‹ Contribution à l'étude de certaines formes de la silice dans les tissus animauxChapitre 32 sur 37 · ÉTATS DE LA SILICE CHEZ LES ÊTRES VIVANTS · texte numérisé non relu

ÉTATS DE LA SILICE CHEZ LES ÊTRES VIVANTS

Dans quelle mesure les observations ainsi effectuées sont-elles de nature à apporter quelque lumière au problème de la présence, du métabolisme et du rôle de la silice chez les êtres vivants.

La présence de silice chez les êtres vivants, étant connue depuis fort longtemps{[31],un grand nombre de déterminations quantitatives se trouvent dans la littérature, mais les valeurs données par les divers au-

-teurs.pour un même tissu sont très variables. Ces divergences sont dues en partie à l'emploi de techniques analytiques différentes. Les résultats publiés sont donc difficilement contrôlables et souvent de valeur discutable. D'ailleurs un dosage global de la silice d’un organisme donné, ne présente qu'un intérêt relatif si l’on tient compte de ce que le chiffre obtenu ne correspond pas uniquement à la silice normale, ou «silice de constitution » mais correspond également au moins en partie, à de la silice dont la présence dans

l'organisme est purement accidentelle ; silice que

AD eS

E. Kahane [r2] a désignée sous le nom de « silice

d’interposition ».

Silice de constitution.

Chez de nombreuses espèces et peut-être chez tous les êtres vivants, il existe de la silice dissoute capable de circuler et de diffuser. Cette silice peut rester à l’état dissous, qu’elle soit sous forme minérale ou qu’elle soit engagée dans une combinaison organique ; elle peut également apparaître à l’état figuré sous l'aspect de particules ou de structures nettement isolées et caractérisées. Elle forme parfois ‘des édifices assez complexes, d’une remarquable régularité.

Quel que soit l'état sous lequel se présente cette silice, on peut la considérer comme un élément normal de l’organisme dans lequel on la trouve : elle y a pénétré suivant un processus métabolique normal et a au moins pendant un temps, participé à ses échanges et à ses réactions : en un mot elle à participé à sa vie. Il est donc permis de la qualifier de «silice de constitution ». Du point de vue physiologique, la silice de constitution se caractérise donc par sa participation au métabolisme des êtres vivants : elle est très répandue et plus particulièrement dans le règne végétal.

Dans de nombreux végétaux, après être restée diffuse, elle se dépose en des points bien déterminés et. s'organise en édifices présentant une assez grande ré-

gularité morphologique.

Ces formations siliceuses se trouvent dans plusieurs familles botaniques [26]; elles sont en général assez caractéristiques pour permettre l'identification de certaines espèces. Elles apparaissent soit dans les membranes cellulaires, soit à l’intérieur même des cellules et il arrive parfois dans ce cas, que ces formations siliceuses réalisent un véritable moulage du lumen cellulaire (endocarpe de Phylelephas microcarpa et de Ph. macrocarpa).

Les tests de Diatomées, les tabaschirs des Bambous, les imprégnations siliceuses épidermiques {1) des Cypéracées, des Equisétacées et des Graminées (2) se sont formés aux dépens de silice dissoute et doivent être considérés comme « silice de constitution ».

Il en est de même des spicules siliceux des Eponges et des squelettes des Radiolaires et des Protistes dont G. Deflandre poursuit l’étude [6].

Du point de vue physico-chimique, la silice de cons-

1. L'attaque nitro-sulfo-perchlorique des végétaux porteurs d’imprégnations siliceuses permet d’isoler un squelette siliceux qui reproduit exactement les éléments anatomiques incrustés (poils, membranes cellulaires, etc...) et présente souvent de nombreuses ornementations. L'emploi de l'acide perchlorique a d’ailleurs été proposé par Perruche [28] pour la préparation des tests de Diatomées.

2. Les cellules siliceuses des nues présentent un certain intérêt géologique. G. Deflandre a en effet montré que la Mascareignite, décrite par A. Lacroix, [23] est constituée presque exclusivement par ces cellules. Or la Mascareignite se trouve en quantités importantes dans la Plaine des Cafres (Iles de la Réunion) où elle forme une couche ayant l'aspect d’un dépôt de cendres volcaniques, qui débute immédiatement sous la végétation superficielle et a une épaisseur variable : 10-20 cm. proba- “blement beaucoup plus en certains endroits.

titution se présente toujours comme un Corps 1S0trope, fournissant un diagramme de diffraction de rayons X de substance amorphe.

Sous l’action des réactifs acides, elle précipite sous forme de silice gélatineuse, lorsqu'elle se trouve à l'état dissout, et conserve intact sôn aspect morphologique, lorsqu'elle existe à l’état figuré. Elle est facilement attaquée par l'acide fluorhydrique et se dissout rapidement dans les solutions alcalines diluées chaudes

(CO: Na, à 5 p. 100).

Silice d’interposition.

Chez un certain nombre d'êtres vivants appartenant au règne animal, il cst possible de trouver des particules siliceuses de tailles diverses qui manifestement n’ont pas été constituées par l'intervention d’un processus de métabolisme de la silice.

Du point de vue physico-chimique ces particules se différencient nettement de la silice de constitution ; elles sont le plus souvent anisotropes et fournissent un diagramme de diffraction de rayons X discontinu témoignant de leur état cristallin. Elles sont pratiquement inattaquables par les acides, exception faite de F H, et conservent leurs caractères morphologiques et minéralogiques. L'attaque par l’acide fluorhydrique laisse un résidu plus où moins important de bases prinitivement liées à Si0:. Les solutions alcalines diluées chaudes les laissent sensiblement intactes.

Ce sont des fragments de cristaux dont la nature

minéralogique est bien définie. Or la formation de ces

M Le

espèces minéralogiques nécessite des conditions de durée, de température ou de pressions différentes de celles qui paraissent pouvoir se trouver réunies chez les êtres vivants ; leur origine exogène ne peut donc pas être mise en doute et il faut les considérer comme des corps étrangers, constituant de véritables enclaves dans les tissus dans lesquels ils se trouvent.

Leur pénétration dans l’organisme est due à une cause purement accidentelle et elles ne participent en aucune façon aux échanges et aux réactions de j’organisme, encore quelles puissent dans certains cas Jouer un rôle assez important dans l’évolution de processus pathologiques. C'est de la « silice d’inter-

position ».

Dans cette catégorie peuvent se ranger les poussières siliceuses du poumon et les particules siliceuses

compactes dont la description a été donnée plus haut.

Il semble bien qu'il faille également considérer comme silice d’interposition les particules siliceuses observées par Alphonse Labbé [21] et [22] chez divers mollusques qu’il a groupés sous le nom de Silicodermés. Ces particules siliceuses présentent tous les caractères attribués à la silice d'interposition [14] [15] et n’ont pu être métabolisées. [Il ne semble pas en

“effet que le mot métabolisme puisse être employé dans le cas où une particule siliceuse absorbée par l'être vivant a été simplement véhiculée sans subir de modification d'ordre chimique, même si elle a

joué un certain rôle mécanique ou physique dans le-

tissu dans lequel elle a été déposée, comme c'est peut-être le cas pour'les Silicodermés.

La notion de «silice de constitution » et de « silice d'interposition » introduite par Kahane [12] à propos des poussières siliceuses du poumon a pu être précisée et élargie grâce à l’observation des particules siliceuses compactes des tissus humains et animaux.

L'existence de ces corps étrangers siliceux doit faire envisager d’un point de vue différent la question de l'existence et du rôle du silicium, élément normal des organismes animaux. En effet les dosages de silice effectués dans les tissus aniraaux sont réalisés le plus souvent au moyen de techniques basées sur l’incinération du tissu analysé et la fusion alcaline des cendres obtenues. De telles techniques ne permettent pas de séparer ce qui est silice normale «silice de constitution » de ce qui n'est que « silice d’interposition » et il est certain que les particules siliceuses que j'ai observées dans les tissus animaux ont été dosées jusqu'ici en même temps que la silice | normale, ce qui introduit une considérable cause 3 ; d'erreur. :

L'étude de la silice, élément normal des organismes 4008 vivants, doit donc être reprise en tenant compte des ‘ DRE: possibilités d'existence d’une certaine catégorie de silice qui ne doit être considérée que comme un corps

* étranger.

Page 1