‹ Contribution à l'étude de l'hybridation et de l'intersexualité chez les oiseuaxChapitre 9 sur 18 · II. — Expériences 10 Généralités · texte numérisé non relu

II. — Expériences 10 Généralités

Les femelles hybrides Anas X Cairina , nées eu 1908 (n°520 et 527) ont été, en 1909, laissées en liberté à la campagne avec d’autres canards. Je n’avais pas alors en vue les recherches actuelles, et les renseignements écrits me font presque 'complètement défaut pour cette première année.

A partir de 1910, j’ai apporté les deux canes à Paris, au moment de la ponte, et les volières installées dans le jardin du Laboratoire d’Evolution m’ont permis d’obtenir de nombreux œufs, aussi bien de ces hybrides que des espèces parentes.

A côté de toutes les constatations ayant trait à la ponte (nombre, forme, poids, coloration des œufs) j’ai essayé de pénétrer plus avant dans les causes de la non fécondabilité des œufs hybrides. Ceci m’a conduit à faire des expériences comparatives entre les femelles Anas X Cairina et les canes domestiques et de Barbarie. Dans ces expériences, guidé par les travaux de Lécaillon sur le développement parthénogénétique des œufs de poule, j’ai étudié in toto et sur coupes la cicatricule d’œufs prélevés dans l’oviducte et celle d’œufs fraîchement pondus ou examinés à divers moments de leur dégénérescence.

Conditions des expériences.

a) Pariade. Influence du déplacement sur la ponte. — Dès les derniers mois de 1910, je pris mes dispositions pour avoir au printemps suivant le matériel nécessaire. Mes animaux furent, à latin d’octobre, répartis dans différentes volières, de la façon suivante, pour ce qui a trait à l une des femelles AnasXCairina.

Volière n°

Un mâle Anas dômes t ica (n° 528).

''Une femelle A nas dômes tica (n°536).

Une femelle hybride Anas X Cairina (n° 526).

HYBRIDATION ET ÎNTERSEXUALtTÉ CHEZ LES OISEAÜX

Cette expérience devait permettre de constater l’action d’un mâle fécond sur les œufs hybrides ; la cane 536 sert à vérifier le pouvoir fécondant du mâle et donne également des cicatriçules fécondées comme point de comparaison avec les cicatricules hybrides.

La nécessité d’apparier les Canards avant la période de reproduction est connue des éleveurs. Ils savent les difficultés que l’on rencontre à faire accepter d’une femelle un nouveau mâle ou à faire couvrir par un mâle une femelle avec laquelle il n’était pas accouplé.

On a décrit, à ce propos, l’attachement sexuel réciproque des mâles et des femelles, qui forment les couples réunis par hasard dans un même enclos ou que les batailles ont isolé dans une bande plus nombreuse. Cet attachement paraît tel que des mâles pris à la campagne, au milieu de canes avec lesquelles on les voyait fréquemment s’accoupler, négligeaient absolument les femelles que je leur donnais à leur arrivée dans les volières du Laboratoire, montrant une indifférence sexuelle complète et - allant jusqu’à se faire battre par les canes et à fuir devant elles. D’un autre côté, une cane domestique, que je joignis à mes Anas X Cairina pour éprouver l’action du mâle hybride sur des œufs fécondables, 11e voulut pas se laisser couvrir, malgré les tentatives répétées du mâle très ardent : je dus Fen séparer ne voulant pas risquer de voir tuer une bête qui faisait partie d’autres expériences Je crois que, dans les cas que je rapporte ici, il intervient tout autre chose qu’une « question de sentiment ». Le facteur actif serait une dénutrition temporaire, résultat du déplacement imposé aux animaux en période de pleine activité sexuelle.

Des canes, séparées de tout mâle, chez lesquelles, par conséquent, on ne brise aucun lien « sentimental » sont prises en état de ponte régulière et transportées du Loiret à Paris, ou réciproquement : chaque fois, la ponte s’arrête pendant quelques jours. Toutefois, l’action ne peut se faire sentir sur le dernier ovule déjà détaché de l’ovaire ; il continue mécaniquement son trajet dans l’oviducte et est pondu le lendemain de l’arrivée.

Trois canes se sont ainsi comportées en 191 1 et n’ont recommencé à pondre régulièrement qu'au bout de 8 et 13 jours.

A. CHAPPÈLLIEÈ

En 1913, les canes arrivent de la campagne au Laboratoire, le 8 mars. Leur ponte avait commencé le 28 février et, dans les paniers d’envoi, on trouva encore deux œufs, pondus par conséquent le 8 mars dans la matinée. La ponte ne reprend ensuite à Paris que le 19 mars, soit onze jours après l’arrivée.

Toutes les femelles précédentes avaient fait, pour arriver à Paris, un voyage de 120 kilomètres par chemin de fer, augmenté de deux étapes en voiture : le camionnage dans Paris et près de 10 kilomètres entre leurs volières et la gare de départ.

D’autres canes que je fis venir des environs de Paris, de Brévannes, n’eurent à faire qu’un trajet de 16 kilomètres; prisés en liberté dans une cour de ferme le 1 i avril à 13 heures, elles arrivaient au Laboratoire quelques heures après. Elles étaient en pleine ponte car elles donnaient chacune un œuf le lendemain de leur arrivée. Sur ces quatre femelles, une, le n° 531, continua de pondre sans aucune interruption, la seconde n° 535 ne fut qu’un seul jour, le surlendemain de son arrivée, sans donner d’œufs. Les deux autres n° 539 et 541 eurent un arrêt de 8 jours et recommencèrent à pondre seulement le 22 avril.

La perturbation apportée dans les fonctions reproductrices de ces femelles n’atteint pas ou atteint bien peu leur comportement génital car les quatre canes de Brévannes se sont rapidement laissé cocher par un mâle de provenance toute différente et qu elles n’avaient jamais vu. La femelle 531, par exemple, qui avait passé la nuit de son arrivée dans un compartiment de chenil, à l’intérieur des bâtiments du Laboratoire, est mise dès le lendemain matin en présence du mâle : l’accouplement est presque immédiat.

Les quatre canes de Brévannes, tout comme celles d’Orléans, avaient été, au moment de leur transport à Paris, séparées de mâles avec lesquels elles étaient appariées depuis longtemps ; nous avons vu que ces femelles avaient, à la suite du voyage, un arrêt plus ou moins long dans la ponte. Cet arrêt peut être nul ou se réduire beaucoup chez les femelles qui n’ont à effectuer qu’un court trajet ; ce sont ces femelles, également, qui paraissent le moins sensibles au changement de mâle.

Tous ces faits paraissent bien être sous la même dominance : il est vraisemblable de les attribuer à une cause mécanique dont l’action se fait d’autant plus sentir qu'elle touche les oiseaux

HYBRIDATION ET IN T E RS E X U A LIT É CHEZ LES OISEAUX

à une période de sensibilité toute particulière, en plein fonctionnement de leur glande génitale.

p) Fécondation incomplète par spermatozoïde s affaiblis ou trop mûrs. — Dans la volière n° 4 furent séparées des mâles différentes femelles parmi lesquelles :

La deuxième cane hybride Anas X Cairina (n° 527)

Une cane A. domestica (n° 535)

toutes deux destinées à fournir des œufs pour l’étude des cicatricules à développement parthénogénétique, les œufs de la cane A. domestica étant employés comme contrôle vis-à-vis des œufs de la cane hybride.

A ces femelles vint s’ajouter une cane de Barbarie, achetée sur le marché aux Oiseaux de Paris le 5 mars 191 J . Isolée en volière loin de tout mâle, au Laboratoire, elle n’a commencé à pondre que le 29 avril. L’écart entre la date de l’isolement, correspondant au dernier accouplement possible, et la date d’apparition du premier œuf, 55 jours, donne-t-elle la certitude de ne recueillir que des œufs parthénogénétiques?

Les facilités qu’apporterait, dans les recherches, cette certitude de pouvoir se procurer des cicatricules parthénogénétiques sans être astreint à ne prendre les œufs que de femelles vierges ou, tout au moins, séparées du mâle depuis de longs mois, m’a fait rechercher si, pour mes canards, il était possible de fixer un délai minimum entre le dernier accouplement et la récolte du premier œuf parthénogénétique.

J’ai fait, en 1911 et 1913, avec des canes et avec des poules comme contrôle, plusieurs expériences dont j'ai donné les résultats autre part (Chappellier 1914 et 1915). J’ai trouvé comme limite extrême du pouvoir fécondant chez le Canard, 11 jours — tandis que la poule donne 18 jours.

On peut penser, avec certains auteurs, que la limite trouvée ne correspond pas à la mort des spermatozoïdes et que des spermatozoïdes très âgés pourraient encore provoquer un développement « incomplet ».

L’action possible de spermatozoïdes « affaiblis » ou « trop murs » a été objectée aux auteurs qui, dans leurs travaux sur la parthénogénèse chez les oiseaux, n’avaient pas pris la précaution de recueillir des œufs de femelles vierges ou séparées du mâle depuis très longtemps. Je ne sais si cette notion

A. CHAPPELLIER

de spermatozoïdes sénescents est basée sur autre chose que des hypothèses ; il semble ressortir, en tout cas, de l’examen macroscopique des cicatricules fournies par mes deux expériences que ce mode de fécondation n’y est pas intervenu.

Une cicatricule fécondée (pl. I, fig. 7) se distingue à première vue d’une cicatricule non fécondée (pl. I, fig. 8) dont presque toute la partie centrale est percée de nombreuses vacuoles.

La cicatricule de la fig. 13, pl. I, est celle de l’œuf pondu par la cane 5361e 20 mai, c’est-à-dire 24 jours après sa séparation du mêle. C’est bien là une cicatricule parthénogénétique typique et comparable à celle de la fig. 8, pl. 1 donnée par un œuf de la cane n° 535, séparée du mâle depuis plus de cinq mois. L’aspect de la cicatricule (p'1. I, fig. 14) pondue par 536 le lendemain du nouvel accouplement est confirmée par l’épreuve à l’incubateur : cet œuf n’a pas été fécondé.

A partir de cette date, nous obtenons des cicatricules incontestablement fécondées : toutes donnent des embryons. On en obtient ainsi jusqu’au 27 mai. puis tout à coup, du jour au lendemain, avec le premier œuf qui ne se développe pas, on retombe sur une cicatricule vacuolisée (pl. I, fig. 15) et en tous points comparable à celles du 20 ou du 21 (pl. I, fig. 13 et 14) ou à d’autres prises plus tardivement (pl. I, fig. 16), ou encore à celles de la cane isolée depuis très longtemps du mâle (pl. I, fig. 8).

Les cicatricules partbénogénétiques A' Ayias présentent toujours une zone de moindre vacuolisation. Cette zone est plus étendue sur l’œuf du 28 mai — premier œuf non fécondé (pl. I, fig. 15), mais on ne peut voir là l’indice de modifications apportées par des spermatozoïdes senescents car nous retrouvons un aspect prbsqu’identique sur une cicatricule provenant de la cane 535 isolée du mâle depuis 5 mois (pl. 1, fig. fi). Même aspect également pour l’œuf pondu par 536 le lendemain de L accouplement : il ne peut, dans ce cas, être question de spermatozoïdes affaiblis, puisque la cicatricule, si elle avait été touchée par des spermatozoïdes, l’eût été par ces éléments au maximum de vitalité.

11 resterait à voir si l’examen extérieur des cicatricules est confirmé par l’étude histologique. Ce que nous trouverons plus

HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX

loin, dans les essais de fécondation des œufs hybrides, nous montrera qu’on peut s’attendit à des surprises et à des résultats intéressants.

Les spermatozoïdes passent-ils, sans transition, de leur activité fécondante à la mort ou, au contraire, un affaiblissement graduel ne se manifeste-t-il pas par une vitalité moins grande des embryons ou par un sexe différent des jeunes? Mes embryons de contrôle sont morts âgés de quelques jours seulement, mais la difficulté d’obtenir un développement normal de l’œuf de canard dans les étuves de Laboratoire ne permet pas de mettre en compte ce résultat.

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