‹ Contribution à l'étude de l'enfance coupableChapitre 31 sur 54 · DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS DE L'ESPRIT

La

a) Développement intellectuel. — On a proposé certams plans d'examen destinés à faciliter l'étude du développe- ment intellectuel de l'enfant, à guider les investigations

pour obtenir un maximum de rendement. On à voulu dresser des tests dont on a gradué la difficulté pour les adapter à telle ou telle catégorie d'enfants. Mais ces plans, savamment élaborés, nous ont paru dans la pratique courante d’une application souvent malaisée. Etablis sur des bases théoriques, justes sans doute, mais lrop rigides, ces tesis ont quelque chose d'un peu artificiel qui se plie mal aux besoins de chaque Jour.

M. le professeur agrégé Etienne Martin, nous à enselgné un moyen plus simple, adaptable à tous les jeunes sujets, sans qu'on ait à l'avance aucune indication sur l'état de leurs facultés mentales.

Nous laissons causer l'enfant, et tandis qu'il nous parle de ses parents, de son milieu familial, de lui-même, pendant qu'il nous raconte l'histoire de sa vie passée et des fautes qui l'ont amené en prison, nous pouvons déjà nous faire une opinion générale sur le degré de son intelligence.

C'est son langage d'abord qui nous révèle bien vite la nature du milieu d'où sort l'enfant. La facilité plus ou moins grande à exprimer ses idées marque la faculté de travail des centres cérébraux. La mémoire des faits, si souvent obscurcie chez les fils d’alcooliques. Le jeu plus ou moins rapide des associations d'idées, que nous pouvons provoquer par une question incidente, La faculté imaginative qui se révèle vite dans le récit de l'enfant par l'allure banale où imagée de son langage. Tout cela nous renseigne sans effort sur la formation intellectueile du sujet.

Guidés par cette opinion première nous l'interrogeons alors plus particulièrement sur son instruction scolaire.

ER CUS Nous notons s'il est allé en classe, avec quelle assiduité et combien de temps il a suivi les lecons de l'école, s’il a obtenu un certificat d'études. Dans Ja salle où nous l'examinons, sont suspendus des cartes murales, des objets du système métrique que l’on trouve dans les écoles, nous vérifions les dires de l'enfant en lui demandant de nous indiquer sur ces cartes, parmi ces objets, des choses que nous lui demandons, en en commençant par les plus simples, en continuant par de plus difficiles et en ménageant les transitions d'une façon plus ou moins rapide suivant la culture générale de l'enfant.

Pendant cet examen, nous avons pu apprécier la faculté d'attention du sujet, si l'examen se prolonge surtout, nous pouvons apercevoir des signes de fatigue et d'ennui, parfois un défaut complet de fixation des idées qui rend toute enquête sérieuse impossible.

Chez les malades enfin, nous découvrons les troubles intellectuels à la façon dont le jeune détenu nous raconte l'histoire de sa vie, ses impulsions, ses fugues, ses phobies, les obsessions qui le hantaïent, a dipsomanie qui le forçait à boire.

Nous n'avons pas rencontré parmi les enfants enfermés à Saint-Paul de sujets atteints d'hallucmations vérilables ni d'idées délirantes bien nettes, mais 1l nous eût

été facile de les découvrir par notre procédé d'examen.

b) Développement moral. — Le même examen qui vient de nous fixer sur l'état intellectuel de ces petits, nous a appris en même temps beaucoup de choses sur leur état moral.

Le seul ton avec lequel ils nous parlaient de leur père

HA 7 pue ou de leur mère nous disait le respect qu'ils avaient pour eux. L'affectivité pour leur famille ou leurs semblables se montrait vite au souci qu'ils en prenaient.

Leur force de volonté se décelait immédiatement à la facon dont ils nous disaient avoir su résister aux entrainements criminels ou avoir suivi docilement les mauvais conseils.

Le remords de leur faute éclatait souvent et les faisait pleurer, ou bien au contraire ils affichaïent un cynisme déconcertant, nous n'en avons pas rencontré qui aient osé se vanter franchement devant nous de leurs actes délictueux, comme font parfois les criminels adultes, mais 1ls le faisaient sur leurs cahiers ou leurs livres, sur les murs de leurs cellules où s'étalaient avec des dessins obscènes la glorification de leurs méfaits. Ils gardaient en tout cas devant nous une attitude impassible, et semblaient ne pas comprendre du tout le sens de nos reproches. Cet état d'immoralité, nous l'avons malheureusement rencontré bien souvent.

En les questionnant sur leurs jeunes camarades, il est rare lorsqu'ils n'en disaient pas du mal, se rejetant mutuellement la faute les uns sur les autres, mentant parlois effrontément pour se disculper et faire punir le voisin. Nous pouvions étudier ainsi en eux l'esprit de solidarité que nous avons trouvé en général bien peu développé.

Au point de vue de leurs sentiments religieux, M, l'aumômer de la prison nous disait qu'un certain nombre de ces enfants se laissaient encore toucher par les remontrances du prêtre et ses encouragements à mieux faire, mais il en est d'autres qui demeurent parfaitement insen-

Page 1