FORMES DE RÉSISTANCE — SPORES
GUIGNARD et SAUVAGEAU ont signalé la présence de spores dans les cultures de cinq à six jours. De plus, Jirou (1901) a observé des organes de résistance dans les cultures de quatorze bacilles fluorescents parmi lesquels il a rangé B. chlororaphis.
Pour cet auteur « on rencontre à l’intérieur du bacille, d’une façon constante sur milieux chimiquement définis, rarement sur milieux albuminoïdes, des corps arrondis contenus dans la membrane rigide, dont un espace clair les sépare.
« Dans les mêmes cultures et avec une abondance proportionnelle on rencontre, hors des éléments, des corps ronds, de diamètre égal, constitués par une enveloppe très réfringente, limitant un espace central très clair. Les corpuscules intra-bacillaires sont plus fortement colorés que le reste du bacille; les corpuscules extra-bacillaires sont plus facilement colorés, mais résistent mieux au Gram et au Claudius. Faut-il concevoir les corps intrabacillaires comme des spores en voie de formation, « des corps sporogènes » (Erxsr) enkystés, et les corps extra-bacillaires comme de vraies spores, des spores définitives? Cela semble vrai quoique Büsse l’ait nié. »
L'hypothèse émise par Jrirou, les observations de GuraNARD et SAUVAGEAU m'ont conduit à l’étude des formes de résistance dans les cultures de B. chlororaphis.
Mais, avant d’exposer le résultat de mes recherches, je rappellerai les principales propriétés des spores bactériennes.
Les spores des bactéries, examinées en préparations non colorées, apparaissent sous la forme de corpuscules très réfringents. D'autre part, les spores ne sont pas justiciables des procédés de coloration habituels et se présentent sous l’aspect de taches claires dans les bacilles colorés. Par contre, elles ont, comme les bacilles acido-résistants, la propriété de rester colorées en rouge par la méthode de Zieur. De plus, et ce sont là leurs caractères essentiels, les spores sont très résistantes aux agents physiques, chimiques et elles germent lorsqu'elles sont placées dans des conditions favorables.
J’ai donc cherché dans les cultures de B. chlororaphis des éléments bactériens présentant les propriétés énumérées cidessus. Dans les préparations non colorées, je n’ai jamais observé de bacilles offrant des granulations très réfringentes, et les microcoques n'étaient jamais pourvus d’un éclat particulier. En colorant une préparation par les procédés ordinaires, tous les éléments cellulaires d’une culture se colorent également. Lorsqu’il existe des grains assez brillants, ils sont métachromatiques ou bien se colorent beaucoup plus facilement que le reste du cytoplasme avec une solution aqueuse de violet de gentiane. La méthode de ZIEHL n’a jamais montré d'éléments acido-résistants. Mais, comme il pourrait se faire que l’existence de spores échappe à l’examen microscopique, j'ai cherché à vérifier s’il
n'existait pas de phénomènes de germination. A cet effet, j'ai eu recours aux deux procédés suivants :
10 Des formes, courtes, rondes, provenant de cultures d’âges divers, étaient cultivées en cellules. La chambre humide était maintenue à la température eugénésique, grâce à l’emploi de la chambre chaude de VicnaL. Je suivais au microscope le développement des formes ensemencées.
20 Des éléments bactériens semblables à ceux utilisés ci-dessus, étaient ensemencés dans des tubes de bouillon placés à l’étuve. Toutes les vingt minutes, je prélevais une goutte de cette culture avec laquelle je faisais une préparation.
L’emploi de ces deux moyens combinés ne m’a permis d’observer aucun phénomène de germination.
Enfin, comme vérification complémentaire, des cultures de six jours à trois mois ont été soumises pendant dix minutes à des températures de 639, 640, 659 C. et aucun élément chauffé n’a survécu. Toutes les cultures ont été stérilisées.
D'ailleurs, les formes rondes peuvent offrir des images de division, elles ne paraissent pas non plus dériver des corps arrondis intra-bacillaires de Jirou. On les trouve, en effet, très souvent en abondance dans les cultures, alors qu’à aucun moment on n’a constaté la présence de corps imtra-bacillaires. Enfin ceux-ci ont souvent un diamètre différent de celui des formes rondes. Il résulte de cet ensemble d’observations que l’on ne peut attribuer aux formes bacillaires rondes que j'ai décrites la valeur de spores comparables aux organes de résistance des B. anthracis, B. subtilis, B. mesentericus vulgatus, B. mesentericus ruber, etc. Le type de B. chloraraphis que j'étudie est donc une race asporogène.
RÉSUMÉ
En résumé, les variations dans la composition chimique de l'aliment déterminent de nombreux changements de formes du Bacille, Mais, quelle que soit la modification morphologique
apportée, la nature spécifique de la Bactérie n’est pas modifiée, car n'importe quelle forme replacée dans les conditions normales redonne toujours plus ou moins vite le Bacille type. On voit donc que, dans le cas d’un diagnostic, la forme n’est qu’un des éléments accessoires de la diagnose puisqu'elle varie avec le milieu.