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LA PRESSE, LES LITTÉRATEURS

L'étude de l'enfance coupable nous a valu de belles pages littéraires où l’on sent vivre tout l'intérêt, vibrer toute la pitié qu'a pu faire naître ce difficile problème de vie sociale.

Nos meilleurs écrivains, par l'organe du livre ou de la presse, nous signalent le danger pressant de ces délits d'enfants dont le nombre s'accroît tous les jours. Chacun en recherche attentivement la cause, tous veulent préconiser un remède.

C'est Alfred Fouillée, de l'Institut, qui, appelé à donner son avis sur les causes de la criminalité et l'influence de la presse, dans une enquête organisée par La Revue, en décembre 1910. nous dit : « Outre les causes sociales el économiques, les deux grands facteurs qui ont, en France, précipité le mouvement de la criminalité sont : la loi sur la Hiberté absolue des débits de boissons et la loi sur la liberté absolue de la presse, sans le complément d'une responsabilité effective, Ces deux lois, dans la pratique, ont abouti à établir : 1° la complète liberté de l’empoisonnement physique du peuple; 2° la complète liberté de l'empoisonnement moral du peuple. C'étaient là deux. germes de dissolution qui ont porté leurs fruits. »

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Dans la même enquête ,le professeur Grasset, de Montpellier, accuse le manque d'autorité dans la conduite imposée aux enfants plus que l'influence néfaste de la presse qu, pour lui, n’agit guère que sur les demi-fous.

C'est Henry Joly, de l'Institut, qui nous analyse très finement la psychologie de la tentation agissant sur les caractères faibles, el qui nous montre ce que peut la dévialion des sentiments naturels sur la conduite de l'enfant.

Paul Leroy-Beaulieu nous rappelle la force de l’instinet d'imitation développé chez les jeunes sujets par la publicité.

FE. Levasseur, directeur du Collège de France, accuse la propagation des idées antisociales.

Ce sont tous les grands noms de l'Académie Française : A. Mézières, R. Poincaré, M. Prévost, A. Ribot. C'est H. Bergson, c'est Paul Margueritte, qui sont d'accord pour déplorer la réclame faite par la presse aux criminels, ou pour accuser l'éducation déplorable des enfants, la contagion funeste du milieu où ils grandissent, l'entraînement inévitable de la rue, les mauvais exemples rencontrés à tous les pas, dans le sem même de -la famille, Ja dissolution de cette famille qui devrail être le nid protecteur de l'enfant et qui, bien souvent, est le foyer où 1l prend le goût du vice. Ce sont les habitudes d’alcoohisme contractées dès la naissance parfois. C'est la crise de l'apprentissage, néfaste à l'enfant devenu grand qui a besoin de travail. Les représentations théâtrales où le malfaiteur Joue souvent un rôle glorieux, et où les agents de la force publique sont bafoués. Le cinématographe, toutes les inventions nouvelles qui conspirent à exciter la curiosité malsaine, les

ER jee bas instincts, toujours trop prompts à se réveiller chez l'enfant, La publicité des séances de cour d'assises où l'on voit s'entasser une bande de jeunes malandrims à l'affût de quelque procès scandaleux. Tout cela a été sérieusement étudié et développé éloquemment par les publicistes, les écrivains et les philanthropes. Nous ne parlerons pas de certains romans ou de certaine pièce de théâtre qui ont pu attirer l'attention du public sur Île sort malheureux des enfants criminels livrés entre les mains de la justice aux mauvais traitements des maisons de correction. Il est trop facile d'émouvoir la pitié de la foule par de telles peintures qui manquent souvent de juste mesure et d'impartialité. IT faut, pour préconiser des réformes, s'en tenir à des arguments moins frappants peut-être au premier abord, mais plus Justes el

atteignant plus sûrement leur but.

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