‹ Contribution à l'étude d'un complexe biologique: la piéride du chou (Pieris brassicae L.) et ses parasites hyménoptèresChapitre 7 sur 96 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’intensité des invasions de la Piéride du Chou (Pieris brassicæ L.) varie dans de larges limites dans l’espace et dans le temps. Ses dégâts ne sont pas sans inquiéter les Agriculteurs; à ce point de vue d’abord la question a attiré notre attention. La situation particulière où nous nous trouvions, au milieu d’un centre de culture de Choux, la possibilité de nous procurer facilement en toutes saisons du matériel d’étude, et de suivre, sur place, les invasions de cette Piéride sur une superficie

bien définie, que nous étions à même d'explorer avec soin, nous ont

incités à entreprendre une étude minutieuse des conditions de pullulation de ce Lépidoptère.

« Nous ne sommes plus, en effet, au temps où l’on pensait avoir . épuisé l’étude biologique d’une espèce, lorsqu'on avait décrit les différentes phases de son évolution, Ce n’est là que le commencement du travail qui s’impose à l’entomologiste. Au lieu d’isoler l’insecte du milieu dans lequel il vit, il doit au contraire le considérer dans ses rapports avec ce milieu, et comme une partie d’un complexe, formé d’une multitude d’éléments à la fois animaux et végétaux, variant avec les conditions climatiques, saisonnières et culturales. » (MARCHAL, 1918.)

L’étude d’un complexe formé de si nombreux éléments ne saurait être simple. Nous avons dû-limiter notre travail aux rapports de la Piéride du Chou avec ses Hyménoptères parasites aux divers degrés. On verra par la suite combien le problème, ainsi restreint, reste encore diffus. Naturellement il ne nous était pas possible de négliger les autres facteurs intervenant dans la limitation du taux de pullulation de la Piéride, d'autant que nous n’avions pas tardé à nous apercevoir du rôle prépondérant que certains pouvaient jouer.

Nous ne saurions trop nous réjouir d’avoir eu la chance de poursuivre nos recherches aux côtés de M. A. PAILLOT, qui étudie depuis 1917 les maladies à Microorganismes de ce Lépidoptère dans la région

lyonnaise. Outre les renseignements qu’il nous a fournis sur les invasions antérieures à notre arrivée, les travaux qu’il poursuivait parallèlement aux nôtres sur les mêmes insectes et dans la même région, nous ont été d’un précieux secours pour l'interprétation de certaines observations qui déroutaient nos investigations. Nous lui sommes extrêmement reconnaissants de la grande amabilité avec laquelle il a guidé nos premiers pas dans le domaine de la recherche, de ses observations critiques, et de ses bons encouragements. Il nous est particulièrement agréable de le remercier ici du fond du cœur.

Notre activité s’est portée d’abord sur de contrôle de la biologie de la Piéride du Chou sous le climat lyonnais et dans les conditions particulières du milieu des environs de Lyon. Puis nous avons dressé une liste aussi complète que possible de ses Hyménoptères parasites aux divers degrés. Si nous avons retrouvé une grande partie des espèces signalées par nos devanciers, nous en avons fait connaître un certain nombre de nouvelles. Nous croyons qu’à la suite de nos recherches, commencées en 1922, ncus sommes maintenant en possession de la

majorité des parasites de la Piéride qu’on peut rencontrer dans la région

lyonnaise, Il est possible que de nouvelles éducations permettent d’allonger la liste que nous donerons plus loin; certaines même .des espèces que nous n’avons pas rencontrées, momentanément absentes ou très rares, joueront peut-être un jour un rôle important. El n’en reste pas moins établi que les espèces intégrantes du complexe biologique formé par la Piéride du Chou et ses Hyménoptères parasites ont été rencontrées par nous; par suite nous pensons que les conclusions résultant de notre travail ont un caractère général, et se rapportent, non seulement au cas de la Piéride pour la région de nos observations, mais doivent s'étendre à tous les problèmes biologiques du même ordre.

L'étude biologique de chacune des espèces rencontrées a été, soit simplement complétée lorsqu'il y avait lieu, soit traitée complètement dans les cas peu connus ou pour les espèces nouvelles que nous avons décrites. Nous avons pu ainsi faire connaître plusieurs faits nouveaux et tirer certaines conclusions intéressantes à la suite de nos recherches comparatives,

Nous avons recherché les relations de toutes ces espèces, soit entre elles, soit avec leurs hôtes; le dépouillement d’üne importante bibliographie et nos propres observations nous ont permis de mettre en évidence les parasites vraiment intéressants. Nous avons ainsi dégagé les grandes lignes du complexe biologique étudié; nous avons en quelque sorte mis à nu l’armature. Nous sommes arrivé à cette conclusion que le nombre des espèces jouant un rôle important dans ce complexe est relativement réduit; les très nombreux autres parasites aux divers degrés rencontrés par nos devanciers ou par nous-même, ne sont qu’occasionnels, c’est-àdire représentent des espèces se substituant les unes aux autres, en nom-

bre et en qualité, suivant des circonstances locales, souvent très complexes,

L'étude d’une telle question prendrait une plus grande valeur si elle portait sur un territoire encore plus étendu, avec centralisation de la -documentation, On pourrait ainsi, dans la diversité des facteurs d’inégale importance du complexe biologique envisagé, mettre en évidence les points essentiels, seuls. vraiment intéressants et sur lesquels il y aurait lieu d’agir éventuellement. Nos faibles moyens ne nous permettaient pas de donner au problème toute son ampleur.

Nous pensons que c'est seulement de ces études d'ensemble que l’Entomologie appliquée pourra tirer des données rationnelles pour la lutte contre les espèces nuisibles. Aujourd’hui, la connaissance de l’'éthio. logie d’un Insecte ne suffit pas pour le combattre ; les efforts pour enrayer la multiplication des parasites des cultures doivent porter sur le plus grand nombre de facteurs possibles pour être efficaces et durables. Sinon c’est une simple guérilla qu’on leur livre et dans des conditions parfois onéreuses. La connaissance précise du complexe biologique permet seule la combinaison des principales méthodes de lutte, les méthodes biologiques, culturales et techniques. ;

Nous devons une reconnaissance toute particulière à M. Ch. FERRIÈRE, de Berne, pour l’amabilité avec laquelle il a bien voulu faire les nombreuses déterminations que nous lui avons demandées; ses réponses, toujours accompagnées d’un commentaire précis et documenté, nous ont été d’une grande utilité. Nous avons été très sensible à l’honneur qu’il nous a fait de collaborer pour certaines recherches de systématique, où il nous a fait profiter de sa grande compétence et de sa vaste /érudition sur les Hyménoptères parasites.

Nous sommes heureux de témoigner notre gratitude à M. P. MARCHAL, Membre de l’Institut, pour la confiance bienveillante qu’il nous a accordée dès le début de nos recherches. La lecture de ses beaux travaux sur les Hyménoptères parasites, en nous ouvrant des horizons nouveaux, a eu une influence prépondérante sur l’orientation de notre activité.

Nous avons été particulièrement touché du franc et cordial accueil que nous avons trouvé auprès de M. le Professeur VANEY, del la Faculté des Sciences de Lyon. Nous le remercions bien sincèrement de l'intérêt qu’il a bien voulu porter à notre travail, et des conseils qu’il nous a prodigués dans la rédaction de notre mémoire, Nous le prions de trouver ici l'expression de nos meilleurs sentiments et l’assurance de l’excellent souvenir que nous emportons de nos trop courts séjours dans son laboratoire.

Nous adressons nos meilleurs remerciements à M. le Docteur ViILLe- NEUVE, qui nous a déterminé avec une si grande complaisance les Diptères éclos dans nos élevages; à M. VERMOREL, qui a mis à notre disposition sa riche bibliothèque; à M. F. PrcaRp, qui nous a fourni des précisions sur ses observations faites à Montpellier; à nos Amis et à nos (Collègues VAYSSIÈRE, ZOLOTAREWSKY, TROUVELOT, ALABOUVETTE, GENIEYS, FLAGEOLLET, GAUTIER, pour les renseignements variés qu’ils nous ont communiqués.

Dans une première partie nous étudierons la biologie de la Piéride du Chou dans la région de nos recherches. Les parasites primaires feront l’objet de la: seconde partie, où nous insisterons davantage sur ceux appartenant à l’ordre des Hyménoptères. Ces derniers ont des ennemis, pour la plupart des Hyménoptères, qui seront étudiés dans la troisième partie. Ayant eu à nous occuper de 29 espèces différentes d'Hyménoptères parasites, il nous sera possible de consacrer toute une partie à la biologie générale et comparée de ce groupe d’Insectes. En possession de tous les éléments constitüants du complexe, nous pourrons l’envisager dans son ensemble dans la cinquième partie. |

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