AVANT-PROPOS
L'idée d’effectuer le travail que nous présentons aujourd’hui nous est venue dans les derniers mois de 1948. En effet, peu de temps après notre installation à Lyon, nous nous sommes rendu compte que l’officine que nous venions de reprendre offrait des possibilités exceptionnelles de procéder à un ensemble de recherches qui tiendraient à la fois de l’observation clinique, de l’investigation statistique et de l’expérimentation thérapeutique sur les Helminthiases.
Notre prédécesseur à l’officine, Monsieur Roger TREILLE, Pharmacien et Docteur en médecine, s’était acquis à Lyon et dans les départements limitrophes du Rhône, grâce à une compétence particulièrement étendue en matière de Parasitologie en général et en Thérapeutique anthelminthique en particulier, une sérieuse réputation, tant dans certains milieux médicaux qu’auprès du public. Ceci faisait que, tout en exerçant sa profession de Pharmacien, Monsieur le Docteur TREILLE était sollicité quotidiennement par de nombreux malades qui venaient lui demander conseil au sujet du traitement de leurs Helminthiases. Fréquemment aussi, des médecins, devant des infestations vermineuses rebelles, demandaient à notre confrère un avis qu'ils considéraient comme autorisé.
C’est ainsi qu’instruit et conseillé tout d’abord par notre prédécesseur, puis encouragé et orienté par notre ancien maître, Monsieur le Professeur MEYER, nous avons pensé pouvoir utiliser nos nombreux contacts quotidiens avec une clientèle toute spéciale qui venait à notre officine parce que celle-ci a la réputation de « soigner les vers », pour nous livrer aux recherches qui font l’objet de ce travail.
Nos remarques statistiques et observations portent sur une période de temps de 2 ans qui s’étend du 1°' novembre 1948 au 31 octobre 1950. Nous donnerons à propos de chaque point de notre étude les chiffres y afférant mais nous pouvons dire dès maintenant, que nous avons vu mensuellement plus d’une centaine de cas
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Sur les conseils de notre maître, Monsieur le Professeur MEYER, nous avons complété l’enseignement d’ordre expérimental tiré de l’observation de ces cas par un travail de consultation bibliographique effectué dans les textes des ouvrages et articles de revues français, anglais, et allemands les plus récents consacrés à l’Helminthologie. Toutes ces données ont conditionné nos recherches et notre plan de travail.
C’est ainsi que l’on pourra s’étonner de ne pas voir figurer les Tricocéphales dans cette étude relative aux Helminthiases alors que la plupart des statistiques en font un des parasites intestinaux les plus fréquents dans nos régions. On comprendra aisément cette absence si l’on veut bien se rappeler que nos données de base sont, en fait, à rapporter à une symptomatologie plus ou moins morbide : les porteurs ou prétendus porteurs d’Helminthes ne se présentant à notre officine que lorsqu'ils « souffraient » de quelque chose, ou bien encore lorsqu'ils avaient décelé macroscopiquement l’existence d’un parasite dans leurs selles ou dans leur linge. Or, les Tricocéphales, quand ils ne passent pas absolument inaperçus, comme c’est assez fréquemment le cas (seule une analyse coprologique en révélant l’existence), donnent lieu à une symptomatologie très spectaculaire qui provoque une démarche immédiate auprès du médecin. Nous n’avons donc pratiquement eu que très peu d'occasions de nous occuper de ce parasite; ceci fait que nous n’avons pu nous livrer à son sujet à une étude originale.
Avant de passer à l’exposé de notre plan, rappelons brièvement les conditions pratiques de notre travail.
Dans nos entretiens et rapports avec notre clientèle, nous adoptions presque invariablement l’attitude suivante : nous laissions d’abord notre interlocuteur nous rapporter les différents symptômes qu’il avait notés et les observations macroscopiques qu'il avait pu faire, puis par l’interrogatoire, nous essayions sinon de complétér le tableau clinique, tout au moins d’y inclure le plus d’éléments possibles. Ensuite, nous tentions de retrouver l’étiologie et de découvrir les conditions d'hygiène et d'habitation. Ce n’est qu’une fois tous ces aspects du problème bien établis, que nous expliquions ce qui, à notre point de vue, constitue l'hygiène prophylactique et la thérapeutique de l’Helminthiase en question. Nous n’hésitions jamais à insister tout spécialement sur certaines recommandations de propreté et d’hygiène générale dont on mésestime encore trop souvent l’importance, quand on ne les ignore pas tout bonnement.
Donc, dans l’ensemble, notre première tâche consistait en une sorte de dépistage, car si parmi les personnes qui se présentaient à nous il y en avait dont l’Helminthiase ne faisait aucun doute, par exemple lorsqu'elles apportaient la preuve morphologique de leur infestation (anneau de Ténia conservé soigneusement entre deux feuilles de papier ou encore Ascaris recueilli dans un flacon), il en était d’autres par contre, dont les symptômes n’évoquaient que de très loin, sinon pas du tout, un parasitisme vermineux. Ces infestés imaginaires reflétaient un certain courant d’idées répandues dans les milieux populaires où, pour les
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enfants en bas âge en particulier, n’importe quel accès de fièvre est attribué à (une tournée de vers », ou encore à une « montée de vers ». Il fallait donc distinguer les Helminthiases réelles des imaginaires, ce qui n’était pas toujours facile, car entre ces deux extrêmes, il y avait des cas douteux pour lesquels nous recourions à une méthode que nous expliquerons plus loin et qui nous permettait de confirmer ou d’infirmer cette maladie.