pathogènes indiqués par Reswing. Nous ne savons à quoi attribuer cette différence importante, nous nous bornons à la constater.
Dans nos recherches au contraire, sur les quatre cas où lurine normale a donné des cultures positives, nous avons trouvé trois fois les staphylocoques pyogènes, une fois un microbe banal, non pathogène.
Quoiqu'il en soit dans ces conditions il semble difficile de préciser si les germes que nous avons trouvés prove- . naient de la contamination de l’urine après sa sortie de
la vessie par les microbes de l’urèthre normal, ou bien s'ils existaient déjà dans le liquide secrété au niveau du filtre rénal. Cependant les précautions antiseptiques que nous avons prises, le soin que nous avons mis à recueillir uniquement l'urine de la fin de la miction, alors que la première partie du jet entraînait les germes qui pouvaient se trouver dans le canal, ont suffi à nous procurer des urines stériles dans sept cas sur onze. Si dans les mêmes conditions, les cultures de quatre autres cas ont été fécondes, nous ne croyons pas qu’il faille forcément incriminer la muqueuse ciréthrale.
Dans tous les cas la preuve de notre affirmation ne saurait être faite qu’en puisant directement l’urine dans la vessie sur le vivant; nous n’avons pas eu l'occasion de faire cette expérience, mais nous avons ensemencé
bee des urines d’un certain nombre de cadavres, urines prises directement dans la vessie de demi- heure à une heure après la mort au plus tard.