OBSERVATION X
Siredey et Garnier. (Soc. med. des Hôpilaux, 7 juin 1895)
GC... Pauline, âgé de 37 ans, est entrée le 28 avril 1895, salle Corvisard, n° 5, à l'hôpital Saint-Antoine, service du docteur A. Siredey.
Dans les antécédents, on ne relève qu'une affection du genou droit à l'âge de 19 ans, terminé par ankylose ; à 20 ans une pleurésie. — Six grossesses, cinq enfants avec un premier mari, et un avec le second; sur ces six grossesses une seule ne vint pas à terme et fut interrompue à 7 mois par une fausse couche, provoquée, au dire de la malade, par un violent effort. Cette fausse couche d'ailleurs était suivie de deux grossesses normales, venues à terme ; tous les enfanis sont morts, choléra, méningite, rougeole, deux du croup. — Migraines coïncidant avec les époques menstruelles. Pas d'hémoglobine, pas de fiévres intermittentes, pas de syphilis.
Début. — Première atteinte de la maladie il y a 4 ans, en:
janvier 1891 ; brusquement, à l'atelier, elle fut prise de violents frissons accompagnés de sensation de constriction épigastrique, suivi bientot de nausées, vomisssements, douleur intense dans la région lombaire ; puis émission d'urine rouge. Les jours suivants les mêmes symptômes reparaissaient chaque fois que la malade voulait sortir. Elle entra alors à Necker, chez M. Guyon, y resta trois mois et sortit guérie.
Depuis cette époque jusqu à la fin d'avril 1895, Pauline C... fut très bien portante. Elle travaillait régulièrement, allait laver son linge au lavoir en hiver comme en été, sortant par tous les temps, sans prendre de précaution spéciale contre le froid, sans qu'il survint de crise nouvelle.
Elle eut, dans cet intervalle, un enfant qu'elle allaita ; c'est cette petite fille qui est morte du croup, il y a deux mois. En même temps, son mari entrait à l’hôpital Saint-Louis, pour une affection chirurgicale.
La mort de cette fillette et la maladie de son mari l'éprouvêrent beaucoup, et, le 24 avril. elle fut prise d'un accès semblable à celui qu’elle avait eu déjà en 1891. L'accès éclata brusquement à l’atelier comme la première fois et évolua de même. Le lendemain, la malade étant retournée à l'atelier , eût on nouvel accès, de même les jours suivants.Elle entre à l'hôpital le 28 avril.
Femme pâle, lèvres et gencives faiblement colorées ; pas d’ictère. Pas de trouble viscéral, sauf un souffle systolique à la base du cœur. La malade se plaint de faiblesse, d’une sensation de langueur, et d'une douleur persistante à la région lombaire. Un peu de sensibité des reins à la palpation. Les urines sont claires, limpides, un peu pâles, leur quantité est de 21. à 3 I. 1/2, la densité de 1015 ; pas d’albuminurie, ni de sucre. La malade avait apporté dans un flacon de ses urines foncées qui au spectroscope présentent les traces de la méthémoglobine.
Le 3 mai, elle sort vers 2 heures de l'après-midi, par une température de 15 à 17° ; au bout de trois quarts d'heure, elle a un maïlaise léger, ses urines ont une teinte vineuse, qui disparaît aux mictions suivantes.
Le 4 mai, elle descend au jardin, vers 7 heures du matin ; au bout de quelques instants, elle éprouve un violent malaise et l'accès typique se déroule.
Le 16 mai, la malade qui était sortie les jours précédents sans inconvénients, sort encore maigré un abaissement assez sensible de la température extérieure qui n'est plus que de 9 à 10° au maximum. Au bout d'une demi-heure, elle est prise de son malaise, remonte dans la salle, et l'accès éclate. Fréquentes envies d'uriner, mais elle ne peut le faire qu'au bout de trois quarts d'heure, et émet alors de l’urine acajou ; un peu plus tard, nouvelle miction, urines vin de Porto. Puis, la coloration baisse et devient normale le soir.
Le 21 mai, elle a une crise avortée ; sortie vers une heure de l'après-midi par une température de 21 degrés, elle a le temps de regagner son lit dés le début de son malaise: elle a des nausées, baillements, douleurs lombairs et frissons légers, mais ces symptômes s'atténuent vite, et l’urine rendue n’a qu'une teinte acajou, rappelant celle des urines hémaphêiques ; elle renferme de l'albumine en quantité notable ; mais on ne constate pas au spectroscope les raies dela méthémoglobine ni la raie de l’urobiline. Le chloroforme et l'acide nitrique ne donnent pas les réactions de l’hémaphéine. L'urine émise deux heures plus tard, a une couleur normale et ne renferme pas d'albumine.
L'examen du sang, fait dans l'intervalle des accès, montre que le nombre des globules rouges est diminué, mais que la richesse globulaire est voisine de la normale. Les globules sont réguliers, bien conformés.