‹ Contribution À L'Étude De L'Emploi Des Métaux Colloïdaux Électriques Isotoniques Stabilisés Dans Le Traitement Des Maladies InfectieusesChapitre 19 sur 46 · LE AD · texte numérisé non relu

LE AD

Les hautes doses ont toujours été parfaitement tolérées. Quant à la réaction locale au niveau de l'injection, elle est absolument nulle. Et la possibilité de l’emploi de l'Electrargol en injections sous-cutanées est une supériorité énorme sur le collargol, qui ne peut être administré que sous la forme toujours scabreuse des injections intraveineuses, ou sous la forme inconstante des frictions cutanées.

Quant à la stabilisation en solution isotonique, qui permet ces avantages, les succès éliminent l’objection d’une destruction du pouvoir catalytique par la solution salée.

Observation X. — Méningite généralisée septique d’origine otique. — publiée par le Dr Paul Laurens (1), assistant d’otorhino-laryngodogie à l'Hôpital St-Antoine.

L'observation que nous rapportons ici, sans être une méningite à streptocoques, en est très voisine. Ehe a trait à une méningite à entérocoques, forme non signalée jusqu'ici dans les méningites otitiques, mais observée, en dehors de l'origine otique, par différents auteurs (Tiercelin et Rosenthal, Soc. méd. des hôp., 17 février 1891 ; Médecine moderne, 12 juillet 1899; Déhérain, in thèse Trastour 1904). Le D' Aubertin et nous-même avons déjà eu l’occasion d'étudier un cas de ce genre. Aucun d’entre eux n'a guéri.

Aussi nous pensons que l’observation de notre malade

est intéressante parce que :

1° Elle montre la possibilité d’une méningite d’origine à entérocoques ;

(1) Bulletin de la Soc. Méd. des Hôpitaux, 21 novembre 1907.

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2 Elle prouve la curabilité de cette forme de méningite, malgré sa gravité ;

3° Elle met en relief tout ce qu'on peut espérer, en dehors de toute action chirurgicale, d’une thérapeutique médicale que nous allons décrire ;

4 Elle indique une certaine latence du microorganisme dans le liquide céphalo-rachidien.

Le jeune S... (Pierre), âgé de quinze ans, soigné dans le service de notre maître M. Lermoyez, est atteint, le 7 septembre dernier, d’une otite moyenne aiguë suppurée droite. Une paracentèse du tympan est pratiquée : écoulement purulent abondant, pansement occlusif aseptique.

Le 11 septembre : vomissements, céphalagie, vertige ; les objets paraissent se déplacer sur un plan horizontal, de l'oreille droite malade vers l’oreille gauche saine. Nystagmus horizontal ; réflexes rotuliens normaux; pupilles normales. Le pouls est à 88, la température à 3608. L'examen de l’oreille nous montre que le diapason est perçu normalement par la voix osseuse, ce qui nous indique un limaçon normal. Le pus contenu dans la caisse se draine mal. Il faut penser à des phénomènes de labyrinthisme comme on en constate, fréquemment, chez les jeunes sujets atteints d’otite moyenne suppurée avec rétention. Toutefois, une ponction lombaire est faite. Le liquide est clair et donne, après centrifugation, un dépôt extrêmement peu abondant composé de globules rouges et de quelques polynucléaires.

La gélose ensemensée avec ce liquide est restée stérile.

Nous remarquons que, une demi-heure après la ponction lombaire, le vertige et le nystagmus ont notablement diminué.

Une large paracentèse du tympan est pratiquée.

Le lendemain, 12 septembre, la température atteint 3806. Céphalagie très violente; photophobie; spasmes fibrillaires dans les muscles de la face. Le nystagmus est plus accusé que la veille; il est horizontal, se produit dans toutes les positions du regard, mais surtout lorsque le regard est porté du côté sain. Le vertige est incessant, même lorsque le malade reste immobile dans son lit. Les pupilles réagissent normalement.

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Le signe de Kernig est très net. Le diapason est perçu normalement par la voie osseuse. La ponction lombaire (2e ponction) donne un liquide clair, qui, après centrifugation, fournit un culot peu abondant.

L'examen microscopique, fait par le Dr Aubertin, montre ce culot composé presque uniquement de polynucléaires, 90 p.100. Ces polynucléaires sont en hÿstolyse manifeste, mais on ne trouve pas de forme microbienne à l'examen direct. Le liquide non centrifugé et le culot de centrifugation sont semés sur la gélose.

Malgré l'absence de microbes visibles sur les lames et étant donnée l’altération des polynucléaires, nous diagnostiquons, sans attendre les résultats de la culture, une méningite septique. Nous faisons immédiatement une injection intraveineuse de 4 centimètres cubes d’argent colloïdal chimique à 1 pour 100 (collargol). Toute idée d'intervention chirurgicale (évidement, trépanation du labyrinthe, craniectomie) doit être écartée. L'infection partie de l'oreille moyenne a, brusquement, gagné les méninges en suivant la voie labyrinthique, en particulier la voie vestibulaire, comme le prouvent le nystagmus et les troubles de l’équilibration ; les lésions sont diffuses, disséminées, insaisissales chirurgicalement. Nous allons agir médicalement : ponction lombaire répétée, collargol intraveineux, jusqu'à ce que le liquide céphalo-rachidien soit redevenu normal.

Notre diagnostic de méningite septique fut confirmé dès le lendemain, car les deux tubes de gélose ensemencés présentaient une culture pure d’un coccus disposé en chainettes et en diplocoque, qui fut considéré, d’abord, comme étant du spectrocoque, mais que l'examen ultérieur montra devoir être rattaché à l’entérocoque.

13 septembre. — L’injection de collargol faite la veille a été accompagnée, cinq heures après, d’une réaction violente : angoisse, frissons, température à 3906. Mais aujourd’hui, la température descend, le matin, à 3706 et reste, le soir, à 38 degrés. Le vertige a diminué; les autres symptômes persistent. Deuxième injection : intraveineuse de collargol, 4 centimètres cubes. Troisième ponction lombaire : le liquide coule sous pression, il est clair, mais le culot est plus abondant. Même aspect microscopique/des polynucléaires, même absence de formes microbiennes ; la culture sur gélose donne

exactement les mêmes cultures pures.

14 septembre. — Température 3701 le matin ; 3704 le soir, État général très amélioré. La céphalagie, les vertiges, le Kernig ont disparu. Le nystagmus persiste, il est moins intense et ne se produit que lorsque le regard est fixé du côté sain, dans une position extrême.

Troisième injection intraveineuse de 4 centimètres cubes de collargol. Quatrième ponction lombaire: le liquide coule sous forte pression; mêmes caractères cytologiques, mêmes résultats positifs des cultures.

15 septembre. — Température 3701 le matin ; 3708 le soir. Le nystagmus seul persiste.

Quatrième injection de collargol. Cinquième ponction lombaire.

16 septembre. — Température 3601 le matin ; 3704 le soir ; un peu de céphalagie, perception osseuse du diapason bonne.

Cinquième injection de collargol. Sixième ponction lombaire.

17 septembre. — Température 3701 le matin; 3704 le soir. Nystagmus.

Sixième injection de collargol. Septième ponction lombaire.

Les ponctions lombaires des 16, 17 et 18 ont fourni un liquide à peine louche et qui donnait, sur la gélose, les mêmes cultures pures, d’abondance moyenne.

18 septembre. — Température 3701 le matin ; 3704 le soir. Diminution du nystagmus. Septième injection de collargol, huitième ponction lombaire. Voilà plusieurs jours que la température est normale, que, seul, le nystagmus persiste et va diminuant. Le malade veut se lever. Et cependant, le liquide céphalo-rachidien contient toujours des polynucléaires altérés et cultive toujours.

Ce fait mérite d’être signalé. Il montre toute l'importance de l'examen méthodique du liquide céphalo-rachidien, dJ’examenhistologique ou la culture pouvant seule déterminer le moment précis de la guérison. Chez notre malade, si, pendant plusieurs jours, nous avons continué à drainer le liquide céphalo-rachidien par ponction lombaire et à injecter du collargol dans le sang, c’est sur les seules, mais précises, affirmations du laboratoire, qui nous indiquaient de continuer ce traitement alors que, cliniquement, nous étions poussés à le suspendre.

19 septembre. — Amélioration progressive, température normale,

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pas de ponction lombaire, huitième injection intraveineuse (ÆElectrargol).

20 septembre. — Neuvième injection intraveineuse (Electrargol). Neuvième ponction lombaire avec culture positive.

21 septembre. — Puisque, malgré la guérison apparente, le liquide céphalo-rachidien donne encore des cultures très nettes, puisque l'argent colloïdal introduit par la voie veineuse (7 injections de collargol, 2 injections d’électrargol) est impuissant à modifier cet état septique du liquide, puisque nous trouvons confirmée ici l’opinion de certains expérimentateurs (Victor Henri), à savoir que: les métaux colloïdaux pénétrant dans l'organisme par voie sañguine se retrouvent dans tous les organes et les milieux, excepté dans le liquide céphalo-rachidien, nous pratiquons, après ponction lombaire, une injection intra-rachidienne de cinq centimètres cubes d’électrargol. L’argent colloïdal obtenu électriquement (électrargol) est plus pur, plus stable, plus isotonique. Nous le préférerons à l'argent colloïdal chimique (collargol) pour ces injections dans le rachis. Ayant, dans d’autres circonstances, injecté du collargol, soit dans la dure-mère rachidienne, soit dans la dure-mère cérébrale, nous avions constaté chaque fois une absorption très incomplète de ce colloïde qui restait localisé au point d'injection, sous forme d’une infiltralion noire dans la pie-mère.

Après cette” injection intra-rachidienne d’Electrargol, il se produit une réaction d’une violence inouïe. Elle commence quatre heures après l'injection ; elle persiste trois heures et se manifeste par une élévation de la température qui, de 3609, monte à 3802, par une céphalalgie extrêmement violente, par des douleurs lombaires intolérables. Elle s'accompagne d’une émission d'urine claire très abondante.

22 septembre. — La température est à 3705 le matin et 3705 le soir. Le malade est très abattu, mais seule persiste une raideur dans les membres inférieurs.

23 septembre. — Etat satisfaisant.

24 septembre. — Onzième ponction lombaire. Le liquide, absolument clair, donne un culot à peine perceptible composé en majorité de lymphocytes et de quelques rares polynucléaires. Deux tubes de gélose ensemencés, restent pour la première fois stériles.

- 25, 26 et 27 septembre. — Disparition du nystagmus. Le malade se lève. Les ponctions lombaires répétées chaque jour, n’ont eu aucun inconvénient appréciable,

15 novembre. — La guérison persiste.

Examen bactériologique du liquide céphalo-rachidien fait par le Docteur Aubertin. — Les caractères des cultures ont été identiques dans les 9 ponctions qui ont donné des résultats et les cultures sont restées pures dans tous les cas. Sur gélose apparaussaient de petites taches transparentes analogues aux colonies streptococciques (c’est le diagnostic qui fut porté tout d’abord), qui étaient peu nombreuses au bout de vingt-quatre heures et très abondantes le second jour. Au microscope, cocci non encapsulés, arrondis, groupés deux par deux ou en courtes chaînettes formées d'éléments de taille un peu variable. La forme diplococcique domine. Il reste Coloré par la méthode de Gram. Pas de formes bacillaires, ni cocco-bacillaires (du moins dans les cultures des premiers jours). Les repiquages sur gélose donnent les mêmes cultures ; les ensemencements en bouillon produisent un trouble, puis un dépôt dans lequel on retrouve des diplocoques non nettement encapsulés.

Au bout de quelques jours, les cultures ont changé d’aspect et sont plus confluentes, blanchâtres et crêmeuses. Les grains sont plus gros et irréguliers.

Nous avons récemment (13 novembre) revu une de ces cultures sur gélose, abondante et blanchâtre. Elle ne contenait plus que des formes bacillaires ; repiquée sur gélose, elle a donné en vingtquatre heures d’abondantes colonies de bacilles du même type. Nous croyons, mais sans pouvoir l’affirmer, qu’il s’agit de transformation in situ et non de contamination.

Les inoculations de cet échantillon n’ont pas été faites.

En somme, cet élément correspondant assez exactement à la description donnée par Thiercelin d’un coccus qu’il désigna sous le nom d’entérocoque et qui a été retrouvé depuis par diffférents auteurs (Rosenthal, Menetrier, Trastour). Il n’a été signalé comme cause de méningite que par Thiercelin, Rosenthal et Dehérain dans trois observations. S'agit-il d’une espèce spéciale ou d’une simple variété de streptocoque se rapprochant du microbe de Bonome ?

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