OBSERVATION XXIV
Georges P..., 15 ans, né à Lyon. Père, mort, s'enivrait. Mère bien portante. Cinq enfants, dont trois sont morts.
Elevé à Lyon, il nous dit qu’à l’âge de 6 ans, il savait déjà bien lire et écrire, mais qu'il fit alors une chute d'un premier étage et que depuis il oublia ce qu'il savaitet eut les plus grandes difficultés à apprendre. Sorti de l'école à 13 ans 1/7, il faisait des
courses pour les magasins. On l'a arrèté pour complicité de vol à l'étalage.
Obnubilation mentale assez marquée. Mémoire obtuse. Caractère faible.
Etant petit, il a eu des convulsions, de fréquents maux de tête et des maux de dents, ces derniers durent encore.
Il a parfois des vertiges et rêve souvent la nuit.
Quelques points de tatouage sur la main et l’avant-bras gauche.
Sur le pariétal droit, on sent un cal avec hyperostose sur une étendue de 10 à 12 centimètres, qui ne va pas tout à fait jusqu'à la suture sagittale et qui lui donne une asymétrie cranienne gauche très prononcée. Abaissement de l'oreille gauche par suite de l'arrêt de développement du côté droit.
ENHE SSc 1,458 Tête, long’... 17,2 Pied gauche... 23,0 Envergure.. 1,51 — largeur. 15,1 Médius gauche. 9,9 HUSte ac 0,77 — zyg..... 12,3 Auricul. — 7,4
Oreille droite. 5,4 Coudée — 40,0
En présence de ces jeunes malades, le médecin ne sent-il pas le besoin instinctif d'intervenir pour enrayer le mal, de tenter une cure qu'il ne doit jamais croire im-
possible à l'avance ?
PRE IT. —— DÉécÉNÉRESCENCE PnysiQuE
La dégénérescence physique n'est pas constante chez les jeunes détenus, nous avons dit seulement, en parlant de l'examen physique qu'elle était très fréquente. Pour qu'on puisse dire qu'il y a dégénérescence, il faut que le sujet présente « un bloc » de stigmates, et nous avons vu quels étaient ces stigmates essentiels. [ls sont dus sans doute à des troubles de nutrition de la vie intra-utérine comme le prouvent les expériences de Féré. Ces troubles de la nutrition provoquent un arrêt, un excès ou une déviation dans le développement normal de l'individu, d'où résultent les malformations que nous avons citées.
« Les infirmités d'évolution ou dégénérescences, dit le professeur Régis (1), ne sont pas simplement des accidents de la vie psychique, mais de véritables tares originelles pesant le plus souvent sur la race toute entière, c'est-à-dire plutôt familiales qu'individuelles. Elles se traduisent aussi bien dans l'ordre physique que dans l'ordre psychique... »
Nous avons relevé deux ordres de lésions physiques : les lésions accidentelles n'ayant rien à voir avec la naissance, mais faisant naître des troubles nerveux avec prédilection chez les prédisposés. Les dégénérescences héréditaires qui se manifestent dès la naissance.
Aux signes de dégénérescence anatomique s'ajoutent les signes de dégénérescence fonctionnelle : gaucherie, strabisme, troubles de la vue, troubles de la parole, spasmes, tics, paralysies.
(4) Récis. — Précis de psychiatrie (p. 403).
ne pe
Les lésions des organes des sens, en empêchant la culture intellectuelle, amoindrissent le cerveau. Les troubles de la parole sont très importants chez les amoimdris car, s'ils parlent peu, c'est d'abord parce qu'ils manquent de culture, mais aussi parce qu'ils ne peuvent pas parler; on né cherche pas assez à corriger chez les enfants les défauts de parole, on attend surtout de lui la compréhension de ce qu'on lui dit et on néglige la façon dont il s'exprime.
Chez les enfants de la prison on trouve très fréquemment ces divers symptômes de dégénérescence fonctionnelle qui viennent compléter chez eux le tableau du dégénéré physique.
Mais les stigmates de dégénérescence ne sont pas le seul point intéressant dans l'état physique de l'enfant.
Nous avons signalé plus haut l'intérêl que présente l'étude de la fiche anthropométrique chez les jeunes su- Jets.
Alors que pour un adulte, nous sommes en présence de mensurations qui ne varieront plus pour un enfant, en possession de la fiche anthropométrique, nous avons des chiffres appelés à varier dans des conditions déterminées, nous saississons pour ainsi dire sur le vif, en pleme évolution la croissance de l'individu à l’âge où il se présente à nous. Nous voyons chez l'adulte le terme de l'évolution, chez l'enfant le chemin suivi.
Nous pénétrons chez le jeune sujet dans l'intimité de ces transiormations qui font de lui un être normal ou un mal bâti, un individu résistant ou un débile.
Le type infantile. — Nombreuses sont les modalités par lesquelles la croissance de l'enfant peut s'écarter du
ou chemin normal, et nous en avons découvert de multiples au cours de nos observations faites à la prison Saint-Paul. Mais, de-toutes ces formes, semble se dégager un type particuhèrement fréquent et bien individualisé que M. le docteur Etienne Martin a appelé le type infantile.
Ce type est essentiellement caractérisé par un grand buste dépassant souvent la demi-taille de plus de 6 centimètres. Des membres inférieurs courts et grêles. Une envergure petite, égale où même parfois inférieure à la taille.
Si nous rappelons les règles énoncées au chapitre de l'examen physique, sur les rapports des segments anthropométriques, nous voyons que nous avons là tous les signes caractéristiques d'un arrêt de développement.
Les segments du corps ont pu continuer à grandir, car le type infantile n'exclut pas une certaine hauteur de taille, mais ces divers segments sont restés entre eux dans les rapports qu'ils devraient avoir chez l'enfant à un âge de beaucoup mférieur.
Ajoutez à ces mensurations anormales des signes dégénératifs souvent nombreux : asymétrie cranienne, brachycéphalie, anomalies de la dentition, très faible développement des organes génilaux, gros ventre, troubles du tonus musculaire, et vous aurez le tableau complet d’un infantile. Nous attirons particulièrement lattention sur l’atrophie des organes génitaux et sur les troubles de tonus musculaire.
On sait toutes les importantes découvertes qui ont été faites, depuis Brown-Séquard, sur le rôle des glandes à sécrétion interne dans la croissance de l'individu. Le
docteur À. Cade a très clairement exposé « les grands types cliniques d'infantilisme » : le « type Brissaud » ou « myxædémateux » caractérisé essentiellement par une grosse tête, des membres effilés et courts, un torse allongé, un ventre proéminent, un fort développement du tissu adipeux, le pubis et les aisselles glabres, l'état rudimentaire de la glande thyroïde el des organes génitaux. Une voix eunuchoïde.
Le « type Lorain » correspondant à un individu de pelite taille, gracile, mais dont la plastique n'est pas celle de l'enfant, ressemblant plutôt à un adulte en réduction.
« L'infantilisme tardif » d'apparition post-pubérale, répondant à un état de régression vers l'état infantile avec atrophie des organes génitaux et développement adipeux exagéré.
C'est évidemment au premier de ces types, au type Brissaud que correspond l’état physique des enfants que nous avons observés à la prison, présentant plus où moins les attributs féminins. Les réflexions que M. Cade ajoute à la description de ce type concordent aussi avec nos observations. Il dit en effet : « Il convient d'ajouter à ce tableau le retard du développement psychique créant un véritable imfantilisme mental bien décrit par H. Meige et dont les éléments fondamentaux sont la naïveté, la versatlité, l'irascibilité, les colères et les peurs irraisonnées, les répulsions imjustifiées, les attractions subites et irrésistibles.. »
La pathogénie de cet mfantilisme semble bien se rattacher au syndrome polyglandulaire de Claude et Gou-
(4) A. Cane. — Les grands types cliniques d'infantilisme. Province médicale (13 avril 4912).