CHAPITRE V
Le cycle évolutif et le nombre annuel des générations
La durée du cycle évoluitf varie avec l’espèce étudiée, et dans la nature, est fonction de la température; le plus souvent, elle varie en sens inverse,et on constate. une température maxmum au delà de laquelle tout développement devient impossible. Les données les plus précises que nous puissions donner à cet égard sont celles que nous avons réunies à propos du D: boucheanus et du T. evanescens. Dans un seul cas, celui de l'E. appendigaster, nous voyons que le cyele évolutif varie dans le même sens que la température. La quantité de la nourriture dont dispose chaque larve paraît influer sur la durée du cycle évolutif,
Le nombre annuel des générations est naturellenient fonction de la durée de chaque cycle; il est sous la dépendance du climat de la région envisagée. Le ncmbre des générations augmente donc à mesure qu’on descend dans des régions plus méridionales, au moins pour la plupart des Insectes. C’est le cas des parasites que nous avons rencontrés et qui ont été étudiés sous plusieurs latitudes, comme l’A. glomeratus, VA. ebeninus, le P. puparum, le D. boucheanus.
Mais tous les Insectes ne réagissent pas de la même manière aux’ variations climatériques; il en résulte que les interactions entre beaucoup d'espèces peuvent varier avec la latitude. Des variations du même ordre paraissent s’observer en altitude. C’est ainsi que le T. rapo n’a que trois générations par an sous le climat lyonnais, tandis que l'A. glomeratus peut en avoir quatre. P. brassicæ a aussi une troisième génération, qui n’est souvent que'partielle. Ainsi par suite des conditions locales particulières. l’A. glomeratus est avantagé à Lyon. Dans les régions plus méridionales la Piéride ne dépasse pas quatre générations par an; c’est alors le nombre normal des générations de l’Apanteles et du Tetrastichus: Les
espèces se trouvent alors placées dans les mêmes GoAtHRERS que dans le Nord de l’Europe (1).
Tous les Hyménoptères parasites ne commencent pas leur sommeil hivernal à la même époque; à ce point de vue on peut les diviser en deux catégories. Pour les uns, l’arrêt du développement doit être
recherché dans un abaissement assez grand de la température : c’est par exemple le cas du P. instigator, du D. boucheanus, des Hemiteles. Des chrysalides de P. brassicæ ou des cocons d’Apanteles, parasités par ces espèces, et mis à l’étude au cours de l'hiver, donnent bientôt les parasites adultes. Au contraire le relèvement de la température pour d’autres espèces ne déclanche pas un réveil de l’activité : les larves se déssèchent ans se transformer. La majorité des larves de la dernière génération d’Apanteles se conduisent ainsi; nous avons dit nos insuccès avec le M. dentipes et l'E. appendigaster. Ges faits sont, à rapprocher de ceux étudiés par RousauD (1922), sous lé nom de diapause chez certains Musci. des : le sommeil d’hiver de ces larves ne paraît nullement lié dans son déterminisme immédiat, au froid de l'hiver. Il est probable, comme pour Jes Muscides étudiés par RouBaup, que l'arrêt de l’évolution en hiver correspond à une période d’épuration physiologique : cet arrêt peut être sous la dépendance de la déshydratation (anhydrobiose), comme pour l’Eurytoma ou de HAPASeRIENt de la température GHermense) comme pour l’Apanteles.
L’hibernation de la majorité des Hyménoptères parasites a lieu au . stade de larve adulte; certains passent la mauvaise saison sous la forme adulte (C. femorata), ou sous forme de jeunes larves (anormalement A. glomeratus, parasite des chenilles d’Aporia).
La nature de l’hôte peut apporter des modifications dans le cycle évolutif. C’est ainsi que l’évolution des larves de l’A. glomeratus est arrêté dans les jeunes chenilles d’Aporia, et que le nombre des générations de ce Braconide se trouve alors réduit. Un exemple très net de Vinfluence de l'hôte est fourni par le Limmerium crassifemur Thoms., étudié par PAILLOT (1923) : cet Ichneumonide, qui a deux générations sur Ja Pyrale du maïs, n’en a plus qu’une sur Neurotoma nemoralis L. Mais si les larves de Neurotoma parasitées sont maintenues hors du milieu souterrain où elles se transforment, on constate un changement dans Vévolution du parasite; le cycle biologique est accéléré et tend à se super- | poser au cycle normal qu’on observe avec la Pyrale du maïs. L’exploitation d’hôtes accidentels en amenant des perturbations dans le cycle évolutif soustrait l’espèce momentanément à l’action des causes normales de
(1) Nous avons dit que nous ne pouvions pas admettre les chiffres cités par MAaRrTELLI (1907) sur le nombre des générations des divers parasites de la Piéride en Italie; les données de cet auteur, chez lequel nous avons relevé plusieurs erreurs, paraissent avoir été obtenues par le calcul, et non par l’obsselrvation directe. En particulier, les chiffres données pour VA. glomeratus sont incompatibles avec la biologie de cet insecte.