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EXAMEN PHYSIQUE

Au ht d'un malade, a l'hépital, apres avoir interroge le patient sur ses antécédents héréditaires et personnels, sur l’histoire de sa maladie, nous procédons à l'examen somalique, nous auscultons, nous palpons, nous percut-

: : RES tons, ne laissant échapper à notre investigation aucun organe. À la prison, nous ne procédons pas autrement. Notre interrogatoire terminé, nous examinons l'enfant au point de vue physique.

a) Examen somalique. — Commençant par les organes vers lesquels notre attention a été attirée par les indications recueillies sur l'état de santé antérieur, nous expiorons ces organes avec le plus grand soin.

Chez les fils de cardiaques, chez les rhumatisants, un examen attentif du système circulatoire nous a plusieurs fois révélé des lésions graves du cœur. Nous rappellerons cet enfant dont nous avons cité l'observation à propos des maladies héréditaires et qui, fils d'une mère cardiaque, et lui-même rhumatisant présentait une triple lésion valvulaire (observation 5). La lésion cardiaque que nous avons le plus souvent rencontrée est le rétrécissement mitral.

Ces lésions du cœur et des vaisseaux ont un retentissement considérable sur le développement de tout l'organisme. Î[l en résulte un arrêt général dans la croissance, une persistance très marquée des attributs du type infanle.

Nous avons montré dans nos précédentes observalions le profond état de dégénérescence dans lequel se lL'ouvaient les petits cardiaques. C’est une dégénérescence acquise par la maladie et qui S'accentue avec l'âge. La maladie du cœur elle-même, est le plus souvent, avonsnous dit, de nature héréditaire, mais la dégénérescence qui en résulte n'est pas établie d'emblée à la naissance, elle s'acquiert lentement avec les progrès des lésions et s'accuse progressivement avec l'âge.

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Le docteur Etienne Martin à examiné avec M. le prolesseur Weill une jeune fille de 17 ans, atteinte de symphyse péricardique et dont la taille était de 1°36 seulement, l'envergure de 1"24 et le buste de 076. N'est-on pas frappé par ce grand buste, supérieur à la demi-taille de S centimètres et par celte envergure de tout Jeune enfant, inférieure à la laille de 1? centimètres On ne pourrail lrouver un plus bel exemple d'arrêt de développement chez une enfant de IT ans, pour démontrer limporlance capitale des maladies du cœur chez le jeune imdvidu.

Nous avons dit la lorte proportion d'hérédo-tuberculeux qui nous venaient à la prison. La plupart de ces enfants présentaient eux-mêmes des lésions bacillaires et nous n'avons pas laissé échapper l'auscullation de leur appareil respiratoire.

Cest chez les bacillaires aussi que nous avons relevé le plus souvent des troubles du côté de l'appareil diges- Ul : entérite, diarrhée, traces d'ancienne péritonite bacillaire.

Le système urinaire nous à paru surtout présenter des troubles viscéraux d'origine nerveuse. C'est l'incontinence d'urine que nous avons notée dans un très grand nombre de cas chez les débiles, les nerveux, les fils d'alcooliques où d'épilepliques.

Les organes des sens, très fréquemment lésés chez les entants qui ont manqué de soins dès la naissance ont ature notre attention. Du côte de la vision c'étatent surtout les paralysies musculaires, donnant du strabisme convergent ou divergent, de la conjonctivite, due au manque de propreté. Du côté de l'audition, nous avons

A Den relevé deux ou trois cas de surdité plus ou moins accenluée et plus souvent de l’otorrhée chronique.

Le système nerveux en général, était enfin dans bien des cas sensiblement altéré. Altéré dans ses fonctions sensitives — nous avons recherché les zones d’anesthésie et d'hyperesthésie, mais nous avons noté peu de choses nettes à ce sujet — altéré plus souvent dans ses fonctions motrices — faiblesse générale, ptose des viscères et de la sangle abdominale — troubles du tonus musculaire sur lesquels nous aurons à revenir.

De nombreux troubles trophiques d'origine nerveuse : poils rares ou mal implantés — nævi poilus ou pigmentaires — vitiligo, tumeurs nerveuses faisant penser à la

maladie de Recklinghausen — hypertrichose dorso-lombaire, tous ces troubles trophiques faisant partie de ce que l’on appelle les stigmates de dégénérescence si fréquents chez les détenus.

b) Stigmates de dégénérescence. — Nous ne voulons pas exagérer l'importance des signes de dégénérescence auxquels Lombroso faisait jouer un rôle si capital dans le portrait de son criminel-né. Mais il n'en est pas moins vrai que ces stigmates se rencontrent d'une facon beaucoup plus fréquente dans le monde des prisons que dans la population libre du pays. Les statistiques comparatives à ce sujet sont nettement probantes. Lombroso, examinant 160 enfants dans les écoles, trouve que chez eux les anomalies physiques s'élèvent à 30 p. 100, tandis que chez les enfants à la prison, ces caractères morbides l’emportent de plus du double : 69 p. 100.

Emile Laurent nous affirme qu'il a très rarement ren-

ape contré d'enfant débile dans les prisons qui ne soit atteint d'un bon nombre de signes de dégénérescence. « Sans doute on peut rencontrer chez un honnête homme de ces anomalies dégénératives, nous dit-1l, mais cela est beaucoup plus rare que chez les criminels, et d'autre part, alors que chez ces derniers, on retrouve presque toujours associées plusieurs de ces malformations, chez l'homme honnête on n'en trouve généralement qu'une 1isolée (1). ».

C’est en effet le groupement de ces stigmates de dégénérescence chez le même individu qui acquiert une grande valeur. Nous avons soigneusement noté ces malformalions diverses dans les observations de nos Jeunes délinquants, procédant méthodiquement par l'examen de la tête, du tronc et des membres : ce sont les difformités craniennes, les anomalies de volume, les déformations accidentelles, l'asymétrie cranio-faciale. Du côté de l'oreille : les asymétries de forme, les anomalies de dimension et d'implantation. L'examen des dents (crénelées, mal implantées, supplémentaires), de la voûte palatine, des végétations adénoïdiennes. Pour le tronc, la constatation d'un goitre, d'une déformation thoracique, d'une hernie. Enfin, les difformités congénitales des membres : polydactylie, pieds bots, syndactylie, paralysie infantile, contractures. Les malformations des organes génitaux.

c) Anthropomélrie. — L'étude de la fiche anthropométrique vient terminer notre examen et lui fournir un complément d'indications indispensables.

(1) Em. Laurenr. — Les habitués des prisons de Paris, p. 331.

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Notre collègue et ami le docteur P. Vermalle a montré dans sa thèse de l'an dernier tout le parti que l’on pouvait tirer de l'étude de la fiche anthropométrique pour l'examen des dégénérés (1).

La fiche anthropométrique, créée par Bertiñon pour l'identification des récidivistes, avait permis d'établir assez rigoureusement les dimensions moyennes des segments du corps humain. M. le professeur agrégé Etienne Martin, se basant sur l'étude minutieuse de Bertillon, en a tiré des déductions presque mathématiques sur la comparaison des diverses dimensions anthropométriques. Il à pu formuler ainsi des règles précises établissant des rapports normaux constants entre les différents segments du corps humain.

Ces règles sont les suivantes :

« L'envergure l'emporte généralement sur a hauteur de la taille de 3 à 4 centimètres.

« Le buste l'emporte sur la demi-taille de 4 à 5 centimètres.

« Dans la majorité des cas, la hauteur de foreille droite est égale au tiers du diamètre antéro-postérieur maximum de la tête, et cela à quelques millimètres près.

« La coudée gauche est sensiblement égale à quatre fois la longueur du médius gauche.

« La longueur du pied gauche est sensiblement égale à trois fois la longueur de l’auriculaire gauche. »

De telles règles se vérifient dans ila majorité des mensurations inscrites sur les fiches.

(4) Dr P. Vermaze. — L’anthropométrie des dégénérés. Rapport entre les mensurations des différents segments anthropométriques. Thèse de Lyon, 1911.

Vies

Frappé de la valeur qu'acquiert, au point de vue anthropologique l’anomalie des indices mensurateurs, quand cette anomalie atteint une certaine grandeur, .une certaine modalité, P. Vermalle a pu établir, sur les indications de notre maître commun, une sélection qui lui a fait découvrir toute une série d’anormaux, atteints de dégénérescence physique, qui souvent étaient en même temps des dégénérés mentaux, des débiles.

Cette étude, entreprise par notre camarade à la prison Saint-Paul, pour Îles adultes, nous l'avons poursuivie chez les enfants, et, loin de perdre de son intérêt, la queslion prend chez ces derniers une importance toute particulière. L'enfant traverse en effet cette période de la vie où le corps se développe et où les rapports entre les divers segments anthropométriques se modifient, imprimant à chaque âge un caractère nouveau.

Par le simple examen de la fiche anthropométrique, nous pourrons constater d'emblée si l'enfant s'est normalement développé, si les chiffres fournis par ses mensurations répondent à peu près aux rapports normaux des mesures anthropométriques correspondant à son âge.

Il nous est utile pour cela de bien connaître la marche normale de la croissance chez l'enfant. Mais en exposant ici les phases de cette évolution, nous ne saurions que répéter les faits bien déterminés par P. Vermalle dans sa thèse, nous renvoyons donc à ce travail très documenté.

La marche de la croissance normale, harmonieuse, élant connue, nous pouvons étudier les déviations qu'elle subit par suite des tares dégénératives héréditaires ou accidentelles et qui peuvent être reconnues à la simple lecture des mensuralions portéesisur la fiche an-

thropométrique.

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Nous pourrons ainsi fixer les règles d'une méthode nouvelle d'observation anthropométrique, méthode avant son unité bien déterminée et offrant des résultats toujours -comparables à eux-mêmes.

Les différentes modalités de déviations pathologiques dans la croissance de l'enfant ont loutes été exposées dans l'ouvrage précité, el nous avons pu sur chacun de nos jeunes détenus vérifier l'exactitude de ces données théoriques.

Voilà donc l'importance de l'étude de la fiche anthropométrique des jeunes détenus, qui nous faisait dire qu'elle était le complément indispensable de l'examen physique de l'enfant.

En terminant ce chapitre, nous citerons deux beaux types d'enfants dégénérés physiques recueillis à Saint- Paul.

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