RARE IV? —— PERVERSITÉ ET PERVERSION
« Tout est bien sortant des mains de l’auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme. » En écrivant ces mots, Rousseau se basail sur un principe absolu pour lui; c'est que tous les hommes naissent égaux. fl précise d'ailleurs sa pensée en ces termes : « Dans l'ordre naturel, les hommes naissent tous égaux, leur vocaion commune est l'état d'homme, et quiconque est bien élevé pour celui-là ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent. » Dans l’ordre naturel des choses, oui, mais l’ordre naturel souffre malheureusement de trop nombreuses exceplions. En pratique, même dans la naissance, l'égalité entre les hommes n'existe pas.
Dans bien des cas, l'éducation et l'exemple ne créent rien chez l'enfant qui n'y existe déjà, ils ne font que faire surgir ce qui préexistait en Lui. Caïn et Abel étaient les fils des mêmes parents.
Quel est donc ce quelque chose qui peut préexister à la naissance et rendre vains tous les efforts de la correction éducatrice ? — C'est le déséquilibre moral congénital, c'est la perversité native.
On peut, chez l'individu normal, se représenter le sens intellectuel et le sens moral sous la forme de deux sphères d'égale étendue: il y a symétrie parfaite entre ces deux sphères, et les propriétés de l’une s'accordent exactement avec celles de la voisine: elles sont le mutuel complément l'une de l’autre. Mais chez les êtres anormaux dont nous voulons parler, il n’en est plus de même. Il y a, chez eux, exagéralion de volume d'une des sphères aux dépens de l'autre et il en résulte un déséquilibre frappant dans les
fonctions de la vie mentale. Chez le dégénéré, il y a hypertrophie de la sphère intellectuelle, hypertrophie souvent accompagnée de viciations, et atrophie de la sphère du sens moral. Cette disymétrie est le propre des gens de génie et aussi celui des individus inférieurs. Mais, chez les premiers, le déséquilibre est compensé par de brillantes facultés et par la culture naturelle: tandis que cuez ies seconds, la mentalité reste pauvre, le sens moral vicié, el, chez eux, l'éducation ne peut qu'atténuer, mais jamais abolir la dysharmonie de leurs fonctions intellectuelles et morales.
Nous avons parlé jusqu'ici d'enfants débiles, de Jeunes instables chez lesquels des phénomènes épileptisants venaient se surajouter à un fond mental affaibli dans toutes ces facultés. Chez tous ces sujets, nous avions relevé uh égal amomdrissement du sens intellectuel et du sens moral. Ils étaient par là même une proie facile et un instrument utile entre les mains de criminels plus audacieux. Dans les bandes, c'étaient des «menés »: mais nous voulons parler maintenant des « meneurs ». Ces derniers sont rarement des idiots; 1l y a chez eux une profonde dysharmonie entre les lésions de l'intelligence et celles de l’affechivité; mais, tandis que, dans la sphère affective, les anomalies abondent, elles sont beaucoup plus rares
dans la sphère intellectuelle. Nous sommes en présence, chez ces êtres dégénérés, d’un véritable état maladif, d'une obtusion du sens moral qui fait d'eux des êtres antisociaux par excellence, des pervers de naissance.
Les jeunes pervers que nous avons pu étudier présentaient en général un esprit assez éveillé, malicieux, parfois même assez imaginatif, surtout lorsqu'il s'agissait
d'organiser quelque mauvaise plaisanterie. Malgré cela, paresseux, inappliqués et distraits, ne possédant jamais de culture générale bien développée.
Leur paresse avait toujours quelque chose de morbide, d'insurmontable, par opposition à celle des débiles, qui n'était que la morgue de leur inaptitude générale à toute fonction active.
De caractère irascible et enclins à la révolte, ils ne pouvalent supporter aucune observation, se moquaient de leurs gardiens qui ne pouvaient parvenir à les intimider. Leur nature effrontée les pousse à faire le mal avec désinvolture et à s'en vanter ensuite avec un cynisme désolant à constater chez d'aussi jeunes criminels.
Vindicatifs et égoiïstes, ils se méfient de tout le monde et ne songent qu à eux. Le sort des Jeunes camarades qu'ils ont entraînés au mal leur importe peu et ils sont prêts à les dénoncer pour se disculper eux-mêmes. Ils ne craignent pas, alors, de mentir effrontément et trahissent avec le plus grand calme « l’aminche » qui leur a prêté son CONCOUTS.
Avec cela, méchants el cruels, leurs mauvais instincts se manifestent dès le plus bas âge dans le malin plaisir qu'ils prennent à maltraiter les animaux ou à porter de mauvais coups à leurs jeunes camarades avec ce regard méchant qui fait mal à voir chez les petits.
Ils ont une joie intime à voir souffrir, à faire Pleurer, ils se complaisent à la lecture ou au spectacle de choses dramatiques, restant en contemplation devant les images sensationnelles des Journaux, ne manquant pas une audience de cour d'assises et se réjouissant des procès bien scandaleux.
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[ls ont déjà cette soif du scandale, cette vanité du crime dont ils se parent avec orgueil. Il faut qu'on parle d'eux, qu'on les montre du doigt, qu'ils aient, comme leurs afnés, leur photographie dans les journaux. Jamais le moindre remords n'a traversé leur conscience, et, non seulement la prison n'a pas sur eux d'effet correctif, mais encore le plus souvent elle est une véritable école et ils tirent orgueil auprès des petits « camaros » d'en avoir « pris pour tant de piges » de correction et de s'en être tiré. Is sont, pour la plupart, doués d'un développement sexuel précoce et dépravé, analogue à celui que nous avons trouvé chez les épileptisants. S'ils n'avouent pas leurs honteuses pratiques, nous avons du moins relevé chez deux d’entre eux des signes à peu près certains de pédérastie.
Essentiellement lâches, malgré leurs airs de bravoure, qui ne sont que de la fanfaronnade, ils obéissent très bien à la peur des coups ou à la menace du cachot. Mais l'effet des corrections ne dure pas, car leur immoralité a sa source dans un manque absolu de sensibilité morale. Le pervers ne présente ni une insuffisance de compréhension, ni un vice de pensée, mais les pensées qui frappent de honte les autres hommes ne le touchent pas. Il ne vibre pas à l'unisson du monde. « L'idée du devoir est complètement renversée pour eux: ils se croient le seul droit de jouir {1). »
On pourra s'étonner, connaissant le caractère presque latal de cet entraînement instinctif aux actes antisociaux, de ne voir dans les prisons que des individus de la classe
(1) LouBroso. — L’uomo delinquente (p. 393).
ROUTE pauvre, et on sera tenté de rejeter toute la responsabilité du crime sur l'organisation de la société; mais, ainsi que le fait remarquer Emile Laurent (1), « Combien n'ont échappé au crime que par suite de circonstances toutes spéciales. Combien ne sont restés honnêtes que parce qu'ils sont nés avec une fortune et qu'ainsi ils n'ont pas eu besoin de tuer, ni de voler pour satisfaire leurs vices ou leurs passions. » | Et, pour résumer le caractère de la perversité mentale, nous ne pourrons mieux faire que de citer les paroles de notre maître (2) : « De ces constatations, il résulte que la peine est inefficace à modifier le criminel, parce que cest un être spécial, entraîné par une sorte de fatalité crganique à devenir un révolté, un insensible moralement parlant, un idiot moral dans beaucoup de cas, en un mot, un antisocial. »
Perversion. — Les êtres pervers ne présentent pourtant pas tous cet état mental héréditarrement. De même qu'il y a des dégénérescences physiques acquises par suite des maladies de l'enfance, à côté des stigmates dégénératifs familiaux, de même nous pouvons voir la corruption mentale s'établir peu à peu chez des êtres faibles, prédisposés ou livrés impunément à tous les éléments de démoralisation de la société. À côté de la « perversilté », tare native, nous trouvons la « perversion », tare éducative. Nous avons des « pervers » et des « pervertis ».
Les facteurs de perversion auront plus de prise sur un débile ou sur un prédisposé: mais ils peuvent étendre
(4) Emile LaureNr. — Les habitués des prisons de Paris (p. 332). (2) Étienne Marrix. — Soc. d’anthropol. dé Lyon (7 janvier 1905).
leur influence sur le premier individu venu, sur le jeune surtout. Nous assistons alors, chez lui, à la naissance el à l'évolution des instincts criminels, et l'étude en est d'autant plus intéressante. L'état final est le même, les dispositions morales du perverti ne sont pas meilleures à la fin que celle du pervers de naissance; mais nous voyons les mauvais penchants évoluer par degré et 1} peut nous être possible d'arrêter celle évolution néfaste si nous arrivons à temps pour appliquer une thérapeutique efficace.
« L'individu moral, a dit Magnan, n'est pas prédisposé naturellement au crime: s'il devient criminel, c'est sous l'influence d'une passion ou d'une éducation vicieuse. »
Beaucoup de psychologues ont cru que l'enfant ne possédait que des penchants naturels pour tous les bons sentiments. Nous croyons cette opinion beaucoup trop optimiste, mème lorsqu'elle S'attache aux enfants les plus normaux, les plus sains, el nous nous rallions à l'idée du docteur F. Rassier, lorsqu'il dit : « Nous admettons que l'enfant arrive exempt de délauts et de qualités, mais nous reconnaissons qu'un penchant naturel le porte au mal et que, si rien ne le réprime, il est accessible à toutes les passions qui tourmentent l'adulte. »
Le jeune à, de par sa nalure, des exigences exagérées el si sa mère, dès le berceau, veut s'y prêter, il devient bien vite un petit {vran. Dès le premier âge se manifeste la nécessité d'éduquer et de laconner l'âme de l'enfant.
Comme les femmes et tous les êtres faibles, les enfants mentent avec une élonnante facihté, et c'est là, lorsque ce penchant s'exagère, un des principaux éléments du caractère hystérique. L'enfant ment souvent sans savoir pourquoi: il dit ce que lui suggère son imagination, el
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croit que c'est vérité; mais il apprend vite aussi à mentir pour se disculper de ses fautes et c’est déjà la conception de ses sentiments moraux qui commence. C’est un autre petit défaut, normal chez l'enfant, la gourmandise, qui suscite en lui l'instinct de voler des friandises à ses parents. Rien de dangereux s'il s'en arrête là; mais ces petits délils servent à développer le mensonge et s'ils ne sont pas réprimés: l'enfant ne s’en tiendra pas là, 1l volera à l'école où il risquera davantage, mais sera encore à l'abri de tout gros châtiment; enhurdi, il écoutera les mauvais conseils de ses aînés dans le vice, et les suivra pour voler à l'étalage, puis dans les maisons. Il prendra un couteau pour se défendre d’abord, pour attaquer ensuite, et, peu à peu, il aura revêtu tous les attributs du grand criminel.
Pour mieux combiner leurs coups, les enfants organisent des bandes, les relations s’établissent pendant qu'ils font l'école buissonnière. Et c'est là où le jeune arrivé puise à plaisir tous les éléments de perversion qui le conduisent toujours plus avant dans le mäl. Ils se racontent leurs tours, se font gloire de leurs méfaits, jouent ensemble, se tatouent, combinent de nouvelles escapades, promettent d'amener des amis.
Telle est la genèse du vol et du crime, et c'est d'une facon analogue que naissent et évoluent, chez l'enfant, toutes les perversions. Elles ont bien vite fait d'attendre leur apogée, ces perversions que rien ne vient arrêter dans leur croissance, que tout facihte et encourage, au contraire, dans le milieu dépravé où ont grandi la plupart des jeunes délinquants. Une fois le premier pas fait, il est bien difficile de ramener le coupable dans la sphère du
bien, et M. Dupré se montre très sceptique à cet égard, dans son rapport sur les perversions intinctives au XXT1° Congrès des Aliénistes et des Neurologistes, à Tunis. Mais M. le professeur Régis croit, d'après ue expérience assez étendue, aux bienfaits pour les pervertis d'une orthopédie mentale bien dirigée. Il invite à imiter l'exemple des Américains qui ont créé des Réjormaltotres dans lesquels ils placent les enfants dès l'âge de six ou sept ans et cbtiennent des résultats très satisfaisants.
La plupart des enfants, en effet, qui deviennent la proie de la perversion, sont issus de nerveux, d’alcooliques, de syphiitiques, de tuberculeux. Ils sont dans un état de défectuosité incontestable, leur résistance est amoindrie, ils succombent fatalement à la contagion des mauvais instincts. Mais, en s'y prenant assez tôt pour leur donner une éducation forte et sévère, on peut arriver à redresser leur état mental et à leur donner un équilibre, sinon normal, du moins suffisant pour leur permettre de vivre en société.
Pour donner une expression concrète à ces idées, nous allons citer d'abord trois observations d'enfants qui représentent bien, dans notre esprit, le type du pervers de naissance contre lequel se heurtent tous les efforts de rééducation.
La première de ces observations va nous fournir un exemple frappant de perversité native chez l'enfant. Nous devons celte observation à l'obligeance de M. Et. Martin, qui l'avail recueillie à la prison Saint-Paul en juillet 1911: la voici :
OBSERvVATION XXVIII
Jean F.,14 ans 1/2. Père 44 ans, alcoolique, homme sans énergie, qui n'intervient dans l'éducation de ses enfants que pour
frapper brutalement. Mère 36 ans, sa probité serait sujette à caution, kleptomanie probable. Sept enfants, l'inculpé est le second, c'est le seul qui se conduise mal, l'aîné a 17 ans.
Dès l’âge de 6 ans, l'enfant montrait des instincts pervers, il était cruel envers les animaux, cherchait à leur crever les yeux avec un bâton, il avait tué une poule à coups de pierres, avait cassé la jambe d'une dinde. — En 1907, il commet deux vols d'argent avec recel dans des cachettes (2 fr. 75 et 14 fr. 50), — En 1909 il vole un mouchoir. un porte-monnaie, du fil, une montre, il coupe le jarret d'une vache avec une faux. — En 1910, Jean F. gardait les porcs en compagnie d’un jeune camarade âgé de 5 ans et de la petite sœur de ce dernier, âgée de 2 ans et demi. Il se déculotta devant les jeunes enfants, puis lia les bras du petit garçon derrière le dos avec une ficelle ainsi que les Jambes. il lui fit ensuite avec son couteau de poche une entaille à la verge à la partie médiane, pendant trois ou quatre jours l'enfant souffrit horriblement de cette blessure. Le petit criminel, après avoir nié, avoua le fait sur menace de correction. À la même époque on l'accuse de tentative probable d'incendie. Il mettait du puriu dans la soupe. — En janvier 1911 il vole Ia clef d’une cave et deux fromages. — En mai 1911 il aurait introduit un épieu dns le rectum d'une vache. Enfin il couronne ses crimes en tuant un petit enfant qu'il étouffa en lui plongeant la tête dans un baquet d'eau.
La mère de l'enfant affirme que, loin d'inciter son fils au vol comme on l'en accusait, elle aurait fait tout son possible pour l'en détourner ; «les coups et les corrections les plus brutales n'ont produit aucun effet». [Il s'emparait, dit sa mère, d'objets qui lui étaient inutiles, tels que grelotières de chevaux, fil, clefs... Au point da vue moral, c'est un enfant quin'est pas comme les autres et qui ne ressemble à aucun de ses frères et sœurs. Dès son plus jeune âge, il a manifesté de fâcheuses dispositions, et les efforts pour le remettre dans le bon chemin sont restés stériles.
Le père reconnaît tous les méfaits de son fils et les a écrits au procureur de la République au début de l’année, pour demander le placement de son fils dans une maison de correction.
A la prison de Montbrison. l'enfant à déchiré un livre qu'on lui avait donné, il a fait des excréments dans les pages et jeté le paquet par la fenêtre. Un jour qu'il était dans la cour, près du jardin du gardien, il a volé un oignon, a mis le bulbe dans sa poche et replanté la tige.
Taille. 752 1,465 Tête, longueur. 17,7 Pied gauche 23,2 Envergure . 1,50 — Jargeur .. 148 Médius =" 10,0 Buste. ..... 01850 ne 12,2 Auricul. — 7,8
Oreille droite .. 5,6 Coudée — 38,5
Nous ferons remarquer dans cette observation que, sur sur sept enfants, l'accusé est le seul de la famille à manifester des instincts pervers et qu'une éducation sévère a été impuissante à réprimer sa dépravation (1).
OBSERvVATION XXIX
Rodolphe K., 14 ans 1/2. Le père est mort au Canada il ya quatre ans, laissant sa femme seule, il était grand buveur. Mère bien portante. Cinq enfants.
Elevé à l'étranger jusqu’à l’âge de 12 ans, il y va en classe et reçoit une bonne instruction primaire. Il est envoyé ensuite à Lyon, chez son oncle, qui lui fait apprendre le métier de mécanicien. Cet oncle boit et brutalise l'enfant. Nous voyons le jeune détenu deux fois à la prison. Une première fois en octobre 1911. pour vol à l'étalage, une seconde fois en juillet 1912, pour vol et port d'arme prohibé. Il avait quitté son oncle avec lequel il se disputait constamment, et vagabondait en compagnie de gamins plus. jeunes que lui.
I a une physionomie intelligente, un regard vif. Il a appris à lire et à écrire le français à peu près correctement, depuis deux ans qu'il est à Lyon, et connaissait déjà le polonais, l'allemand et le russe.
Il paraît avoir une mémoire fidèle et saisit très vite tout ce qu'on lui dit.
(1) Affaire Reidal. — Archives d'anthrop. crim., t. XXII.
Il nie effrontément avoir jamais volé lui-même et accuse les petits camarades qu'il a entraînés. Dans sa cellule il ne travaille que si cela lui plait, il écoute les observations qu'on lui fait, mais n'en agit pas moins à sa guise. Il n’est espièglerie qu'il n'invente pour désobéir aux gardiens. Il écrit sur les murs, la table, la planche à pain de sa cellule, Détériore sa literie, démonte sa chaise pour s’en faire un barreau qu'il plante dans un trou du mur pour grimper à la fenêtre, fait du tapage le soir, excite ses Jeunes voisins. Mis au cachot plusieurs fois, il n'en est nullement corrigé et recommence toujours ses méfaits. Animé de sentiments violents, il déteste son oncle et lui garde une sourde rancune pour les coups qu'il a reçus. Il aime sa mère et voudrait retourner auprès d’elle. Il ne comprend pas pourquoi on l’a enfermé et dit qu'on le traite injustement. Douceur ou menaces sont également inefficaces auprès de lui. C'est un inintimidable impossible à discipliner.
Asymétrie cranienne droite. Oreille droite abaissée par rapport à l'oreille gauche. Cette dernière est fortement écartée. Implantation vicieuse des dents.
ane se 1.455 Tête, longueur. 17,7 Pied gauche 23,7 Envergure . 1.53 — largeur .. 15,0 Médius — 10,4 BUSte ne l Apt SC ETSS) HRREES LA UTICUL NE
Oreille droite.. 5,6 Coudée — 41,3
OBSERvVATION XXX
Natalino C., 15 ans. Père plâtrier, s'était installé à Lyon, est mort à 40 ans, tuberculeux et alcoolique. Mère ménagère bien portante. Cinq enfants, l'ainé a été arrêté déjà pour vagabondage.
Elevé à Lyon, il allait à l'école, mais la manquait souvent pour vagabonder. Il travaille ensuite irrégulièrement dans une imprimerie. Il est arrêté une première fois en septembre 1911 pour-vagabondage, une seconde fois en février 1912 pour avoir volé un saucisson en complicité avec un enfant plus jeune, une troisième fois en avril 1912 pour vol de plomb, une quatrième
fois en juin 1912 pour infraction à un arrêté d'expulsion. À chaeune de ses sorties de prison il s'en allait vagabonder parles rues et ne rentrait chez sa mère que lorsqu'il s'ennuyait dehors, ou lorsqu'il avait faim. C'est qu'il menait joyeuse vie avec les gones des Brotteaux, dont il était un des chefs de bande ! On l'appelait «le Noël » ou «la Clochette des Brotteaux ». Ses yeux brillent de plaisir quand nous le poussons à parler de ses exploits. Il devait s'y entendre pour entrainer les autres.
Il est intelligent, lit, écrit et calcule très bien... quand il. veut. Il est gai et n'â aucune honte de se trouver en prison. Ses cahiers et ses livres, les murs de sa cellule, sa table sont garnis d'inscriptions et de dessins à la plume. Ge sont les inscriptions habituelles M.A.V.-B.A.A., des têtes d'apaches, des fleurs grossièérement tracées, des cœurs traversés d’un poignard avec ces mots : « vengeance, tout ça dans le cœur d'un « gaffe » (gardien) qui fait souffrir une victime ». — « Vive Liabeuf, il en a pas assez crevé, il aurait dû crever Lépine et vingt bourriques (agents de police), mais c'est un chouette type quand même ». — Son portrait avec cette inscription : « Clochette des Brotteaux «fait » (arrêté) pour vol et vagabondage « 6 piges » (6 ans) de maison, n a pas de chance ». — Des chansons de rues qu'il a copiées, d’autres aux vers boiteux qu'il a composées à la prison. — Enfin, des dessins pornographiques représentant des scènes de pédérastie, dessins qui nous laissent peu de doute sur la conduite de l'enfant, qui est d'ailleurs intimement lié avee un certain F... avec lequel il a été arrêté et dont le nom est écrit à côté du sien sur toutes les pages de ses cahiers. Aucune observation n’a d'effet sur lui, il accueille tous les reproches avec un sourire malicieux qui vous désarme, le cachot ne l'impressionne pas. On ne sait. comment agir sur lui pour l'amender.
Incontinence nocturne d'urine jusqu'à 10 ans, accidentelle depuis. s
Il présente une facies lunaire avec le nez aplati vers sa face, vraie tête de comique. Dents erénelées avec incisives saillantes. Tête très volumineuse avec front droit, saillie de l'occipital avec. dépression au-dessus de la tubérosité. Légère déviation des
At
avant-bras en dehors, avec inain petite. Adénoïde. Voile du palais abaissé, voix nasonnée, cicatrice de trachéotomie.
Taille...... 1,46 Tête, longueur, 17,9 Pied gauche 23,7
Envergure . 1,49 — Jargeur.. 15,7 Médius — 9,9 MSIE 5 OAI Ne yes. 48,00 Aürieul. = 751 Oreille droite... 6,4 Coudée — 39,0
Voici enfin, pour terminer, l'exemple de deux autres enfants présentant des tares morales aussi prononcées que celles des deux détenus que nous venons de présenter, mais chez lesquels tout espoir d'amendement n'était pas perdu, les efforts éducateurs ne se heurtant pas, chez eux, à un pareil fond de perversité irrémédiable.