Antagonistes divers
a. La thyréoglobuline. — Cette substance serait, d’après OswaLp, la vér1table hormone élaborée par le corps thyroïde et contiendrait plus de diodotyrosine que de thyroxine, cette dernière substances’élaborant aux dépens de la première. Wenr et ses collaborateurs ont donné de la thyréoglobuline à des Rats et ils ont constaté que ce traitement rendait ces animaux plus résistants à l’action de la thyroxine. Ils en ont conclu que la thyréoglobuline se comportait, dans le sérum des Rats, comme un antigène, si bien que l'injection parentérale entraîne la production d'anticorps dirigés contre la thyréoglobuline elle-même et la thyroxine.
Sans vouloir en aucune façon infirmer cette manière de voir, je pense qu’il n’y à peut-être là qu’un phénomène d’antagonisme entre la diiodotyrosine et la thyroxine.
b. La dibromotyrosine. — Moruzzi avait signalé, en 1941, l'effet de l’administration de NaBr chez l'animal en voie de développement. Le résultat du traitement prolongé, d'autant plus net que l’animal était plus jeune, était . le suivant : hypofonctionnemert de la thyroïde ; diminution de la fécondité (parfois stérilité) ; métabolisme basal de 18 à 25 % inférieur à celui des animaux de contrôle ; altérations des échanges gazeux (nette diminution du COP, le Brome se substituant à l’Iode thyroïdien.
Cette substitution du Brome à l’Iode a été de nouveau mise en Jumière par Micu et Grrris en 1942. Ces auteurs ont été amenés, par suite de la rareté de la diiodotyrosine, à employer, pour la thérapeutique des hyperthyréoses, un produit de remplacement qui n’était d’ailleurs pas une nouveauté, car ABELIN l’avait utilisé et avait publié en 1931 les résultats qu’il avait tirés de son application.
C'est un corps voisin de la diiodotyrosine. Il en diffère en ce que les 2 atomes d’Iode qui figurent dans la formule chimique de Ja diiodotyrosine sont remplacés par 2 atomes de Brome (le reste de la formule restant identique) et qui a été nommé à cause de celà : Dibromolyrosine.
D’après ABELIN, cette substance a une action remarquable sur les Rats en état d'hyperthyoïdisation, mais elle n'a ducune action sur la mélamorphose des Axololls et des lêlards. Elle n'agit que sur les mammifères et a d’autant plus d'effet qu’elle est associée avec la diiodotyrosine.
Pour ABELIN et PARHON, le rapport entre la dibromotyrosine et la thyroxine est le même qu'entre la thyroxine et la diiodotyrosine. D’après De- COURT-BERNARD, la dibromotyrosine ne serait qu’un des composants de la thyroxine.
On se trouve ici en présence d’une spécificité zoologique trèsnetteentre Vertébréshoméo-thermes et poïkilo-thermes), dans le genre decelle que K. PoNsE a signalée en 1941 à propos de l’insensibilité du erapaud femelle castré aux hormones génitales des femelles de mammifères, el ilest probable, comme l'écrit cet auteur : «Que sila plupart des vertébrés réagissent à des fragments d'hormones, d’autres ontune réaction plus sensible et exigent la présence de l'hormone totale ».
ce. L’hormone cortico-surrénalienne. — ŒHME, qui à administré de la cortydine à des cobayes et à des souris traités auparavant par la thyroxine ou l'hormone thyréotrope, constate qu’elle diminue, chez les animaux, la déperdition du glycogène hépatique et prolonge la durée de la vie, mais ELMER et ses collaborateurs qui ont injecté à des cobayes de l’acétate de désoæycoriicostérone en solution huileuse, n’ont constaté aucune inhibition de l’action de la thyréo-stimuline. L'acétate seule, disent-ils, détermine, au bout de 8 à 15 jours, une légère stimulation à l’action de la thyroïde, mais aucune inhibition de l’hyperthyréose.
On voit que l’action antagoniste de l'hormone cortico-surrénalienne, si elle existe vraiment, se réduit à peu de chose.
d. Les vitamines. — La question de l’antagonisme de certaines vitamines et de la thyroxine est très controversée, même pour une vitamine donnée.
Par exemple, PAGNIEZ écrivait en 1942 que «le traitement des hyperthyroïdies par la vitamine A est basé sur tout un ensemble de constatations expérimentales et cliniques qui établissent un antagonisme entre sécrétion thyroïdienne et vitamine A. Ce traitement, ajoute-il, est indiqué dans les cas légers et nécessite des doses fortes. »
Cependant, Jacogr et Pomp (1940). en traitant 32 cas d'hyperthyroïdies par les vitamines À, B et C, n’ont constaté aucune action antagonisle de ces vitamines.
Plus récemment, GonrzEA et Hussar (1943) ont observé que, donnée per os, la vitamine À n’a aucune aclion ; en injection elle augmente le métabolisme basal de 1,3 %. Per os et associée à la thyroxine elle inhibe l’action de cette dernière substance sur le métabolisme basal et en injection elle l’exalte.
À peu près au même moment, SHEETS et SrRUCK s’élevaient contre la « prétendue action antithyroïdienne de la vitamine À ».
D’après les opinions de la majorité des auteurs, la vitamine À n'aurait aucune action antagoniste vis-à-vis de l'hormone thyroïdienne ou n’en aurait qu’en fonction de la technique expérimentale.
Quant aux autres vitamines, MoURIQUAND et ses collaborateurs, après avoir, paraît-il, démontré l’antagonisme de la vitamine C et de la thyroxine essaient d'établir également celui de la Vitamine B*. En fait, les indications thérapeutiques ne donnent pas l’impression que l’on soit en présence d’un antagonisme vrai, car la vitamine B! serait efficace contre le surmenage musculaire, l’anesthésie des hyperthyroïdiens et, d’autre part, ils Passocient à la thyroxine pour combattre les retards « psychomoteurs ».
e. Les antithyroïdines. — BELKIN, en 1934, fit une communication sur l’action de l’antithyroïdine de MERCK dans la métamorphose de l’Axolot] provoquée par des doses décroissantes de thyroïdine. Cet auteur constate qu'avec la dose la plus élevée de thyroïdine, la métamorphose fut retardée de 22 jours, avec une dose moins forte de 47 jours et qu'avec la plus faible dose, la métamorphose ne se déclancha pas (l’antithyroïdine ayant été donnée à une dose égale partout).
Malheureusement, cette communication isolée présente des imprécisions regrettables quant au dispositif expérimental, à l’âge et au poids des sujets, et l’auteur n’a pas essayé l’antithyroïdine sur des têtards de Batraciens anoures.
f. Les sérums. — CouLAUD, en 1924, a donné la composition d’un sérum qui porte son nom et qui, je crois, fait toujours partie de l’arsenal thérapeutique des hyperthyréoses. On injecte dans la veine de l'oreille d’un Mouton
un extrait du corps thyroïde d’un autre mouton, prélevé aseptiquement
après la mort de l’animal. Injecté au lapin, ce sérum de Mouton, non chauffé, s’est montré très actif sur la thyroïde de cet animal. On peut ainsi facilement préparer, dit l’auteur, un sérum thyréotoxique, qui ne contient pas d’anticorps décelables par la réaction de déviation du complément.
On emploie aussi, dans la thérapeutique des hyperthyroïdies, le sérum d'animaux éthyroïdés. Cette méthode est très en faveur en Belgique (VAN DE VELDE, cité par PAGNIEZ) et est aussi employée en France où la spécialité porte le nom d’hématothyroïdine ; mais ce traitement n’agit pas seul, il faut le combiner avec tout un ensemble d’autres prescriptions.
g. La quinine. — J'ai relevé, dans la bibliographie, une expérience déjà ancienne de KRosCzYNski ét MODRAKOWSKI (1924) faite avec la quinine. Ces auteurs ont constaté que des têtards, immergés 6 fois en 3 jours dans une solution de thyroxine au 75 millionième se métamorphosent plus vite que les animaux de contrôle et que les têtards soumis au même traitement, mais vivant dans une solution de bihydrochlorate de quinine au 1/25.000€. Le retard de la inétamorphose des animaux de ces deux derniers lots, vis-à-vis de la métamorphose des têtards seulement thyroxinés, était égal,
se ul
Les auteurs, qui n’ont donné aucun renseignement sur l’état de leurs animaux, n'ont parlé que du retard de la métamorphose et non de l’état des têtards métamorphosés, ce qui est assez regrettable.