‹ Contribution à l'étude de l'érythème noueuxChapitre 9 sur 14 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

L2 Erythème noueux fébrile. Endo-péricardite. Bronchite. Conjonctivite (Roxpor).

R... Joseph, 18 ans, charron, entré le 21 septembre 1882 à l'hôpital Saint-André, salle 45, lit n° 28, dans le service de M. le professeur Picot, que je supplée pendant les vacances de la Faculté.

(1) Amiaud. L'érythème noueux, ses complications viscérales. Thèse de Paris, 4879. |

(2) Révilloud. Gaz. Hôpitaux, 1874.

(3) G. Sée: Bullet. Soc. Médec. Hôpit., 1859. ?

tire

C'est un homme fort, bien bâti, dont les seuls antécédents morbides consistent en accès de fièvres intermiltentes à type, tierce et quotidien, survenus en 1870 : il n’a pas eu la syphilis, ni d'écoulement blennorrhagique et n'a jamais souffert de douleurs rhumatismales. Par contre sa mère était rhumatisante : quant à son père, mort des suites d’un accident, il ne l’a pas connu.

Depuis les symptômes d'impaludisme qu'il a éprouvés, il ressent de temps en temps quelques maux de tête et s’enrhume assez facilement, mais d’une façon très bénigne.

Sa maladie remonte à douze jours : il est pris de frissons, de céphalalgie, d’une fièvre intense qui ne l’empêchent pas de continuer son travail : six jours plus tard, se déclarent de vives douleurs aux membres inférieurs, surtout dans la partie inférieure des jambes, en même temps que les genoux sont douloureux. Puis des plaques rouges se sont montrées, s’accompagnant de gonflement, de chaleur et de tension des téguments; plusieurs poussées se sont aussi succédé avec le même cortège de symptômes. Les jours derniers, la céphalalgie s’accentuait, la marche était très difficile et c’est cette dernière circonstance qui l’a déterminé à venir à l’hôpital. Je constate alors qu'il est atteint d’un érythème noueux, type circonscrit aux membres inférieurs. On voit sur la partie inféro-interne de la jambe gauche une large plaque saillante, d’un rouge vif, offrant une longueur de trois ou quatre travers de doist, douloureux à la pression, indurée, avec épaississement manifesté du derme ; quelques autres, identiques d'aspect, siègent sur le reste de Ia face antérieure de la jambe, tandis qu'il n'en existe aucune en dedans et en arrière. La chaleur est très élevée au niveau des plaques.

A la partie interne du genou du même côté, une rougeur me semble de prime abord dépendre de la compression produite par la juxtaposition du genou droit : sa largeur est celle d’une pièce de cinq francs en argent : elle persiste et présente également de l'induration et de la douleur à a pression.

Mèmes plaques larges avec les mêmes caractères sur la jambe droite : une petite élevure, d’un volume d’un gros pois, se voit au tiers inférieur de la partie interne de la cuisse ; elle est rouge, cir-

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culaire, offre un empâlement profond, se limite bien entre les doigts et est très douloureuse lorsqu'on la comprime.

Le malade accuse des douleurs au niveau du cou-de-pied gauche, et la pression montre qu’elles se limitent à la partie inférieure de la malléole externe ; pas de gonflement de l’article et des gaines sur le trajet desquelles on ne provoque, par l'application des doigts, aucune sensation anormale. Quelques souffrances sont également percues à la hauteur du tendon rotulien droit.

Rien au thorax et aux bras. Le coude et le petit doigt gauches ont fait souffrir le malade après qu'il eut ressenti les douleurs de genoux. A la partie postérieure du cou, je-trouve quelques boutons d’acné qui se sont déjà développés autrefois.

Les yeux sont larmoyants, rouges; les conjonctivites très infectées, ne présentent pas de nodules érythémateux, il en résulte une cuisson avec sensibilité anormale qui date de quelques jours.

L'exploration de la région précordiale montre que la matité du cœur n'est pas exagérée ; mais le poumon recouvre sa face antérieure dans une grande étendue; on ne sent pas le choc de la pointe; cependant, le soulèvement systolique se manifeste près du ster num, dans le quatrième espace intercostal.

A l’auscultation, on reconnaît un souffle du premier bruit, dont le maximun est à la pointe; il existe un prolongement douteux dans l'artère pulmonaire.

Le second bruit parait normal. Les battements sont forts, bien rythmés. On entend un murmure continu dans les carolides.

Le pouls, de moyenne intensité, est très régulier et bat 84 fois par minute.

L'examen de l'appareil respiratoire montre son intégrité complète.

Peu de chose à noter du côté du tube digestif, la langue est légèrement enduite; l'aspect de la gorge est normal. Le foie déborde de deux centimètres le rebord costal ; la rate est un peu grosse, mais n’est pas sensible à la palpation. Les fonctions intestinales s’accomplissent régulièrement.

Ii n'existe pas de traces d'albumine dans l'urine. La peau est

chaude : hier sensation de poids dans la soirée et vers les 10 heures, sueurs abondantes, T. A. 839°5, P. 84.

Enveloppement des jambes dans de l’ouate : acide salicylique 2 grammes.

Soir temp. ax. 40°2. P. 92.

Douleurs vives celte nuit, à la malléole externe, au coude et au petit doigt du côté gauche. Pas de trace de gonflement articulaire.

En voulant se lever le malade s’est senti encore plus faible qu’hier et avait peine à se tenir debout.

Aux jambes, la rougeur est moins vive et s'éteint graduellement sur le bord des plaques qui, moins épaisses, se séparent par des limites plus nettes des plaques contiguës avec lesquelles elles étaient pour ainsi dire fusionnées. Etat stationnaire au genou gauche.

Le petit nodule de la cuisse droite a beaucoup diminué, l’empàtement en a presque disparu. Pas de. papules sur la bouche, la langue, les conjonctives. La préssion du doigt laisse une légère empreinte sur les nodosités.

Au point de vue de la sensibilité, on trouve à la partie supérieure de la jambe gauche une tache avec nouure dont le centre est insensible ; sur quelques autres la sensibilité paraît diminuée à leur partie médiane.

L'examen du sang nous montre que les globules rouges ne présentent aucune modification de forme, les leucocytes sont très nombreux.

On constate du côté du cœur le même prolongement à la pointe du premier bruit. Rien à la poitrine.

La fièvre persiste. T. A. 39°. P. 80 SOIT ta ASIE TL AC 901- PYSS

23 mai. Sur les membres inférieurs, les taches pälissent et l'engorgement du tissu cellulaire diminue ; à droite une des plaques présente une teinte jaunâtre à sa partie mediane, tandis que près du genou la coloration est violacée ecchymotique. Une légère rougeur indique la place du noyau situé au-dessus du genou droit ; son induration a complètement disparu. Encore un peu d’épais-

sissement sous-cutané avec rougeur sur la plaque du genou gauche. :

Les douleurs se sont dissipées el n'existent plus sur la cheville gauche et aux genoux. En même temps la force des membres parait revenue à peu près à l’état normal.

Une poussée s’est déclarée aux membres inférieurs. On constate l'apparition d'une tache rouge sur la face dorsale de l'articulation métacarpo-phalangienne du petit doigt gauche, laquelle s’est accompagnée d’une douleur vive que le malade compare spontanément à celles qui se sont manifestées à la première période de l’éruption des jambes. A droite‘une rougeur diffuse recouvre la face dorsale de l'articulation métacarpo-phalangienne du médius, mais elle ne présente pas d’empätement ; une légère douleur se produit dans les mouvements du doigt, mais les articulations semblent indennes. Quelques douleurs se sont également montrées dans les coudes.

La céphalalgie n'existe plus : langue encore un peu blanche.

Selles et urines normales. Rien à la poitrine. Les yeux sont revenus à leur état habituel. Pouls régulier, assez ample. Cœur, battements forts : choc un peu en dehors du mamelon : bruits clairs, toujours prolongement du premier bruit à la pointe. T.CA--23995, P::88.

Continuer l'acide salicylique. Soir : T. A. 39°2, P. 82.

2% mai. T: A:-3904, P. 96: Soir : T..A. 393) P: 9%.

25 mai L'état général s’est aggravé : la peau est très chaude : le pouls fréquent et régulier. Langue un peu saburrale, selles normales. Douleurs en urinant.

Même état des plaques aux membres inférieurs; celles de la partie inférieure des jambes gardent encore une légère empreinte œdémateuse. Le malade a beaucoup souffert cette nuit dans les masses musculaires de la cuisse gauche, surtout à la face postérieure et au creux poplité : la pression ne permet pas de reconnaître les points de la névralgie du sciatique.

L'éruption a augmenté sur les membres supérieurs, car il existe des taches rouges sur presque toutes les articulations mélacarpo-phalangiennes des doigts : quelques petites taches papuleuses sont disséminées sur le reste de la face dorsale. Une pustule

:se voit sur la face externe de l’avant-bras reposant sur une base

rouge. À gauche. quelques rougeurs se sont également montrées, sans aucun gonflement.

Plaques confluentes, très rouges d'érythème simple à la nuque.

Les yeux sont douloureux : une petite papule s’est formée sur la paupière supérieure gauche, la conjonciive de ce côté est injectée.

Rien à la poitrine.

Cœur : en plus du souffle du premier bruit à la pointe ; on perçoit un léger trainement à cheval entre les deux bruits, tenant probablement à un frottement. La pression avec l'extrémité de l'index fait reconnaître l'existence, d'un point très douloureux au dessus du mamelon gauche.

L'acide salicylique est remplacé par le salicylate de soude à la dose de 5 grammes en polion.

LAS EPTOU0

Soir, T. A. 3808 ; P. 76.

26 mai. L’éruption de la main droite a disparu, quelques taches lenticulaires très peu persistent, purulent sur le dos de la gauche. Plus de douleurs. Aux jambes, état stationnaire, on sent encore à la main quelques saillies sur la face externe de la jambe gauche.

La papule de la paupière supérieure gauche s’est transformée en une rougeur diffuse. ,

Du côté du cœur, on constate manifestement un trainement après le premier bruit. Le pouls régulier est bondissant. Selles normales.

Soir, T.:A. 39°9: P. 88.

27 mai. Fièvre vive hier soir. A beaucoup toussé, quelques crachats de catarrhe bronchique. Je ne trouve rien à la percussion et à l'auscultation de la poitrine.

La douleur sus-mamelonnaire gauche a disparu, néanmoins les bruits cardiaques ont conservé les mêmes caractères, avec un frottement surajouté qu’on reconnait à la base et à la pointe et qui s'éteint sur place sans aucune propagation.

N'a plus d'éruption aux membres supérieurs, elle s’efface sans avoir entièrement disparu aux inférieurs, car quelques noyaux

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