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Nous voyons donc que toutes les cultures de B. chlororaphis ne sont pas également virulentes. Par contre, les modes d’moculations intrapéritonéales ou sous-cutanées donnent sensiblement les mêmes résultats.
La virulence varie non seulement avec les échantillons considérés, mais encore avec l’âge de Ja culture. On le démontre aisément en opérant de la façon suivante : à l’aide d’un dispositif spécial, on prélève 20 centimètres cubes d’une culture de
vingt-quatre heures; la prise effectuée, la culture est remise à l’étuve. Le liquide prélevé sert à inoculer (un centimètre cube en inoculation intrapéritonéale) un lot de quatorze Souris. Des animaux ainsi traités, quatre survivent, les autres meurent respectivement après trois, quatre, cinq, six, sept, huit, dix . jours. Neuf jours après le prélèvement des 20 centimètres cubes, on inocule, avec la culture, alors âgée de dix jours, neuf Souris (injection intrapéritonéale de 1 centimètre cube) et les animaux meurent respectivement après 2"45, 3 heures, 4 heures, 4 30, 5 heures, 6/45, 7 heures et 7° 15.
Ce fait s’expliquera aisément lorsque nous aurons montré, dans les cultures âgées, l’existence de produits toxiques solubles.
D'autre part, les résultats d’inoculation varient avec les individus expérimentés et, en inoculant un assez grand nombre de Souris, il n’est pas rare de rencontrer des individus qui résistent à des doses doubles de celles qui sont mortelles pour la majorité des Souris.
Enfin, le dernier facteur qui intervient dans l’expérimentation du pouvoir pathogène de B. chlororaphis, c’est la température du local où les Souris sont logées. A une température de 250, les Souris succombent à une dose de virus beaucoup plus faible qu’à 170.
Malgré toutes les causes qui influencent la virulence de B. chlororaphis, on peut admettre qu’en général une culture de huit jours, présentant de nombreux cristaux, est mortelle pour la Souris à la dose de 1 centimètre cube (inoculation intrapéritonéale). La mort survient de la quatrième à la vingt-quatrième heure après l'injection. A la dose de 0°" 8, la moitié des animaux imoculés résistent, pour l’autre moitié, la mort survient de la quatrième à la vingt-quatrième heure après l’inoculation.
Ces conclusions s'appuient sur les observations fournies par soixante-dix inoculations intrapéritonéales ou sous-cutanées.
En utilisant des semences qui ne tuent qu’au centimètre cube, on peut, par passages sur Souris, obtenir aisément des cultures mortelles au demi-centimètre cube.
Agglutinines. — Enfin, trois Souris, qui ont reçu chacune
ue cm 3 2m 3 TR A successivement 0°",4; 0%%°,5; 0®%%,8: 1 centimètre cube: cm3 Cm 3 : c 17,3; 1° *,5 de culture de vingt-quatre heures, fournissent du sérum qui agglutine à 1% PB. chlororaphis.
IT. Variation expérimentale du pouvoir chromogène. — Au cours des différentes manipulations destinées à renforcer la virulence d’une semence donnée, on constate que B. chlororaphis, après un seul passage par l’organisme souris, présente la faculté de donner de la chlororaphine à 370. C’est là un exemple de variation expérimentale que j'ai eru devoir étudier (en collaboration avec L. Mercier (1911), car, durant ces dernières années, la « variation » dans le domaine de la bactériologie a été l’objet de nombreuses recherches. En effet, si Roner (1894) croyait pouvoir admettre que les tentatives faites jusqu’à cette époque pour obtenir une «transformation spécifique » de types bactériens n’avaient donné que des résultats bien imparfaits, des bactériologistes, parmi lesquels nous citerons BARBER (1907), Massini (1907), Burkx (1908), JaAGERr (1908), KowaLEenko (1910), ont démontré l'existence, chez les Bactéries, de mutations au sens de DE VRIES.
Or, il nous semble, étant donnée la difficulté d’expérimenter en partant d’une seule cellule bactérienne, que ce n’est qu’avec une grande prudence que l’on doit appliquer le mot de « mutations » aux variations morphologiques et physiologiques signalées par certains auteurs; car des cultures obtenues en partant d’une colonie isolée sur plaque peuvent renfermer une population hétérogène formée d’éléments préadaptés à certaines conditions d'existence; de sorte que, dans certains cas, la mutation aurait pu être antérieure à l'expérience qui la rend objective, cette expérience n'étant, en quelque sorte, que le réactif qui met les mutants en évidence.
Les observations que nous avons faites sur B. chlororaphis montrent la valeur qu’il convient d'attribuer à cette restriction.
1. Exposé des faits. — EXPÉRIENCE œ. — Bacillus chlororaphis, avonsnous vu, est caractérisé par la production de chlororaphine; il produit cette substance d’une façon constante à la température de 25-309 C.
lorsqu'il se trouve dans des conditions convenables de culture (Voir p. 56), mais la fonction chromogène paraît ne pas se produire à 872. En effet, si on ensemence vingt ballons, par exemple, et que l’on place dix de ces ballons à 259 et dix à 379, on constate que les ballons du premier groupe donnent tous de la chlororaphine, tandis que cette substance fait défaut dans les cultures du second lot.
Cependant, si l’on ensemence, en partant chaque fois d’une culture provenant d’une seule colonie, des séries de cent ballons et plus qui sont placés à 37°, on observe, dans chacune de ces différentes séries, un certain nombre de cultures chromogènes. A titre de documentation, j'indique les résultats extrêmes : à
Série À : 450 ballons ensemencés, un seul donne de la chlororaphine.
Série B : 100 ballons ensemencés, sept donnent de la chlororaphine.
Le pouvoir chromogène de la semence qui a servi aux expériences a été contrôlé à chaque essai sur vingt-cinq ballons placés à 25°. Tous, sans exception, ont donné des cristaux.
ExPÉRIENCE fi. — Ces expériences montrent que, pour obtenir une culture chromogène à 370, il faut opérer sur un nombre considérable de ballons; aussi, avons-nous cherché à obtenir, d’une façon relativement constante, la production de la chlororaphine à cette température. A cet effet, nous avons fait passer B. chlororaphis par l'organisme de la Souris. Des Souris sont inoculées avec des doses de 10m*,5: elles sont sacrifiées lorsque les premiers symptômes de l’agonie apparaissent. Le sang du cœur, prélevé aseptiquement, sert à l’ensemencement d’un certain nombre de ballons qui sont placés à 370. Dans une première expérience, sur 14 ballons ensemencés, 3 restent stériles, 11 cultivent et, parmi ceux-ci, 9 donnent de la chlororaphine (sur 100 ballons ensemencés avec la culture ayant servi à faire l’inoculation et placés à 370, un seul a donné des cristaux). Une seconde expérience a donné les résultats suivants : sur 30 ballons ensemencés, 5 restent stériles, 25 cultivent, parmi lesquels 22 donnent de la chlororaphine (l’expérience comparative a donné 7 ballons à cristaux sur 100; voir série B de l'expérience œ).
D’après les résultats fournis par ces expériences, on voit que le passage de B. chlororaphis dans la Souris augmente de beaucoup la proportion du nombre des cultures donnant des cristaux à 370.
De plus, les cultures obtenues par ensemencement avec le sang de Souris conservent la propriété de donner de la chlororaphine à 379, ainsi que nous avons pu nous en assurer par une série de quinze repiquages en milieux appropriés. La modification est donc devenue permanente.
?. Hypothèses que suggèrent ces deux séries d'expériences. —
Faisant abstraction des indications fournies par l'expérience «, on pourrait être tenté d'admettre que le passage d’une culture par l'organisme souris a déterminé l'apparition brusque d’une race chromogène à 370, c’est-à-dire d’une mutation au sens de DE Vies.
Mais nous savons, d’après les résultats fournis par l’expérience à, qu’une culture provenant d’une seule colonie renferme quelques éléments capables de donner de la chlororaphine à 370; dès lors, une seconde hypothèse s'impose à l'esprit, et cela d’autant plus qu’elle s’appuie sur une observation faite par Hansen (1905).
Ce savant, étudiant différents types de levures dont Saccharomyces validus (—S. Pastorianus IIT), espèce bien connue comme levure haute typique, a constaté, dans les cultures de cette levure, la présence de quelques éléments du type de fermentation basse dans la proportion de 3% environ. Il en conclut que les levures hautes et basses ne sont pas des espèces indépendantes, mais peuvent se développer simultanément et inégalement dans des cultures que l’on pourrait supposer homogènes d’après le résultat global de la fermentation produité, et que l’une des deux formes peut supplanter l’autre suivant les conditions de culture.
De même, nous pouvons admettre qu’en inoculant une certaine dose d’une culture de B. chlororaphis l’organisme souris agit sur la population hétérogène inoculée pour sélecter des éléments préadaptés qui, entre autres propriétés, ont celle de donner de la chlororaphine à 37°. Le mécanisme de cette sélection pouvant être ramené au schéma général suivant : soit une population P qui est un mélange de deux biotypes À et B. Au biotype À appartient la plus grande partie de P. Considérons un milieu M dans lequel À ne puisse se développer que très difficilement, mais où, au contraire, B rencontre des conditions de vie facile. Que se passera-t-il lorsqu'on transportera P dans le milieu A? Le biotype B, qui avait passé presque ou même inaperçu en P, va se développer énergiquement et devenir dominant en nombre, en sorte que la nouvelle population P”,
BACILLUS CHLORORAPHIS 9
que l’on obtiendra ainsi, différera par son ensemble de P qui lui a donné naissance. Il y aura eu filtrage des formes préadaptées, au sens de DE VRies, de Davenporr (1903), de MORGAN (1903), de Cuknor (1909, 1911).
Peut-on admettre l'existence d’un phénomène de ce genre en ce qui concerne B. chlororaphis? Étant donnés les faits dont nous disposons jusqu'à présent, il est difficile de se prononcer sur la valeur des deux hypothèses que nous avons émises. Il est évident que l’existence de quelques cultures chromogènes à 370, sans avoir passé par l'organisme souris, donne quelque créance à l'hypothèse d’un filtrage; mais doit-on rejeter toute idée d’une variation lente ou brusque (mutation au sens de De VRies)? C’est là une question à laquelle il ne sera possible de répondre qu'après de nouvelles expériences. à
Conclusions. — Quelles que soient les hypothèses, nous croyons pouvoir dire, quant à présent, qu'une colonie de B. chlororaphis, isolée sur gélose, renferme au moins deux sortes d'éléments: les uns susceptibles de donner de la chlororaphine à 25-309 et ne présentant pas cette propriété à 379: les autres, très peu nombreux, produisant des cristaux à 37%, De plus, le passage d'une culture, obtenue en partant de cette colonie, par l’organisme souris, augmente dans de très fortes proportions le nombre des éléments chromogènes à 370.
INOCULATION AU COBAYE
Avec le Cobaye, les résultats obtenus sont bien plus inconstants encore qu'avec la Souris où nous avions cependant déjà vu le pouvoir pathogène varier avec la nature et l’âge de la culture, Le Cobaye ne saurait done constituer un réactif de choix.
Le mode d'infection préférable est l’inoculation intrapéritonéale, L'injection, dans le péritoine du Cobaye, d’une culture de vingt-quatre heures a une action variable avec les semences considérées, ainsi qu'il résulte des expériences suivantes :
1° Cinq Cobayes (pesant chacun de 220 à 310 grammes) reçoivent a À cmi à Û ri : $ 2 à om de culture À de vingt-quatre heures. Les animaux ne présentent
qu'un trouble passager; l’inappétence dure un à deux jours et on n’observe pas de variations sensibles de la température.
Un mois après l'inoculation, la pesée accuse une augmentation de poids chez deux d’entre eux. Puis les animaux étant sacrifiés, l’autopsie montre le foie de volume normal, mais présentant un piqueté blanchâtre à sa surface. Certains individus offrent, en outre, des kystes de la grosseur d’un petit pois. Les ganglions mésentériques sont parfois hypertrophiés. Mais la mise en culture des différents viscères n’a pas permis l’isolement de B. chlororaphis.
29 Quatre cobayes (de 400 à 600 grammes) sont inoculés dans le péritoine (60m d’une culture PB de vingt-quatre heures). La mort survient du huitième au quinzième jour. Elle ne paraît pas avoir été précédée d’aucun symptôme; seul, l’amaigrissement est constant. L’autopsie ne montre aucune lésion caractéristique.
Les cultures de vingt-quatre heures sont donc, en général, peu virulentes. Lévy et Gransrrom-Woskopoinikow (1908) ayant montré que des cultures de vingt-quatre heures de B. pyocyaneus pouvaient après filtration jouer le rôle d’agressines, J'ai cherché si celles de B. chlororaphis présentaient des propriétés analogues; mais les essais effectués ne furent pas concordants et ne permettent de tirer aucune conclusion.
Toxines solubles. — Nous avons remarqué, à propos des Souris, que la virulence des cultures augmente avec l’âge. Il en est de même dans l’expérimentation sur le Cobaye. Ainsi, cinq Cobayes (de 4 à 500 grammes), qui ont reçu 2 centimètres cubes d’une culture âgée de quinze jours, en injection intrapéritonéale, meurent de la douzième à la vingt-quatrième heure après l’inoculation, et l’autopsie montre un exsudat péritonéal roussâtre très abondant.
Cette augmentation de la virulence avec l’âge de la culture nous conduit à la recherche des toxines solubles dans les milieux où se développe B. chlororaphis. Je prends ici le terme de toxine dans le sens le plus large « appliquant cette dénomination à toutes les substances chimiques qui, formées au cours des fermentations microbiennes, sont susceptibles d’influencer l'organisme à titre d'agents toxiques ou phlogogènes, quel que soit, d’ailleurs, le mécanisme de leur action » (Hugounengq [1896}]).
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Pour mettre en évidence les toxines solubles, des cultures âgées de dix à vingt jours sont filtrées, soit sur bougie Chamberland (F), soit sur bougie Nordtmeyer-Berkefeld. Le filtrat est fractionné; certaines portions sont chauffées, d’autres sont soumises à des précipitations par l'alcool. Dans ce dernier cas, on obtient un précipité floconneux qui, après centrifugation et essorage rapide, est redissous dans l’eau physiologique.
En inoculant respectivement les animaux avec de la solution filtrée non chauffée, du filtrat chauffé à 100° pendant cinq minutes et de la solution physiologique, je suis arrivé aux résultats suivants :
19 Quatre Cobayes (de 0k£,400 à 0Kk8,500) reçoivent en injection intrapéritonéale 5 centimètres cubes de filtrat non chauffé. La mort survient respectivement après 6-8-10-18 heures.
20 Trois Cobayes (de 0K£,400 à 0K8,500) reçoivent 5 centimètres cubes de filtrat chauffé. Un animal meurt le dixième jour et l’autopsie montre la congestion des poumons. Les deux autres Cobayes ne paraissent pas réagir à l’inoculation.
3° Deux Cobayes (0k5,300 à OK8,400) reçoivent 5 centimètres cubes de solution physiologique. Les animaux ne présentent aucun symptôme de maladie.
‘ Il résulte done de ces expériences que B. chororaphis sécrète des produits toxiques solubles. Il semble aussi que le chauffage les détruise, mais cela n'implique nullement qu’ils soient de nature albumosique. En effet, nous savons que la xanthoraphine, tout en présentant les caractères des alcaloïdes, est cependant décomposée à 1000.
Ageglutinines. — On pouvait espérer, par des inoculations progressives et répétées de jeunes cultures, faire apparaître dans l'organisme du Cobaye des anticorps spécifiques et en particulier des agglutinines.
Par suite d'accidents survenus aux animaux (quinze cobayes) mis en expérience, je n’ai pu jusqu'à présent obtenir des sérums agglutimant à plus de { de sérum pour 200 de culture.