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CHAPITRE IV

Un rapide coup d’œil en arrière

Quelle peut être l’origine de lhvdro-climatisme social ?

Nous allons essaver de la découvrir en cherchant moins à faire œuvre d'hislorien, en citant des dates el des édits, qu'en essayant de l'individualiser dans la marche ascendante de la civilisation.

IL semble très vraisemblable que l'hydrologie et la climatologie répondent à un instinct naturel de l’être vivant pouvant en quelque sorte s'apparenter à la recherche dans la grande nature des conditions meilleures à son existence, à son tempérament, à ses condilions momentanées physiologiques ou pathologiques. (

Cette recherche par l'être vivant des conditions de vie plus favorables peut s'appeler lropisme, attraction, instinct, s’expliquer par des mécanismes assez différents : il n'en resle pas moins vrai qu'elles se retrouvent du haul en bas de l'échelle vivante :

— orieutalion des branches el racines des végélaux vers l'endroit le plus favorable comme lempéralure, lumière ou eau

—— migration de cultures vers l'endroit où les conditions de vie sont meilleures, etc.

Dans les espèces animales, ne voil-on pas les oiseaux quiller à certaines époques les régions à climat défavorable pour aller en habiter de plus clémentes ? Ne voyons-nous pas les animaux chercher dans les éléments non seulement le soulagement de leur faim ou de leur soif, mais aussi de leurs maux ? Ne voil-on pas les fauves chercher dans les bains de boue le soulagement de leur dermalose parasilaire ? Ce cas, dont je dois la connaissance au Prof. Millot, qui a bien

voulu me donner quelques renseignements, me semble parliculièrement frappant, car le fauve sans parasile ne se baigne pas dans la boue. Qui sait si la race animale ne cherche pas avec le merveilleux instinct qui la caractérise, le soulagement, la guérison de ses souffrances dans les ressources naturelles, peut-être incomplètement connues des hommes, que nous offrent les diverses eaux et climats ? De même, ne les voyons-nous pas user des plantes avec sagacité, suivant leurs besoins ? Il peut paraître évident que cette tendance au bain que l’on remarque chez certaines races animales répond également au besoin de trouver dans les différents agents de la nalure ceux qui leur sont utiles.

L'homme s’est, par sa civilisation, éloigné du merveilleux instinct des bêtes ou en est naturellement dépourvu. C'est peut-être pour celte raison qu'il est nécessaire que la science vienne lui rappeler que c'est éncore dans la nature qu'il retrouvera les éléments vitaux qui lui manquent et que c’est par elle, qu'il pourra rétablir le fonctionnement normal de sa physiologie.

De toutes façons, que la recherche du climat meilleur ou de l’eau curatrice soit un instinct ou non, l'histoire du thermo-climalisme peut se résumer dans celte belle phrase que le Professeur Maurice Villarel à dite dans sa leçon inaugurale à la Chaire d’'Hvdrologie

« La créno-climalologie, partie de la religion, sommeilla: longtemps dans l’empirisme, demeura ensuile purement elinique, puis emprunta aux aulres sciences en évolution les éléments qui lui permetllent de constituer une nouvelle branche de l’art médical, nécessitant un enseignement spécial et des laboratoires de recherche. »

L& créno-climatolpgie est vieille comme le monde, ont dit MM. Bernard et Even dans leur livre sur l& Thérapeutique Hydro-elimalique de la tuberculose, C'est toutefois Hérodote, 450 avant J.-C., qui fixa le-premier les modalités du thermalisme en délerminant la durée officielle des cures à vingt et un jour el la façon dont elles devaient être appliquées.

Quant à Hippocrate, 540 avant J.-C. il consacra le climalüisme dans son traité « des airs, des eaux, des lieux ».

Toute l'Antiquité semble avoir pratiqué le thermalisme dans une très large mesure ; mais elle attribuait ses heureux effets à des divinités, ne pouvant expliquer autrement les effets curateurs, d’où l'identification du thermalisme et de ia religion.

Mais pour ne pas sortir de notre sujet, qui est l'Hydro- : climatlisme Social, notre but est de rechercher justement ce qu'il peut y avoir de social dans l’évolution du thermo-elimatisme à travers l'Histoire. Est-il utile de dire qu'à la préhisloire, rien n'élait social el que tout pouvait l'être, puisque chacun prenail dans la palure ce qui lui était nécessaire. Il est cerlain que dans l'Antiquité le goût du bain était très répandu, el que les principales religions en faisaient une’ pralique presque obligatoire : est-ce Tà une première manifeslalion du (hermalisme social ?

Dans la Grèce antique les bains étaient très en faveur, c'est ce que nous voyons à chaque moment dans lIliade. Pour qu'il soit possible de dire « social », il faut que la praüique soit consacrée par une loi civile ou religieuse, qui rende la chose possible aux masses. Or, il est évident, qu’à une époque où l'esclavage élait admis, de pareilles choses ne pouvaient guère exister dans les lois civiles, e’est uniquement dans les pratiques religieuses que nous pourrons (rouver quelques réglementations avant une apparence sociale.

Ablulions riluelles avant les sacrifices, avant l'entrée des temples, bains dans les fleuves sacrés, Nil, Gange. Toutes les religions antiques ou presque vénérèrent les sources parlieulièrement (thermales el firent des ablulions des rites indispensables, elles peuvent par là avoir déjà compris P'Hydroclimalisme social. |

Mais c'est chez les Romains que le thermalisme qui avait un grand essor, pril vraiment un aspeel intéressant au point de vue social.

Le goût des bains avail fait construire sur l'emplacement des sources chaudes ou froides, loutes encore exploitées de nos jours dans un but thérapeutique, des élablissements de bains. Les sources étaient comme toutes les forces de a nature, l'objet” d’un æulle, des temples élaient: construits

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auprès d'elles, nous croyons que ces {thermes en tant que temples élaient ouverts à tous ; d'intéressantes découvertes ont été faites lors de la réfection des puits de sources : on mit à jour des amas de pièces de monnaies sans doute jetées là en reconnaissance à la divinité. Ce qui semble indiquer que l'argent n’était pas donné aux Prêtres pour prendre des bains. Certains écrits signalent cependant que dans des temples, les Prêtres demandaient une redevance, faible, il est vrai, pour les bains.

A l’époque des Empereurs romains, les bains se multiplièrent dans toutes les villes de l'empire. Il fut alors fréquent de voir des empereurs ou des candidats heureux accorder ‘une journée d'entrée gratuite dans les bains publics, autre manifestation du thermalisme social. Auguste fit durer celte faveur une année entière. D’autres Empereurs firent construire des {hermes pour le peuple. De nombreux vestiges subsistent en Italie, en France et dans les pays que parcoururent les légions romaines : Bourbonne-les-Bains, Luxeuil, le Mont-Dore, Néris-les-Bains, Saint-Honoré. Si l'entrée n'était pas toujours gratuite, le prix était très réduit.

Les bains continuèrent à êlre en honneur chez les premiers Chrétiens, on signale même des bains lithurgiques, qui précédèrent la célébralion de la Messe. Dès les premiers temps du Christianisme on construisit des bains à proximité des basiliques, el des Papes comme Saint Hilaire, 464, Svmmachus, 514, Grégoire IV, 844, donnèrent cet exemple.

Nombre de couvents furent construits à proximité des sources {hermales el Dagobert I abandonna en 676 au Couvent de Waissenfels les bains construits par les Romains.

En 1420, les Abbés Bénédictins sont avertis par leur Provinciale d'avoir à construire des bains dans les couvents et au xvi° siècle la plupart des couvents possèdent des bains pour les clercs, dont l'usage est gratuit (Dupouy, Moyen âge Médical, Paris, 1895).

Habiluellement, en France, le privilège de disposer des sources thermales élail réservé aux monastères : ainsi onl élé signalés les Célestins à Vichy, les Capucins à Forges. les Bénédietins à Cauterels, el aussi à Luxeuil, les Cordeliers à

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Alise Sainte-Reine. La sociologie se confondait alors avec la religion, il est probable que les détenteurs de sources en firent bénéficier les indigents. L'Eglise avait du reste mission de faciliter les bains aux indigents el cela par un certain nombre de fondations, venant de personnes riches. On appelait ces bains donnés gratuitement « les bains pour le salut des Ames », parce qu'ils étaient fondés avec des dons, faits dans le but de sauver l'âme du fondateur (Wevl).

Les bains de Baden-Baden étaient encore ouverts en 1480: « à la grâce de Dieu » pour les pauvres gens.

L'Eglise eut à s'occuper également de la prophylaxie s0ciale en s'occupant des lépreux. Quelques maladreries étaient. situées près des sources thermales.

Henri IV décida qu'à Aix, les bains seraient réservés en partie aux blessés de guerre : « À ces capitaines, braves gens, qui avaient reçu mousquelades et coups d'épée au siège des. villes prises par sa Majesté ».

Il faut arriver à la révolution pour trouver dans l'Hydroclimatisme des lois sociales vraiment faites pour les indigents.

Un arrêté du 23 vendémiaire de PAn VI sous le Directoire. affirme le droit des indigents aux eaux minérales,

Un arrêté du 19 floréal an VIT sous le Directoire, donnait droit au Gouvernement d'obliger les communes à envoyer les malades dans les stations thermales.

La loi du 17 juillet 1833 régla l’assistance médicale gratuile.

La loi du 12 juillet 1873 prévoit le droit aux cures thermales ou aux séjours hospitaliers gratuits aux eaux minérales pour les militaires atteints de blessures de guerre ou de maladie contractée en Service.

La loi Mesureur de 1908 précise l’exercice des droits aux cures des indigents.

La loi de 1910 crée dans une cerlaine mesure les slalions hydro-minérales et climatiques. L

La loi du 24 septembre 1919 créa des stalions hydro-minérales el de lourisme, et établit des laxes spéciales dans ces stations.

Loi complélée par le décret du #4 mai 1920.

Enfin la loi sur les Assurances sociales, du 3 avril 1928. modifiée par la loi du 30 avril 1930, et modifiée encore par les décrels des 28 el 30 octobre 1935 ouvre véritablement une porte plus large à l'Hydro-climalisme social.

Celle énumération de lois paraît nécessaire, car la charité, la morale ou la science indiquent le chemin, c’est la loi qui consacre. Cette succession de lois mieux que tout autre raisonnement indique clairement que l’'Hydro-climatisme social est devenu une nécessilé dans la Société moderne.

La Faculté de Médecine vient de créer une Chaire de Médecine sociale. La consécration officielle de cette branche de la Médecine aura certainement une répercussion sur les générations médicales à venir.

Après ce rapide aperçu rétrospectif, voyons €e qui peut exister actuellement.

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