ORIGINE DU MOT « ORTHOPÉDIE
L’Orthopédie est aussi vicille que la Médecine. Quelle que sort l’époque à laquelle on se réfère, on
s’aperçoit que les praticiens s’attaquèrent, selon leurs moyens, aux différentes difformités du corps. Ces dernières, sans que nous puissions évidemment nous baser sur des chiffres — les statistiques répondant à des préoccupations bien modernes — durent frapper un nombre considérable d’êtres humains en des temps où les affections congénitales ou acquises du squelette ne suscitaient, à de rares exceptions près, aucune thérapeutique appropriée.
La lecture des écrits d’HrppocrATE nous fournit
quelques pages substantielles sur les déformations du rachis, la luxation congénitale de la hanche ; l’on note . même dans son Traité des articulations une intéres-
sante étude du pied bot que complète la description
SCPAPES
d’un traitement par chaussure encore usité de nos jours. Dans l’ensemble, le grand HiPPOCRATE préconisait déjà certains appareils pour réduire les déformations et vantait les bienfaits de la gymnastique.
Cezse et GaLiEN dans leurs ouvrages faisaient état des déviations rachidiennes que lé second d’entre eux dénommait lordose, cyphose, scoliose ; ils indiquaient également leurs principes thérapeutiques et insistaient sur l’excellent parti que l’on pouvait tirer du massage.
Au moyen âge, comme on l’a écrit, (les malformés étaient considérés avec horreur et dégoût, 1ls étaient le produii de la vengeance ‘divine et, comme jadis à Lacédémone, on leur offrait pour tout traitement les flots de l’Eurotas. »
L’Orthopédie se dégagea véritablement du fatras
‘des connaissances médicales vers la fin du xvr£ siècle. Ambroise PARÉ, déjà célèbre par ses travaux de chi-
rüurgie, apporta, en véritable précurseur, des notions
Tort précises et d’un intérêt mdubitable sur certaines
difformités telles les malformations rachitiques et les
pieds bots. Son « corcelet pour dresser un corps
tortu », par son but et sa réalisation d’une thérapeutique mécanique, ouvrit l’ère de l’appareillage. De nombreux médecins comme Fabrice Hirzpanus, Sé-
VERINUS ArcEUS utilisèrent et perfectionnèrent les
PARLOP \ . ?
données d’Ambroise PARÉ.
En 1600, Grisson marqua une étape importante
dans la destinée de l'Orthopédie ; il se servit de la suspension par collier pour traiter les déviations ver-
tébrales et publia son fameux ouvrage sur les rachitiques. Es En
À tout prendre, ils’agissait jusque là de tentatives isolées dont la valeur pratique resta bien limitée. Il fallut attendre le xvrr® siècle pour voir naître et
s'épanouir des œuvres fécondes et durables. Dans ces. conditions, on le conçoit, l’Orthopédie devait fatale-
ment commencer à vivre une existence propre, à.
s’individualiser comme branche spéciale de la Médecine. À Nicolas AxDpry, alors âgé de quatre-vingts
ans et Doyen de la Faculté de Paris, revient le mérite. d’avoir, en 1741, forgé le terme même qui, par sa
coneision, devait définir la science nouvelle à laquelle
il s’appliquait ; le mot « Orthopédie » vit le jour:
grâce au rapprochement de deux radicaux grecs :
ocfos — droit, + ras — enfant. Ainsi, dans sa.
conception première, l’Orthopédie ne visait que la question des formes et chez l'enfant seulement. Restant dans les limites du cadre qu'il avait tracé, Nicolas Axpry, que l’on appelle encore quelquefois, le Père de l’Orthopédie, publia son livre : « L’Art de traiter et de prévenir les malformations du corps de
l'enfant ». Ce cercle étroit dans lequel gravitait l’'Or-
thopédie ne demandait qu’à s’élargir ; au risque de brûler les étapes et d’être obligé de revenir plus tard sur des faits chronologiquement plus anciens, il est logique de rapporter ici la modification que le terme
« Orthopédie » reçut dans son esprit et dans sa lettre.,
En 1884, soit un siècle et demi après ANDRY, SAINT- GERMAIN porta, sans peut-être s’en rendre compte,
.la première attaque importante contre la conception
de l’ancien Doyen de la Faculté de Paris. Le chirurgien des Enfants-Malades refusait de voir le radical
mous — enfant, il préférait y trouver le terme
radex — éducation ; les auteurs modernes admettent que l’éducation est proche de la rééducation et que celle-ci s'adresse à l’adulte tout aussi bien qu’à l’enfant. Le pas était franchi et l’orthopédie de l'adulte devenue une réalité intangible. Du reste le mot Orthopédie parut vite insuffisant à SaiNT-Grr- MAIN ; il incorpore à cette science la correction chirurgicale de la plupart des malformations congénitales. L'idée de l’Orthopédie chirurgicale venait de germer ; elle avait, d’ailleurs, été semée quelques temps auparavant par d’autres auteurs. Rappelons également que le terme Orthopédie possédait à ceite
époque un mauvais renom, SAINT-GERMAIN s’indi-
gnait de voir les marchands de corsets et de souliers spéciaux s’intituler « Orthopédistes ». La confusion, il faut l'avouer, règne encore de nos jours dans l'esprit d’un grand nombre de nos contemporains au grand désavantage des spécialistes. Ce vocable avait déjà paru cadue à certains précurseurs de SainT-G&r- MAIN ; en 1829, Derpecx avait proposé celui « d’Orthomorphie » et Bouvier, non soucieux de lancer un néologisme, avait intitulé son livre : « Affections du système locomoteur ».
Laissons de côté ces controverses et retenons seulement que le terme «Orthopédie » se montra, sitôt né, trop limitatif et trop inadapté à la taille d’une
science qu’il se proposait de définir et non d’étreindre. Après Nicolas Anbry, le xvin® siècle comprit encore d’autres noms fameux : André Venez, en 1778,fonda en Suisse, à Orbe, le premier Institut Orthopédique : ses lits à extension occupaient une large place dans son arsenal thérapeutique. Citons également : Perir, Levascner, Porraz en France ; — Porr en Angleterre ; — Lupwic et Borrcner en Allemagne.
Le xix® siècle innove en matière d’Orthopédie ; les auteurs, pour dégager les traitements rationnels, s’apphquèrent à l’étude anatomique et pathologique des déformations. En 1802, Scarpa mit au point une chaussure orthopédique utilisée encore dans les pieds bots, la description qu’il nous a laissée de cette affection mérite encore qu’on s’y réfère. En Ailemagne, Heine organise un /nstitut Orthopédique, il modifie le lt de VENNEL pour traiter les enfants paralysés ; son appareillage fut l’un des plus complets de l’époque. HeiNpERICH, SCOUTETTIN suivirent l'exemple de Heine. SrromEyer, en 1831, perfectionna la ténotomie sous-cutanée du tendon d’Achille mise au point dix ans plus tôt par DuPuyTREN.
En France, Duruyrren, Bouvier, GUÉRIN, pratiquèrent et étudièrent les indications des ténotomies sous-cutanées, mais leurs opérations se révélèrent souvent inefficaces du fait des suppurations qu’elles entraînaient. Les grands chirurgiens de lépoque après s'être intéressés à cette découverte, la considérèrent comme dangereuse et sans valeur pratique.
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Dans les mêmes temps, en Angleterre, LITTLE, pratiquait avec succès la ténotomie sous-cutanée ; son livre sur les malformations fut très répandu et peut être encore consulté avec profit.
En 1854, Lancengecx insista sur les bienfaits de l’ostéotomie sous-cutanée. Apams,MaLGarGnE, Henry G. Davis apportèrent leur contribution à l’édification de la science orthopédique. Mais Lewis A. SAyrE domine toute cette période en montrant l'utilité du corset plâtré maintenant universellement répandu.
L’exposé que nous venons de faire de ces nouvelles tendances nous prouve que le terme Orthopédie devait à cette époque subir un dermier assaut. De par le progrès de l’Art chirurgical il semblait dépourvu de toute signification exacte ; en effet, le succès des méthodes sanglantes l’emporta vite sur celui des seules manœuvres externes. On ne pouvait désormais concevoir une spécialisation scientifique cantonnée de parti pris dans des pratiques périmées. Il est difficile de préciser celui qui le premier, désirant appliquer les progrès de la Chirurgie à la correction des déformations, parle de « Chirurgie Orthopédique ». Vers 1870, Bauer, Hozmes, utilisèrent cette dénomination, elle fut ensuite adoptée par Savre (1879), SCHREIBER (1888), BraprorrT (1890), Yuxe (1894), Tuzsy (1896). C’est ce vocable, qui, tout au moins en France, prévaut depuis longtemps.
L’ère pasteurienne et la découverte de RoENTGEN révolutionnèrent les possibilités et partant la pra-
i doi 9 je tique de l’Orthopédie. Elles élargirent son champ d'action et lui apportèrent cette précision qui fait le caractère et la valeur de l’Orthopédie moderne. C’est ainsi que naquirent les grands centres orthopédiques 100 auxquels s’attachent les noms de maîtres fameux : en France, OmBrepanne, Maruieu, LANCE ; — en
Italie, Rizzozr, Purri ; — en Autriche LoRrEnz ; en Allemagne, Horra, Frédéric LANGE. UT 58e