B. — HÉRÉDITÉ NERVEUSE EN GÉNÉRAL
On peut affirmer sans crainte que la plupart des cas de goître exophtalmique idiopathique naissent et se dèveloppent sur un terrain de dégénérescence névropathique ou psychopathique; c’est ce terrain qui est le fond commun à toutes les névroses ; il est donc tout naturel de le retrouver dans les antécédents des basedowniens.
Nous devons considérer ici deux subdivisions, deux
LRO Tes,
classes d’antècèdents familiaux, les tares névropathiques proprement dites et les tares psychopathiques ou mentales.
Antécédents névropathiques.
Les observations de maladie de Basedow avec antecèdents. nerveux sont tellement communes qu’on ne les publie plus en génèral, à moins qu’elles ne présentent un intérêt tout particulier; une statistique qui voudrait établir le pourcentage de ces faits pécherait donc fatalement par sa base; aussi ne chercherons-nous pas à figurer par un rapport mathématique quelconque la quantité de goîtres exophtalmiques avec hérédité nerveuse. Mais d’autre part, un certain nombre de faits publiès manquent de notions héréditaires bien nettes, les auteurs s'étant bornes à indiquer du nervosisme ou de l’arthritisme dans les familles de leurs malades. Or, depuis Charcot, nous savons quelle intime relation existe entre l’arthritisme ou le neuro-arthritisme, et la diathèse névropathique : c’est par quelques cas de ce genre que nous allons commencer l’étude des antécédents névropathiques de la maladie de Basedow, et nous verrons qu’il est souvent facile de reconnaître les tares de dègénérescence, même à travers les indications peu prècises des auteurs ou de leurs malades.
Dans la thèse de Mme Pilet-Fouet, une observation dont nous parlerons plus loin à propos d’une autre notion étiologique, donne comme antécèdents hèréditaires de la malade, jeune fille de 27 ans, un père alcoolique, une mère qui s’est suicidée à 46 ans : elle était très nerveuse
on et violente; un frère très impressionnable; une grand’mère maternelle atteinte depuis de longues années d’un
tremblement intense généralisé, de nature indéterminée ; collatéraux bien portants.
Cette observation montre assez combien il est parfois difficile de déceler dans la recherche des antécédents pathologiques des malades les notions prècises qu’on voudrait y trouver : ici, par exemple, rien de net à cet égard, cependant il n’est pas permis de douter que l’on soit en présence d’un cas de dégénérescence névropathique accentuèe : la grand’mère, la mère, un frère, la malade sont des types de névropathes. Un bon nombre de cas de ce genre nous prouveront que, même quand les antécédents familiaux sont mal déterminés, la tare nerveuse se cache évidente derrière l’ignorance ou lé mauvais vouloir des intéressés.
M. Rendu, dans la Revue de Clinique de 1883, cite un cas dont nous nous occuperons ailleurs, où il dit que sa malade est fille d’un père franchement goutteux et d’une mére nerveuse atteinte autrefois d’eczèma, et plus rècemment de pemphigus généralisé auquel elle à failli succomber. À quelque cause que l’on veuille rattacher chez cette malade, l’apparition du goître exophtalmique, on ne peut nier ces antécédents neuro-arthritiques bien nets, et l’on sait quel rôle important ils jouent d'ordinaire dans la production des névroses; les relations qui existent au point de vue de l’hérédité entre les affections du système nerveux, et certaines maladies générales, goutte, arthri-
tisme, rhumatisme », ont êté trop bien étudiées par
RO
Charcot et par M. Déjerine pour que nous ayons besoin
d'y insister. à
Donc, que l’on rattache si l’on veut la maladie de Basedow de cette femme, à une intoxication iodique, comme c’est le Cas, ou à toute autre chose, il n’en est pas moins vrai que l’hérédité ici domine la pathogénie et prédispose à la névrose, l’iode n’étant qu’un simple agent provocateur.
Voyons maintenant quelques observations.
OBsERvATION XV (résumée).
(In Th. Marie. Paris 1883. Obs. V).
Mme de P..., russe, a un grand’père paternel mort subitement, un grand'père maternel mort d’une maladie de cœur, aurait eu des rhumatismes. Le frère aîné a toujours eu des dartres survenant par poussées depuis son enfance ; les deux frères sont très nerveux, ainsi que le père et la mère. Une cousine est épileptique.
Etant enfant, quelques glandes au cou ; un peu mal aux yeux. Bonne santé habituelle.
À 15 ans, goître. A 18 ans, vives émotions, palpitations. Elle se marie à 48 ans et demi. Trois enfants en trois ans. En 1889, rhumatisme articulaire qui semble toucher le cœur. Pas d’exophtalmie ; oppression, boulimie, diarrhée, sueurs, tremblements ; pouls 120.
Au sommet du poumon droit, zône de rudesse. A eu quatre
angines diphtéritiques. Règles normales. OEdème des jambes.
OBsERvATION XVI (résumée).
(Loc. cit. Obs. IX).
Mme V..., 64 ans, passementière. Son père tremblait beaucoup, pas d’autres antécédents nerveux héréditaires connus.
Grandes émotions en 1874, son mari étant devenu fou. Depuis ce temps-là, tremblement. En 1882, pneumonie. A la suite, palpilations violentes : le tremblement s’exagère. Goître ancien Yeux hagards sans exophtalmie. Pouls 100. Toux sèche. Bou-
limie, sueurs, sensations de chaleur. Insomnies.
OBservaTION XVII (résumée).
(Zoc.. cit.ODs.-X):
Maladie de Basedow fruste chez un bijoutier de 40 ans. Mère nerveuse. Pas d’antécédents spéciaux dans la famille; pas d’alcoolisme ni de syphilis. Hémoptysies abondantes en 1869 ; tuberculose pulmonaire. Tremblement généralisé survenu subitement sans cause apparente, les autres symptômes apparaissent peu
après. Grande amélioration par la digitale.
OpservarTion XVIII (résumée).
(Loc. cit... Obs xl):
Mme S..., 45 ans, ancienne employée de commerce.
Son père est mort à 57 ans d’apoplexie cérébrale. Un oncle paternel sans être absolument aliéné, avait des idées bizarres, e4 était généralement considéré comme un original ; il était affecté de tremblement.
Elle-même a été délicate dans la première enfance; pas de
Zoe
maladies graves ; a toujours été nerveuse. Depuis deux ans, crises d'hystérie. Grande frayeur en 1882 ; à la suite, crise hystérique, puis mélancolie, palpitations et tremblement.
Etat actuel. — Pas de goître, pas d’exophtalmie. Impulsion cardiaque forte. Insomnies, tremblement, sueurs, diarrhée, bou-
limie, stigmates d’hystérie.
Opservarion XIX (Résumée).
(toc. cit. Obs. XIV).
C..., 28 ans, employé d'administration ; mère très nerveuse, sans attaques fortes migraines. Père aurait eu des rhumatismes. Sœur très nerveuse. Rien de particulier chez les grands parents ou collatéraux. Lui-même très nerveux. À 25 ans, grande contrariété pour mariage manqué ; inquiétudes et surmenage pour examen.
En 1882, début du tremblement qui redouble au moment de l'examen ; palpitations.
Aujourd’hui, maladie de Basedow fruste, sans troubles ocu-
laires ni thyroïdiens, avec tous les autres symptômes.
OBsERvATION XX (Résumée).
(n th. Sainte-Marie. Paris, 1886-1887. Obs. III).
La nommée F..., 31 ans, demoiselle de magasin ; père nerveux trés emporte, une sœur très migraineuse. Tempérament personnel nerveux. Fatigues excessives. Contrariélés. A la suile, appa-
rut un goître exophtalmique complet.
OBsERvaTION XXI (Résumée)
(Rivalier, Zoc. cit. Obs. IV).
R... Pierre, 37 ans, père nerveux ; lui-même très nerveux. En 1888, surmenage et grandes fatigues, puis vive contrariété. Alors apparaissent insomnies, tremblement, palpitations, goître, caractère irritable ; l’exophtalmie avait ouvert la scène.
OgservaTioN XXII (Résumée).
(Rivalier, loc. cit. Obs. V).
Eugénie X..., passementière, 27 ans. Mère nerveuse. À 5 ans, elle a eu la chorée. Maladive. Jamais d'attaques, mais très nerveuse. Réglée à 19 ans, très irrégulièrement.
À 20 ans, chlorose. À 21 ans, sans cause apparente, survient un goître exophtalmique classique, au complet et très intense.
OBsERvVATION XXIII
(Pilet-Fouet, Loc. cit. Obs. Il).
Grand père Grand'mère Grand père Grand'mère mort à 66 ans morte à 65 ans mort morte
d’apoplexie d’apoplexie asthmatique de vieillesse
= co. D EE
Oncle mort oncle mort|oncle mort tante morte d’apoplexie tubercu- | rhumati- apoplecti-
leux . Sant que Père mort à 65 ans Mère bien portante d’apoplexie nerveuse Notre malade frère mort sœur sœur goître exophtalmique tuberculeux hystérique bien portante Mignon 5
bare
OBsEeRvATION XXIV
(Pilet-Fouet, Zoc. cit. Obs. IT).
Grand’mère Grand père Grand père Grand'mère morte à93 ans mort à 91 ans mort de morte de tête faible vieillesse vieillesse Te NN TNEUR | = Père mort 77 ans 5tantes mortes mère nerveuse oncles hémiplégique de vieillesse d’apoplexie fou- bien portants droyante ;
D ss 2 2
Frère mort de frère nerveux notre malade sœur morte 44 ans congestion Basedownien © mélancolie maladie inconnue cérébrale neurasthénie mal. de Basedow
Dans les observations qui précédent, le nervosisme indéterminé, le neuro-arthritisme sont les seuls antécè— dents héréditaires relevès : il faut toujours en tenir compte dans l’apparition d’une névrose comme goître exophtalmique, car eux seuls suffisent pour Comprendre pourquoi la moindre secousse morale peut quelquefois faire naître le syndrome de Basedow chez les individus, sains en apparence, mais ayant de lourdes tares héréditaires ignorées qui n’attendent qu’une occasion pour se manifester.
Voyons maintenant les antécédents névropathiques proprement dits :
Ici nous n’aurons que l’embarras du choix, et c’est chose courante que de retrouver une névrose quelconque chez les ascendants des basedowniens.
Nous avons déjà vu que dans le cas d’Oesterreicher, la mére de tous ces exophtalmiques était une hystérique.
M. Déjerine rapporte à la suite de cette observation un
fait de Cautilena où une femme hystérique donne naissance à deux enfants qui deviennent un jour atteints tous deux de goître exophtalmique.
Dans la remarquable thèse de M. Marie, à laquelle nous avons déjà emprunté plusieurs observations, nous trouvons encore celle-ci, que cite M. Déjerine.
Osservarion XXV (Résumée}.
(Marie, loc. cit. Obs. I).
La nommée N..., âgée de 18 ans, blanchisseuse, entre le 10 janvier 1883, salle Saint-Jean, n. 14, service de M. Bucquoy.
Mère bien portante ; père épileptique. Un frère a des rhumatismes.
Palpitations dès l’âge de 7 ans; réglée à 12 ans 1/2. Attaques de nerfs, exophtalmie depuis le mois de juillet dernier.
Etat actuel. — Saillie des yeux, goître, anémie, palpitations. Tremblements des mains et des pieds. Chaleurs, boulimie, urti-
caire. Cœur gros. Pas de tuberculose.
OgservarTion XXVI (Résumée).
(Marie, loc. cit. Obs. IT).
B... 21 ans, doreur sur bois. Père atteint de paralysie agitante ; mère folle ; deux cousines épileptiques.
Pas d’alcoolisme. Pas d'excès vénériens. Fièvre typhoïde il y a 13 ans. Bronchite il y a 3 ans. Tremblement depuis un au. Malade maigre ; ni goître, ni exophtalmie. Tremblement évident aux quatre membres. Réflexes exagérés. Diarrhée. Insomnies. “Sueurs continuelles. Boulimie. Accès d’angine de poitrine; toux
quinteuse. Vitiligo.
more
OBservaTION XXVII (résumée).
Gros, in th. Paris, 1883-1884. Obs. VI.
Me L..., 34 ans, fille d’un père épileptique et d'une mère quelque peu folle; a eu une fièvre typhoïde à 18 ans. Quatre enfants dont trois sont morts en bas-âge de méningite. Après sa dernière couche, accès de mélancolie, troubles mentaux ; dysménorrhée ; puis goître exophtalmique fruste sans exophtalmie ni goître ; tachycardie, tremblement, sueurs, boulimie, anorexie,
insomnie, etc.
OBservaTIoN XX VIII (Résumée).
(Rivalier, Zoc. cit. Obs. VIL.)
Alice X.., 24 ans, infirmière. Père nerveux, mort de fièvre typhoïde. Mère et frères nerveux. Oncle épileptique.
Elle-même est délicate, très nerveuse. Réglée à 14 ans.
A 15 ans, chlorose.
À 16 ans, vive colère; apparition presque subite de la maladie de Basedow. Elle entre à la Charité il y a trois ans ; elle y prend la fièvre typhoïde; celle-ci fait rétrocéder le goître exophtalmique qui reparaît pendant la convalescence.
Douches et galvanisation. Guérison en 18 mois.
OBservaTION XXIX (Résumée).
(Rivalier, oc. cit. Obs. X.)
Gustave Ch..., 20 ans, employé de bureau. Mère hystérique. Père et oncle nerveux. Lui-même nerveux, migraineux, impres-
sionnable, mais bonne santé habituelle. Il y a 3 ans, quelques cri-
ses hystériques. Fatigues au régiment. Puis palpitations qui deviennent de plus en plus fréquentes.
Actuellement, maladie de Basedow accentuée, avec anémie
profonde.
OBsERvATION XXX (résumée).
Raymond et Sérieux. Revue de médecine, 1892. Obs. II.
Madame X..., 32 ans ; sa mère était neurasthénique au plus haut degré : son père, mort à 40 ans, était débauché, entaché d'alcoolisme chronique ; le grand-père maternel a laissé la réputation d’un homme violent, irascible, et la grand’mère était bizarre de caractère.
Stigmates physiques de dégénérescence : asymétrie faciale. Anomalie des mâchoires.
Signes psychiques. Emotivité. Déséquilibration mentale, craintes obsédantes ; obsessions hypochondriaques.
Automatisme de certains actes spéciaux. Neurasthénie.
Goître exophtalmique avec sa triade, amélioré par lélectri-
cité.
OBservaTioN XXXI (Résumée).
(Raymond et Sérieux, Zoc. cit. Obs. Il).
Isabelle M.., 19 ans, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Trousseau, n° 27, le 18 juin 1891. Sortie le 22 juillet. | |
Le père est atteint depuis de longues années d’un tic douloureux de la face. La mère très nerveuse, excentrique, hystérique, a de fréquentes crises de nerfs. Grand-père maternel mort hémiplégique à 40 ans.
Signes physiques et psychiques de dégénérescence et de désé-
JR
quilibration mentale; instabilité; caractère querelleur et violent, irascibilité, émotivité, terreurs nocturnes, polyurie.
Maladie de Basedow, complète, débutant sans canse à 17 ans.
Ogservarion XXXII (Résumée).
(Vigouroux, in Brunet, th. Paris, 1893-1894. Obs. V).
Del... 22 ans, fut envoyée dans le service d’électrothérapie par M. le professeur Charcot en mars 1891.
Sa grande-mère maternelle est sujette à des attaques d'hystérie qui se renouvellent très fréquemment. La mère est en bonne santé, mais très impressionnable. Une tante a eu des crises de nerfs à la suite de fortes émotions. Son frère et sa sœur sont nerveux. Père bien portant.
Début brusque de la maladie de Basedow, il y a un an, à la suite d’un grand chagrin. Maniaque. Dégénérescence, émotivité.
Amélioration rapide par l'électricité.
pide p
Nous pourrions allonger presque indéfiniment cette liste; mais nous pensons que les observations typiques que nous venons de donner suffisent pour montrer quelle importance énorme prend dans l’étiologie du syndrôme de Basedow l’hérèdité névropathique (hystèrie, épilepsie, paralysie agitante, neurasthénie, etc.).
Non-seulement ces névroses se rencontrent fréquemment chez les ascendants des malades, mais on les retrouve aussi très souvent associées chez les malades eux-mêmes au goitre exophtalmique; et cela se comprend, étant donnée la facilité bien connue avec laquelle les névroses s’unissent ou se remplacent chez les prèdisposés.
Me.
Quand chez un basedownien on observe, soit l’hystérie, soit l’épilepsie, soit toute autre névrose, cette association tient uniquement au terrain nerveux sur lequel ont germèë parallèlement les deux maladies. Il n’y a entre elles, aucun rapport direct de cause à effet; elles sont toutes deux le résultat de l’action d’une même cause primordiale, l’hérédité nerveuse. Il en est de l’hystèrie comme de la dégénérescence mentale; elles peuvent se combiner plus ou moins avec la maladie de Basedow, mais restent indépendantes l’une de l’autre. Aussi regardons-nous association des névroses chez les basedowniens, comme des coïncidences fréquentes, parfois fatales même, mais nous ne croyons pas à leur action directe sur la genèse du goitre exophtalmique ; c’est pourquoi nous ne ferons pas un chapitre spécial pour les étudier comme facteurs étiologiques distincts, et comme toutes dépendent de l’hérèditèé névropathique, il nous a semblé préférable d’en parler à propos de cette dernière.
Chaque. fois qu’une névrose vient compliquer la maladie de Graves, derrière cette association se cache toujours la dégénérescence nerveuse, et c’est elle qui fait éclore sur un terrain héréditairement prédisposé toutes les névroses quelles qu’elles soient, et toutes au même titre.
Quelques exemples vont le montrer :
Ogsenvarion XXXIII (Résumée).
(Joffroy, in Martin, th. Paris, 1889-1890. Obs. XXIII).
Jeune fille de 23 ans, présentant depuis 5 mois tous les symp-
tômes d’une maladie de Basedow. C’est une dégénérée à lourdes
tares héréditaires. Elle est hyslérique. Sous l’influence de sa maladie de Basedow elle a l’hallucination visuelle d’un chien enragé dont elle a eu peur il y a longtemps et dont elle avait
gardé pendant plusieurs années une première hallucination.
OpservarTion XXXIV (Résumée).
(Brühl, in Duhamel. Th. Paris, 1893-1894. Obs. II).
Femme de 61 ans, asystolique ; goîtreuse depuis 20 ans. Père mort d'accident à 51 ans. Mère morte d’asystolie à 75 ans. Douze frères ou sœurs, tous névropathes ou goîtreux.
Elle même est névropathe ; attaques de nerfs; hystérie ; revers de fortune en 1870, à la suite, accentuation de son état nerveux. Exophtalmie et palpitations depuis trois ou quatre ans.
OBsErvarION XXXV (Résumée).
(Renault. Th. Paris, 1889-1890. Obs. XVII).
Le nommé X..., 19 ans, garçon de magasin, est atteint d'une maladie de Basedow à peu près complète : goître, palpitations, tremblements, diarrhées, insomnies, chaleurs, sueurs, etc. Antécédents héréditaires névropathiques. Atlaques d’hystérie fré-
quentes et points douloureux dans les fosses iliaques.
OBservarion XXXVI (Résumée).
(Renault, Zoc. cit. Obs. XIX).
0..., Marguerite, 20 ans. Antécédents héréditaires névropathiques; un frère mort d’endocardite rhumatismale. Neurasthénie
et hystérie compliquant un goître exophtalmique fruste.
er /—
OBservarion XXXVII (Résumée).
(Renault, loc. cit. Obs, XXIII).
La nommée W... Joséphine, 91 ans, est atteinte d’une maladie de Basedow très nette et très complète avec troubles mentaux et idées noires. Antécédents héréditaires névropathiques.
Hypéresthésie ; boule hystérique; points ovariens.
Osservarion XXX VIII (Résumée). (Gros. Th. Paris, 1883-1884. Obs, l).
Bland. René, 16 ans, sans profession. Père nerveux. Luimême épileptique : à 9 ans, fièvre typhoïde arrêtant l’épilepsie, une chorée la remplace. Depuis, peu à peu, s’est installée une maladie de Basedow fruste avec troubles oculaires sans exophtalmie; goître, palpitations, tachycardie, tremblements ; diplopie et dyschromatopsie.
Ces quelques observations prises au hasard (et nous aurons encore l’occasion d’en rencontrer plus loin de semblables), montrent bien qu’au-dessus de l'association des névroses avec le syndrome de Basedow il y a la tare héréditaire qui les dirige et les commande, nous pensons qu'il est inutile d’insister davantage sur ce point et nous passons immédiatement à l’ètude des antécédents men-
taux.
Antécédents psychopathiques.
L’hérédité psychopathique ou mentale, que l’on retrouve un certain nombre de fois dans la maladie de Basedow, Mignon 6
A pre.
imprime à cette névrose un cachet un peu particulier, en ce sens qu'au goître exophtalmique s’associent très fréquemment des troubles psychiques beaucoup plus accusès que ceux que l’on observe ordinairement.
On sait, en effet, et Basedow lui-même Pavait dèjà remarqué, combien sont habituels ces phénomènes psychiques dans la maladie de Graves; le changement dans Je caractère des malades, leur excitabilité, leur irritabilité, leur état plus ou moins émotif ou mélancolique sont des symptômes courants qui se rattachent au syndrome. D’après Ball, tous les exophtalmiques ont de l’excitation psychique, des idées bizarres, en un mot une foule de troubles mentaux légers qui font partie de l’ensemble symptomatique.
Bœdecker dit même qu’il existe toujours chez les basedowniens un'certain degré de dégénérescence mentale. Mais parfois ces phénomènes prennent une intensité remarquable qui attire à elle toute l'attention des observateurs, et surtout chez des individus issus d’une souche. riche en tares psychopathiques. Faut-il rapporter cet état de déséquilibration mentale au goître exophtalmique ou à la psychopathie héréditaire? MM. Raymond et Sérieux, dans un remarquable mémoire de la Revue de Médecine pour lannée 1892 et après eux, M. Brunet dans sa récente thèse inaugurale (1894) sur la dégénérescence mentale et le goître exophtalmique, prouvent clairement que cette dégénérescence est indépendante du syndrome de Basedow ; ces états dèmentiels ne sont qu’associès à la névrose et ne dépendent comme elle que de
l’hérédité psychopathique qui domine leur genêse et règle
nl tes
leur développement. Nôus n’avons pas l'intention d’ajouter quelque chose de nouveau aux travaux que nous venons dé citer; nous voulons seulement rapprocher l’hérèdité mentale dé l’hérédité nerveuse, montrer que les psychoses, comme les névroses, ne viennent compléter la symptomatologie du goître exophtalmique que sous l'influence d’une tare héréditaire commune, et donner quelques observations où l’association de ces psychoses au syndrome de Basedow se rattache nettement au terrain de dégénérescence psychique sur lequel elle évolue.
Nous verrons d’ailleurs que tares héréditaires nerveuses ou mentales, qu’hérédité névropathique ou'psychopathique se rencontrent souvent dans une même famille ou se concentrent sur‘un seul individu, ce qui permet de comprendre comment névroses et psychoses s'unissent et se combinent chez un même malade, indépendantes entre elles, mais essentiellement dépendantes des tares ancestrales qui président à leur évolution.
OBsERvATION XXXIX (résumée).
(Vigouroux,. in. th. Brunet. Obs. IV).
Marie J..., 25 ans, service d’électrothérapie à la Salpêtrière.
Antécédents héréditaires. — Père bien portant. Mère méchante, d’un caractère difficile, battait ses filles ; oncle maternel mort d'une maladie noire : il était sombre, ne causait à personne refusait de manger, Grand'père maternel, ivrogne et débauché, a mangé sa fortune. Deux sœurs bizarres : l'une d'elles est très
avare ; l’autre est gourmande, rend son mari malheureux et a
Or vendu son mobilier à plusieurs reprises à l'insu de ce dernier.
Antécédents personnels. - Vers l’âge de deux ans, convulsions qui ont duré deux ou trois jours. Croup à la même époque. Réglée à 11 ans, régulièrement. Vers celte époque elle avait des périodes d’énervement pendant lesquelles elle cassait la vaisselle et les glaces dans lesquelles elle se regardait. A 13 ans, elle quittait sa famille pour aller vivre avec un amant avec lequel elle a des rapports réguliers. A 18 ans, elle devint enceinte, Pendant sa grossesse elle a de nombreuses impulsions. Elle a volé à plusieurs reprises, en particulier un melon vert qu’elle a mangé tout entier y compris la queue. Après son accouchement les impulsions deviennent plus fréquentes surtout au moment de ses règles ; elle a acheté un jour un marteau pour mieux casser la vaisselle. À 20 ans, à la suite d’un chagrin violent, elle eut une crise de mélancolie qui dura six mois, pendant laquelle elle fut internée à l'asile des aliénés de Blois. Elle se croyait sans ressources ; elle se figurait avoir douze enfants dans le ventre, être grosse comme
une tour.»
Revenue à Paris, elle entre deux fois à l'hôpital; la première fois pour une bronchite, la seconde pour une diarrhée rebelle avec fièvre et délire. Pendant son délire elle aurait des hallucinations visuelles : en même temps survint une anesthésie généra-
lisée qui dura cinq jours.
M... a de fréquentes hallucinations visuelles au moment de ses règles. Elle a toujours été d’un caractère difficile elle était sans cesse obsédée par des idées fixes et d’une rare inégalité
d'humeur,
Au point de vue de la maladie de Basedow la malade présente de la tachycardie, du goître, du tremblement et une notable diminution de la résistance électrique ; insomnies, cauchemars,
faiblesse généralisée.
LR 4 0 ES
Stigmates d’hystérie: diplopie monoculaire, plaques d’anesthésie diffuses, zônes hyslérogènes.
Osservarion XL (Résumée).
(Sérieux, loc. cit. Obs VIII).
À 40 ans, issue d’une famille d’aliénés, déséquilibration mentale; obsessions, impulsions, anomalies de l'instinct sexuel. Goitre exophtalmique datant de 8 ans, venu sans cause apparente.
OBservaTION XLI (résumée).
(Cane, Zoc. cit. Obs. XXXI).
Mme P..., veuve, 42 ans. A toujours été nerveuseet irritable. Une tante bizarre s’est suicidée. Maladie de Basedow apparue à la suite de la mort de son mari.
Troubles psychiques polymorphes avec excitation sexuelle accompagnant la maladie de Basedow. Sous l’influence de la belladone, l’état mental s'améliore en même temps que les palpitations. Mais elle prend une fièvre typhoïde à la suite de laquelle tous les troubles psychiques reparaissent. Alternatives de mélancolie et d’agitation maniaque. Soignée dans un asile et guérie au bout de six mois.
À la sortie de l’asile, elle s’empoisonne par la strychnine. On put la sauver, mais l’état ne fit que s’aggraver. Elle rentre à l'asile.
Le goître exophtalmique est resté stationnaire.
Ogservarion XLII (résumée).
(Ballet, in th. Martin, Paris, 1889-1890, Obs. XX).
Malade atteinte de goître exophtalmique avec parésie des muscles oculaires et faciaux. Hystérie. Hémianesthésie gauche ; perte du:.sens musculaire; diplopie monoculaire.
Deux oncles morts fous ; Iûi-même toujours nerveux. En 1886, chute à la mer d’une hauteurde six mètres. A la suite perte de connaissance, puis apparition de la maladie de Basedow avec phénomènes hystériques et mentaux : hallucinalions, délire,
“etc.
OgservarTion XLIII (résumée).
(Bædecker, in th. Martin, Obs. XXV).
A. K..., 46 ans, nombreuses tares héréditaires : Père et grand père alcooliques. Mère nerveuse. Tante folle.
Abandonnée par son amant après en avoir eu un fils, elle eut un accès de folie. La mort de son mari et d’autres soucis de famille firent apparaître la maladie de Basedow avec phénomènes
mentaux.
Dans plusieurs de ces observations, celles de Vigouroux, de Ballet, entre autres, nous trouvons soit une association de lhérédité névropathiqué et de l’hérédité psychopathique, soit des névroses comme l’hystérie naissant sur un terrain de dégénérescence mentale, au même tre que la maladie de Basedow ; et dans les thèses de Renault, de Martin, de Mme Pilet-Fouet, de Brunet, il y a de nombreux cas analogues. Cela nous prouve que lhé-
rédité nerveuse et l’héréditè psychique, associées ou non, sont également capables de créer la dégénérescence cérébrale, et c’est sur cette dernière, quelle qu’en soit la cause primitive, que naissent et évoluent toutes les névroses en général, et en particulier, l’hystérie et la maladie de Basedow que nous retrouvons si souvent côte à côte.
« Gomme conséquence, dit Brunet, tous les exophtalmiques qui présentent des troubles psychiques sont mar-
qués au coin de la dégénérescence.
Est- ce à dire que tous les malades atteints de goître exophtalmique sont des dégènérès? Nous n’oserions pas Paffirmer, bien que les antécédents héréditaires de ces malades, l'étude de leur passé, et l’évolution même de leur affection, permettent de soutenir une telle opinion.
Malgré toutes ces raisons, nous ne croyons cependant pas avoir le droit d’affirmer que tous les Basedowniens sont dégénérés, car il en est certainement chez lesquels on ne saurait trouver de signes assez certains de dégénérescence. »
Cette restriction bien lègitime doit s’appliquer aux cas relativement nombreux de goîtres exophtalmiques survenus chez des individus sans tare héréditaire appréciable ou méritant d’être retenue, sans compter tous ceux qu’on ne peut rattacher à la névrose; mais à notre avis, partout où il y a hérédité nerveuse ou psychique bien nette, il faut légitimement soupçonner et accuser la dégénèrescence, même si elle ne se montre pas évidente aux yeux et à l'esprit des observateurs.
Quoiqu'il en soit, retenons en passant la remarque de