RÉSULTATS ET CONCLUSIONS
La lecture des expériences que nous venons de décrire est intéressante à plus d’un' point de vue.
(a) Tout d’abord elle nous montre que le bain entre 25 et 30° abaisse d’une façon constante la température du fébricitant et d’une façon parfaitement suffisante. Dans les expériences 9 et 10, la température rectale était descendue de 39° 8 à 38° 4 pour l’expérience 9, et pour l’expérience 10, de 39° 8 à 37° 75, bien que les bains eussent été donnés à la température assez élevée de 27 et 30° c. Dans les autres, il n’y a jamais eu d’abaissement aussi notable et la moyenne est de 1 à 8/10 de degré. Mais nous voyons que la température ne revient que lentement à son point de départ, et que les bienfaits du bain se font sentir au moins deux heures encore après l’immersion. Et, si l’on recherche seulement dans la méthode réfrigérante des effets antithermiques, les bains donnés atteignent, aussi bien que le bain de Brand à 18°, 20° et au-dessous, le but proposé.
(b) On a pu remarquer que dans chaque expérience l’ascension de la température, au moment où le malade était plongé dans le bain, a été soigneusement recherché. Eh bien, les résultats obtenus ne concordent pas du tout avec ce qu’on lit dans tous les traités classiques.
« En général, dit Faure-Miller, quand on plonge un malade dans un bain, on est surpris de constater que pendant la durée du bain, la température centrale, au lieu de diminuer, augmente de quelques dixièmes. Le thermomètre introduit dans le rectum indique cette élévation. C’est que le malade défend sa fièvre ; l’organisme, en effet, est invité à une plus grande production de chaleur pour remplacer, le calorique soustrait par l’immersion froide. Telle est, du moins, l’explication que Liebermeister donne de ce phénomène. Il y a donc là une période de lutte. » L’opinion générale est donc que l’ascension thermique est la règle', C’est une exception dé 11 e pas la trouver. Dans les expériences citées précédemment le contraire a été observé ; sauf dans le cas de tuberculose aigue, où nous l’avons constaté d’une façon très, nette; dans les seize autres expériences, elle n’a jamais été trouvée quel que soit le moyen employé. Le tracé donné par le thermographe dans l’expérience 1 ne laisse aucun doute à ce sujet. A partir du moment où le malade est resté dans le]bain,la température est toujours allé en descendant, et la lecture soigneusement faite du thermomètre à maxima, laissé: dans le rectum, ne nous a montré que deux fois cette ascension.
Peut-on tirer quelque conclusion de la présence' ou dè la non présence de cette ascension au point de vue du pronostic: Bouveret etTripièr ont fait remarquer qu’on l’observait d’une façon beaucoup plus nette, plus accentuée, dans les cas où la maladie était grave, la fièvre intense. Dans lçs deux expé-, riences où nous l’avons trouvé nous avions -affaire à une tuberculose miliaire aigue dont la terminaison;.devait être
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fdfaïepêt il y aurait peut-être, au point de vue du pronostic, un très guand intérêt à faire d’autres recherches, d’autres expériences, pour savoir- si véritablement ' cette 'ascension thermique est en rapport avec la gravité de l’affection.
ç.cj Enfin, les courbes obtenues nous renseignent d’une façon précise sur la marche respective de la température rectale et de la température axillaire après le bain, ce qui jusqu’ici n’a jamais été étudié. Voici, en effet, ce qui est écritdans la thèse de Faure-Miller : « La température va baisser ; en général, ce n’est que lorsque le malade est sorti du bain que cet abaissement sé produit; il se continue vingt minutes, demi-heure, une heure, quelque fois plus, après que le malade est rapporté dans son lit. Lorsque la température a atteint son maximum, il se produit une période de repos, de calme, plus ou moins longue, selon l’intensité de la fièvre. Puis elle remonte, jusqu’à ce'qu’un nouveau bain Soit donné. » Mais pourquoi cet abaissement, ce plateau ? c’est ce que l’on ne savait pas, et justement parce que l’on n’avait pas pris simultanément la température axilllaire. Fiedler et Hartenstein avaient bien, eux aussi, pris la température rectale et la température axillaire, mais les résultats que nous avons obtenus sont contraires à ceux qu’ils donnent dans leurs études comparatives sur les températures axillaire et rectale. D’après eux, la température rectale est plus élevée que la température axillaire à la sortie du bain ; mais trente minutes après, et pendant trois quarts d’heure, elle est au contraire plus haute dans l’aisselle. Il suffit de regarder le tracé de nos courbes pour s’assurer que -nous n’avons jamais observé pareille chose.
A la sortie du bain, l’écart entre la température centrale et la température périphérique est énorme, 2, 3 degrés
presque, toujours. Immédiatement après, la température axillaire monte assez vite d’abord, puis lentement, tandis que la température centrale baisse pendant vingt-cinq minutes, demi-heure et même davantage, puis un temps d’arrêt, un plateau de durée variable, et les deux températures rectale et périphérique s’élèvent ensemble en suivant une marche parallèle.
Le corps humain plongé dans le bain se refroidit donc plus à la périphérie qu’au centre. A la sortie du bain, que se passer a-til ?
Il y a inégale répartition de chaleur; l’unification va se produire; la chaleur centrale va servir à échauffer la périphérie, d’où la chute de la température rectale indiquée dans les courbes. Et ce n’est que lorsque les deux températures auront leurs rapports respectifs qu’elles partiront ensemble', suivant une marche à peu près parallèle.
(i c .) Cette différence entre la température axillaire et la température rectale nous donne ici une bonne leçon clinique. Dans les services hospitaliers le plus souvent, une fois que le malade est baigné, on se contente de prendre sa température axillaire. C’est inutile. Nous ne savons pas, de cette façon là, le degré de chaleur vraie du malade. La température rectale doit toujours être prise dans ces cas là, elle seule peut nous renseigner exactement.
Vu : Le -Doyen,
Vu, bon à imprimer : A. PITRES.
Le Président de la Thèse. Vu et permis d’imprimer :
Dr ARNOZAN. Bordeaux, le is décembre 1895.
Pour le Recteur en tournée ,
Le Doyen, Vice-Président du Conseil Général ,