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THÉORIES DE L'ÉCOLE ALLEMANDE

Disons tout de suite qu'Hébra et ses disciples, dont le plus illustre est le professeur Heinrich, Auspitz, nient la diathèse herpétique.

M. le D' Doyon, médecin-inspecteur des eaux d’Uriage, vient de traduire l’œuvre de ce dernier, et voici ce qu'il rapporte dans la partie du livre qui concerne l’étiologie générale des maladies de la peau:

1° Existe-t-il, en dehors de la connexion de certaines affections de la peau avec la goutte et le rhumatisme, quelque autre groupe distinct de dermatoses chroniques, que l’on puisse rattacher à l’arthritisme (Bazin) avec la même certitude que les éruptions syphilitiques de la peau à la syphilis, autrement dit qui soient provoquées par une disposition arthritique du sujet ou que des irritations extérieures accidentelles aient déterminé chez lui ?

2° Existe-t-il, en outre, un groupe distinct des maladies de la peau que lon puisse rattacher de la même manière à une disposition herpétique (Bazin), ou dartreuse (Hardz) de tout l'organisme ?

Les deux questions concernent, comme on le voit, des majiadies chroniques de la peau et, en réalité, celles qui ont été décrites autrefois sous le nom d’impétigines (P. Frank) et de dartres par les Français (Sauvages); les anciens derma-

D te tologistes les considéraient aussi comme de nature constitutionnelle.

On doit répondre d’une manière négative à ces deux questions. Nous ne, pouvons ni établir deux complexus symptomatiques à caractères bien typiques, ni trouver dans les auteurs autre chose que des indications vagues et fugaces. Aucun des défenseurs de l'existence de ces maladies hypothétiques n'est à même d’en établir un tableau symptomatique, et pourtant, on a pu démontrer facilement la réalité nosologique de la scrofule, de la syphilis, de l’anémie et de la chlorose, etc, qui ne sont cependant aussi que des abstractions.

Quant à l’arthritisme, on peut encore l’admettre dans une certaine mesure, car la goutte et le rhumatisme sont depuis longtemps connus comme des unités nosologiques, et dont l’importance n’a été niée, ni pour les échanges nutritifs, ni pour la nutrition de certains organes; les dépôts d’acide urique qui, dans la goutte, apparaissent dans la peau et la présence d’hémorrhagies cutanées, coïneidant avec des douleurs rhumatismales (purpura rhamatismal), sont aussi regardés comme représentant un rapport spécial entre la dermatose et la maladie constitutionnelle, alors même qu'il n'existe, en dehors de ces symptômes, nul autre phénomène d’une crase arthritique sur la peau.

«Quant à l’herpétisme, c’est un tableau de fantaisie, qui n’a »été inventé que pour y mettre toute une série de maladies »chroniques de la peau que l’on ne pouvait pas classer parmi »les autres diathèses, et pour lesquelles il fallait, le cas échéant, vune cachette diathésique. É

»Il est bien inutile, après une étude minutieuse des pro- »cessus réunis sous ce titre, de discuter plus longtemps contre »l’existence de cet herpétisme. Cependant nous noussommes »occupés un peu plus en détail de ces théories sur les dia- »thèses ; car dans ces dernierstemps, de jeunes dermatologistes

SHOT » français se sont denouveau prononcés en faveur des doctrines tombées en désuétude chez nous depuis Hébra.

»Il existe de nombreuses altérations pathologiques de la peau qui peuvent se produire sous une seule et même forme »comme le résultat de différentes causes, soit externes, soit »internes. Tout d’abord, les lésions élémentaires ou anthèmes peuvent apparaître sous l'influence d’irritations nombreuses » de la nature la plus variée, une morsure d’insecte peut aussi »bien provoquer des pustules que le fera l’inflammation d’un »tronc nerveux et l’intoxication sodique, et trois pustules nées >dans ces conditions considérées isolément, présenteront une »même structure et, en somme, la même évolution et la mêine »terminaison. Des influences. morbides différentes (que nous »désignons sous le nom de constitutionnelles, quand elles pro- »viennent de l'organisme, et sous celui d’irritation ayant une action chronique,quand elles viennent de l'extérieur), peuvent »exercer sur l’ensemble de la peau une grande influence: elles peuvent diminuer le degré et l'intensité de sa nutrition; le »tégument externe deviendra moins résistant aux actions »extérieures, et moins à même de suffire aux fonctions mul- »tiples qui lui incombent. Mais ce fait ne se présente pas, ainsi »que le veulent les défenseurs des diathèses, comme une Maladie distincte à laquelle on pourrait mettre une étiquette »toute prête. Mais quelle qu’en soit la genèse, nous avons vaffaireà unesérie de symptômes quireviennent d’unemanière »incessante et dont cependant les combinaisons changent son- »vent; le caractère général de ces Symptômes consiste en une nutrition affaiblie, une atrophie et quelquefois même une para- »trophie, une croissance irrégulière où une nutrition anormale. » Telest le tableau pathologique que nous voyons apparaître comme maladie chronique, non seulement sur la peau, mais »dans tous les organes, particulièrement sur les muqueuses, »les membranes séreuses, les revêtements glandulaires, ete….,

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» dès qu’une diathèse quelconque a envahi l'organisme. Il ne »se produit pas sous cette influence un grand nombre de formes »nosologiques distinctes, mais des irritations étrangères agis- »sant dans ces conditions sur la peau ou sur la muqueuse et »Pévolution d’autres maladies produites alors sur ces organes »peuvent se trouver essentiellement modifiées, Les modifica- »tions ainsi produites, correspondant aux états dont elles pro- »cèdent, sont sous certains rapports très différentes, mais elles »ne perdent jamais le caractère d’une dépression de la nutri- »hon, d’un manque de réparation des tissus, d’une langueur des » fonctions, enfin, d’une cachexie.»

Nous pouvons conclure de ces deux théories française et allemande, que toutes deux sont d’accord pour donner à ces maladies une source unique: les désordres nerveux.

Mais d’où proviennent ces derniers ?

M. le docteur Déjérine, dans sa thèse pour le concours de l'agrégation (avril 1886), a cherché à répondre à cette question, et voici sa conclusion :

«Nous ignorons encore le comment de la transforma- »tion des différentes affections nerveuses les unes dans les »autres ; nous ignorons encore le pourquoi de cette transfor- »mation. Mais si nous ne connaissons point les causes de ces »mutations diverses, connaissant l’influence désastreuse de »l’hérédité convergente, nous pouvons nous demander si les affections du système nerveux n’ont point une souche an-- »cestrale commune, d’où dérivent toutes les psychoses, comme les névroses, les affections sine materia, comme les affections »vavec substratum anatomique.

» La tendance actuelle est de voir, dans la plus commune,

.»la plus banale des névroses; dans la newrasthénmie, le point

»de départ de toutes les affections du système nerveux, la »source de cette grande famille neuro-pathologique. »C’est la neurasthénie qui la crée et l’entretient tout à la

DUO PAT »fois. Elle la crée en vertu des lois de l’hérédité dont les »veffets cumulatifs, s’exerçant à travers plusieurs générations, »se traduisent sur les descendants des neurasthéniques par »>des formes de plus en plus graves, amenant à leur suite la »dégénérescence physique et morale, ainsi que l'extinction »de la race.

» Aussi, conclue M. le docteur Déjérine, le domaine des »affections du système nerveux ira-t-il toujours en grandis- »sant. C’est là une des conséquences fatales de la lutte pour »l’existence, telle surtout que la comprend notre époque. »C’est à la fois la cause et le résultat de toute civilisation ; »c’est aussi la cause de sa décadence.»

A cette conclusion quelque peu désespérante, il nous reste heureusement le droit d'appel vis-à-vis de l’avenir, et c’est vers ce but que doivent tendre tous les efforts des praticiens.

Que chacun observe, dans son milieu, les divers phénomènes qui se déroulent dans les affections qu’il est appelé à soigner, et peut-être surgira-t-il, un jour, un esprit aussi élevé que détaché de tout parti pris, qui, collationnant et commentant tous les travaux épars, nous donnera l’explication de ce quid divinum du grand Hippocrate.

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