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Les résistances sèches et humides du tableau IV sont toujours supérieures aux résistances correspondantes du tableu III. Cette différence provient, d’une part, de la plus grande longueur d'immersion, d’autre part, de l’étirage plus fort dans les essais du tableau IV, comme le montrent les mesures sérimétriques de l’allongement.
Une forte proportion d’amidon dans la soie ne semble pas faire baisser les résistances, puisqu’avec 28,83 pour 100, la résistance sèche est de 2,21.
L'examen d'ensemble des courbes des tableaux III et IV, se rapportant aux résistances sèches et humides, montre, comme précédemment, une analogie frappante quant à la façon de se comporter, d’où on peut conclure que la qualité de la soie dépend de la qualité de la viscose mixte, et que les différences enregistrées au point de vue des résistances, dépendent surtout de l’état de la viscose au moment du filage.
Les courbes des temps, avant rupture, suivent très normalement celles des allongements.
Les résistances humides varient entre 3/10 et 4/10; en général 4/10 de leurs correspondantes sèches.
Dans les essais de filature centrifuge qui font l’objet des tableaux I et IT, les titres en deniers sont en général plus fai- bles que le titre désiré : 100 deniers. Au contraire, les essais de filature parallèle des tableaux IIT et IV ont toujours un titre en deniers de beaucoup supérieur au titre désiré : 50 deniers. É
Pour interpréter les résultats, il est nécessaire de rappeler “rapidement les principes de filature :
Dans la filature centrifuge, par une filière placée dans un bain coagulant, sort la viscose, qui régénère immédiatement sa cellulose sous forme de fil; ce dernier passe sur un « rouleau débiteur », et va s’enrouler dans un pot centrifuge. La vitesse du rouleau débiteur devrait être théoriquement telle que le chemin parcouru par un point tangentiel à ce rouleau soit le même que la longueur du fil délivré par la filière.
Pratiquement, comme il est difficile de déterminer la vitesse de délivrance de la filière, et qu’on a avantage à étirer le fil lors du filage, la vitesse du rouleau débiteur est toujours plus grande que la vitesse de délivrance de la filière, ce qui. provoque invariablement un faible glissement du fil sur le rouleau débiteur. Le fil est encore étiré, entre le rouleau débiteur et le pot turbine, par la traction provoquée par la force centrifuge, qui tend à plaquer le fil sur la paroi du pot. 5
L’allongement entre la filière et le rouleau débiteur, d'une part, le rouleau débiteur et le pot turbine, d’autre part, sera d'autant plus grand que le fil venant d’être régénéré aura une faible ténacité sous son état du moment, toutes autres conditions égales, bien entendu.
Quand l'allongement sera grand, le glissement sur le rouleau débiteur sera faible ou nul. Or, nous avons observé qu'un fil de viscose mixte, immédiatement après sa régénération, n’a qu'une faible ténacité, plus faible que celle d’un fil de viscose de cellulose, et cela pendant quelques secondes ou fraction de seconde peut-être, ce qui semblerait indiquer que l’amidon précipité par l'acide ne l'est finalement qu’au
bout d’un certain temps, qui est d’ailleurs très coùrt et ce ne serait qu'à ce moment que l’amidon jouerait son rôle de cohérence en entier; en un mot, la cellulose se régénérerait plus vite que PRES. |
Entre parenthèses, ceci expliquerait peut-être pourquoi le
fil à fort pourcentage d’amidon a ses brins élémentaires soudés entre eux par plate, contrairement au fil de viscose de cellulose, filé dans les mêmes conditions. ; - Pour en revenir à notre discussion, le: fil. de viscose mixte, sollicité par le rouleau débiteur, dès sa sortie de la filière, subirait un fort étirage par suite de la non cohérence ou mieux, de la faible cohérence de l’amidon dès son tout premier âge de régénération, la cellulose jouant seule à ce moment un rôle de ténacité.
Il est probable que l'élévation de la concentration du bain en acide, hâterait la précipitation de l’amidon, ce qui ne serait qu'avantageux.
Ceci dit, il est maintenant eee que, pratiquement, par filature centrifuge, avec des pompes réglées pour obtenir un titre de 100 deniers, avec une viscose de cellulose normale, on obtienne, avec une viscose mixte, un titre en deniers inférieur au titre désiré. Donc, une viscose mixte subit, lors du filage, un étirage supérieur à celui d’une viscose de cellulose, traitée dans les mêmes conditions ; il découle de ceci que la parallélisation des chaînes micellaires de l’amidon et de la cellulose sera plus parfaite que chez un fil de viscose de cellulose. Cet état de chose est avantageux au point de vue de la ténacité.
Par filature parallèle, le titre en deniers est toujours supérieur au titre désiré.
Dans la filature parallèle, le fil sortant de la filière est enroulé sur une bobine, tournant à vitesse régulière, donc l'étirage. du fil est régulier, pour chaque méthode dé filature parallèle : 15 cm et 60 cm d'immersion.
L'augmentation du denier ne peut provenir que de l’écoulement plus rapide de la viscose mixte, ce qui indique qu’elle est plus filable que la viscose de cellulose.
Pour obtenir le denier désiré, il serait nécessaire de. dimi-
nuer le débit de la pompe ou d'augmenter la vitesse de la bobine enrouleuse, ce qui provoquerait toujours un étirage plus fort du fil lors de la filature, donc, une augmentation de la résistance.
En résumé : au point de vue de la résistance, le fil de viscose mixte ne cède en rien à celui de viscose de cellulose. Les écarts constatés proviennent plus de l’état de maturation de la viscose mixte que de forts pourcentages d’amidon. Il n'est pas osé de dire qu'avec un étirage étudié, un bain approprié et une viscose mixte au point, les caractéristiques du fil obtenu seraient meilleures, même avec 50 pour 100 d’amidon, que celles courantes des fils de viscose de cellulose.
b) Erupe Du MATAGE
Le lustre des soies artificielles est considéré comme un défaut, car il les différencie trop d'avec les soies naturelles.
L'aspect brillant d’un corps vient de ce que la lumière se réfléchit régulièrement sur lui, il est donc en étroite dépendance avec l’uniformité de la surface. Pour obtenir l'aspect mat d’un fl, il suffira donc de modifier directement ou indirectement sa surface, de façon à la rendre moins uniforme.
Quantités de brevets d'invention proposent des solutions. Industriellement, deux méthodes de matage sont employées :
Première méthode. — Un sel insoluble ou un corps gras est fixé sur la fibre, la solidité de ce matage est faible, et les traitements ultérieurs éventuels, lavage, teinture, etc. diminuent l'effet obtenu. Si le matage est obtenu par des précipités minéraux, lors de la teinture, les nuances ne sont pas bien franches, car les sels précipités se colorent maïs ne se teignent pas, ce qui ternit la couleur, amenant le « poudrage ».
Deuxième méthode. — Ta surface de la fibre est modifiée :
a) sur le fil, par action des acides,
b) en incorporant, lors du filage, des produits, ensuite ékiminables.
Ces procédés sont coûteux, délicats, et diminuent la ténacité du fil.
En 1929, la Société Harben’s (Silk Manufacturers Ltd) a fait breveter dans les principales puissances (en particulier B. F. 688.004), une invention consistant à ajouter de l’amidon ou des dextrines, etc., aux viscoses de cellulose lors du mixage, La déposante conclut aux avantages suivants
1° La filature est plus facile,
2° Il est possible de filer les fins deniers (le denier au brin).
3° La soie possède le mat recherché,
4° En employant 6 à 7 grammes d’amidon, par kilogramme de viscose, la soie est plus souple au toucher.
L'auteur du brevet signale, particulièrement, que l’amidon est sans action sur la viscose. Nous sommes tout à fait opposé à cette façon de voir. En effet, dans la viscose, l’amidon trouve le CS* et la soude nécessaires à la formation d’un xanthogénate d’amidon.
Le sulfure de carbone provient de la polymérisation des xanthogénates, lors de la maturation de la viscose, Au moment du filage, une viscose, sous l’effet de cette maturation, a rendu libre les trois quarts de son CS? primitivement lié, soit près de 25 kilogrammes de sulfure de carbone; il est .vrai que celui-ci s’unit, pour une large part, avec la soude libre, mais ceci n'exclut pas sa liaison avec l’amidon alcalinisé. En ajoutant de l’amidon ou des dextrines à la viscose de cellulose, il se forme bien des xanthogénates d’amidon ou de dextrines; cette formation ne fait aucun doute, surtout si on se rappelle que l’amidon réagit beaucoup plus rapidement et complètement que la cellulose; de plus, dans le cas envisagé, il ne faut que peu de CS? pour sulfocarbonater 6 à 7 kilogrammes d’amidon, pour une viscose de plus d’une tonne.
Il est de même probable que, sitôt la sulfocarbonatation, au moment du mixage, il reste du CS? non combiné dans les boules de xanthogénate, même après une mise énergique sous vide de la baratte de sulfocarbonatation., Il n’est pas non plus impossible que le CS? ne soit fourni à l’amidon par la décomposition du trithiocarbonate de soude, comme suit
Na°CS5 + 2H°O — H?C$S5 + 2Na0H HFCSS HS + CS:
Dans nos travaux, nous avons retrouvé les avantages signalés dans le brevet 688.004.
Un très joli mat est déjà obtenu dans une fibre qui renferme 9,46 pour 100 d’amidon; avec l'élévation du pourcentage d’amidon, la soie devient d’un beau blanc mat.
Le moins que l’on puisse dire de notre invention est qu’elle présente, parmi ses nombreux avantages, ceux signalés par la société Harben's.
c) ETUDE DE LA RÉGÉNÉRATION
Les viscoses mixtes de moins de 30 pour 100 d’amidon filent avec une aisance remarquable, sans casse de fil, sans bouchage des filières ; elles seront susceptibles de donner des fins deniers.
Avec plus d'amidon, la filature est moins aisée quoique bien possible.
Dans les essais 8, 9, 10, 11 du tableau I et 9, 10, 11 du tableau IT il a été impossible de faire la torsion, car les brins élémentaires étaient soudés par endroits ; pourtant, dans l’essai
8, de ce dernier tableau, les brins élémentaires n'étaient pas soudés, puisqu'il a été possible de rechercher la torsion. Donc, avec une mise au point très poussée, il serait possible de filer un mélange à parties égales de viscose d'amidon et de viscose de cellulose, sans soudure de brins élémentaires.
Cette soudure des brins élémentaires est très visible sur les coupes microscopiques des soies. La photographie N° 7 correspond à une soie de 14,36 pour 100 d’amidon, le N° 4 à 28,38 pour 100, le N° 11 à 37,59 pour 100, le N° 9 à 40 pour cent et le N° 10° à 47,06 pour 100 d’amidon.
d) ToucHER DE LA Soie MIxTE
Quand une soie mixte renferme plus de 20 p. 100 d’amidon, elle perd de sa douceur au toucher. Il n'existe pas de différence au toucher entre une soie mixte renfermant de 10 à 20 pour cent d’amidon et une soie de viscose de cellulose.
Lorsque les soies mixtes sont préparées avec des pourcentages d’amidon, égaux ou inférieurs à 10, le soyeux est plus grand et le toucher plus doux que ceux d’une soie viscose ordinaïire.
Avec 50 pour 100 d’amidon, la soie est franchement raide. Cette raideur est peut-être due aux conditions de travail susceptibles de modifications ; nous croyons qu’il serait possible de l’atténuer sinon de la supprimer (même avec de forts pourcentages d’amidon) par une étude profonde de la régénération et de la maturation de la viscose mixte. L'utilisation de corps gras en mélange est indiquée.
Quoi qu'il en soit, actuellement il est possible de produire une soie à 20 pour 100 d’amidon, sans emploi d'aucun adoucissant, et sans que la soie produite ne présente aucune différence au toucher avec celle de viscose ordinaire, de même titre en denier. Cette soie mixte possède un « craquant » par-
ticulier, se rapprochant de celui de la soie naturelle.
Si la soie mixte devient de plus en plus raide, par élévation du pourcentage d’amidon, est-ce là un défaut capital? Nous répondons avec assurance : non.
En effet, une soie d’une certaine raideur, donnant du maintien lors du tricotage, peut être susceptible de présenter des avantages ; nous n’en voulons qu’un exemple : les petits bérets en soie artificielle, qui ont eu, au courant des années 1932 et 1933, une grande vogue dans la mode féminine, étaient indiqués pour l’utilisation d’une telle soie.
L'usage de la viscose mixte à forte proportion d’amidon sera fait à bon escient toutes les fois que l’on désirera obte-
nir un maintien, une rigidité particuliers des fibres synthétiques ou matières plastiques artificielles ; n'est-ce pas le cas des crins, de la laine, de la paille artificiels, et surtout celui des papiers dits « cellulosiques », transparents, qui servent en particulier à entourer les produits alimentaires, pharmaceutiques et autres. |