‹ Contribution à l'étude de l'hystérie religieuseChapitre 6 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

S'il est une chose ancienne, c’est évidemment l’hystérie religieuse.

Pour faire son histoire, il faudrait remonter aux origines du monde et passer en revue toutes les religions | qui ont fleuri tour à tour à la surface du globe. Cette fréquence de l’hystérie religieuse s’explique pour nous de deux façons ; les phénomènes de la grande névrose ont une allure si bizarre, leur apparition et leur disparition sont souvent si spontanées, si inattendues, les grandes crises avec leurs attitudes passionnelles, leurs mouvements clownesques, leurs émissions de larmes ont quelque chose de si mystérieux, de si terrifiant, qu'il n’y a rien d'étonnant à ce que les peuples primitifs aient considéré les hystériques comme des hommes où se manifestait la volonté de Dieu ; il leur semblait impossible de pouvoir attribuer une cause naturelle à des symptômes aussi en dehors des lois de la nature, et à travers ces phénomènes, leur intelligence imagina-

tive voyait agir les bons et les mauvais esprits.

La seconde cause est le bouleversement profond que produisent, dans certaines mentalités faibles, les redoutables mystères des religions. Dans cet élan vers Dieu, dans ce magnifique détachement des choses de ce monde, l’âme où la volonté ne mesure pas sévèrement toutes les pensées,se renferme volontiers dans un sentiment unique ; ce sentiment (amour de Dieu, terreur de l'enfer, besoin de s’anéantir, etc) s’exalte jusqu’à l'infini. En même temps d’autres facultés s'atrophient, les centres qui président aux fonctions diverses s'engourdissent. Dans cette mort lente en Dieu, qui est réservée à certains élus, le moi se désagrège, les synthèses se font mal. Tandis que l'intelligence s'élève à des conceptions sublimes, dans les régions inférieures, les sentiments croissent en désordres,s’étouffent, se mêlent en amas monstrueux, des sensations ébranlent brusquement tout l'être, d'autres passent inaperçues ; des parties du moi se détachent, certain centre devient hyperexcitable, tel autre ne réagit pas ; le contrôle n’est plus. L'hystérie est à la porte.

Quand on pense aux troubles terribles que la religion a produits chez des êtres comme Pascal, on comprend quelles en doivent être les immenses répercussions sur desintelligences faibles et maladives. Combien sont rares, le calme, l’eurythmie d’un Bossuet. Tandis

que chez lui la religion/g exalté l’homme dans toute sa

force, chez d’autres moins résistants, les mystères de

la Divinité ont créé le déséquilibre et la névrose. Ajoutons à ces deux grandes causes la contagion de

l’'hystérie. Les grands rassemblements de fidèles, l’exal-

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SÉTIARRES

tation nerveuse par les chants, les cierges, les images de martyrs, les idées d'amour surpra-terrestre, quel ensemble de causes pour propager une hystérie qui se manifeste et qui va s'étendre comme une onde à la surface d'une eau tranquille.

Les religions ont varié selon le caractère des peuples, les manifestations de l'hystérie religieuse ont variéavec le caractère des religions. Chez les Hindous, dont la religion conseille l’anéantissement dant le néant divin, les fakirs s’immobilisent dans une contemplation perpétuelle, deviennent des objets insensibles aux choses extérieures. Chez les Grecs, ce peuple si irreligieux, qui laissa passer saint Paul avec indifférence et qui ne conçut sés dieux que comme de beaux hommes, nous ne trouvons plus cet élan mystique vers la Divinité qui caractérise les religions. Les manifestations de l'au-delà causaient à ce peuple d'artistes une impression d'horreur ; la crise d’hystérie fut chez eux la manifestation d’une divinité jalouse et terrifiante ; ils ne connurent pas le reste.

Chez les chrétiens au contraire, la possession de Dieu n’a plus ce caractère terrible. Ce sont les extases amoureuses d’une sainte Thérèse, les plaies de Jésus sur le corps d’un saint François de Salles, les embrasements d’une de Chantal. L'attaque est réservée aux démons ; l’hystérie convulsive, c’est la possession du malade par un esprit impur ; que de belles guérisons furent obtenues par la suggestion et la persuasion !

Dans cet immense champ d’étude, nous avons ren-

contré une figure séduisante, un peu effacée maintenant

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