INTRODUCTION
Au moment où la loi sur l'exercice de la médecine fut votée, j'étais officier de santé, attendant avec impatience l'application de cette loi dont la mise en vigueur était renvoyée à l’année suivante. C’était donc encore un an à attendre pour arriver au doctorat.
Les exigences de la clientèle, incompatibles avec la préparation aux examens, me firent penser à faire quelques voyages à bord des vapeurs marchands. Ceci présentait le double avantage de me permettre de travailler tout en assurant la vie matérielle.
À cette époque une seule compagnie, les Chargeurs-Réunis, dont le siège social est à Paris, et le port d’attache au Havre, acceptait à bord de ses bateaux les officiers de santé.
Ma demande de service fut promptement suivie d’un ordre de départ pour le 28 janvier 1893, sur le cargo-boat Cordoba, à destination du Brésil. Dans l’espace de deux ans, je fis ainsi trois voyages sur la même ligne, deux fois comme médecin des bateaux des Chargeurs, une autre fois comme passager sur les steamers des Messageries maritimes.
Les Chargeurs-Réunis desservent, surtout par Lisbonne, la côte du Brésil, de Pernambuco à Santos, par Bordeaux
Aie
et Ténériffe, Montevideo, Buenos-Ayres et Rosario de Santa-Fé.
Je connaissais déjà ces itinéraires par quelques amis embarqués en même qualité depuis peu de temps, sur les cargo-boats de cette compagnie. Or la côte du Brésil, surtout pendant l’été, (de décembre en mai), où l'épidémie subit une recrudescence terrible, est ravagée par la fièvre jaune qui règne endémiquement en particulier dans le port de Rio-d2-Janeiro, etplus spécialement dans celuide Santos.
La thérapeutique spécifique de la fièvre jaune est encore à trouver ; le nombre des médications tour à tour prônées et abandonnées, en est une preuve suffisante. Malgré la prétendue découverte du docteur Domingos-Freire, professeur debactériologie à la Facultéde médecine de Rio-de-Janeiro, on en est réduit, d'accord en cela avec quelques savants brésiliens, à faire la médecine du symptôme. D'ailleurs la cause de la. febra amarella est encore inconnue et l’état de Sào-Pâulo en 1893, demanda à l’Institut Pasteur un de ses membres pour faire des recherches bactériologiques.
Le docteur Le Dantec, envoyé là-bas, fonda à Säo-Pâäulo un laboratoire qu’il dirigea pendant quelques mois, et fit de nombreuses autopsies à Santos, pendant la période épidémique de décembre 1892 à mai 1893.
Ses dangereuses etlaborieuses investigations, ainsi que celles du docteur Lutz son successeur semblent jusqu’à ce Jour ne pas avoir donné de résultats bien. appréciables.
Seule, la prophylaxie peut être employée sûrement.
Si l’on ne connaît pas les micro-germes de la fièvre jaune, on a au moins appris que leur résistance aux divers désinfectants est faible, que même, l'expérience l'a prouvé, leur reproduction n’a plus lieu, ou tout au moins se trouve
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