CHAPITRE PREMIER
Considérations générales.
Définition. — Dans son rapport au Congrès National de l’Assistance en 1894, M. le professeur Bondet définit ainsi l'hôpital modèle : « L'hôpital qui doit porter ce nom est celui qui, au point de vue de son adaptation, répond le mieux par sa topographie, son emplacement, sa construction, ses divers modes d'aération et de chauffage, son aménasement, par le mode de recrutement et le choix de son personnel médical et administratif aux besoins variés des malades, aux lois de l'hygiène et à toutes les exigences de la médecine. »
Architecte.— Pour construire un hôpital répondant à toutes ces conditions, à qui faudra-t-il s’adresser ? Comme on a l'habitude de le faire, faudra-t-il mettre au concours la construction des hôpitaux ? Non, mille fois non; car si les nouveaux hôpitaux parisiens n'atteignent pas l'idéal rêvé, c'est à trois causes qu'il faut l’attribuer : le concours, le défaut
STE de voyages d’études antérieurs, l'absence d’avantprojet sérieux.
Pour construire un hôpital, il faut admettre le principe du choix, basé sur la compétence acquise et la responsabilité. Ce principe a vu son application en Russie : les cliniques impériales de Moscou sont là pour démontrer que le principe est vrai.
Comme le fait très judicieusement remarquer M. F. Jayle : « la construction des hôpitaux relève de la science et non de l'imagination. Il faut, pour construire, avoir l’expérience des constructions hospitalières. Il faut des architectes spécialisés, ayant fait leurs preuves,auxquels on adjoint un jeune médecin et un jeune chirurgien, et non une grave commission, composée de pontifes, qui n'ont pas le temps de discuter. De cette manière, l'hôpital devient une œuvre de collaboration entre gens compétents. De plus, 1l faut leur octroyer les crédits nécessaires pour aller visiter les hôpitaux les plus récents d'Allemagne, de Russie et d'Angleterre. Ainsi, on aura des hôpitaux modèles. Hors, de cette voie, tout est et sera incertitude et hasard. »
L'idéal serait même la construction de l'hôpital par le médecin. À Berlin, c'est Baginski lui-même qui a construit l'hôpital qui porte son nom; et l'hôpital, par lui créé,doit être considéré comme un hôpital modèle d'enfants contagieux, surtout diphtériques. A Paris, le nouvel hôpital de l'Institut Pasteur a été édifié pour ainsi dire dans les mêmes conditions : sa construction est due à M. Martin, architecte, frère du médecin du même nom et du même hôpital.
a Commission des réformes hospitalières.
— L'an passé, à Paris, une commission des Réformes hospitalières a été constituée par la Société médicale des hôpitaux. En juillet dernier, des rapports sur les réformes à effectuer étaient déjà déposés par MM. Barth, Béclère, Chauffard et Le Gendre. Mais les réformes indiquées par les rapporteurs étaient sans effet, n'étant ni soutenues, ni subventionnées par l'autorité municipale.
.… La capitale vient de faire mieux.
Comité d'hygiène hospitalière de Paris. — Frappés des innombrables réformes à faire, signalées dans les hôpitaux, les pouvoirs compétents viennent dedéciderla création d’un grandcomité d'hygiène à l’Assistance publique de Paris. Ce comité sera composé des plus compétents parmi les ingénieurs sanitaires, les architectes, les médecins, les chirurgiens et les accoucheurs ; plusieurs membres du conseil municipal, des directeurs d'hôpitaux et d’hospices, le directeur et la directrice du personnel secondaire, la sage-femme en chef d’une maternité et, même, quelques hygiénistes professionnels font partie de ce tribunal suprême auquel seront déférées toutes les questions concernant l'hygiène sanitaire aussi bien que l'hygiène individuelle des malades et du personnel.
Ce qui fait la force de ce comité (force que n'avait pas la Commission des Réformes hospitalières dont nous parlions plus haut), c'est qu'il est armé de pleins pouvoirs, lui permettant la mise à exécution
Date immédiate de ses décisions.Ce comité a déjà travaillé et abordé les problèmes les plus urgents des services sanitaires et de l'hygiène individuelle. Chemin faisant, au cours de ce travail, nous aurons souvent à indiquer les conclusions déjà émises par le comité d'hygiène hospitalière parisien.
Monsieur Letulle apprécie ainsi les conclusions déjà déposées par ce comité: « La commission d'hygiène, nouvellement créée,a fait œuvre utile et a bien mérité notre reconnaissance et notre sympathie. Qu'elle continue dans cette bonne voie ; elle aura fort à faire ; mais elle est sûre de l’assentiment unanime du personnel médico-chirurgical et obstétrical des hôpitaux de Paris. Le conseil municipal, apportant l’aide de ses deniers, c'est le succès certain d’une révolution pacifique, appelée à grands cris par toutes les personnes animées de l'esprit d'assistance et de solidarité sociale. »
Les réformes seront mises à exécution dès Île 1er avril 1902. ;
On va même faire mieux encore: M. Mourier, directeur de l’Assistance, va déposer incessamment, au Conseil municipal de Paris, un projet d'emprunt de 83 millions. Avec cette somme, on démolira complèétement tous les anciens hôpitaux de la capitale : l’'Hôtel-Dieu, Saint-Louis, Cochin, les Entants-Malades, les Enfants-Assistés etc., etc. On les reconstruira ailleurs, d'après les plans les plus modernes. Paris aura des hôpitaux hygiéniques.
Notre Maître, M. le Professeur Courmont, apprécie ainsi la création du Comité parisien, dans un article
PATES sut lhygiène hospitalière: « Cette création d'un Comité d'hygiène hospitalière, indépendant de l'administration elle-même, tout en comprenant des administrateurs dans son sein, constitue en ellemême un progrès sérieux. Ce qui est plus important, c'est la facon dont ce comité pourra imposer ses volontés. S'il était purement consultatif, il équivaudrait simplement à l'apparition coûteuse et inutile d'une nouvelle pépinière de fonctionnaires. Or, ce comité a été, 1u contraire, armé de pleins pouvoirs ; il pourra exiger l'exécution immédiate de ses décisions. On retrouve là l'excellent esprit qui a présidé à la rédaction de la loi sanitaire de demain : la faculté, pour les hygiénistes, d’ordonner les modifications utiles, et non la simple satisfaction de les conseiller. C’est bien. Les vieux errements vont faire place à une organisation hygiénique dans tous les hopitaux parisiens ».
Et, après avoir parcouru les réformes déjà apportées par le comité, M. Courmont ajoute : « Telle est l'œuvre qui se poursuit à Paris. C’est une grande œuvre. Elle inaugure dignement, pour notrecapitale, l'ère réformatrice du XXe siècle. Tous ceux qui sont animés de l'esprit de solidarité sociale applaudiront des deux mains. Les économistes escomptent déjà le gain futur des vies humaines ; les amis du peuple entrevoient, pour les malheureux qui souffrent, loin du foyer familial, ure plus grande part de bien-être. un plus efficace soulagement, une nouvelle chance de guérison ».
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Nombre d'hôpitaux par ville. — Le nombre d’hôpitaux à construire variera nécessairement avec la population de chaque ville. Drouineau pose en principe que 1 litou 1 lit 1/2 par 1000 habitants est suffisant. Mais, dans les grandes villes, ce nombre paraît notoirement insuffisant. Paris, par exemple, ne possède qu’un lit par 208 habitants. La moyenne acceptable, pour M. Langlois, est de 1 lit pour 75 habitants dans les grandes villes.
Il va sans dire, du reste, que nous parlons d'hôpital et non d'hospice, celui-là étant un établissement hospitalier où sont traités les malades curables, celui-ci un établissement-refuge pour les incurables, les vieillards, les infirmes et les enfants assistés.
Emplacement et choix du terrain. — « Sij'étais assez heureux pour pouvoir fonder un hôpital, disait Fodéré, je le bâtirais sur un lieu sec et élevé, au voisinage, autant que possible, d'uneeau courante, sur un plan suffisamment incliné. J'y voudrais un enclos ombragé pour la promenade des malades.»
Ajoutons à cela que l'hôpital doit être, autant que possible, éloigné de l'agglomération, de l'atmosphère urbaine.
Richard réclame un terrain vaste, salubre, bien exposé, bien accessible à l'air et à la lumière et assez écarté pour qu'il ne soit pas englobé ultérieurement dans un quartier plus où moins populeux par suite de l'accroissement de la ville.
On évitera aussi le voisinage des casernes, des lycées, des ateliers et des usines. On choisira donc
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un emplacement, le plus possible excentrique, ni trop rapproché, ni trop éloigné, dans un périmètre de 500 à 600 mètres des lieux habités, sans jamais dépasser 1000 mètres. C'est la règle que pose M. Bondet dans son rapport. De plus, il faudra que le lieu choisi soit parfaitement desservi par des lignes de tramways ou par des omnibus pour faciliter l'accès de l'hôpital aux parents des malades.
Le Comité d'hygiène hospitalière de Paris s'est prononcé dernièrement de la façonsuiante : « L'isolement des hôpitaux et hospices, en quelque point du département de Îa Seine, qu'il s'agisse, sera dorénavant absolu, effectif. » « On ne verra plus l'hôpital, centre inévitable de maladies contagieuses, s'adosser résolument contre des maisons d'habitation à cinq étages, ou,ce qui revient au même, permettre à ces immeubles de se dresser à quelques mètres autour de lui. Un établissement hospitalier sera, grâce à son isolement, à l’abri des contaminations urbaines et, par réciprocité, il ne pourra plus contaminer les immeubles avoisinants. Entouré de rideaux d'arbres nombreux et touffus, construit au milieu de jardins vastes, bien aérés, l'hôpital ne sera plus, pour le quartier, un objet de terreur et de répulsion; suburbain, respecté de tous, il redeviendra l'asile de la souffrance » (Letulle).
Du reste, les terrains excentriques ont un gros avantage : celui de coûter bien moins cher que ceux du centre. Ainsi, l'Hôtel-Dieu de Paris a coûté 60 millions, Lariboisière 10.500.000 francs. Avec cela on aurait pu construire 16 hôpitaux de 500 lits
ere (Ha en dehors du centre, 24 hôpitaux temporaires et organiser le système de transport (Rochard).
Dans les villes étendues comme Paris, Londres, Berlin, il est nécessaire d’avoir des hôpitaux centraux. Mais ces hôpitaux doivent être des hôpitaux de passage pour les blessés et les malades non transportables. Et, si l'on doit tolérer ces hôpitaux, au moins doivent-ils être en terrain dégagé, à distance des hautes bâtisses.
Le sol du terrain choisi devra être perméable à une grande profondeur. On évitera l'argile pour choisir un sol sableux, du gravier, du calcaire lécer. On ne placera jamais un hôpital au fond d'une cuvette topographique. Au contraire sur une pente douce, suffisante à assurer l'écoulement des eaux, ensoleillée, lumineuse, se détournant un peu du soleil du midi, là sera sa place.
Du reste, nous ne pouvons mieux faire, pour tout résumer, que de citer ici les principes de l'emplacement d’un hôpital édictés par J. Rochard. « Autant que faire se peut, dit-il, if faut choisir un côteau un peu élevé, et placer l'hôpital sur l’une de ses pentes; mais cette condition est difficile à remplir dans les pays de plaine et n'est pas de premier ordre. En général, il est prudent de s’éloigner des rivières : elles donnent toujours de l’humidité. Ce qui est indispensable, c'est de ne jamais accepter comme emplacement le fond d’une vallée, ni une plaine déclive, où les eaux peuvent séjourner ; de fuir le voisinage des étangs, des mares, des rivières et des marécages. [1 vaut mieux faire venir
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l'eau des réservoirs de la ville ou d'une source captée pour les besoins même de l'hôpital, que de puiser dans un ruisseau, et il vaut mieux conduire au loin les déjections par un égoût bien clos, que de les déverser directement dans un cours d’eau passant à ciel ouvert devant l'hôpital. Les terrains granitiques, siliceux ou calcaires sont préférables aux terrains d'alluvion et, en général, à tous ceux dont le sol est imperméable. On évitera avec soin le voisinage des casernes, des lycées, des ateliers, des usines. L'idéal de {a salubrité serait réalisé par un hôpital s'élevant au milieu des champs. »
Toutes ces conditions sont réalisées dans un grand nombre d'hôpitaux étrangers. L'hôpital de Berne s'élève sur une colline à pente légère. En Allemagne, l'hôpital de l'Empereur et de l’Impératrice Frédéric s'élève en pleine campagne au nord de Berlin ; les baraques de Moabit sont dans un quartier excentrique, entouré d'espace ; l'hôpital de Friedrichshain, se trouve sur un léger monticule au nord-ouest de Berlin et voit ses pavillons disséminés au milieu d'un parc; l'hôpital militaire de Tempelhof est à trois kilomètres de Berlin, l'hôpital de Hambourg à cinq kilomètres de la ville.
En France, l'hôpital St-Eloi, à Montpellier, est situé à 500 mètres des dernières maisons du faubourg Bourdonnet.
A Paris, l'hôpital Boucicaut occupe un emplacement très vaste, bien aéré qui a permis de largement espacer les pavillons entre eux. Le nouvel hôpital Trousseau est bien situé, d'un accès facile grâce au