CHAPITRE Il
Des malades. — Des phénomènes d'intoxication urinaire chez le lapin. — Des urines. — Procédé opératoire. — Observations.
Nous avons laissé cntrevoir dans le chapitre précédent que les cataractes dont nous allons maintenant rapporter les observations se rapprochent beaucoup des cataractes toxiques, nous avons parlé de celles-ci ; nous avons ensuite exposé quelques notions au sujet de l’auto-intoxication et de la toxicité urinaire.
es notions vont nous permettre maintenant de prouver que nos cataractes sont dues à une rétention de produits toxiques dans le sang, à une auto-intoxication véritable, que ce sont des cataractes auto-toxiques.
Tousles sujets que nous avons examinés devaient remrlir un certain nombre de conditions, dont la plus essentielle pour notre démonstration était de ne présenter
ee aucun phénomène capable de faire chez eux de la diminution ou de l’exagération de la toxicité urinaire.
Tous, de plus, étaient exempts d’affections organiques tangibles ; du côté du rein, l’analyse chimique des urines ne nous a permis de constater chez eux aucune altération même grossière du parenchyme, nous avons laissé de côté, d'une façon absolue, toute urine contenant de l’albu-mine ou du sucre ; du côté du foie, nos malades n’avaient aussi aucune lésion, car ils n’ont présenté ni urobilinarie, ni glucosurie alimentaire, ni hypoazoturie, ni aucun autre trouble des fonctions hépatiques.
L'examen du sang, fait par M. Frenkel, « au point de vue de ses éléments morphologiques, de sa matière colo rante et de sa densité, n’a donné aucun résultat saillant. »
Quant à animal dont nous nous sommes servi, c’est celui qu'on utilise le plus dans les laboratoires, le lapin, qui au point de vue particulier des injections intra-vei neuses présente une disposition anatomique fort commode de son réseau veineux. « À la face dorsale du pavillon de son oreille, dit M. Charrin, court le long du bord postérieur une veine marginale facile à atteindre. » C'est par cette veine que nous avons fait nos injections.
Pour n’avoir pas à répéter à propos de chacune de nos expériences les phénomènes produits par l’intoxication urinaire, nous allons les résamer ici en les groupant par appareils ou système, sans tenir compote de leur date d'apparition, ni de leur ordre de succession.
Appareil visuel. — Pupille. — Myosis apparaissant dès que l'injection arrive à 10-15 centimetres. (C'est le premier phénomène
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observé) et augmentant jusqu'à la mort, la pupille est alors punctiforme; après la mort, ce myosis persiste pendant cinq minutes environ, puis la pupille redevient normale, après avoir passé dans certains cas par une phase de dilatation. — Globes occulaires. —, Exophtalmie, très fréquemment ; Nystagmus dyspnéique paraissant lié et synchrone aux mouvements respiratoires devenus rapides et pénibies, sorte de nystagmus agonique, tantôt horizontal, tantôt vertical (Frenkel, Lyon méd., 1893). — Réflexes cornéen et palpébral abolis, — Larmoiement abondant. te
Appareil respiratoire. — Les mouvements respiratoires s’accélèrent (dyspnée), diminuent d'amplitude (respiration superficielle), deviennent pénibles (respiration bruyante, stertoreuse).. Le thorax présente des modifications variables, il est tantôt emphysémateux, tantôt fusiforme, tantôt paralytique.
Appareil circulatoire. — Accélération des battements, irrégularité, affaiblissement, mort en diastole.
Appareil urinaire. — Mictions plus nombreuses, quantité d'urine excrétée augmentée fortement. Cette diurèse qui existe dans toute injection intra-veineuse d’un liquide quelconque est ici bien supérieure à celle que provoque une même quantité d’eau distillée ou d’eau de source,
À ppareil digestif. — Salivation très augmentée, d'arrhée plus ou moins intense, émissions alvines, selles profuses, cholériformes ; quelquefois, quoique rarement, vomissements. — L'aspect du ventre est en général modifié, tantôt ballonné, tantôt rétracté.
Température. — Abaissement thermique très considérable, : jusqu'à 33,34 et même 32 degrés. Cette déperdition du calorique produit chez l'animal intoxiqué des frissons parfois violents et des tremblements en masse de tous les membres.
Système musculaire. — L'irritabilité électrique des muscles, persiste et peut être augmentée ainsi que le font supposer les contractions idio-musculaires, le tremblement fibrillaire des muscles thoraciques et abdominaux, et le nystagmus dyspnéique signalé plus haut, qui est sans doute dû à un phénomène d'hyperexcitabilité
musculaire. »
Système nerveux. — Présentant tantôt des phénomènes d'épui-
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sement : affaissement, résolution, somnolence, coma ; tantôt des phénomènes d’excitation : agitation, convulsions plus ou moins généralisées, convulsions tétaniformes, secousses cloniques, ete. Quand l’animal ne meurt pas d'emblée ou même survit complète ment, l'on peut observer des paralysies toxiques, analogues aux paralysies saturnines et comme elles limitées à un groupe musculaire. (Paralysie des extenseurs des membres inférieurs observée assez souvent.)
A l’autopsie.— Rigidilé cadavérique apparaissant très rapidement ; 10 minutes après la mort la raideur est aussi prononcée que dans le tétanos, fait en rapport avec les convulsions cloniques et tétaniformos. — Tympanisme abdominal, — Anémie des poumons et autres viscères. —- Issue d’un liquide albumineux par les narines.
Les urines ont été injectées en nature, sans subir aucune préparation.
Nous avons recueilli le plus exactement possible les urines des vingt-quatre heures dans un même bocal, et c’est avec ce mélange des urines de la veille et du sommeil, des moments de jeûne et des périodes de digestion que nous avons pratiqué nos injections.
Les urines étaient à la température du laboratoire, soit 17 à 20 degrés;
Elles n'étaient pas filtrées ;
Elles n'étaient pas non plus neutraiisées.
Notre procédé opéralorre cst des plus simples, nous allons le décrire en peu de mots.
Comme appareils, il suffit :
a) De la planchette à fixation de Cl. Bernard ;
b) Un appareil à injection se composant: {1° d’une
aiguille de { millimètre de calibre, coupée en biseau à une
or extrémité ; 2 d’une seringue à deux embouts, un pour aspirer, un autre pour refouler ; 3° d’un tube de caoutchouc permettant de relier l'aiguille à lembout de refou= lement ;
c) D'une paire de ciseaux courbes et fins, destinés à la dénudation de la veine.
Comme temps opératoires, quatre suffisent, dont le pre mier est accessoire ct dont le troisième seul demande quelque habitude et quelque habileté, ce sont: +
L° Fixation du lapin sur la planche: — a) En le prenant par la tête dans un collier en fer composé de deux demi--circonférences ; b) en lui attachant les quatre pattes, le tout d’une façon peu serrée afin de ne pas priver l’animal de tous ses mouvements, ce qui permet de constater les convulsions dès le début de leur production.
2 Dénudaton d’une des veines auriculaires marginales: — à) En tondant les poils sur une toute petite sur face aussi ras que possible ; b) en emportant la peau avec les ciseaux courbes à la manière d’un coup de varlope. Se garder d'ouvrir la veine, ce qui rendrait difficile l’introduction de l’aiguille-trocart.
3° Zntroduction de l'aiguille trocart (aiguille n° 1 de Dieulafoy ou aiguille de Pravaz). — A ce moment l’aide chargé de la seringue amorce l'appareil, et le liquide perlant à l'extrémité de l'aiguille, opérateur pique la veine et cherche à pénétrer dans la lumière du vaisseau. Eu général, il est aisé d'arriver au but, mais si au lieu de lancer l’urine dans le torrent circulatoire, on l’injecte dans le tissu cellulaire, on est bientôt averti de la fausse route par la formation immédiate d’une boule d’œdème, d’une tumeur urineuse qui grossit lentement. Il est inu -
ee tile alors de tâtonner, une seule chose reste à faire, il faut recommencer l'opération sur un autre vaisseau marginal de la même oreille ou de l’autre.
& Injection de l’urine. — L'opérateur maintenant l'aiguille dans le vaisseau, l’aide, c’est à ce moment que son rôl2 devient actif, exerce sur le piston une pression lente et constante. l'injection, en effet, ne doit avoir lieu nipar à-coups, ce qui pourrait amener la rupture du vaisseau, ni avec une vitesse trop grande; nous avons adopté celle de 10 centimètres cubes à la minute qui est cependant une vitesse un peu rapide. Une autre condition, peut-être très favorable, seraitla continuité de l’injection, mais pour cela il aurait fallu nous servir d’une seringue très grande, preuve l’observation X VIT dans laquelle nous avons injecté jusqu'à 750 centimètres cubes, qui dans la plupart des cas l'aurait été beaucoup trop; aussi ayant fait usage d’une seringue de 50 centimètres cubes de capacité nous avons été obligé d'interrompre l’injection par intervalle.
De nombreuses expériences ont été faites avec des malades de tout âge et de tout sexe.
Les développements que nous avons donnés sur les conditions exigées de nos malades et sur les phénomènes d'intoxication urinaire observés chez le lapin nous permettront de ne noter pour chaque cas que los faits essentiels Soit à propos du malade, soit à propos du lapin.
Si nous n'avions pas procédé de Ja sorte, nous serions tombé dans des redites inévitables.
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