I. — LEs MICROSPORIDIES
Depuis 1917, M. PaILLoT étudie les maladies à Microorganismes de la Piéride du Chou dans la région lycnnaise : il a isolé de nombreuses espèces nouvelles et réuni des observations très intéressantes sur le rôle de ces éléments dans le complexe biologique que nous étudions. Les travaux que M. PAILLOT poursuivait parallèlement aux nôtres nous ont bien souvent éclairé certains points obscurs et nous ont évité plusieurs erreurs dans l’interprétation des phénomènes que nous observions. On a trop négligé jusqu’à ce jour de préciser le rôle des Microorganismes dans le problème de l’équilibre naturel des Insectes phytophages : les importants travaux de M. ParLLor, en dehcrs de toutes autres considérations, auront pour effet, nous l’espérons, d’attirer l'attention sur ces facteurs de limitation de la pullation des Insectes. C’est qu’en effet, comme l'écrit ParLLor (1925) « l’action frénatrices des Microorganismes dépasse dans certains cas celle des autres auxiliaires; d’autre part, les interactions entre paarsites de divers ordres sont de grande importance; en les négligeant, on ne peut avoir qu’une fausse idée du problème de l’équilibre ».
L'étude des Maladies à Microorganismes nécessite une technique spéciale; son ampleur, même limitée à la Piéride du Chou, absorbe l’activité d’un travailleur pendant la plus grande partie de l’année. Usant des résultats des recherches de M. PAILLoT et de ses bons conseils, nous aurons pu ainsi envisager tous les facteurs naturels de limitation des multiplications de la Piéride du Chou. La valeur de notre travail y gagne beaucoup; nous en remercicns encore vivement M. PaïLLor. :
Au cours de la formidable invasion de chenilles de P! brassicæ d'e 1917, ParzLor isola deux Microsporidies nouvellcs; il les retrouva en 1923, en même temps qu’il en signalait deux nouvelles espèces, Les che-
sos
nilles parasitées par ces Micrcsporidies ne diffèrent en rien des chenilles saines; un examen microscogsique du sang est nécessaire pour diagnostiquer l'infection. L'identification du parasite nécessite quelquefois un examen cytologique sur frottis coloré,
D'une façon générale, les chenilles résistent bien à l’infection microsporidienne; la mortalité est plus grande sur les chrysalides issues de ces chenilles, Les papillons parasités peuvent pondre, mais leur vie est toujours abrégée. Les microsporidies se retrouvent dans les œufs : la maladie est héréditaire comme la Pébrine des vers à soie. Certains œufs parasités se dessèchent et meurent : l’examen entre lame et lamelle dans une goutte d’eau, montre que ces œufs sont littéralement bourrés de Microsporidies. Sur la deuxième génération de 1924 en particulier, le nombre des œufs tués atteignit par place 50 %; sans un examen microscopique, on eut été tenté d’attribuer cette mortalité à l’action de la température. Cette erreur a dû être commise probablement, si ce n’est sur la Piéride, du moins avec d’autres Insectes. Souvent les œufs parasités se reconnaissent à leur teinte plus claire que les autres; mais ce n’est pas un critérium et l’examen microscopique s'impose.
Deux des Microsporidies isolés par PAILLOT, Perezia mesnili et P. pieris infestent facilement les chenilles par voie buccale; les chenilles contaminées artificiellement ne meurent pas avant leur transformation en chrysalide;; la vie des papillons qui éclosent de ces chrysalides est abrégée. PAILLOT estime que ce mode de contamination doit être rare dans la nature. 0
Que deviennent les larves parasites des chenilles envahies par les Microsporidies ? En général, les larves d’Apanteles et d’Anilastus ne contractent pas la maladie; toutefois on constate une certaine mortalité, surtout chez les larves hivernantes d’Apanteles. Les Hyménoptères aduites, issus de larves infestées, peuvent être parasités; au laboratoire ils ne transmettent pas la maladie aux jeunes chenilles dans lesquelles ils pondent. A
Nous avons personnellement fait l’observation suivante : une ponte de. Piéride du Chou de 69 œufs est récoltée le 26 septembre 1924; 52 des œufs sont reconnus parasités par T. evanescens; les 17 autres, de couleur jaune pâle avortent. A l’examen microscopique ils sont reconnus comme très fortement envahis par une Microsporidie, probablement P. mesnili. Tous les œufs parasités par les Trichogramma donnent le 27-28 octobre des adultes du Chalcidien ; ces adultes sont eux-mêmes parasités par la même Microporidie, qu’on trouve en abondance dans leur cavité générale. Ainsi, dans certains cas, l’infection microsporidienne est assez intense pcur tuer les œufs, tandis qu’elle permet le développement des Hyménoptères parasites, Ces Trichog#amma ont donné une descendance normale. Ces deux facteurs de destruction de la Piéride du Chou, loin de se contrarier, se complètent que'quefois.
La mortalité causée par les Microsporidises est parfois très grande chez la Piéride du Chou; elle apparaît brutalement. La maladie existe
en quelque sorte d’une façon endémique; les facteurs favorables à la création d’épidémies foudroyanies sont encore inconnus. D'une façon générale, les Insectes parasites ne sont pas génés par la présence des Microsporidies,