D. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Cette liste de vingt espèces pourrait faire illusion ; mais, en réalité, celles-ci ont une force naturelle de destruction relativement de peu de valeur. :
Sans aucun doute, T. lissonotus est à retrancher du nombre des ennemis de la Piéride du Chou, et aussi très probablement À. spurius, dont l'identification au M. pieridis reste douteuse, Cette espèce, du reste, est mal connue. L’A. jucundus est bien voisin de l’A, glomeratus : l’identification des deux espèces n’est pas impossible, Le parasitisme direct de
ie
S. aciculatus, de P. trux et des trois Hemiteles (melanarius, Die PAe s00he lis) est très contestable ; de nouvelle: observations seraient nécessaires. Ce ne serait, du reste, pas la première fois qu’on trouverait des erreurs dans l'attribution des hôtes à des Hyménoptères parasites. 2h
PrcARD n’a observé qu’une seule chenille de Piéride du Chou parasitée par un Angitia et une seule shrysalide par un Dibrachys. MARTELLI mentionne seulement B. albosignatus, ce qui laisse à supposer que ses observations sont rares sur ce point. PICARD et MARTELLI ont pourtant recherché avec soin les parasites de la Piéride du Chou dans la zone de leurs. observations.
Le parasitisme des autres espèces aux dépens de P, brassicæ n’a été en général rapporté que par un seul auteur pour chaque espèce. Un autre, fait frappe l'attention, c’est que presque toutes ces espèces sont très polyphages et très répandues, telles PA. fulvipes, l'A. cajæ, le M. subcompleta, le P. examinator, le P. brassicariæ. L'exploitation de la Piéride du Chou par ces parasites doit denc être regardée comme tout à fait occasionnelle.
Ainsi, on doit se montrer très réservé sur la valeur à attribuer aux longues listes d‘ennemis qu’on donne pour un Insecte. Ces listes ne présentent guère qu’un intérêt documentaire, mais ne signifient pas grand chose au point de vue de la limitaticn des espèces par leurs ennemis naturels. Un nombre restreint de parasites joue un rôle qui peut être vraiment utile. L’étude dans l’espace et dans le temps du: complexe que forme chaque Insecte avec ses ennemis permet seule de mettre en évidence ces espèces. Toutefois, certains parasites occasionnels peuvent, à Certains moments, jcuer un rôle important. Mais cette action est rarement généralisée, et elle n’est jamais soutenue. Nous en citerons des exemples en étudiant le rôle de T. evanescens et de C. femo-. rata,
Les mêmes remarques peuvent être faites au sujet des listes des hôtes
attribués à un parasite ; nous ne connaissons pas de cas d’un parasite exploitant avec une égale intensité, dans une région dcnnée, tous les: hôtes qu'on lui connaît, L’étude du déterminisme de la ponte chez lé P. instigator, nous a permis de concevoir les causes de la polyphagie des parasites. Les espèces à caractère erratique illimité sont peu nombreuses ; toutes marquent une affinité plus grande pour un groupe d’espèces. Les Hyménoptères parasites vraiment spécifiques sont relativement rares, si vraiment ils existent; ils ne se maintiendraient du reste qu’avéc les plus grandes difficultés.
La liste des Insectes pouvant vivre aux dépens de la Piéride du Chou ne sera jamais close ; il est par contre permis de penser que les parasites électifs de ce Lépidoptère scnt actuellement bien connus.
L'exploitation accidentelle d’un Insecte par des Hyménoptères parasités sera d’autant plus fréquente que celui-ci sera plus abondant et que
ses colonies couvriront de plus grands espaces. Ces parasites occasionnels
sont des espèces réputées polyphages, ayant une sensibilité peu précise
aux sensations déterminantes de la ponte. La multiplicité relative d’individus d’une même espèce, jointe à l'homogénéité de la faune entomologique sur un vaste territoire, favorise au plus haut point leur attaque par : des espèces qui, ordinairement, les exploitent peu. Un exemple typique d'adaptation passagère et locale est donné par les Hyménoptères parasites de la Cochylis et l’'Eudémis de la Vigne. Les parasites obtenus de ces deux Microlépidoptères en Europe appartiennent tous à des espèces polyphages et très communes : ceux qui se rencontrent en nombre le plus grand leur sont communs. De nombreux élevages faits en particulier en Allemagne, en Autriche, en France et en Italie, ont permis de dresser une liste très longue des parasites pouvant vivre aux dépens des Vers de la Vigne ; nos prepres éducations nous ont permis de signaler de ncuvelles espèces (1925).. Aucun des parasites rencontrés par nos devanciers ou par nous-même, ne peut être considéré comme parasite élctif de la Cochylis cu de l'Eudémis. A l’appui de cette opinion, nous constatons que personne n’a observé une limitation généralisée du taux de pullulation de la Cochylis ou de Ne imputable aux seuls Hyméncptères parasites.
L'absence de parasites bien adaptés en Europe à la Cochylis et à lPEudémis est contraire à Ce qu’on rencontre généralement avec les autres Insectes. Il est possible que ces espèces électives existent. Des recherches faites dans le pays d’origine de la Vigne, qui doit être celui des Vers des raisins, permettraient peut-être de les découvrir. Il n’est pas impossible à priori de donner une solution favorable au problème de la défense du vignoble par l’utilisation d’auxiliaires naturels (1).
Les listes des parasites des Insectes phytophages sont toujours d’autant plus longues que leur taux de pullulation cst plus grand et que les multiplications anormales sent plus généralisées ; dans les cas d'arrêt de ces multiplications, imputables aux parasites, les observations précises et répétées dans l’espace et le temps, ont toujours montré que le rôle principal était joué par les mêmes espèces, dent le nombre est très restreint. Les élevages d’Insectes, ayant un taux de pullulation peu élevé, par conséquent, qui sont disséminés, ne donnent qu’un petit nombre d'espèces : parasites, qui sont bien adaptées à leur hôte.
Le rôle des parasites accidentels est-il négligeable? Aucune réponse catégorique ne peut être faite ; leur action est parfois fort sensible, mais passagère. Quoique leur concours arrive précisément au moment où on en a le plus besoin, leur action est indifférente, car les parasites électifs suffisent à eux seuls à arrêter la multiplication excessive. Nous ne pensons pas qu’il puisse ÿ avoir intérêt à introduire ces espèces dans cas de la lutte contre les Insectes d’origine étrangère ; les espèces polyphages indigènes pourront jouer ce rôle d’auxiliaires. Les parasites
() Sureya (Bull. Soc. Path. vég. et Entom. agrs Fasc. 1, 1925) signale que le Vignoble de Turquie n’a pas à souffrir des attaques de la Cochylis et de l’'Eudémis.
occasionnels deviennent plus intéressants dans le cas d’Insectes phytophages qui se maintiennent toujour: en grand nombre par suite de l’absence de parasites électifs ; les ennemis européens de la Cochylis et de l'Eudémis jouent un rôle frénateur continu, sans doute faible, mais appréciable. Maïs si ces deux ennemis du vignoble étaient introduits dans un pays où ils n’existent pas encore, les parasites indigènes y joueraient le même rôle que les parasites européens, dont aucun ne mériteraient
d’être introduit, RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES
En plus des espèces que nous avons rencontrées, vingt autres ont été signalées : huit d’entre elles sont sujettes à discussion. Certaines observations n’ont porté que sur un Cas unique ; la majorité de ces parasites sont des espèces très pclyphages et très communes.
Les parasites occasionnels sont d’autant plus fréquents que l’Insecte hôte envisagé à un taux de pullulation plus élevé et que ses invasions sont plus généralisées. La liste des Héminoptères parasites pouvant vivre sur la Piéride du Chou n’est pas clcse. À
Les parasites occasionnels n’ont qu’exceptionnellement un rôle destructeur appréciable. Ils n’apportent, en général, qu’une faible contribution à la limitation d’une espèce, et précisément au moment où les parasites électifs sont le plus à même de jouer leur rôle. Toutefois, en vabsence de parasites bien adaptés, et dans des conditions particulières de milieu (vignobles, par exemple), ils ont une action modératrice continue, mais insuffisante pour ramener momentanément une espèce à un taux de pullulation faible.