OBSERVATION XI
Inédile due à l'obligeance de M. le Docteur Siredey, médecin de l'hôpilal Saint-Antoine et de M. Garnier, interne des hÔpilaux.
C'est la suite de l'observation précédente.
Pauline C... rentre le 22 octobre 1895 à l'hôpital St-Antoine, salle Corvisard n° 19, service de M. le I)" A. Siredey.
Depuis qu'elle est sortie de l'hôpital ; en juin dernier, la malade à toujours été bien portante. D'ailleurs durant tout cet été, elle se couvrait beaucoup.
Il y a 15 jours environ,vers le commencement du mois,elle a eu
une nouvelle crise. Il faisait froid ce matin-là : la malade alla à l'atelier comme d'habitude, et dés l'arrivée à l'atelier, elle ressentit le début de son malaise; elle reconnut dés l'instant ce qu'elle allait avoir et comme elle l'avait déjà fait, annonça qu'elle allait uriner du sang. Elle avait la sensation de froid aux pieds, de petits frissonnements sur le corps, des étourdissements, une douleur lombaire assez vive; en même temps, elle claquait des dents, et ressentait la sensation de constriction épigastrique ; elle compara cette sensation à une boule qui lui remontait vers Ja bouche et qui l'étoufferait. Elle rentra chez elle, se coucha, et émit alors des urines noires. Dans la journée, elle resta couchée et ses urines devinrent peu à peu de moins en moins foncées. Le lendemain elle reprit son travail. Les jours suivants, elle continua à travailler, mais elle était mal à l'aise. fatiguée.
Le 21 octobre, elle eut une nouvelle crise, plus forte que la premiere. Elle débuta vers 10 heures du matin, par des vomissements, douleurs de reins, sensation d’engourdissement des extrémités, sensation de boule remontant à la bouche el l'étouffant. La malade se fit alors ramener chez elle ; on la soutenait, et elle sentait à peine le sol en marchant. Elle se coucha en arrivant chez elle et eut alors un frisson violent, avec claquement de dents, et elle émit des urines rouges. Toute la journée, elle resta mal à l'aise ; elle se plaignait de maux de tête, d'engourdissements et ce n’est que vers 4 heures du soir qu'elie commença à se trouver mieux. A partir de ce moment, l'urine devint de moins en moins foncée, et ce n’est que la nuit suivante qu'elle arriva à la normale.
Le lendemain 22, la malade se décide à revenir à l'hopital, en apportant un échantillon de ses urines de la veille. La malade est pâle, anémiée, la muqueuse un peu décolorée ; elle n'est pas sensiblement plus fatiguée que lors de son premier séjour dans la salle. Le souflle de la base du cœur existe toujours ; la
palpation des reins est douloureuse. L’échantillon d'urine apporté par la malade est d'un beau grenat foncé quand on regarde sa transparence ; si on le voit dans le vase au pied du lit et éclairé directement, il est très foncé, presque noir. Au spectroscôpe on constate les raies de la méthémoglobine.
La malade est mise au repos et au régime lacté, au bout de quelques jours on la remet au traitement par la teinture de Mars, cinq gouttes matin et soir comme lors de son premier séjour.
Les urines, depuis que la malade est à l'hôpital, sont toujours en quantité élevée, en général au dessus de 2 litres ; leur couleur est pâle, leur densité un peu diminuée ; mais jamais on ne constate d'albumine même à l’état de traces. Bientôt la malade s'améliore elle se lève dans la salle, et aide au service ; puis, comme la température est assez douce, on lui permet de descendre au jardin, ce qu’elle peut sans inconvénient.
Le 24 novembre, le temps étant froid et pluvieux, la malade descendit au jardin. Au bout d’un quart d'heure, elle remonta se sentant mal à l’aise, et se coucha. Elle avait des frissons, un peu de tremblement, ses pieds et ses mains étaient froids, mais non glacés ; pas de cyanose, douleur lombaire, nausées, mais pas de vomissements. L'urine qu'elle émit alors avait une coloration normale, mais à l’examen on constata la présence de l’albumine en quantité notable, ainsi que des urates en excès (acide nitrique, chaleur et acide acétique\ ; avec un tube d’Esbach on trouva 0,20 à 0,25 d'albumine environ.La malade ne tarda pas à se réchauffer ; la 2° miction donna une urine un peu plus colorée que la première, mais non pas rouge ; cette urine examinée au spectroscope ne présentait pas les raies de l’hémoglobine ; elle contenait encore de l'albumine, mais en faible trace ; l'acide nitrique ne se révélait pas ; par la chaleur on avait un léger
nuage à peine perceptible mais certain ; le réactif de Tanret Blanc 10
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seul, donnait un précipité franc. Dès midi, la malade ne se ressentait plus de rien.
.. Somme toute, nous avons assisté ici à une crise avortée, fruste, où il y eut seulement tout le syndrôme nerveux et l’albuminurie.
Au bout de quelques jours, cette malade qui allait beaucoup mieux, voulut rentrer chez elle et quitta l'hôpital.
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