CHAPITRE V
Traitement des Affections spirillaires surajoutées.
Dans les tumeurs, et en particulier dans les tumeurs de la bouche, la médecine s’est souvent montrée si impuissante que tout ce qui permet de soulager les malades atteints de ces terribles affections doit être essayé et accueilli favorablement.
C’est ce qui nous a fait apporter parmi nos observations celle recueillie par M. le professeur Bodin, de Rennes. Cette observation remarquable par les effets thérapeutiques du « 606 » sur une lésion aussi grave que l’est le cancer de la langue permet d’espérer que ce mécicament jouera plus tard un rôle dans l’atténuation ces douleurs si terribles que supportent les malales atteints de tumeurs malignes de la bouche. En effet, les ulcérations féti es et aouloureus:s de la cavité buccale sont presque toujours dues à des spirilles. C’est évidemment, ainsi que le dit M. le Dr
Bodin, à son pouvoir antispirillaire qu'est due l'influence favorable exercée par le « 606 » dans le cancer de la langue, dont l’histoire est relatée Observation 12. L'action non douteuse de ce médicament sur l’état général peut aussi intervenir en ces cas de néoplasmes pour lesque!s la médication arsenicale a toujours été recommandée.
Le fait signalé plus haut n’est pas d’ailleurs isolé et des observations ont déjàété publiées; Isaac et Reissont essayé le « 606 » dans le sarcome. Czerny, dans le cancer
et chez les carcinomateux (langue, estomac, rectum),
il a noté des effets favorables sur l’état général et une amélioration momentanée des tumeurs.
Ce qui permet de dire que ce mécicament est tout indiqué chez une personne dont l’état général n’est pas encore trop touché, qui ne présente pas de contre-indication hépatique, rénale, artérielle, à l’emploi d’un médicament très actif introduit directement dans le torrent circulatoire et chez laquelle l'aspect sanieux et la fétidité des ulcérations permettent de soupçonner des infections secondaires à spirilles.
(Publiée par M. Bodin. Cancer de la langue.) Chez un homme de quarante et un ans, on trouve des lé-
sionsulcéreuses d'aspect sanieux, datant de trois mois, ayant
envahi le bord gauche de la langue et une partie du voile
DO
du palais. Il existe une sécrétion extrêmement fétide et les douleurs sont très vives.
Bien que les signes cliniques ne soient guère douteux à ce moment, l’existence d’une syphilis antérieure, une tentative de traitement spécifique faite par un premier médecin et ayant paru donner une légère amélioration et enfin J’absence de contre-mdication me décident à essayer une injection de « 606 ».
Cette injection fut pratiquée le 4 mars 1911, à la dose de 0 gr. 50 en solution acide dans les masses musculaires des fesses. En dehors des phénomènes douloureux locaux qui durèrent une dizaine de jours, elle ne donna lieu à aucun incident. Sur les lésions buccales et linguales ses effets furent rapides et inespérés.
En trente-six heures à quarante-huit heures, les douleurs, très vives jusqu'alors, disparurent, les ulcérations se nettoyèrent et surtout les sécrétions et leur horrible fétidité diminuèrent au point de disparaître presque complètement. Il est vrai qu’au bout de douze à quinze jours, cette amélioration s'arrêta et que l’état du malade redevint progressivement ce qu'il était avant l'injection.
Quoiqu’une biopsie eùt alors démontré la nature épithéliale des lésions, je pratiquai, sur les instances du malade et de son entourage, deux autres injections, l’une un mois et demi après la première, la dernière dix jours après la seconde. Ces deux injections furent faites par la voie veineuse, à la dose de 0,30 egr. chacune. Absolument indolores
et fort bien supportées, elles eurent du reste les mêmes
Ts. 7
A: à Me
effets favorables et rapides que la première, notamment en ce qui concerne l'aspect sanieux des ulcérations, la fétidité des sécrétions et les phénomènes douloureux. Il y eut aussi un relèvement momentané des forces de l’état général.
La mort survint cinq semaines plus tard par cachexie cancéreuse, sans que les douleurs et l’abominable odeur
des sécrétions aient reparu comme au début.
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