LS
Jeannette D..., âgée de quarante-trois ans, entre le 26 mai 1892
à l’'Hôtel-Dieu ; elle est en proie à un délire complct caractérisé par l'incohérence des paroles ; elle cherche à se lever et à fuir, pas de cri net ni intermittent.
Son mari raconte qu’elle a toujours joui a’une bonne santé; cependant, il x a six ans, elle fut prise de douleurs assez vives dans la région lombaire, elle éprouvait une certaine faiblesse dans Ja marche, elle était vite fatiguée; quelque temps après la colonne vertébrale se déforma; actueliement on constate, en effet, dans la région dorso-lombaire l'existence d’une scoliose à convexité gauche, sans gibbosité antéro-postérieure qui comprend environ cinq à six
vertèbres et au niveau de laquelle la pression est douloureuse. Pas d’abcès dans le voisinage.
Il y a deux jours cette femme est tombée dans le délire, elle a accusé des douleurs rachialgiques assez vives, a eu quelques vomissements alimentaires et bilieux et un peu de céphalalgie ; mais elle s’est surtout mise à délirer.
Actuellement hyperesthésie cutanée très vive, la malade pousse des cris au moindre mouvement, il n’y a pas de paralysie vraie au niveau des membres, maistendance aux contractures, aux membres supérieurs et inférieurs.
Rien au cœur, le pouls est plutôt ralenti.
Rien aux poumons.
Pas de phénomènes abdominaux.
La malade présente sur le visage et sur le tronc une éruption discrète, cunéiforme, qui paraît consécutive à l’administration de 4 grammes d'iodure de potassium. Rien à la gorge.
Les urines contiennent un peu d’albumine.
En présence de ces accidents cérébraux, surtout en les rapprochant des phénomènes anciens semblant s'être manifestés autrefois du côté de la colonne vertébrale, les craintes d'une détermination méningée d’origine tuberculeuse étaient parfaitement légitimes ; toute'ois la coexistence de nombreux cas de grippe à cette période de l’année et l'observation d’un certain nombre de faits analogues nous avaient fait tenir sous la réserve et nous avions émis l’hypothèse que les troubles cérébraux présentés par la malade pouvaient bien être l'expression d’une intoxication grippale.
L'événement devait bientôt nous donner raison; quatre jours après son entrée une défervescence brusque à 37 degrés suivie le soir même d'une rechute manifeste venait nous tirer d'embarras et le surlendemain la température était revenue de nouveau à la normale, nous pouvions affirmer l'origine grippale de l’affection d'autant mieux que dix jours après, une bronchite caractéristique avec toux ferme et quinteuse venait donner à la maladie son véritable cachet.