INTRODUCTION
Le présent travail a pour objet l'étude, aussi détaillée que j'ai pu la faire, d’une bactérie remarquable par la propriété qu’elle possède de donner naissance à une substance verte cristallisable.
J’admets que le microorganisme que j’ai étudié appartient à l’espèce que MM. GuiGnaRrD et SAUVAGEAU ont fait connaître sous le nom de Bacillus chlororaphis. Mon premier soin sera de justifier cette identification, à laquelle on pourrait objecter quelques divergences entre la forme que j’ai observée et celle qu'ont eue sous les yeux les auteurs de l’espèce.
Si l'identification des espèces est une question souvent controversée à propos des animaux et des végétaux supérieurs dont l’organisation compliquée offre à l'observateur de nombreux points de repère, elle est encore bien autrement délicate quand il s’agit d'organismes inférieurs. Non seulement la simplicité de ces êtres leur impose une ressemblance souvent trompeuse, mais, en outre, leur variabilité suivant les conditions de milieux risque de faire méconnaître l’identité de deux formes dérivées l’une de lPautre.
Pour parer à ces difficultés, les bactériologistes ont cherché à s’entendre sur une méthode d'étude, soumettant les espèces étudiées à une série d'épreuves déterminées de manière à rendre comparables les données de différents observateurs. Des plans
d'étude de ce genre ont été dressés par le Comité américain (1898) et par L. GrimBErT (1903). Ces deux listes des épreuves à faire subir à une bactérie pour mettre en évidence ses diverses fonctions se complètent mutuellement. Aussi, pour l’étude de B. chlororaphis, ai-je adopté une marche méthodique basée sur les indications données par le Comité américain et sur celles fournies par GRIMBERT.
Les observations faites en m’inspirant des méthodes préconisées par les auteurs cités plus haut sont exposées dans les première et troisième parties de mon travail.
Anticipant sur l’exposé de ces recherches, je vais indiquer tout de suite comment elles m'ont conduit à appliquer à mon bacille le nom de Bacillus chlororaphis (GUIGNARD et SAUVAGEAU). GUIGNARD et SAUVAGEAU, dans leur brève note destinée seulement à signaler une espèce remarquable, n’ont pas exposé en détail le mode de culture qu’ils ont adopté. Ils ont probablement employé un milieu que je n’ai pas réalisé, et cela suffirait à expliquer les petites divergences qui séparent leur description de la mienne en ce qui concerne la taille et la forme des organismes.
Cette explication ne rendrait pas compte d’une différence beaucoup plus grave, à savoir la production facile des spores dans leurs cultures, leur absence totale dans les miennes. Il faut bien admettre qu’il existe, de ce chef, une différence entre leur microbe et le mien. Cette différence est-elle d'ordre spécifique? Je ne le crois pas. M. le professeur GuiGNARD, que j'ai consulté à ce sujet, est du même avis. On sait, en effet, par l'exemple de B. anthracis, que, dans une espèce habituellement capable de sporuler, il peut exister des races privées de cette fonction. Or, toutes mes cultures dérivent d’une seule et unique colonie originaire. Il est donc très admissible que le hasard m'ait fait tomber sur une race asporogène, tandis que GUIGNARD et SAUVAGEAU auraient rencontré le type sporogène normal.
La raison prépondérante pour réunir les deux formes, c’est l’existence de cette fonction chromogène si remarquable qui a attiré l'attention des auteurs de l’espèce et qui ne se rencontre chez aucune autre.