CHAPITRE IV
PARALLÈLE ENTRE LES KYSTES DE L'OVAIRE ET LE CARCINOME KYSTIQUE DU TESTICULE
Il y a quelques années notre tâche eût été terminée au point où nous en sommes maintenant, mais aujourd’hui de nouvelles théories ont surgi au sujet des formations kystiques épithéliales des divers organes, nous ne pouvons ici les passer sous silence. Certes nous n'avons pas l'intention de nous étendre longuement sur ce sujet, mais nous tenons cependant à montrer la frappante analogie qui existe entre les kystes épithéliaux de l'ovaire et le carcinome kystique du testicule. Nous comparerons principalement les kystes du testicule et ceux de l'ovaire dont nous devons la description aux.travaux de Wilson Fox et surtout aux belles recherches de Malassez et de Sinéty (Arch. de Physiologie, 1878). Depuis eux, on admet que les tumeurs de l'ovaire connues en clinique sous le nom de kystes non dermoïdes sont, au point de vue plus précis de l’histologie pathologique, des tumeurs de nature épithéliale, des épithéliomas. Mais ce sont des épithéliomas d’une espèce particulière à laquelle Malassez à proposé de donner le nom d’épithélioma, mucoïde, à cause de la ressemblance du revêtement épithélial des cavités kystiques avec celui des muqueuses. L'idée de bénignité ou de malignité est liée, pour beaucoup de chirurgiens, à la structure plus ou moins complexe du kyste observé, à l'existence ou non de végétations à sa surface ou dans son intérieur, à son évolution plus ou moins rapide, à son reten-
tissement plus ou moins grand sur l’économie. Mais le point capital, celui auquel on a toujours attaché le plus d'importance, comme s’il résumait toutes les autres différences, est la disposition uniloculaire ou multiloculaire du kyste ovarique. Or, l'histologie fémontre que ces kystes dénommés uniloculaires sont tout au moins pauciloculaires et qu’en outre, au point de vue de l’évolution de la tumeur ovarique, la différence entre ces deux sortes de kystes est très importante. Elle peut se résumer ainsi : « Les kystes multiloculaires sont des épithéliomas mucoïdes en pleine activité et les uniloculaires des épithéliomas éteints ou presque éteints (Malassez et de Sinéty, Archiv. Phys., 1879, p. 354) ».
Sur les parois des kystes ovariques on. peut rencontrer des végétations siégeant le plus souvent sur la face interne de la paroi kystique; leur volume est parfois si considérable qu’elles remplissent presque complètement la cavité où elles se trouvent. Enfin dans l'épaisseur des cloisons kystiques de structure fibreuse le microscope révèle l'existence de néoformations épithéliales. « Ces néoformations épithéliales consistent en enfon- » cements épithéliaux ayant la forme de cupules, de glandes » en tube ou de glandes acineuses. Ces productions adénoïdes » peuvent être le point de départ de kystes qui sont à ces » glandes pathologiques ce que sont les kystes par rétention » aux glandes normales. On trouve aussi des enfoncements » épithéliaux pleins ayant la forme de cordons ou de masses » .alvéolaires comme on en voit dans le carcinome et dans cer- » taines glandes en voie de développement, dans l'ovaire en » particulier. » (Malassez et de Sinéty, Arch. de physiol., 1879, p. 633.)
Quant aux tumeurs kystiques, elles peuvent être considérées comme des kystes proprement dits dans lesquels il s’est produit soit un développement plus considérable du stroma ou des
parties épithéliales, soit une transformation dans le sens embryonnaire de l’une ou de l’autre de ces parties.
Malassez et de Sinéty, auxquels nous empruntons les détails ci-dessus, distinguent donc deux espèces de tumeurs kystiques : les unes sont constituéés en majeure partie de tissu fibreux ou de tissu colloïde (dégénérescence aréolaire ou gélatiniforme de Cruveilhier, cancers colloïdes), les autres, tumeurs kystiques, par néoformation épithéliale, peuvent être simples ou mixtes, accompagnées ou non de néoformation conjonctive. Dans ces tumeurs, on rencontre de petites cavités microscopiques tapissées par un épithélium plat, cylindrique, à cils vibratiles ou caliciforme, de véritables kystes en miniature. Quelquefois les cellules sont grosses, bourgeonnantes, à un ou plusieurs noyaux (cellules épithéliales métatypiques de Malassez). Enfin des néoformations épithéliales on peut voir partir des prolongements cellulaires pleins. Dans certaines tumeurs ces productions sont excessivement développées et constituent un tissu qui présente tous les caractères microscopiques des carcinomes. La nature épithéliale de ces cellules carcinomateuses paraît indéniable à Malassez et à de Sinéty.
Sous l'influence de causes encore inconnues, les kystes ovariques revêtent le caractère de tumeurs malignes, se généralisent du côté de l'utérus, du rectum, de la cavité péritonéale, quelquefois même dans des organes plus éloignés et récidivent après leur ablation.
Nous ne saurions mieux faire, croyons-nous, que de citer textuellement les conclusions de Malassez relatives au pronostic des kystes et tumeurs kystiques de l'ovaire.
« Il y a donc lieu de se méfier grandement des kystes de » l'ovaire et des tumeurs kystiques dans lesquelles on trouve » des néoformations carcinoïdes ou colloïdes puisque ce sont » ces tumeurs qui exposent le plus à des généralisations graves.
» Celles qui ne présentent que des productions adénoïdes sem- » blent moins dangereuses ».
« Quant aux tumeurs kystiques qui ne présentent aucune de » ces néoformations, elles paraissent incapables de se généra- » liser et ne nuisent que par le développement qu’elles prennent » par elles-mêmes ».
Par ce court exposé de la nature épithéliale des tumeurs kystiques de l’ovaire, on peut juger combien ces productions se rapprochent du carcinome kystique du testicule, dont nous avons plus haut exposé les caractères anatomo-pathologiques.
Comme dans les kystes ovariques on rencontre sur la paroi du kyste carcinomateux testiculaire des prolongements épithéhaux, des diverticules; la paroi est, dans les deux cas, pourvue d'un revêtement épithélial qui prend très-souvent la forme appelée métatypique par Malassez.
Quant au liquide le plus souvent il est, ne les deux cas, filant et visqueux et contient des masses épithéliales dégénérées.
Enfin, dans les deux cas également, l'affection est de nature maligne, elle se généralise rapidement et récidive après extirpation.